13/07/2018

Qui veut maîtriser les coûts de la santé ?

 
Les primes d’assurance maladie ne cessent d’augmenter, grevant toujours davantage le pouvoir d’achat des ménages. Cette situation intolérable, tant pour les particuliers que pour les pouvoirs publics, appelle des mesures fortes. « Il faut agir ! » crient en cœur tous les acteurs, à savoir Confédération, cantons, assureurs, assurés, et fournisseurs de prestations. La déclinaison de ce mot d’ordre est pourtant plus nuancée, car le profiteur, c’est toujours l’autre ! Les coûts de la santé (plus exactement les coûts des soins) sont toujours excessifs pour autrui, mais rien n’est jamais trop cher pour soi-même. Quant aux fournisseurs de soins, entre ceux qui considèrent que le seul fait de parler de leur rémunération est indécent, voire ingrat, au vu de leur dévouement sans limites pour l’intérêt public, et ceux qui estiment qu’il faut regarder les abus du voisin avant de critiquer le leur, il y a autant à dire qu’à l’égard des assureurs, qui tentent inlassablement de nous expliquer, malgré les leçons du passé, que les primes ne sont que la résultante mathématiquement incontournable des coûts que nous générons.
 
S’il est si difficile d’agir dans ce secteur qui échappe à toutes les règles classiques de la concurrence, c’est précisément parce que la conjonction opportuniste d’intérêts à priori divergents a rendu jusqu’ici vaine toute velléité de réforme structurelle du systéme. Au point où les marionnettistes d’un chaos programmé, sinon souhaité, n’ont qu’à laisser faire la division toute naturelle que la goinfrerie ou l’inconscience des uns et des autres installe bien solidement à chaque balbutiement de solution proposée.
 
C’est pourtant l’accès pérenne pour chacun à des soins de qualité qui est en jeu. Personne n’est dupe, ou ne devrait l’être, si le discernement ne reprend pas le pouvoir, c’est le rationnement qui s’imposera...et ceux qui auront les moyens de se l’offrir, achèteront par des assurances complémentaires que l’on s’empressera de leur proposer, ce que l’on aura retiré à l’ensemble de la population.
 
Dernier exemple en date
 
Les 5 et 6 juillet dernier, la Commission de la santé du Conseil national avait à examiner le projet du Conseil fédéral (18.047) visant  à  clarifier et à renforcer les critères d’admission de nouveaux fournisseurs de prestations. En d’autres termes, alors qu’il est unanimement admis que l’offre génère la demande, et que plus il y a de médecins (notamment de spécialistes), plus les coûts de l’ambulatoire augmentent, il était question de sortir de la clause provisoire actuellement en vigueur, et maintes fois prolongée, qui n’autorise de s’opposer à une nouvelle installation que si le candidat n’a pas fait 3 ans de formation post grade en Suisse, pour passer à une réelle analyse des besoins par canton et par région. Il s’agissait du moyen le plus rapide et le plus efficace pour maîtriser les coûts de l’ambulatoire, sans laisser les assureurs choisir les médecins qu’ils acceptent de reconnaître à charge de la LAMal (fin de l’obligation de contracter).
 
Eh bien non!
 
Les intérêts partisans se sont une fois de plus exprimés, et une majorité de droite de la commission a décidé de prendre son temps et de prolonger au 30 juin 2021 la clause provisoire et insuffisante, actuellement en vigueur jusqu’au 30 juin 2019.
Motif avancé? Si les cantons veulent plus d’autonomie dans la détermination des besoins de leur population, ils doivent accepter un financement uniforme des prestations du secteur ambulatoire et stationnaire.
 
Explication
 
Actuellement les cantons prennent en charge 55% des coûts du stationnaire hospitalier (lorsque le patient y passe la nuit), les 45% restants étant à charge de la LAMal. Or, pour l’ambulatoire, qu’il soit hospitalier ou en cabinet de ville, seule la LAMal intervient. Ainsi, alors que la tendance est d’augmenter les opérations en ambulatoire, moins coûteuses, les cantons verraient, en théorie du moins, leurs charges diminuer. D’où la demande de les faire participer également aux coûts de l’ambulatoire.
A première vue logique, et, personnellement, je n’y vois pas d’objection majeure...à condition bien évidemment de pouvoir contrôler l’ambulatoire, ce qui n’est pas le cas actuellement, et à condition que cela ne fasse pas exploser la charge financière des cantons. Pour rappel, l’ambulatoire et son augmentation n’est pas sans effets, aujourd’hui déjà, sur les finances du canton, car la hausse des primes qui en résulte fait exploser le soutien de l’Etat, pour les subsides notamment, qui est actuellement de 350 millions à Genève, somme supérieure à la totalité de l’aide sociale!
 
Or, les premiers chiffres avancés, seraient de remplacer les 55% sur le seul stationnaire, par 25,5% sur la totalité du système de santé. Genève et Vaud, pour ne citer qu’eux, qui sont déjà de bons éleves, ayant encouragé autant que possible le passage à l’ambulatoire, verraient alors leurs charges cantonales augmenter de 100 millions annuels...au profit de cantons qui n’ont pas fait jusqu’ici les mêmes efforts.
Inadmissible évidemment. Genève verse déjà 400 millions au titre de la péréquation financière intercantonale et n’a pas à subventionner indirectement d’autres cantons pour 100 millions supplémentaires dans le secteur de la santé.
 
