30/12/2016

Philipp Müller le prestidigitateur


La loi de mise en oeuvre du nouvel article 121a de la Constitution fédérale (gestion de l'immigration) est sous toit. Ce texte, issu de nos Chambres fédérales le 16 décembre 2016 pose de telles conditions à son application, qu'il restera lettre morte. Le but est ainsi atteint: faire croire que l'on fait quelque chose pour finalement ne rien faire, satisfaire Bruxelles et sortir de la crise autoproclamée. Bravo les enfumeurs!
Philipp Müller, ancien président du PLR, est officiellement l'artisan de ce tour de bonneteau. Mais ne nous y méprenons pas, derrière lui, c'est Economiesuisse qui tire les ficelles. Avec cette même suffisance suicidaire qui a permis l'aboutissement de l'initiative contre l'immigration de masse le 9 février 2014.

Alors que le texte adopté par les électeurs à cette date stipulait: "Les plafonds et les contingents annuels pour les étrangers exerçant une activité lucrative doivent être fixés en fonction des intérêts économiques globaux de la Suisse et dans le respect du principe de la préférence nationale; ils doivent inclure les frontaliers", les trois années de vaines palabres du Conseil fédéral auront permis de faire passer le nombre de permis frontaliers de 88'000 à 104'000, soit une augmentation de 20% au nez et à la barbe de notre démocratie bafouée.

Les milieux économiques aux courtes vues ont gagné. On serait même tenté d'ajouter "c'est de bonne guerre", si notre paix sociale n'était mise en péril. Tout cela se payera sans doute lourdement à la prochaine occasion, mais le propre du court terme n'est-il pas précisément d'ignorer le long terme?
Ce qui m'émerveille personnellement - sur le plan politique évidemment - c'est le soutien apporté par le parti socialiste suisse à cette embrouille d'Etat. Où est donc l'intérêt des travailleurs domiciliés dans notre pays à ce que l'on ne tente même pas de mettre en avant leurs compétences plutôt que d'aller chercher inlassablement de la main-d'oeuvre européenne? Cette question restera sans réponse si l'on s'en tient aux explications confuses des représentants du PS, qui rêvent sans doute encore et toujours d'une entrée de la Suisse dans l'Union européenne et, pourquoi pas, d'un mandat européen à Bruxelles...

Et voilà même que des rangs socialistes, justement, s'avance un puriste illuminé, à défaut d'être éclairé, qui nous annonce un référendum contre la loi issue du Parlement. Le politologue tessinois Nenad Stojanovic annonce cette action, non pas pour combattre une "loi scélérate", mais pour apporter à celle-ci l'onction populaire. Diantre!
Si le peuple vote oui, cela voudra dire aussi bien, selon l'orientation de l'analyste, que cette loi est superbe, ou qu'elle est encore préférable au néant.
Si le peuple vote non, la palette des interprétations sera plus large encore, mais il sera alors évident que notre Parlement refuserait de revoir sa copie, et nous aurions un bel article 121a sans descendance. Sauf le respect dû à la majorité de nos élus, le bon sens populaire dirait qu'on "ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif"...
Cameron et Renzi aussi ont parié sur un oui. Ils ont eu tort, et ils l'on payé de leur carrière. Quand on n'est pas face à un tel enjeu, faute de risque, on peut s'amuser à l'inutilité.

Il y aurait cependant meux à faire. Devant le constat affligeant de la volonté claire de la Confédération de refuser la mise en oeuvre de la Constitution, les cantons qui le souhaitent pourraient eux-mêmes adopter une législation d'application compatible avec les accords de libre circulation.
Obliger les entreprises qui sollicitent un permis frontalier à annoncer le poste ouvert à l'Office régional de placement et à démontrer que les candidats présentés, en nombre limité, n'avaient pas les compétences requises, n'entrave pas la libre circulation, mais la canalise. En tout état de cause, la réponse à cette question ne serait pas confiée à des politiciens, mais à des juges du Tribunal fédéral...
A force de jouer avec le feu, on risque bien de se brûler

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19/12/2016

UE-CH: Le Renard et le Bouc, nouvelle version sans morale


Le Conseil fédéral avait 3 ans pour mettre en oeuvre l'initiative contre l'immigration de masse. Durant ces trois années, sachant d'emblée que l'instauration de contingents ne serait pas acceptée par l'Union Européenne, nos négociateurs helvétiques avaient la possibilité de faire preuve de créativité en proposant une contre-prestation acceptable à la mise en place d'une priorité à la main-d'oeuvre locale

Au lieu de cela, ils ont attendu béatement, tout en faisant mine de négocier, espérant soit que l'Union européenne assouplisse ses exigences, soit que l'UDC accepte une mise en oeuvre contraire à la volonté populaire exprimée le 9 février 2014.

Voici pourtant ce que j'écrivais sur le sujet le 27 décembre 2012, voici donc bientôt 4 ans, et plus d'un an avant que cette initiative soit acceptée en votation populaire:

"Soyons sérieux ! La protection du marché de l’emploi helvétique doit passer impérativement par la renégociation des accords bilatéraux, car toute préférence législative ou sous forme de convention collective de branche d’activité serait considérée comme discriminatoire et sanctionnée par la justice.

L’Union européenne n’acceptera évidemment pas, ce d’autant dans le contexte politique et économique actuel, d’instaurer une telle exception au principe, que d’autres en Europe ne manqueraient pas de revendiquer.

Il faudra imaginer une contre-prestation suffisamment crédible et alléchante.

Posons les bases du problème :
1. La libre circulation a incontestablement des aspects bénéfiques pour notre économie, qui peut aller chercher les compétences dont elle a besoin, là où elles se trouvent.

2. Notre économie abuse de cette liberté en engageant hors de Suisse des personnes disposées à travailler pour un salaire inférieur à celui pratiqué généralement chez nous.

3. Notre économie abuse également de cette liberté en engageant hors de Suisse des personnes avec expérience pour un salaire égal à celui d’un jeune ayant terminé sa formation, et qui se retrouve ainsi dans une concurrence totalement déloyale contre laquelle il ne peut rien.

4. Ce qui est valable pour les ressortissant UE s’installant en Suisse au bénéfice d’un engagement décrit sous 2 et 3, vaut également pour ceux qui s’installent en zone frontalière, soit parce que le marché local du logement n’offre rien d’abordable, soit parce qu’ils sont domiciliés non loin de la Suisse, ou qu’ils trouvent à se loger meilleur marché en France, en Allemagne, en Italie ou en Autriche.

