Hold-up démocratique

Il fallait oser. Ils l’ont fait. Dans une apparente indifférence générale, les armées de l’ombre se sont mises en marche. Le putsch est accompli. Seul le Conseil des États pourra faire barrage à cet élan hégémonique de nos assureurs maladie...encore faut-il que les nouveaux sénateurs ne soient pas la fidèle réplique de ces conseiller nationaux qui, hier matin, ont voté majoritairement l’initiative (09.528) du Ruth Humbel, intitulée « Financement moniste des prestations de soins ».

Décryptage

Actuellement, toute l’activité médicale ambulatoire est à charge de la LAMal, l’hospitalier étant réparti, 45% pour la LAMal et 55% pour les cantons.
Depuis de nombreuses années, ces derniers demandent à pouvoir contrôler l’installation de nouveaux cabinets médicaux, tant il est évident que la pléthore de spécialistes contribue à la hausse des coûts de la santé. Genève et Bâle, qui connaissent la plus haute densité de spécialistes ont ainsi les primes les plus élevées de Suisse. Alors qu’il suffirait de donner cette prérogative élémentaire aux cantons pour disposer immédiatement d’un instrument efficace pour maîtriser la hausse des coûts de l’ambulatoire, le 11 septembre dernier, le Conseil national a réussi à renvoyer une fois encore cette question à plus tard, la subordonnant à l’acceptation, par les cantons, d’une participation financière aux coûts de la médecine ambulatoire.
Ce jour-là déjà, alors que les représentants genevois des partis de gauche à Berne ont suivi la demande du canton (qui se trouve en ligne avec celle de leurs partis nationaux), nos élus de droite, à l’exception remarquable de Roger Golay (MCG), tels de braves petits soldats, ont voté selon les instructions de leurs partis, fidèles aux mots d’ordres des faîtières de nos assureurs maladie.

Rebelote hier, avec la même répartition des votes de nos élus genevois sur le financement moniste, soutenu par les assureurs et...toute la droite.
De quoi s’agit-il? Il est question, à terme, de faire participer financièrement, et de manière uniforme, les cantons à hauteur de 22,6% du stationnaire hospitalier et de l’ambulatoire, 77,4% étant à charge des assureurs LAMal. Sachant que l’ambulatoire va se substituer de plus en plus au stationnaire avec l’évolution technologique, la charge des cantons augmenterait ainsi à l’avenir.
Cette modification législative s’attaque donc au financement des soins, et non à la source du problème, qui est la maîtrise des coûts, ce qui est déjà symptomatique de la préoccupation principale d’une majorité du Conseil national.

Mais il y a pire...

Dans la foulée, les fidèles serviteurs de nos assureurs, dont l’inconscience serait une circonstance aggravante, ont voté un article 49a, dont la seule lecture cache admirablement sa perversité.
Nous savons que les cantons doivent assurer la planification hospitalière sur leur territoire. Ils établissent ainsi, en fonction de critères d’efficience et d’économicité, la liste des hôpitaux dans lesquels les interventions sont prises en charge selon la clé actuelle 55/45%.
Avec ce nouvel article 49a, les assureurs pourraient désormais librement passer des conventions avec les hôpitaux exclus des listes cantonales, et leur verser, pour les opérations qui y seront pratiquées, la part de 77,4%.

 

 

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L’arnaque

Qui peut donc bien avoir intérêt à faire payer l’assurance maladie sociale, là où le canton considère que les besoins de la population ne le justifient pas? Je vous le donne en mille: les assureurs maladie qui offrent des assurances complémentaires.
Le procédé est simple: on met une clinique dans la liste des établissements remboursés au sens des conditions générales de l’assurance privée, et on laisse l’assurance LAMal du groupe se mettre d’accord avec cette clinique pour le paiement du 77,4%.
Ainsi, lorsque les assurés privés de la première iront se faire opérer dans cette clinique, la facture émise sera réduite à hauteur de la participation de l’assurance sociale. Au nez et à la barbe du canton, et avec les conséquences que l’on imagine sur les primes de l’assurance de base.

Il s’agit ni plus ni moins du financement des assurances privées par l’argent de l’assurance sociale, procédé aussi astucieux que scandaleux.