Tout cela pour dire que la mise en œuvre du financement uniforme va prendre du temps, et que le fait de le lier à une clause du besoin pour l’installation de nouveaux fournisseurs de prestations est au mieux irresponsable, au pire malhonnête, comme je l’ai déclaré récemment dans un quotidien genevois.
 
Mais ce que certains ont à l’esprit est encore plus pernicieux. Après le passage au financement uniforme, il est déjà question de passer à un système « moniste ». En d’autres termes, pourquoi faire deux factures, une à la LAMal et l’autre au canton? Il suffit que les cantons versent chaque année aux assureurs les milliards correspondants et ceux-ci se chargeront de tout...Vous voyez le tableau. Qui paye commande, et ce sera définitivement la fin de cette médecine libérale pour laquelle se bat la FMH avec une naïveté déconcertante, ainsi que de son corollaire qui est la liberté de choix du patient.
 
La morale de l’histoire
 
Que faut-il donc retenir de tout ceci? Tout simplement que nous tirons tous à la même corde et qu’au final il n’y aura que des perdants si l’excellent système de santé dont bénéficie la Suisse aujourd’hui, devient insupportable financièrement pour le budget des cantons et des ménages. Rien ne sera possible sans une traque impitoyable des faux incitatifs, des actes inutiles ou sans plus-value réelle pour la santé, et sans une recherche constante de la qualité, car rien n’est plus cher que la mauvaise qualité. Quant aux mesurettes visant la baisse de rémunération de certains actes ou la limitation du temps de consultation, au mieux, elles n’auront aucun effet concret sur la maîtrise des coûts, et au pire, elles auront un effet contraire, car le temps consacré à expliquer à un patient pourquoi tel examen n’est pas opportun, est plus économique et moins nuisible que d’ordonner cet examen.
Dans ce travail de responsabilisation collective, le rôle du patient est central, et il devra se réapproprier un pouvoir de contrôle et de décision, qu’il délègue trop souvent à des acteurs dont les intérêts propres ne sont pas toujours conformes aux siens.
 

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Commentaires

"le temps consacré à expliquer à un patient pourquoi tel examen n’est pas opportun, est plus économique et moins nuisible que d’ordonner cet examen"
Logique et bon sens s'allient dans cette phrase remarquable.

Écrit par : Mère-Grand | 13/07/2018

J'admire votre détermination consistant à montrer et démontrer que sans changements radicaux dans notre manière d'aborder les problèmes liés aux coûts des soins, nous allons droit dans le mûr.

Le mur se rapproche dangereusement et lorsqu'on interroge la population suisse, elle semble davantage attachée à une médecine de pointe alors que le coût n'est pas sa préoccupation première...Quel paradoxe !

J'admire, disais-je, votre détermination à lutter contre tous. Sans doute avez-vous déjà fait vôtre la devise de Guillaume le Taciturne :"Il n'est point nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer."

Écrit par : MIchel Sommer | 14/07/2018

Nous avons lu en d'autres blogs, à commencer par celui de madame de Neuron, que si nous étions libres de mettre de l'argent de côté chez nous, notre banque... selon nos revenus... nous serions en mesure de choisir médecines (complémentaires respectant notre personne dans sa globalité psychophysique) et médecins de notre choix

nous rappropriant de nous-même comme de notre santé et soins "à la personne"!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 14/07/2018

"si nous étions libres de mettre de l'argent de côté chez nous, notre banque... selon nos revenus... nous serions en mesure de choisir ..."
Trois questions cependant:
1. Est-ce vrai pour tout le monde?
2. Si c'est vrai, est-ce dû à la suppression des frais de gestion des caisses maladie?
3. Metterions-nous vraiment cet argent de côté pour parer au pire (et au "moins pire")?

Écrit par : Mère-Grand | 14/07/2018

A propos de notre santé nous sommes priés de nous responsabiliser... sans avoir rien à dire sinon, classes moyennes à faibles, qu'à subir une assurance maladie en ses débuts non contraignante et facultative avec promesse solennelle que jamais les primes ne nous poseraient ou causeraient problème.

Madame de Meuron dans son blog avec lucidité et courage (ne prend-t-elle aucun risque!?) aborde et approfondit ce cuisant problème et engrenage de l'assurance maladie.

Les uns et les autres, toujours.
La loi du plus fort
non le plus fort d'une loi qui appellerait au respect d'autrui quel qu'il soit.

Si nous entrions enfin en véritables temps évangéliques le commandement divin se résumerait en deux mots: "Tu aimeras!"

Aimer ne signifiant en aucun cas rentabiliser dans l'indifférence comme aux dépens d'autrui.

