18/02/2018

Monsieur le Maire...



(Lettre ouverte à M. Antoine Vielliard, Maire de Saint-Julien-en-Genevois)

Monsieur le Maire,

Votre dernier billet, par lequel vous commentez, jugez, et condamnez, du haut de votre promontoire haut-savoyard, la décision du Conseil d’Etat de la République et canton de Genève, de refuser bientôt l’accès aux classes du primaire aux nouveaux écoliers non domiciliés sur le canton (à l’exception des fratries), a retenu ma plus grande attention.
( http://portevoix.blog.tdg.ch/archive/2018/02/14/effectifs-scolaires-que-geneve-assume-ses-reves-delirants-de-289723.html )

J’ai particulièrement apprècié, en tant que membre du gouvernement que vous conspuez, le vocabulaire choisi que vous utilisez, et qui devrait assurément vous valoir une admission, sans examen d’entrée, à l’Institut diplomatique et consulaire. Ainsi, vous retenez le “caractère ordurier” de ce que vous qualifiez de “politique discriminatoire”. Selon vous, considérer que les enfants devraient être scolarisés à leur lieu de domicile, plutôt que sur le chemin menant au lieu de travail de leurs parents, serait une insulte à l’élémentaire bon sens, que dis-je, à l’équité.
Je ne m’attarderai pas sur les chiffres fantaisistes que vous avancez, si ce n’est pour relever que la démarche a manifestement pour but d’exprimer le coût que cette décision imposerait aux communes françaises, lesquelles supportent déjà avec un sens inouï de l’abnégation le fardeau que représentent ces travailleurs dévoués à l’économie genevoise...

Curieux discours que vous tenez là, Monsieur le Maire.
N’êtes-vous pas l’acteur de cette surveillance douanière spontanée visant à débusquer ces résidents genevois qui vivent en réalité sur votre territoire? Cela ne procède-t-il pas de la volonté de faire coïncider la réalité et le droit? Car enfin, ce qu’il faut comprendre en filigrane, c’est bien que ces personnes bénéficient des infrastructures de votre commune, sans rétrocession aucune sur les impôts encaissés à Genève.
Parlons-en de cette rétrocession, acceptée à bien plaire par Genève en 1973 pour contribuer au coût desdites infrastructures ! Sur les 259 millions EUR versés en 2016, Saint-Julien-en Genevois a reçu 5,4 millions EUR pour 4421 frontaliers sur ses 13500 habitants. Sachant qu’il s’agit de 3,5% de la masse salariale, vos communiers travaillant à Genève ont donc reçu des salaires (dont personne ne conteste évidemment la légitimité) à hauteur de 154,3 millions EUR. Où pensez-vous, Monsieur le Maire, que ce revenu est dépensé prioritairement ? Cela ne contribue-t-il pas à la richesse de votre commune et de la région ? Allons, faites-vous violence, un petit effort d’objectivité !

Et pourtant, à vous lire, les écoles primaires françaises n’auraient pas à accueillir les enfants de ces communiers-là ? Qui fait de la discrimination ? Le Grand Genève, dans votre esprit, est-il une construction à géométrie variable, dont vous devriez retirer les bénéfices mais non pas supporter les charges ?
Je croyais que vous ne souhaitiez pas faire de votre commune une cité-dortoir, reprochant à Genève de ne pas construire suffisamment, et exportant en France celles et ceux que le canton ne peut pas loger. Or, des enfants qui n’ont pas de liens amicaux et sociaux à leur lieu de domicile, et qui n’y vivent que le soir, pour faire leurs devoirs et y dormir, et le week-end, lorsqu’ils ne sont pas avec leurs parents pour faire leurs courses à Casino ou Intermarché, correspondent-ils vraiment à ce que vous voulez pour votre commune ?

