27/06/2018

Chômeurs frontaliers indemnisés en Suisse. Quelle contrepartie ?

Les ministres des affaires sociales de l'Union européenne ont décidé, le 20 juin dernier, qu’à terme, les travailleurs transfrontaliers au chômage seraient indemnisés par le pays dans lequel ils ont exercé leur dernier emploi.

https://www.tdg.ch/monde/chomage-frontaliers-28-tombent-a...

En d’autres termes, les travailleurs frontaliers perdant leur emploi à Genève seraient indemnisés par l’assurance chômage suisse.

A priori logique! Quel assuré, social ou privé verserait des cotisations ou des primes sans obtenir de prestations si le risque couvert venait à se réaliser? Cela fait des années que la Suisse sait que ce changement risque d’intervenir, et même si son entrée en vigueur ne sera pas automatique pour notre pays, notre faible capacité à résister aux pressions européennes est malheureusement connue...

 Les conséquences de ce bouleversement vont au-delà des centaines de millions qui devront être versées pour ces prestations nouvelles, et qui pourraient induire une hausse des cotisations paritaires. En effet, si des indemnités journalières de chômage étaient versées, nos offices devraient soutenir activement les chômeurs frontaliers dans leur recherche d’emploi, avec pour corollaire un mépris évident envers la préférence nationale voulue par la population suisse et ancrée désormais dans notre constitution !

Renégocions !

 Il serait dès lors grand temps que nos négociateurs fédéraux, plutôt que de suggérer, pour certains, un assouplissement unilatéral des mesures d’accompagnement, ou, pour d’autres, de pousser des cris d’orfraie, prennent les devants et exigent, de l’Union européenne, en contrepartie de cette prestation nouvelle, une préférence à l’emploi "strong" pour nos chômeurs et bénéficiaires de l’aide sociale.

Plus concrètement, cette préférence à l'emploi, contrairement à la préférence "light" qui entrera en vigueur le 1er juillet prochain, impliquerait aussi l'obligation de recevoir et d’engager, à compétences équivalentes, le demandeur d'emploi, le tout assorti de sanctions dissuasives . 

En échange, plutôt que de verser des prestations de chômage en Suisse, ce que lesassociations de travailleurs frontaliers ne souhaitent pas, ce sont les cotisations encaissées durant le dernier emploi du chômeur « ex-Frontalier » (part employeur et part employé) qui seraient versées intégralement par la Suisse au pays de domicile, en l’occurrence la France, à charge pour ce dernier d’octroyer les prestations valables sur son territoire.

À cela s’ajouterait la reconnaissance, par l’Union européenne, au vu du niveau salarial suisse, d’une priorité à l’emploi pour nos résidents, quelle que soit leur nationalité, couplée,  dans un second temps, et à défaut de candidats résidents à compétences équivalentes, à une priorité à l'engagement pour les travailleurs « ex-Frontaliers », qui se verraient ainsi protégés, en cas de perte de leur emploi, contre une concurrence sans cesse croissante, issue de nouveaux travailleurs en provenance de régions de plus en plus éloignées de nos frontières.

Tout ceci procède d'un raisonnement logique:

  • En priorité, l'emploi doit être attribué à une personne résidente, qui est à charge de la collectivité, afin de préserver notre cohésion sociale.
  • Dans un second temps, il faut penser à une personne qui connaît le marché du travail local, que l'on avait engagée faute de compétences en Suisse, et qui, ayant perdu son emploi, doit être favorisée par rapport à un travailleur qui n'a jamais travaillé dans notre pays.
  • Enfin, si l'on ne trouve ni de compétence locale, ni de compétence auprès d'un ancien travailleur frontalier, il faut que notre économie aille chercher les compétences là où elles se trouvent, d'abord dans l'Union européenne, et ensuite, à défaut, au-delà. 

En d’autres termes, du gagant-gagnant, en offrant une protection de bon sens comme alternative au protectionnisme.

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Commentaires

Il semble manquer dans votre propos ce qui concerne le suivi et son terme, du chômeur domicilié sur territoire UE, soit hors de son lieu de travail en Suisse qui de facto est de caractère temporaire.

D'une, le suivi du chômeur domicilié frontalier (en termes de recherches d'emploi manifestes par ex) par toute admin Suisse est impossible, vu le domicile sur territoire UE du chômeur.

