11/08/2018

L’arrogance d’une amnésie sélective

En réaction à l’article signé par Victor Gani, ancien vice-président de la LICRA, paru dans la Tribune de Genève du 9 août 2018, et intitulé « Aide à la Palestine: M. Cassis a bien raison ».

https://www.tdg.ch/suisse/aide-palestine-m-cassis-raison/story/10387241

Troublé. Oui je suis troublé par les propos tenus ici (TdG du 9 août) par Victor Gani , ancien vice-président de la CICAD, en soutien aux accusations maladroites, portées par le conseiller fédéral chargé des affaires étrangères Ignazio Cassis, qui, sans nuance, emboîtait en mai dernier le pas du gouvernement israëlien et de l’administration Trump, critiquant l'agence onusienne pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), et déclarant qu’elle était un "obstacle à la paix", faisant « davantage partie du problème que de la solution ».

Certes Monsieur Gani n’a pas tort, lorsqu’il dénonce l’hypocrisie des pays arabes d’accueil, qui portent une lourde responsabilité dans cette absence voulue d’intégration, permettant que trois générations, depuis 1948, n’aient connu d’autre horizon d’avenir qu’un camp de réfugiés. Mais que dire alors de l’hypocrisie de la communauté internationale, qui laisse perdurer cette situation ? Serait-ce incompatible de lutter sans concession contre l’antisémitisme et de refuser que des familles soient chassées de chez elles avec violence au seul motif qu’elles n’ont pas la confession souhaitée? Je suis convaincu du contraire.

Le rôle du droit international n’est pas d’amener les victimes à faire le deuil de leurs droits, mais bien de les aider à les défendre!

Affirmer, comme le fait Monsieur Gani que le soutien de l’UNRWA « se traduit par des programmes éducatifs cultivant l’esprit revanchard, la perspective d’un impossible et infondé « retour » », ne peut qu’interpeller.

Faut-il rappeler que le 5 juillet 1950, la Knesset votait la loi du retour, garantissant à tout Juif le droit d'immigrer en Israël ? Y a-t-il des droits au retour plus respectables que d’autres ? Je n’entend pas faire de hiérarchie dans la souffrance, et que celui qui veut argumenter sur le thème « ce n’est pas comparable », ait le courage de le faire ouvertement, et non sous le couvert d’une respectable institution qui lutte contre la discrimination, et cela particulièrement au moment où Israël s’autoproclame « Etat-Nation du peuple juif », signifiant aux autres confessions qu’elles ne seront désormais que tolérées.

Oui Monsieur Gani, cette agence onusienne s’occupe de plus de 5 millions de réfugiés alors qu’ils n’étaient que 700’000 en 1948...Faudrait-il exclure les descendants, qui n’ont pourtant rien connu d’autre que des camps depuis qu’ils sont nés ?

Oui l’UNRWA compte près de 30’000 employés sur 59 camps, mais 99 % sont des réfugiés palestiniens œuvrant comme enseignants, médecins ou travailleurs sociaux. Seraient-ce ces personnes que ces nouveaux donneurs de leçons voudraient priver d’un misérable salaire pour les pousser davantage vers le désespoir, et ceux dont ils s’occupent avec?

Oui le problème des réfugiés palestiniens est réel. Oui, cette situation n’est plus tolérable; mais elle ne sera pas réglée par sa négation, et encore moins en aggravant la souffrance de ces réfugiés, en supprimant le soutien financier à ceux qui leur viennent en aide.

 

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