5. Si l’on instaure une priorité pour le marché local de l’emploi, cela signifie que l’économie suisse ne fera appel à des travailleurs installés hors de Suisse que dans les cas où le profil du poste n’est pas disponible sur le marché intérieur.

6. Pourquoi ces travailleurs étrangers devraient-ils être pénalisés lors de la perte de leur emploi, après avoir apporté leur contribution à l’économie suisse ?

7. Il s’impose dès lors d’offrir aux travailleurs de l’UE qui perdent leur emploi alors que leur engagement a été soumis à la règle de la priorité territoriale, des prestations équivalentes à celles de nos chômeurs, et cela même lorsqu’ils ne se sont pas installés en Suisse ou qu’ils retournent dans leur pays. Ils ne seront donc pas à charge de la sécurité sociale de leur pays de résidence.
A cette condition, l’Union Européenne pourra peut-être accepter de renégocier la Convention de libre circulation des personnes.

A défaut, la Suisse ne pourra pas faire l’économie de s’interroger sur le bilan global des accords bilatéraux, en vue d’une possible dénonciation."

http://poggia.blog.tdg.ch/archive/2012/12/27/libre-circulation-l-huile-et-l-eau.html

Nous apprenons maintenant que la Commission européenne a proposé au Parlement européen d'imposer au pays dans lequel le dernier emploi s'est déroulé les prestations de chômage aux frontalier qui perdent leur emploi.


http://www.tdg.ch/suisse/ue-veut-payer-suisse-frontaliers-chomage/story/22768833

En d'autres termes, après que notre Parlement ait à peine voté une loi inefficace pour protéger nos travailleurs, en soumettant à la priorité locale quelques rares et improbables entreprises qui feront de toute façon comme cela leur plaira en termes d'engagement, l'Union européenne nous demandera bientôt quelques centaines de millions supplémentaires pour les travailleurs qui ont trouvé un emploi chez nous plutôt que de grossir le rang des chômeurs chez eux.

Quel gâchis! Quelle inefficacité! Quelle légèreté!

Une fois de plus, nous n'aurons rien vu venir, et nous nous serons fait imposer des exigences supplémentaires sans savoir négocier une quelconque contre-prestation. Quant à ceux qui osent encore affirmer que la Suisse résistera, leur optimisme à toute épreuve les rend sans doute amnésiques.

Dans cette triste fable sans morale, ils ont le beurre et l'argent du beurre, nous aurons à charge le salaire de la crémière.

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07/12/2016

La viduité rassurante ou le pied-de-nez antidémocratique

La mise en œuvre de l'initiative contre l'immigration de masse risque bien de connaître ces prochains jours, sa concrétisation (ou prétendue telle) législative.
Comme disait Giuseppe Tomasi di Lampedusa dans Le Guépard , "pour que tout reste comme avant, il faut que tout change".


Pour faire croire au bon peuple qu'on l'a entendu, tout en rassurant Bruxelles sur le fait que tout cela n'est que vaine agitation, une sorte d'union sacrée avec pour slogan "ensemble pour construire le vide", composée d'une gauche menée par le PS et d'une droite PLR, derrière laquelle le PDC ne manquera pas de s'aligner, nous a donc concocté une solution originale: "la viduité rassurante".

Entendons-nous bien, l'initiative du 9 février 2014, je l'ai combattue, non pas au motif que les travailleurs de notre pays ne mériteraient pas d'être protégés, bien au contraire, mais parce que la solution des contingents revenait à injecter un vaccin auquel le patient ne survivrait pas. Notre économie a des besoins, notamment de compétences, dont elle doit pouvoir disposer; nier cependant que lorsque ces compétences sont présentes sur notre territoire, elles doivent disposer d'une priorité à l'embauche, revient à mettre en péril notre cohésion et notre paix sociales.


Aujourd'hui tout le monde s'accorde, et même l'UDC qui ne l'avouera jamais, à reconnaître que le texte de cette initiative était malheureux, et que sa fidèle mise en œuvre serait suicidaire pour notre pays.
Il n'en demeure pas moins qu'à défaut d'en respecter la lettre, le Parlement fédéral devrait au moins en respecter l'esprit.

Pourtant, dans cette hypocrisie ambiante, dont le mot d'ordre unanime semble être "Sauver les bilatérales à tout prix", ce qui va sortir prochainement des débats est consternant. Jugez plutôt:

1.Ÿ l'annonce des postes vacants ne doit être faite que si, dans la branche considérée, le taux de chômage est très supérieur à la moyenne. Le PLR faisant état d'un taux de 10 à 15%...


Ÿ2. seules les entreprises qui envisagent de recruter à l'étranger sont soumises à cette obligation.


Ÿ3. l'obligation sera limitée dans le temps et aux régions touchées.


Ÿ4. les entreprises recevront les candidats présentés par les Offices régionaux de placement (ORP), au nombre qui serait limité à 3.


Ÿ5. si les entreprises décident néanmoins de recruter à l'étranger, elles n'auront aucune justification à fournir.

Vous l'avez compris, cette coquille est vide, trompeuse et néfaste. Comment l'Union européenne ne pourrait-elle pas s'en accomoder?

A minuit moins cinq, alors que le Conseil fédéral a eu presque trois ans pour négocier avec les partenaires sociaux une solution permettant de mieux protéger nos demandeurs d'emploi, solution qui n'aurait pu qu'être "eurocompatible", car construite sur des bases volontaires avec le patronat, notre Parlement va nous présenter une loi anticonstitutionnelle, inutilement contraignante pour les quelques entreprises qui y seront soumises, et totalement inefficace pour lutter contre le chômage et le dumping salarial.

En termes de gâchis, on a rarement fait mieux! On en a vus des hypocrisies, mais nous assistons ici à l'accouchement d'une synthèse.

Que l'on ne croie pas un instant que le débat s'arrêtera là. Les travailleurs de ce pays ne sont pas dupes, et à la première occasion qui leur sera donnée, ils resserreront l'étau. Même les plus malins regretteront alors leurs astuces.