D'autre part, semble que la France n'attribue des allocations chômage à ses travailleurs frontaliers sur sol étranger, que sur un % plafond salarial, et en fonction d'un temps de cotisations enregistrées. Or ici, semble que la France s'intéresse à faire sauter ses propres verrous-plafonds d'allocations qu'elle-même se refuse à reconnaître pour ne pas les reverser, dès lors qu'elle adresse ses revendications en la matière, à la Suisse.


Mais vu qu'il s'agit de la situation des frontaliers domiciliés en France, travaillant au Luxembourg, en Belgique, Angleterre, Allemagne
Qu'en est-il?

En bref, la France change ses calculs selon le camp d'en face, rien de nouveau.

En attendant, ne faites-pas votre Antoine Vieillard, ne faites pas en sorte que les Suisses domiciliés frontaliers se retrouvent dans la situation des faux frontaliers venus du Portugal & d'à côté, de Bulgarie ou de Lettonie, avec de faux domiciles genevois.

Écrit par : divergente | 27/06/2018

Entièrement d'accord avec vous mr le conseiller d'état

Nous devons défendre avant tout les nôtres , nous ne pouvons assumer le chômage des européens.

Pour éviter toute accusation infondée reversons tout simplement l'ensemble des cotisations tant patronale que salariale a la caisse chomage française charge a eux de les indemniser selon leurs propres règles

Quand un certain parti ose prétendre le Week-end dernier que la libre circulation ne génère pas de gros désagrément je me demande s'ils sont aveugles ou se foutent du peuple et nous prennent pour des demeurés

Continuez à nous défendre et bonne législature monsieur le conseiller d'état.

Écrit par : bruno | 27/06/2018

Pas normal ! Surtout que la Suisse ne fait pas partie de L'UE! Si jamais c'est accepté quand même (!) on lancera une initiative ! On ne laissera pas faire!

Écrit par : Donnelly | 27/06/2018

En théorie l'idée peut être un bon début de compromis. En pratique en revanche une véritable discrimination à l'adresse s'est instaurée, avec les demandes d'emploi frontalières systématiquement rejetées par les employeurs, y compris lorsque le demandeur est suisse installé à la frontière pour des raisons évidentes de logement. Et le dégât collatéral majeur de la préférence cantonale est la fraude à la résidence: de nombreux européens qualifiés venus de loin s'installent à Genève pour y occuper des emplois rejetés par les résidents car trop pénibles, et en profitent pour postuler ensuite à des offres qui correspondent à leurs qualifications. Cela écarte donc les genevois ou français frontaliers qui ont effectué tout leur parcours professionnel à Genève et en connaissent le système, au profit de nouveaux arrivés qui ont su profiter des failles de cette préférence cantonale encore immature.

Écrit par : Houda Khattabi | 28/06/2018

Merci Monsieur le conseiller d'Etat pour votre intervention une fois de plus pertinente, car en effet nous devons penser au "grand Genève" qui s'étend du Salève au Jura et qui implique le niveau de protection des travailleurs/chômeurs que vous préconisez. Mais alors qui pour nous défendre face à cette Europe qui engendre localement des tensions qui n'existaient pas auparavant ? Le conseil fédéral, le gouvernement français...passons des intentions aux actes rapidement !

Écrit par : Daneyrole Remi | 28/06/2018

Tout à fait d'accord avec vous Houda Khattabi. Le problème ce ne sont pas les personnes résidant dans la région depuis des années, que ce soit à Genève, dans le canton de Vaud ou en France voisine, mais les nombreuses personnes venues s'installer ici au vu de l'attractivité du marché genevois.

Dans la mesure où les frontaliers paient un impôt à la source (qui devrait aussi être étendu aux résidents Vaudois), la discrimination nécessaire (en raison des problèmes de traffic automobile et de logements vacants) devrait s'exercer à l'encontre de tous ceux qui s'installent nouvellement dans la région (à moins que nos politiques ne résolvent les problèmes cités ci-dessus). La seule exception à cette règle devrait concerner les postes pour lesquelles des compétences très pointues ne sont pas disponibles dans la région.

Il faut donc bien une politique discriminatoire, avec des mesures favorisant aussi l'emploi des jeunes et des seniors, mais cette discrimination ne doit pas être de nature xénophobe comme le propose le parti de M. Poggia, mais à l'encontre de ceux qui ne connaissent pas notre région et le marché du travail suisse. Ces mesures doivent de plus être temporaires, afin de permettre le retour d'une libre circulation une fois certains problèmes structurels résolus.

Écrit par : Mark | 28/06/2018

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