• Sous les plus expresses réserves

    Mais que se cache-t-il donc sous ces gigantesques réserves accumulées par nos assureurs maladie? Au 1er janvier 2020, celles-ci atteignaient déjà 11 milliards, et avaient progressé de 3,9 milliards pour les seules années 2018 et 2019.
    Nous pouvons même raisonnablement affirmer que ces réserves dépassent de près de 5 milliards le minimum qu’elles devraient atteindre selon la loi.


    Deux questions résultent dès lors de ce constat:
    Comment ces réserves peuvent-elles augmenter pareillement d’année en année, et à quoi sont-elles destinées?


    La première question touche au mode même de fixation des primes, qui fait obligation à ces dernières de couvrir les coûts, sans transfert de trop perçu d’une année à l’autre. En d’autres termes, année après année, les primes sont fixées sur la base de projections pessimistes quant à l’évolution des coûts, avec des encaissements excédentaires qui vont invariablement alimenter les réserves.
    C’est très clair à Genève où l’on constate sans l’ombre d’un doute sur le graphique ci-après que les Genevois ont systématiquement versé une masse globale de primes supérieure aux coûts qu’ils ont générés, avec un écart qui se creuse ostensiblement ces dernières années. Il y a tout lieu de penser qu’avec la suspension des activités médicales courantes au printemps dernier, les coûts estimés, sur la base desquels les primes 2020 ont été fixées, ne seront pas atteints, avec une nouvelle augmentation des réserves.

    260E48F2-3DCD-4877-B395-197ECEEF815A.jpeg

    Certes les assureurs peuvent demander à l’OFSP l’affectation d’une partie de leurs réserves pour compenser des hausses futures des coûts, mais ils ne le doivent pas. Chacun peut constater les effets de cette liberté d’appréciation.


    La seconde question vient immédiatement à l’esprit en cette période de crise sanitaire, qui a vu se multiplier les déclarations de dirigeants de nos assureurs. Mais à quoi servent donc ces réserves?
    A cette occasion, ceux-ci nous ont rappelé que les réserves sont destinées à faire face aux « coups durs », pour s’empresser d’ajouter qu’une pandémie n’entrait pas dans cette définition. On croit rêver!

    Rappelons-nous qu’au milieu de ce printemps, les cantons, Genève en tête, sont intervenus pour que les tests COVID soient totalement pris en charge sans que les assurés soient mis à contribution par leur franchise ou leur participation. Il en allait de l’efficacité de la politique sanitaire de prévention. Or, c’est la Confédération qui a dû délier les cordons de la bourse, avec l’argent des contribuables. Avez-vous entendu nos assureurs proposer de faire un geste? Jamais.


    Il est donc urgent, 25 ans après l’entrée en vigueur de la LAMal que l’on crée enfin un fonds national des réserves, qui évite de devoir reconstituer les réserves quand on change de caisse, avec des niveaux variables d’un assureur à l’autre. Enfin, il serait temps que l’on ait des comptes distincts pour les réserves de chaque canton, afin de savoir ce que la population de chaque canton a versé par rapport à ce qu’elle a coûté. Il n’y a aucune raison que les primes soient fixées, par canton, sans solidarité confédérale, alors que les réserves sont nationales, avec une solidarité confédérale invariable de la part des Genevois, pour ne parler que d’eux.