La politique de l'emploi appliquée à Genève en matière de recrutement ne sera pas stoppée dans sa lancée par cette mascarade, qui n'est autre qu'une alliance pour l'inertie. Nous continuerons ici à nous battre pour convaincre l'économie qu' à compétences égales les candidats à l'emploi résidents doivent avoir la priorité.
Ce n'est que l'expression de l'élémentaire bon sens.

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29/11/2016

Les syndicats genevois au secours des collectivités françaises

Décidément, on y perd son latin, ou ce qu'il en reste.
Après avoir dit tout le mal qu'elle pensait de la priorité à l'emploi pour nos résidents (lien), la présidente de la CGAS (Communauté genevoise d'action syndicale), dans une harangue publiée le 16 novembre dans la Tribune de Genève, sous le titre "Imposition: RIE III nuit au Grand Genève", nous exprime son amour pour ce Grand Genève, à l'inverse des récents propos de Pascal Broulis.
Jugez un peu:

"En creusant l'écat de l'imposition des entreprises entre la France (33%) et Genève (13,5% selon le projet du Conseil d'Etat), RIE III va creuser le déséquilibre entre Genève, où se concentre la très grande majorité des emplois de la région, et la France voisine, qui connaît une très forte croissance de sa population résidente..(et)..certaines entreprises sises en France voisine pourraient être tentées d'établir leur siège à Genève pour bénéficier d'une fiscalité et de charges sociales plus basses, faisant ainsi perdre des revenus fiscaux aux collectivités françaises".

Moi qui croyais que le niveau de vie des travailleuses et des travailleurs était la préoccupation constante de nos syndicats.
Moi qui croyais aussi que les syndicats luttaient contre le dumping salarial et défendaient les intérêts des travailleurs des deux côtés de la frontière en pourchassant les entreprises qui ne recrutent des frontaliers que pour les rémunérer moins chers tout en affirmant qu'il auraient des compétences introuvables à Genève.
J'ai dû sans doute rater un épisode. A moins tout simplement que la composition du sociétariat de nos syndicats, au vu du marketing appuyé déployé auprès des travailleurs frontaliers, n'ait fini par infléchir leur politique (lien).
Entre davantage de cotisants et moins de chômeurs, nos syndicats auraient donc choisi?

Trêve de plaisanterie.…Bornons-nous à retenir qu'il est préférable à leurs yeux que la rémunération salariale se fasse sur des bases françaises, à condition que ces "profiteurs de patrons" payent un maximum d'impôts, peu importe où.

Que nos syndicats se rassurent; si d'aventure des entreprises françaises devaient venir s'installer à Genève:
1. Cela réduirait les conséquences fiscales de l'indispensable réforme de l'imposition des entreprises (RIE III), tant décriées par les mêmes syndicats,
2. Les rétrocessions d'impôts sur les salaires des travailleurs désormais devenus frontaliers profiteraient davantage aux collectivités locales que les impôts perdus sur les personnes morales délocalisées à Genève.

Dire que l'on a cru un instant que la Mairie de St-Julien serait moins fleurie! On a eu chaud!

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09/03/2016

Chômage: Genève s'en prendrait aux chômeurs? Réponse à Thierry Apothéloz

Dans un billet inspiré, publié tant sur son site personnel que sur son blog de la Tribune de Genève (lien-blog), Thierry Apothéloz, Maire de Vernier et président de l’Association des communes genevoises, a mis vertement en cause les politiques genevoises de lutte contre le chômage, lesquelles, à ses yeux, plutôt que de s’en prendre au chômage lui-même, stigmatiseraient les chômeurs par des procédures « standardisées et déshumanisées » par lesquelles « tout le monde doit entrer dans le même moule ».


Par une caricaturale et inquiétante méconnaissance de ce qui se fait au quotidien à Genève, Thierry Apothéloz, procédant à un amalgame entre les mesures du marché du travail mises en place par l’Office cantonal de l’emploi et celles offertes par le Service de réinsertion professionnelle de l’Hospice général, (intervenant une fois que le candidat à l'emploi n’est plus au bénéfice d’indemnités journalières), préconise ce qui est pour lui « le secret de la réussite » à savoir « le suivi individualisé».


Puisque l'intéressé me fait l'honneur de me mettre personnellement en cause, qu'il me permette, en premier lieu, de relever que ce qui le distingue de l’ensemble des « y a qu’à » qui jalonnent notre belle République, c’est qu’au-delà de ses fonctions rappelées plus haut, il est également vice-président de l’Hospice général chargé précisément de la mise en œuvre des mesures du Service de réinsertion professionnelle, et président d'une notoire association genevoise, qui n’est autre que le principal partenaire de l’Office cantonal de l’emploi pour les mesures du marché du travail.

C’est ainsi que j’ai particulièrement peu goûté le fait que cet acteur et partenaire des mesures mises en œuvre pour permettre à nos candidats à l'emploi de regagner le marché du travail, puisse à ce point dénigrer l’activité quotidienne des collaboratrices et collaborateurs, tant de l’office cantonal de l’emploi que de l'Hospice général, qui ont réussi, ces derniers mois, non seulement par une approche individualisée des problématiques prises en charge, à contenir une hausse du chômage qui n’épargne désormais plus la Suisse tout entière, mais, mieux encore, en février 2016, à faire baisser le chômage à Genève.


Je remercie Thierry Apotheloz de citer la France en exemple, en tant que promotrice de la requalification professionnelle. Genève peut sans peine supporter la comparaison, même si tout est perfectible. Nos mesures du marché du travail, qui font actuellement l'objet d'une réévaluation, sont globalement efficaces, mais doivent être proposées avec davantage de pertinence encore, en fonction des besoins individuels. Avec le département de l'instruction publique, a été créée, pour les jeunes de 15 à 25 ans "en rupture", une prise en charge originale d'une efficacité remarquable (orientation, évaluation, appui scolaire, insertion psycho-sociale), sous le nom de Cap Formation.


Genève crée des emplois...mais le nombre de frontaliers ne cesse d'augmenter. Nos candidats à l'emploi de plus de 50 ans ont des compétences précieuses, mais nos entreprises les boudent. Tout ne se réduit pas à des questions de compétences, mais aussi de mentalités et de responsabilité sociale. Etre une entreprise jeune et dynamique n'implique pas de se séparer ou de refuser les compétences acquises au fil des ans, et dont les jeunes collaborateurs doivent pouvoir bénéficier.