J’aurais voulu vous entendre, Monsieur le Maire, défendre les frontaliers, lorsque votre Etat les a renvoyés à la sécurité sociale, les privant de facto des prestations médicales de l’hôpital universitaire de renommée internationale à deux pas de chez eux. Vous n'avez alors pas pipé mot, si ce n’est pour entonner le couplet de la solidarité. Cette même solidarité qui semble vous échapper aujourd’hui lorsque vous demandez à Genève d’assurer une scolarité qui n’a pour seul fondement que la convenance de certains parents. Cette même convenance enfin, que vous fustigez, lorsque certains préfèrent rester officiellement domiciliés à Genève tout en vivant en France.
Alors, Monsieur le Maire, plutôt que d’invoquer à tort des accords internationaux qui n’ont jamais obligé un pays à scolariser les enfants domiciliés sur le territoire d’un voisin, venez pour une fois avec des propositions constructives, afin que cette réalité qu’est le Grand Genève, qu’elle plaise ou non, coïncide avec un “mieux vivre ensemble”, plutôt que d’être une quête inlassable de ce que Genève pourrait faire davantage encore.

Recevez, Monsieur le Maire, mes certes bien consternées mais néanmoins toujours optimistes salutations .

 

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01/02/2018

Yakasseries électorales


“Yaka faire ci !”, “Yaka faire ça !”.
Au cas où certains l’ignoreraient encore, les élections approchent. Les muets retrouvent la voix, et les idées, jusque-là somnolentes, s’expriment sans retenue. L’incohérence n’est plus un obstacle et les contradictions espèrent l’oubli.

Voici d’abord Philippe Morel (PLR aux dernières nouvelles) qui, à quelques mois de sa retraite (obligatoire) des HUG, et après avoir construit sa brillante carrière de chirurgien avec le soutien du secteur public, se sent soudain venir l’inspiration de vanter les considérables mérites du secteur privé, lequel ne manquera pas de l’accueillir bientôt à bras ouverts. C’est ensuite au tour de Renaud Gautier, ancien président du Grand conseil (PLR), disparu des écrans radars depuis fort longtemps, de venir jouer le rôle des lansquenets de nos Cliniques privées, dont il était encore récemment membre d’un conseil d'administration.

Alors que le PLR est, au Parlement fédéral, le fossoyeur systématique de toute velléité de contrôle du secteur de la santé, lorsqu’elle n’émane pas des assureurs, et, par voie de conséquence, de toute tentative de maîtrise des coûts, voici que les représentants genevois de ce respectable parti, se sentent investis, à quelques mois des élections, d’une mission prétendument d’intérêt général.

Ce serait insulter leur intelligence, que de penser que ces partisans inconditionnels du libéralisme puissent encore imaginer une régulation du marché de la santé par la concurrence. Le même discours martelé qu’ils nous ont servi à propos de cette même salvatrice concurrence entre assureurs pour contenir les primes, ne fait plus rêver personne. C’est donc avec conscience et volonté de travestir la vérité qu’ils tentent de nous convaincre que nos hôpitaux publics seraient trop gros, et qu’il faudrait les faire maigrir...par un salutaire transfert de patients vers le secteur privé. Celui-ci, plus efficace et moins cher, permettrait ainsi, à les suivre, de maîtriser la croissance des coûts dits “de la santé”.

Nous voici venus au coeur du sujet ! Dans le domaine de la santé, il faut apprendre l’humilité. Personne n’a la solution magique, et ce n’est que par la conjonction de mesures associant tous les acteurs, que la hausse des coûts sera maîtrisée. Je dis bien “maîtrisée”, car il serait illusoire d’imaginer à court terme une baisse de ces mêmes coûts.
La justesse d’une option ne peut ainsi être appréciée que rétrospectivement, en la comparant aux résultats obtenus par d’autres, ayant opté pour une autre stratégie.

La question est dès lors celle de savoir si, depuis 2014, j’ai eu raison de maintenir la voie de la régulation cantonale dans la planification hospitalière, plutôt que de libéraliser le marché en laissant les patients au bénéfice de la seule assurance de base se rendre sans entraves dans nos cliniques, en faisant supporter aux finances publiques le 55% des factures émises par ces mêmes cliniques.