Écrit par : MB | 15/07/2018

J'apprécie beaucoup le soin que vous mettez à nous décrire le plus consciencieusement possible la situation générale à partir de votre poste de ministre. Je suis touchée que vous preniez le temps de vous exprimez face à la population alors que vos tâches sont débordantes.
Nous sommes arrivés dans une ambiance de marché financier cacophonique où chacun tire la corde à soi comme vous le dites. Les coûts ne sont plus maîtrisés et au lieu de chercher ce qui mène le système à la faillite, on s'est contenté de resserrer la vis, à savoir d'axer la politique sur l'économicité au détriment de l'efficacité. Du reste, Santésuisse fait l'économie des médecines experts qui contrôlaient le bien-fondé des notes d'honoraires au profit des statistiques des coûts par patient/ année. Santésuisse refuse de prendre en compte la médecine précoce pour pouvoir la mettre dans le sac de la prévention, afin de ne pas avoir à la financer. Ainsi les soins de qualité que vous évoquez ne sont appliqués que lorsque les patients présentent des maladies bien organiques. Sinon, le système gomme les symptômes la plupart du temps avec des médicaments.
Vous parlez de rationnement, il est déjà là puisque plusieurs personnes se retiennent d'aller chez le médecin pour ne pas payer la franchise.
Vous dites que "le rôle du patient est central et qu'il doit se réapproprier un pouvoir de contrôle et de décision". Avant d'avoir un pouvoir de gestionnaire, le patient devrait récupérer sa souveraineté de maintenir son corps en bonne santé et, si ce corps lui donne des signaux d'alerte apprendre à les lire et à en corriger les messages.
Au lieu de développer cette dimension d'autonomie sanitaire et salutaire, le citoyen a voté une loi où il s'est fait séduire par le slogan de "solidarité" et où il est soumis à une médecine qui tend de plus en plus au transhumanisme. De plus la technoscience médicale pousse tellement à la survie par tous les moyens qu'on en arrive à devoir créer Exit pour la contrebalancer!
En outre, le patient n'a pas le choix de suivre son intuition pour recevoir les soins appropriés proposés par l'art médical. Du reste, on le contraint quasi dès la naissance à modifier son système immunitaire en le vaccinant selon des protocoles de politique "sanitaire" qui ne tiennent pas compte de son état individuel. Donc sa santé est influencée dès le départ. Alors comment voudriez-vous qu'il puisse se dresser face à un système qui le met sous tutelle dès le berceau?

Écrit par : Marie-France de Meuron | 15/07/2018

Tous cela est bien beaux mais comme par hasard depuis l’introduction de la l’amal Obligatoire pour tous

Les primes ont augmenté chaque année. Et à ce jours nous en somme arriver à un tel point que la grande

Majorité des familles avec enfants à charge paye plus leur assurance maladi que leur impôt étant donner

Que les assurances ne tienne pas compte de leur salaire

Donc une très grande remise en question s’impose avant que le peuple soit tous au poursuite

Écrit par : Serge vallat | 15/07/2018

Admirable effort de communication! je parle bien sûr du commentaire de Serge vallat (qui d'autre?)
quant aux conséquences insupportables par les collectivités de l'actuel système LaMal

LaMal aux minimas obligatoires tels que son système de fonctionnement renvoie la charge du financements d'env 1 million d'assurés résidents (1 sur 8 de la population Suisse)

aux Hospices & services sociaux cantonaux
dont les dernières nouvelles officielles (stats 2017) nous informent de leur asphyxie, pliés qu'ils sont sous le poids de leurs obligations, y inclus la prise en charge d'assurés & famille issus de migrations récentes, d'autres sans ou peu de revenus, y inclus devenus rentiers aux AVS (logique) incomplètes.

Ce point pour évoquer le faux rôle endossé et que surjoue l'hospice général vis-à-vis du financement de l'AssMal en ce canton. A remettre sur le métier, Messieurs!

Vraiment Trop Mignon le post de Serge vallat, bravo pour cette dérision - rien de tel qu'un peu d'humour

Écrit par : divergente | 15/07/2018

Je ne sais pas si l'humour est de circonstance mais je suis d'accord avec tout ce qui a été dit ici. Merci en particulier à Mme de Meuron pour sa lucidité et son courage, abordant des sujets tabou comme la vaccination ou l'acharnement thérapeutique, on commence enfin à parler des vrais problèmes, et pas de "mesurettes" pour répartir différemment l'augmentation des coûts.

Écrit par : Yves-Alain Gygax | 24/07/2018

Oui nous sommes devenus malades dès la naissance, et nous mourrons de plus en plus malades aussi.... Dans la nature, la vie d'un individu a moins d'importance que la survie de l'espèce, mais les hommes, qui font tout pour se différencier des animaux, s'affranchir de la nature, ont inversé la règle. A commencer par la procréation assistée, qui permet à des quinquagénaires d'aller acheter des ovules à l'étranger et faire suivre sa grossesse et son accouchement (toujours avec complications donc très coûteux) en Suisse, aux frais des assurances... Et où s'arrêtera la course aux prématurés ? On sera bientôt capable de "sauver" un embryon pour le mettre dans un utérus artificiel pendant 8 mois! Est-ce cela la médecine du futur ?

Écrit par : Yves-Alain Gygax | 25/07/2018

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