J'attends encore que la Gauche de l'échiquier politique modifie enfin son rapport à la réalité, et qu'elle demande clairement la priorité pour nos candidats à l'emploi. C'est cela, avant tout, le soutien aux travailleurs de notre canton. La lutte contre le dumping salarial est certes nécessaire, mais tout n'est pas sous-enchère. Nos entreprises peuvent même s'offrir la surqualification, et éviter leur devoir de formation en allant faire leurs emplettes de l'autre côté de la frontière. Une telle attitude, compréhensible lorsque les compétences font défaut sur notre territoire, devient irresponsable lorsque des candidats, ici, sont prêts et en mesure d'assumer la tâche.


Le 9 février 2014, les Genevois ont exprimé leur pragmatisme en soutenant notre économie. Ils ont eu raison. Mais cela n'est pas définitivement acquis. Qu'on y songe déjà!

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19/02/2016

Assurance maladie. Va-t-on se moquer encore longtemps des Genevois?


Nous le savons, de 1996 à 2013, les Genevois, comme les assurés de huit autres cantons, ont été obligés de verser des primes supérieures aux coûts de la santé qu'ils ont engendrés, permettant ainsi à nos assureurs de garder artificiellement basses les primes d'une majorités de cantons suisses (alémaniques), félicités, année après année, pour leur sens aigü des responsabilités.
Le pot-aux-roses découvert, il a fallu menacer, en 2013, de toucher à un pillier de notre fédéralisme, la péréquation financière intercantonale, pour que le Parlement fédéral, du bout des lèvres, donne son aval à une Ordonnance sur la correction des primes, du 12 septembre 2014, restituant aux lésés, 800 millions sur le 1,6 milliard qui leur avait été prélevé indûment. Nous avons avalé cette première couleuvre.

Cette ordonnance, accouchée au forceps par une majorité de profiteurs du système, qui prétendaient ne pas trouver de base légale pour imposer la restitution du butin, indiquait que ces 800 millions seraient remboursés sur trois ans, en 2015, 2016 et 2017, et que participeraient à l'effort, les assurés des cantons ayant payé des primes trop basses -normal-, la Confédération, pour ne pas avoir su éviter ce dysfonctionnement -curieux-, et les assureurs, ceux-ci pouvant, au choix, puiser dans leurs réserves ou augmenter les primes de leurs assurés, y compris ceux auxquels le remboursement était destiné -inadmissible-. Nous n'avons, pour l'heure, avalé cette deuxième couleuvre, qu'à moitié..

La somme destinée aux Genevois, pour les trois ans, a été précisément arrêtée à 222'033'000 francs.
En 2015, seuls les assurés des cantons ayant versé des primes trop basses durant 18 ans et la Confédération ont mis la main au porte-monnaie, et nous avons reçu 79 francs par personne (pas 80, mais 79, afin que nous soyons convaincus du caractère scientifique de l'opération). Si l'on compte 444'000 assurés sur le canton, cela nous donne 35 millions...sur plus de 222. Troisième couleuvre.

A la fin de l'année dernière, on nous annonçait qu'en 2016, les assureurs allaient également participer à l'effort (en réalité, nos assureurs ne gèrent que notre argent et leur effort n'est que le nôtre).
Or, qu'apprenons-nous hier 18 février ?
https://www.news.admin.ch/message/index.html?lang=fr&msg-id=60693
Que nos assureurs ne participeront pas à cette tranche de remboursement (sans doute pour ne pas entamer leurs modestes réserves), mais surtout, que les Genevois ne recevront que...57,30 francs!
http://www.news.admin.ch/NSBSubscriber/message/attachments/42982.pdf

En d'autres termes, si l'on compte 450'000 assurés dans le canton, la somme remboursée ne serait que de 26 millions, lesquels, ajoutés aux 35 millions de 2015, nous donnent 61 millions en deux ans, sur les 222 millions annoncés en 2014!

Ce qui voudrait dire qu'en 2017, si l'on table sur 455'000 assurés, chaque habitant du canton devrait recevoir plus de 350 francs?
Au train où vont les choses, et compte tenu du manque de sérieux avec lequel ce sujet sensible est géré, il y a fort à parier que nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Mais cette couleuvre-là, Genève ne l'avalera pas!

Nous allons commencer par demander des explications détaillées à l'Office fédéral de la santé publique, et surtout des garanties. Genève, troisième plus important contributeur national dans le cadre de la péréquation financière intercantonale, après Zürich et Zoug, ne sera pas, une fois de plus, le dindon de la farce. Si fédéralisme rime certes avec opportunisme, il rime aussi avec réalisme.

 

 

 

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17/02/2016

Spéculation sur les denrées alimentaires. Infrarouge nous laisse sur notre faim


Ils sont venus ils sont tous là. Mais ce n'est pas pour la mort de la mamma.

Sur notre gauche, Mathias Reynard, conseiller national socialiste. Pas de cravate. Ce symbole du conformisme bourgeois doit être banni à jamais. Mal rasé, car l'amour pour la nature doit se voir au premier coup d'oeil. A ses côtés, Samuel Bendahan, député socialiste vaudois. Pull rouge, pour éviter toute confusion avec le camp adverse.

Sur notre droite, Philippe Nantermod, conseiller national PLR. La cravate à 12 heures et le sourire du vainqueur. A ses côtés, Stéphane Graber, secrétaire général de Swiss Trading and Shipping Association.

Vous l'avez compris, à gauche, les gentils qui combattent la faim dans le monde; à droite, les méchants, qui veulent se faire de l'argent sur la même faim que combattent les premiers.

Débat caricatural, dans lequel on comprend vite ce que les jeunes socialistes n'ont toujours pas bien compris. A savoir que les producteurs et les consommateurs de produits agricoles utilisent les produits dérivés, et en particulier les ventes et achats à terme, pour se prémunir contre les effets négatifs d’une hausse ou d’une baisse de prix liée à des éléments externes non maîtrisables, comme les facteurs climatiques par exemple. Là-dessus se grefferaient d'affreux spéculateurs, sans que l'on sache bien comment distinguer couverture d'un risque et spéculation.