Le canton de Zürich, pour sa part, a opté dès 2012, pour la voie de la dérégulation, préconisée par mes détracteurs du moment. Résultat: les dépenses publiques du canton pour le financement de ses hôpitaux ont doublé, passant la même année à 1’029’389’000.-- F, alors qu’elle étaient en 2011 de 561’426’000.-- F. Elles sont restées depuis lors supérieures au milliard annuel, à tel point que le Conseil d’Etat zürichois a même imaginé un nouvel impôt sur le revenu taxant exclusivement les hôpitaux privés...
Alors que les coûts annuels par assuré pour les séjours hospitaliers ont ainsi augmenté de 24,1% entre 2011 et 2016 à Zürich, ils n’ont augmenté que de 6,9% à Genève, soit une économie de 58 millions par année pour notre canton.
Qui a eu raison et qui a eu tort ?


Si l’on compare le coût annuel des séjours hospitaliers stationnaires par assuré des deux mêmes cantons par rapport à la moyenne suisse, on constate que dès 2013, Genève est passé en-dessous de cette moyenne nationale ( 773,66 F pour Genève contre 836,56 F pour la moyenne suisse), alors que dès la même année, Zürich est passé au-dessus de la moyenne suisse (861,76 F pour Zürich contre 836,56 F toujours pour la moyenne suisse). Cela n’a plus changé depuis.
Qui a eu raison et qui a eu tort ?


Ainsi, Adrien Genecand, président ad interim du PLR genevois serait bien inspiré de préparer ses dossiers plutôt que d'asséner, sur le plateau de Léman Bleu, les contre-vérités qui lui ont été préparées par ses commanditaires, en affirmant que les HUG seraient les hôpitaux les plus chers de Suisse. En réalité, les HUG et le CHUV sont cités en exemples par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) pour leur maîtrise des coûts à travers l’octroi d’une enveloppe globale, en lieu et place d’un financement à l’acte. Pour l’édification personnelle de Monsieur Genecand, il lui sera également indiqué que les primes des Bâlois sont plus élevées que celles des Genevois.
Et pourquoi?
Si les Genevois et les Bâlois sont les plus pénalisés de Suisse, c’est en raison du nombre excessif de médecins spécialistes, qui ont fait exploser les coûts de la médecine ambulatoire, comme l’a rappelé Pascal Struppler, directeur de l’OFSP.
https://www.tdg.ch/suisse/sante-geneve-responsabilite/story/15789351


A qui la faute?
Je vous le donne en mille: au PLR, allié à l’UDC, qui a levé, de janvier 2012 à juillet 2013, tout contrôle sur l’installation de nouveaux cabinets médicaux, ce qui a tout particulièrement pénalisé les cantons frontaliers (Genève et Bâle-Ville), où les médecins de l’UE sont venus pratiquer à charge de la LAMal. Cherchez l’erreur...

La récente “grève”, annoncée par les chirurgiens de la main, puis par les chirurgiens orthopédistes, les urologues et gynécologues, renonçant à pratiquer des interventions jugées insuffisamment rentables selon le nouveau tarif Tarmed, conforte encore, si besoin, la justesse de la politique de santé menée ces dernières années, consistant à maintenir aux HUG les compétences nécessaires pour répondre aux besoins de notre population. Car si ces chirurgiens exerçant dans le privé sont encore libres de refuser d’opérer pour des questions de rentabilité ou de convenance, tel n’est pas le cas de notre hôpital public, qui doit être en mesure de recevoir tout patient, pour toute pathologie, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, 365 jours par année.
Alors fort heureusement, Genève n’a pas pris le risque de démanteler son hôpital universitaire pour satisfaire l’appétit financier de certains, faute de quoi, nos patients n’auraient d’autre choix, en pareille circonstance, que d’aller se faire opérer ailleurs en Suisse.

Quant aux partenariats public-privé, non seulement ils existent, mais ils sont encouragés, à condition que cela se fasse dans l'intérêt des patients, et que cela ne soit pas un moyen de financer le secteur privé par l’argent public. Les exemples ne manquent pas et les cliniques genevoises le savent pertinemment.

Je me réjouis de ce débat et répondrai présent à quiconque voudra le mener. Je demande cependant à tout le moins que mes adversaires politiques soient de bonne foi et correctement renseignés. Est-ce trop demander?

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