 

Immoralité de la fable

Ceci démontre à la perfection que les élus cantonaux au Conseil national, une fois assis à Berne, n’ont que faire des intérêts des cantons dont ils sont issus. A gauche, comme à droite, on se borne à suivre les mots d’ordre du parti, tels de soumis fantassins. Il se trouve que sur le sujet dont il est ici question, la position des partis de gauche correspond au pragmatisme de rigueur martelé par le canton de Genève. Et c’est tant mieux! Mais les exemples inverses ne manquent pas non plus.
Mais où est donc l’indépendance intellectuelle et morale qui devrait être l’apanage d’un député national?
Comment nos représentants genevois PLR, PDC et UDC à Berne peuvent-ils regarder dans les yeux leurs homologues cantonaux qui présentent et soutiennent des initiatives demandant que l’on soulage la classe moyenne du poids écrasant des primes d’assurance maladie?
Comment certains d’entre eux peuvent-ils avoir l’outrecuidance de prétendre devenir des représentants du canton de Genève au Conseil des États?
Pardonnez-moi. Je m’emporte. Ou plus exactement, je rêve.

 

 

Commentaires

  • Cher Monsieur,

    Le "graissage de pattes" de certains Conseillers nationaux par certaines compagnies d'assurances ne relève pas du soutien politique mais de la corruption. Comment se fait-il que personne n'a osé porté plainte contre un assureur jusqu'ici afin que la justice se prononce sur ce type de relations?

    Bien Cordialement,

  • Le partenariat public-privé ne fait que rarement pas bon ménage, surtout dans le domaine de la santé. Mais, l'électeur le veut ainsi.

  • Au vu de ces explications permettant de mieux comprendre la situation, il n’y a de mots pour dire que c’est effectivement un véritable scandale.
    C’est comme ce brave Monsieur BERSET qui bénéficiait d’une certaine confiance de ma part. Après l’annonce des augmentations des primes pour 2020, j’habite à Genève, et chez ASSURA avec une assurance type PHARMED, médecin de famille et pharmacie imposée, avec une franchise de 2500, c’est bien plus de 5% d’augmentaction à laquelle je dois faire face et non pas aux pourcentages ridicules annoncés, si ce n’est pas mensonger je ne sais pas comment qualifier les propos diffusés dans les médias. J’oubliais nous sommes 3 personnes adultes dans mon groupe familial. Et chaque année c’est la même chose !!!

  • Parfait, comme toujours! Il est curieux que constater que dans les moments qui comptent, nombreux sont ceux qui oublient leur promesse de travailler pour le bien de la population.

  • "Cette modification législative s’attaque donc au financement des soins, et non à la source du problème, qui est la maîtrise des coûts..."

    Si je reste sous le charme de vos réflexions ici, je pense qu'il y a source et source.
    Je vous encourage à lire le dernier billet de J-D Michel qui évoque la véritable source originelle.
    http://jdmichel.blog.tdg.ch/archive/2019/09/25/brouhaha-sur-les-primes-301085.html

    Ceci dit, je comprends vos préoccupations directes et je salue votre remise en question du système partisan qui diminue considérablement l'indépendance et la marge de manoeuvre de nos représentants. Seulement voilà, ce n'est pas demain la veille que nous verrons la fin des partis et leurs idéologies hermétiques. C'est donc un coup de gueule dans l'eau.

  • C'est quand les prochaines élections? J'ai un trou de mémoire...

  • Une erreur de frappe s'est glissée dans mon commentaire qui pourrait prêter à confusion. Il faudrait lire "le partenariat-public privé ne fait que rarement bon ménage". désolé

  • Bonsoir,

    On a bien compris le concept et que les assureurs commandent et que les pharma aussi, soit, mais que faire concrètement ? A quand une assurance cantonale publique, qu'attendez-vous pour le faire ?

    C'est bizarre que vous en parlez toujours en septembre et le reste de l'année plus rien... Quant allez-vous agir au lieu de vous plaindre et dénoncer les arnaques des assureurs?

    Comme on dit les paroles s'envolent donc j'espère que vous agirez bientôt.

    Pour le moment le seul moyen d'endiguer l'arnaque serait que les Genevois arrêtent de payer leurs primes et tous ensemble et peut-être que les assureurs commenceraient à nous respecter.

  • PJ
    A Atlanta pendant les JO, la circulation automobile a été interdite. Les consultations médicales, en particulier pour les enfants, ont immédiatement chuté.

    Un médecin de ma connaissance m'a confirmé que Genève est une ville particulièrement pathologique.

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