Au-delà de ce débat stérile dans lequel chacun peut souscrire les yeux fermés à des principes élémentaires tels que: "tout le monde devrait pouvoir manger à sa faim" et "la faim ne justifie pas tous les moyens", la seule question diabolique à laquelle nos angéliques socialistes sont incapables de répondre est:

Comment la Suisse peut-être rêver de jouer la pucelle dans un bordel, et adopter ici ce dont personne ne veut ailleurs?
En d'autres termes, devant l'impossibilité de distinguer négoce de matières premières et spéculation, il suffirait aux 400 sociétés installées à Genève, garantissant 8000 emplois et 22 % du PIB du canton, de faire un saut de puce de l'autre côté de la frontière pour continuer leurs activités...Bien joué les gars!

Heureusement que Samuel Bendahan est là pour le couplet "bonne conscience". Ainsi, il nous rappelle qu'il n'est pas nécessaire d'attendre que tout le monde soit bon pour être meilleur. Pour achever de vaincre toute réticence à cet égard, il nous rappelle que si nous n'avions pas attendu autant pour abolir par nous-mêmes le secret bancaire, les autres ne nous auraient pas obligés à le faire. Voilà un exemple qu'il est bon!

Et d'ajouter que nous pourrions être pour un fois un "leader". Oui, "leader de la conn....". Pardon. Difficile de garder son calme quand le rapport à la réalité est à ce point malmené.

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28/07/2015

Après la guerre du feu, la guerre de l'eau

Incident diplomatique franco-helvétique.

 

Jeudi 23 juillet, des hélicoptères de la vaillante armée suisse se rendent par mégarde au-dessus du lac des Rousses, en terre française, prélever de l'eau pour abreuver des vaches suisses souffrant de la sécheresse dans nos alpages.

Sur le plan légal, nul doute qu'une autorisation aurait dû être préalablement obtenue, et c'est à juste titre que la Confédération a présenté des excuses. Il est vrai aussi que si l'on avait attendu de formaliser cette incursion cavalière, les vaches auraient eu tout le temps de mourir déshydratées.

 

Cela étant, au-delà de la bourde incontestable, c'est avant tout la réaction des autorités locales françaises qui interpelle, ce d'autant que l'incident a été jugé suffisamment grave pour être repris par les médias audiovisuels de l'Hexagone

(http://www.francetvinfo.fr/france/la-guerre-de-l-eau-fait-rage-a-la-frontiere-suisse_1017905.html).

 

Pour le Maire de cette commune du Jura, un incendie de forêt, ou une catastrophe bien plus grave, auraient "peut-être" (notez bien le "peut-être", qui exprime toute la solidarité envers un pays voisin qui contribue largement à résorber le chômage de la région, et, accessoirement, à boucler les comptes communaux grâce aux impôts de ses travailleurs frontaliers) permis de comprendre l'urgence de cette intervention. Mais pour des vaches, suisses, qui de surcroit font du lait suisse...

 

Il aurait fallu prudemment attendre que l'Orbe vienne déverser les eaux du lac des Rousses dans le lac de Joux pour abreuver d'eau helvétique nos bonnes vaches bien de chez nous. A moins que nos voisins ne songent à construire un barrage pour que l'eau française reste estampillée comme telle.

 

Au fait, le Rhône n'est-il pas suisse depuis sa naissance jusqu'au moment où il quitte Genève? Ce serait donc de l'eau suisse dont profiteraient nos voisins jusqu'à la mer? Rappelez-moi de me plaindre haut et fort!

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01/02/2015

La courte mémoire de l'Allemagne

 

"Il n'est pas question d'effacer, même partiellement, la dette de la Grèce", nous assène péremptoirement Madame la chancelière Angela Merkel, avec l'arrogance d'une Allemagne qui considère qu'elle ne doit sa prospérité qu'à la seule force de son travail.

( http://www.tdg.ch/monde/lutte-austerite-athenes-cherche-allies-europe/story/22439840 ).

Pourtant, aucun autre pays européen n'a autant profité d'effacements successifs d'ardoises. Ainsi, entre 1924 et 1929, la République de Weimar se relevait de la Première Guerre mondiale grâce aux crédits accordés par les Etats-Unis, lorsque la crise de 1931 lui a permis d'obtenir, à Lausanne, en 1932, un abandon de créance de la part des Alliés pour plus de 6 milliards de Deutsche Marks.

Les pillages du régime nazi durant la Seconde Guerre mondiale ne sont un mystère pour personne, pas plus que les dettes que le Reich impose alors aux pays conquis, et que ceux-ci sont contraints d'honorer. Pourtant, une fois la guerre terminée, et afin de se garantir un rempart contre le communisme menaçant, les Etats-Unis imposent en février 1953, dans l'Accord de Londres, un nouvel abandon de créances, la dette de la RFA passant de 15 à 7 milliards de Deutsche Marks. Il s'agit alors de ne pas mettre en péril le miracle économique allemand, alors que le reste de l'Europe, exsangue, se redresse péniblement des destructions de la guerre. La dette est divisée par deux, pour ne pas faire supporter à la RFA la part de la RDA, passée dans le bloc de l'Est. 

Il est néanmoins prévu qu'en cas de réunificxation allemande, le solde de la dette renaîtrait. Ce qui n'a pas empêché le chancelier Helmut Kohl, en 1990, de refuser d'appliquer cette clause à peine le Mur tombé...

( voir sur ce sujet : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/8d9e8f32-d815-11e1-b6c7-87316167502b/1953_le_tournant_qui_a_permis_%C3%A0_lAllemagne_de_rebondir )

C'est donc dire si l'intransigeance allemande laisse perplexe. Ce n'est pas, contrairement au discours récurrent, la fourmi qui demande à la cigale ce qu'elle a fait tout l'été, mais bien l'arrogance d'un remarquable profiteur du siècle dernier, qui voudrait se donner des airs de moralisateur.

Autant la Grèce doit entamer des réformes profondes plutôt que de reprendre, comme elle semble le faire, les catastrophiques habitudes du passé, autant l'Allemagne n'a pas à se présenter en donneur de leçons...car il pourrait venir à l'esprit de certains de refaire les comptes et de lui demander d'honorer ses dettes, avec la même intransigeance dont elle sait faire preuve.

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17/01/2015

Vers la disparition du Franc suisse ?

Voici ce que j'écrivais le 16 août 2012 dans ces colonnes:

"A force de faire tourner la planche à billets dans le cadre de la politique de maintien du franc suisse au-dessus de 1,20 franc par euro, la Banque nationale a amené la Suisse à détenir désormais les cinquièmes réserves en devises du monde, derrière la Chine, le Japon, l'Arabie Saoudite et la Russie.

Est-on seulement conscient du risque que cette situation implique pour l'indépendance de notre pays ?

La Banque nationale annonçait ainsi le 7 août dernier, dans une apparente indifférence générale des milieux politiques, dont l'attention était accaparée par la désastreuse négociation d'un accord sur les successions avec la France, que ses réserves en devises avaient progressé de 11% en juillet, totalisant 406,45 milliards de francs. Il est à craindre que d'ici la fin de l'année le bilan de la BNS n'atteigne le Produit National Brut de notre pays.

Le Conseil fédéral, et sa Présidente Eveline Widmer-Schlumpf en tête, ministre des finances de surcroît, ne semble pas s'en émouvoir. Inconscience ou incompétence ?

Ainsi, pour maintenir la compétitivité internationale de nos entreprises exportatrices, dont le handicap ne constitue assurément pas la seule force de notre franc, la BNS vend en masse du franc suisse contre un euro chancelant, achetant à 60% des obligations d'Etat de la zone euro, au bénéfice essentiellement de la France et de l'Allemagne...

Ce jeu en vaut-il la chandelle ? On aurait au moins souhaité que la question soit posée en toute transparence et que ce taux-plancher franc suisse-euro, qui se transforme inexorablement en un ancrage de notre monnaie avec la monnaie européenne, ne nous soit pas présenté comme une solution miracle incontournable.

Car si la Suisse détient aujourd'hui à elle seule la moitié de toutes les réserves des 17 banques centrales de la zone euro, cela n'est pas le fruit d'une activité économique florissante, mais uniquement d'une manipulation monétaire qui ne peut rester sans conséquences.

Aujourd'hui déjà, si les taux d'intérêts de plusieurs Etats européens sont aussi bas, et si l'euro ne baisse plus face au dollar américain, la politique de la BNS en est en grande partie responsable.

Mais il y a pire.

Que se passera-t-il si l'euro, déjà malade, connaît une chute vertigineuse suite à une implosion de la zone euro ? Notre Banque nationale se retrouverait potentiellement en faillite !

Et si cette liquidité créée artificiellement était injectée dans l'économie réelle ? La Suisse connaîtrait alors une inflation sans précédent !

On nous expliquerait alors que notre pays n'aurait d'autre alternative que d'adopter l'euro, monnaie principale détenue par notre Banque nationale...en entrant dans l'Union européenne.

L'économie aurait eu raison, une fois de plus, de la volonté populaire.

Avec mes remerciements à Pierre Leconte, GONET & Cie, pour m'avoir fait partager ses réflexions."

Le Conseil d'Etat se bat pour maintenir nos entreprises multinationales, sources de notre prospérité, avec un taux d'imposition supportable et compétitif, dans le cadre de la réforme de l'imposition des entreprises III... Qu'en sera-t-il désormais avec cet obstacle de taille supplémentaire qu'est la force de notre franc? La Confédération a-t-elle seulement conscience de l'horizon catastrophique qui se dessine?

Et pendant ce temps, certains, enfermés dans leur univers dogmatique, crient au budget d'austérité au motif que notre gouvernement essaye modestement de se donner les moyens de pérenniser notre Etat social.

Réveille-toi Genève! Le rêve est terminé. Evitons le cauchemar!

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11/01/2015

Tous des Charlies ! Vraiment ?

 

La France se prépare à un vaste "rassemblement républicain" pour dénoncer la barbarie et la négation de nos libertés. Et c'est avec raison! Qui pourrait se cantonner au seul rôle de spectateur après l'incompréhension, l'effroi, la douleur et la colère?

Mais combien de ces "Charlies" d'un jour sont-ils porteurs des valeurs défendues au prix de leurs vies par les regrettées victimes de ce massacre? Combien ne sont-ils que les récupérateurs opportunistes d'une profonde blessure de nos valeurs démocratiques?

Peu importe, me direz-vous; l'essentiel est de réagir! Certes.

Mais la souffrance doit-elle censurer la réflexion et la critique? 

Les victimes elles-mêmes auraient répondu "non" à cette question, le journal satyrique auquel elles participaient ayant précisément pour vocation, sans tabou aucun, de dénoncer l'injustice, la bêtise, la fourberie, la méchanceté, la violence aveugle, et tant d'autres travers de la nature humaine.

Ainsi nous n'avons pas seulement le droit, mais le devoir, de nous demander "Où est Charlie?" dans ce vaste et légitime mouvement de révulsion. Mieux encore, nous devons nous interroger sur les moyens, s'ils nous sont accessibles, de donner à nos démocraties, les armes, au-delà du crayon salutaire des critiques, pour se défendre contre cette folie meurtrière qui se revendique aujourd'ui d'un "certain" islam, comme elle se légitimait, notamment dans un passé récent, d'un communisme anticapitaliste radical.

Je ne vous dirai donc pas "Protégeons-nous de l'amalgame!". Ce serait en effet insulter votre intelligence que de penser que vous puissiez faire de ces criminels les portes-paroles d'une religion qui a prouvé durant des siècles qu'elle avait des valeurs de respect et de tolérance, et dont la grande majorité de ses membres est parfaitement intégrée dans nos sociétés démocratiques.

Ces assassins, bien qu'endoctrinés, étaient avant tout Français, et avaient grandi, orphelins de surcroit (donc entièrement confiés à l'Etat), en France. Non pas des mercenaires envoyés en mission commandée, même si des séjours à l'étranger avaient contribué à leur obscurantisme! Leur passé pénal était lourd, et les rencontres faites en prison avaient contribué, nous dit-on, à leur "radicalisation". Gardons-nous, bien sûr, d'en faire les produits d'une société d'exclusion, mais ne sont-ils vraiment que le fruit d'un déterminisme individuel déviant?

De même que l'existence de trafiquants de drogue ne fait heureusement pas de nous tous des toxicomanes, de même l'existence de mouvements intégristes n'attire pas, à l'instar de sectes, toutes celles et tous ceux en manque de pseudo-spiritualité en "prêt-à-porter".

Comment expliquer dès lors que des personnes nées dans nos sociétés occidentales puissent à ce point ne pas en intégrer les libertés fondamentales? La réponse est simple et complexe à la fois: par un échec de l'intégration.

"Ces gens-là ne veulent pas s'intégrer" diront certains. Pourtant l'intégration se construit à deux, comme son échec, malheureusement, et parfois douloureusement, se supporte à deux. Combien de ceux qui défilent aujourd'hui à Paris sont-ils précisément les artisans de l'exclusion et de la haine, par action ou par omission? Charlies d'un jour.

La Suisse est certainement, de ce point de vue, un exemple remarquable. La cohésion sociale que nous avons su construire et maintenir est le meilleur garant de nos libertés, davantage que les armes. Mais le but n'est jamais atteint et l'ouvrage doit constamment être remis sur le métier; stigmatiser une communauté et la marginaliser est sans doute le risque le plus grand auquel nous sommes confrontés. Rejeter l'autre, c'est faire de lui un ennemi, alors qu'il n'aurait peut-être pas demandé mieux que d'être l'un des nôtres. Alors malgré la douleur et la rage, ne baissons pas les bras! 

Et alors seulement, nous pourrons dire à celles et ceux qui ne sont pas prêts à venir à notre encontre, qu'ils n'ont rien à faire chez nous, et que l'une de nos libertés est celle de partir sous d'autres cieux!

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10/11/2014

Forfaits fiscaux: l'irresponsabilité travestie en morale

 

 Le 30 novembre prochain, les Suisses et les Genevois (ou l'inverse si vous préférez), se prononceront sur les forfaits fiscaux ou, plus exactement, sur le maintien de l'impôt sur la dépense. Pour seul argument une morale stéréotypée dans laquelle ils se drapent, pour ne pas dire qu'ils s'y dissimulent, les partisans de l'abolition de ce type d'imposition nous martellent que l'égalité devant l'impôt doit être érigée en principe de société.

 Sans que l'on comprenne exactement s'ils plaident pour l'égalité ou le nivellement, une poignée de militants s'est même agglutinée devant le portail d'un riche (excusez l'insulte) étranger, afin de lui enseigner les rudiments de la déclaration fiscale. Fort heureusement pour eux, l'intéressé était absent, faute de quoi il y a fort à parier qu'ils auraient été empruntés de devoir passer de la théorie à la pratique, n'ayant pour la plupart, selon toute vraisemblance, jamais rempli davantage que la première page comportant leurs données personnelles.

 Mais il y a pire. Ces bâtisseurs de la société de demain, qui hurlent au démantèlement de l'Etat social, (dont ils sont statistiquement les plus grands bénéficiaires), à chaque fois que l'on s'interroge sur les ressources à disposition, et qui considèrent "qu'y a ka" augmenter les impôts si on a besoin d'argent, discours d'autant plus aisé qu'il est exempt de conséquences pour la plupart d'entre eux, ne semblent toujours pas avoir compris qu'il n'y a pas plus mobile qu'un riche, et qu'il n'y a pas plus sédentaire qu'une personne démunie.

 Quand je dis qu'ils n'ont pas compris, c'est en leur accordant le bénéfice du doute, et en qualifiant de défaillance du raisonnement, ce qui n'est peut-être que pure malveillance irresponsable.

 Car enfin, faut-il avoir fait "science po" pour comprendre que l'imposition au forfait n'a pas été offerte à ces riches étrangers en lieu et place d'une imposition normale, une fois qu'ils étaient installés chez nous, mais que leur installation même, dans notre pays, voire dans notre canton, n'a été suscitée que par la possibilité d'en bénéficier? En d'autres termes, si ce type d'imposition n'avait pas existé, ces personnes seraient tout simplement allées s'installer AILLEURS, comme au Portugal par exemple, qui exonère d'impôts durant 10 ans les mêmes contribuables. Encore faut-il avoir assimilé que pour faire de la politique en matière fiscale, il faut sortir le nez de son aquarium, et qu'il est vain de jouer la vierge dans un bordel. Excusez la rudesse du propos, mais la pudibonderie hypocrite m'a toujours irrité.

 Ainsi l'équation ne se pose pas en ces termes:

 "Au lieu de payer X, ils pourraient payer X + Y"

 mais bien plutôt:

 "Au lieu de payer X, ils payeront 0"

 A tous ces donneurs de leçons dont la propre imposition ne remplacera jamais celle dont ils nous demandent de nous priver, et qui n'ont à la bouche que sempiternelles hausses d'impôts, jusqu'à ce qu'il ne reste plus à imposer qu'une classe moyenne exsangue pour subvenir à une majorité de leur électorat, je dis qu'il est temps d'ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure et de ne pas faire exactement ce que d'autres se réjouissent d'avance que l'on fasse, pour en tirer profit.

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13/10/2013

Frontaliers. Le MCG s'excuse? Précisions

Suite à l’article paru dans le Matin Dimanche de ce jour, ATS a diffusé un communiqué repris par la Tribune. Plus on s’éloigne de la déclaration première, plus les termes utilisés peuvent prêter à confusion.

Il est rappelé que le titre d’un article paru dans l’avant-dernier journal tous ménages LE CITOYEN, qui était passé alors inaperçu, a connu voici trois semaines les feux de l’actualité, après que le député PLR Pierre Weiss, astucieusement drapé dans la blanche toge de président de la LICRA, a crié au scandale.

Tiré de son contexte, et surtout du corps de l’article qui suivait, le titre qui faisait référence à               « l’épidémie de frontaliers qui n’était pas éradiquée », avait de quoi choquer le lecteur non averti.

L’article quant à lui indiquait pourtant clairement que les frontaliers en tant que personnes n’étaient pas visés et que c’était la problématique de l’invasion de travailleurs frontaliers qui était en cause.

Venons-en à mes déclarations.

Tout d’abord, je m’exprime personnellement, en tant que candidat à l’élection au Conseil d’Etat, et je n’ai pas l’autorité pour m’exprimer, seul, au nom du MCG, qui a un Président en la personne de Roger Golay.

Ensuite, je confirme être désolé si des frontaliers travaillant à Genève ont pu comprendre par ce titre que le MCG les comparait personnellement à une maladie, et que de surcroit il entendait les « éradiquer ». Le MCG a toujours été clair, la priorité de l’emploi doit être garantie aux demandeurs d’emploi résidents dans le canton, et des personnes venant de l’étranger, qui restent de surcroit domiciliées à l’étranger, ne doivent être engagées qu’en dernier ressort. Genève a besoin de main-d’œuvre frontalière, mais les limites du tolérable ont été franchies depuis longtemps désormais.

Enfin, les personnes frontalières qui travaillent à Genève, et qui occupent des emplois pour lesquels des résidents ne sont pas disponibles ou n’ont pas la formation requise, tout en ne pouvant l’obtenir dans des délais raisonnables, sont et resteront nécessaires à notre économie.

En conclusion, si certains ont été choqués par le titre mentionné plus haut, tel que mis en exergue sciemment par Pierre Weiss, j’en suis désolé, car le MCG n’a jamais voulu insulter des personnes, mais dénoncer un problème grave qui n’a toujours pas été pris au sérieux par nos autorités.

La problématique de la concurrence déloyale des travailleurs européens restera un thème principal du MCG tant qu’il n’aura pas été convenablement réglé, n’en déplaise à certains, à gauche, comme à droite.

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09/09/2013

Contrairement au roseau, la Suisse plie et quelque chose se brise

CH-USA.png

Journée noire pour notre pays. Le Conseil national, convaincu que la Suisse "n'a pas le choix", accepte de ratifier l'accord Fatca avec les Etats-Unis, imposant l'application du droit américain sur notre territoire. Oui mais attention, ce ne sera pas automatique, les « Yankees » devront demander l'info pour qu'on la leur donne! Tout dans nuance, cette politique!

Pourtant, un Etat souverain a toujours le choix. La seule question qui se pose est celle de savoir quels sont les sacrifices qu’il est prêt à faire pour adopter une position conforme à ses principes.

Comment peut-on, d'une part, faire campagne pour le maintien d'une armée de milice crédible et, donc, de l'obligation de servir, et, d'autre part, sacrifier, avec une inconcevable précipitation, l'image que se font nos concitoyens de notre pays?

Car enfin, notre armée est évidemment davantage qu'un instrument de défense. De même que le service civil n'est pas un système mis en place pour bénéficier d'une main-d'oeuvre bon marché. Le service obligatoire est avant tout une école civique et un ciment de cohésion sociale. Il concrétise le lien intime entre le citoyen et son pays, un lien qu'on nous enviait, partout dans le monde, il y a peu encore.

Pense-t-on réellement que l'abdication devant la force et l'arrogance d'un Etat étranger soit de nature à encourager l'engagement citoyen? Quel qu'il soit d'ailleurs.

Pour ma part, tous ces "onnapalechoixistes" feraient bien de méditer sur l'Histoire, pas la grande, celle des livres d'école. Celle des humbles qui, un jour, on ne sait sous quelle impulsion, se sont levés devant un char et ont dit "non". Le bon sens aurait voulu qu'ils s'écartent et qu'ils agitent leurs mouchoirs. Ils ne l'ont pas fait, et nous leur devons notre liberté.

On n'arrête pas le progrès diront certains. Encore faut-il ne pas confondre la marche avant et la marche arrière.

 

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05/08/2013

Avec le CEVA, de la plage à la montagne

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Il nous en aura fait voir du pays ce CEVA. Si l’on devait passer au détecteur de mensonges tous ces politiciens fers de lances de cette liaison ferroviaire, peu seraient sans doute ceux qui pourraient soutenir aujourd’hui, le regard ferme et déterminé, sans faire tressaillir l’aiguille, qu’ils tiendraient le même discours que voici quatre ans.

Et ce n’est de loin pas terminé. Derrière le discours officiel, les consciences se réveillent, peu à peu. Lentement, bien sûr, on est en Suisse que diable !

La droite, qui a « vendu » le projet au motif qu’il donnerait du travail à nos entreprises a bien vite déchanté. Elle s’est souvenue, « mais un peu tard », comme dit la fable, que nos accords avec l’Europe exigeaient un appel d’offre pour marchés publics. Résultat, le gros-œuvre a été attribué à une entreprise française pour 800 millions. Et bientôt les rames du CEVA pourraient être commandées à un fabricant français.

La gauche, qui aurait signé les yeux fermés en faveur d’un nouveau transport public, quel qu’il soit, où qu’il aille et quoi qu’il coûte d’ailleurs, se rend compte progressivement « mais un peu tard »aussi, que ces entreprises européennes interviennent avec des ouvriers européens (la belle découverte pour les militants de l’internationale des chômeurs), lesquels sont payés selon d’autres critères que ceux de nos Conventions collectives.

A la droite, comme à la gauche, il est bon de rappeler que pour remporter un marché public de cette importance, il faut bien réduire les charges…et que les entreprises suisses, dans ce domaine, ne peuvent pas régater.

38.jpgBientôt Genève, ébahie, découvrira que ce projet ne lui coûtera pas les 1,5 milliard annoncés, mais certainement le double, car lorsque l’on commencera enfin à creuser (au fait, c’est pour quand ?), on verra que le sous-sol se prête peu à cet exercice en raison des nombreuses nappes phréatiques, et que les fissures, lézardes et autres brèches apparues d’ores et déjà sur les immeubles environnants, ne feront que s’étendre et se multiplier, sans que l’on ait prévu aucun poste au budget pour y remédier.

Mais tout ceci n’est que musique de (proche) avenir. En attendant, nous avons à gérer les 1,9 million de m3 de gravats, dont moins d’un tiers peuvent être recyclés. Les gravières genevoises étant déjà saturées, on comptait sur la plage providentielle pour y déverser les déblais du CEVA, selon la devise « sous le CEVA la plage ». Manque de chance, le projet de plage était à ce point mal ficelé, comme tous les grands projets préparés par nos autorités, que les juges n’ont pu que renvoyer la copie à leurs auteurs.

Faute de plage, on pense désormais faire une montagne. Ils ne se laissent pas démonter par si peu nos dirigeants. Ils sont pleins de ressources (intellectuelles bien sûr ; les autres c’est nous qui les assumons). Mais il y a un problème : où créer cette montagne ? Quelle commune serait prête à l’accueillir ? Pourtant son usage pourrait être multiple. Station de sports d’hiver, luge d’été, ou simplement fournisseur d’ombre dans la perspective du réchauffement climatique.

27.jpgNi la plage, ni la montagne ne sont dès lors des réalités genevoises prochaines, et il faudra bien se résoudre à transporter nos gravats…en France, où l’on daignera les recevoir, non sans se faire copieusement prier, moyennant monnaie sonnante et trébuchante. Ma foi, ils n’ont rien demandé. Et ce CEVA, c’est avant tout en projet suisse pour les Suisses !

 

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