17/10/2018

Monsieur le Maire...

 

(Lettre ouverte à M. Antoine Vielliard, Maire de Saint-Julien-en-Genevois)

Monsieur le Maire,

Votre dernier billet, par lequel vous commentez, jugez, et condamnez, du haut de votre promontoire haut-savoyard, la décision du Conseil d’Etat de la République et canton de Genève, de refuser bientôt l’accès aux classes du primaire à de nouveaux écoliers non domiciliés sur le canton (à l’exception des fratries), a retenu ma plus grande attention.
( http://portevoix.blog.tdg.ch/archive/2018/02/14/effectifs-scolaires-que-geneve-assume-ses-reves-delirants-de-289723.html )

J’ai particulièrement apprècié, en tant que membre du gouvernement que vous conspuez, le vocabulaire choisi que vous utilisez, et qui devrait vous valoir une admission sans examen d’entrée, à l’Institut diplomatique et consulaire. Ainsi, vous retenez le “caractère ordurier” de ce que vous qualifiez de “politique discriminatoire”. Selon vous, considérer que les enfants devraient être scolarisés à leur lieu de domicile, plutôt que sur le chemin menant au lieu de travail de leurs parents, serait une insulte à l’élémentaire bon sens, que dis-je, à l’équité.
Je ne m’attarderai pas sur les chiffres fantaisistes que vous avancez, si ce n’est pour relever que la démarche a manifestement pour but d’exprimer le coût que cette décision imposerait, selon vous, aux communes françaises, lesquelles supportent déjà avec un sens inouï de l’abnégation le fardeau que représentent ces travailleurs dévoués à l’économie genevoise...

Curieux discours que vous tenez là, Monsieur le Maire.
N’êtes-vous pas l’acteur de cette surveillance douanière spontanée visant à débusquer ces résidents genevois qui vivent en réalité sur votre territoire? Cela ne procède-t-il pas de la volonté de faire coïncider la réalité et le droit? Car enfin, ce qu’il faut comprendre en filigrane, c’est bien que ces personnes bénéficient des infrastructures de votre commune, sans rétrocession aucune sur les impôts encaissés à Genève.
Parlons-en de cette rétrocession, acceptée à bien plaire par Genève en 1973 pour contribuer au coût desdites infrastructures ! Sur les 259 millions EUR versés en 2016, Saint-Julien-en Genevois a reçu 5,4 millions EUR pour 4421 frontaliers sur ses 13500 habitants. Sachant qu’il s’agit de 3,5% de la masse salariale, vos communiers travaillant à Genève ont donc reçu des salaires (dont personne ne conteste évidemment la légitimité) à hauteur de 154,3 millions EUR, de cette économie dont vous critiquez sans cesse la croissance. Où pensez-vous, Monsieur le Maire, que ce revenu est dépensé prioritairement ? Cela ne contribue-t-il pas à la richesse de votre commune et de la région ? Allons, faites-vous violence, un petit effort d’objectivité !

Et pourtant, à vous lire, les écoles primaires françaises n’auraient pas à accueillir les enfants de ces communiers-là ? Qui fait de la discrimination ? Le Grand Genève, dans votre esprit, est-il une construction à géométrie variable, dont vous devriez retirer les bénéfices mais non pas supporter les charges ?
Je croyais que vous ne souhaitiez pas faire de votre commune une cité-dortoir, reprochant à Genève de ne pas construire suffisamment, et d'exporter en France celles et ceux que le canton ne peut pas loger. Or, des enfants qui n’ont pas de liens amicaux et sociaux à leur lieu de domicile, et qui n’y vivent que le soir, pour faire leurs devoirs et y dormir, et le week-end, lorsqu’ils ne sont pas avec leurs parents pour faire leurs courses à Casino ou Intermarché, correspondent-ils vraiment à ce que vous voulez pour votre commune ?

J’aurais voulu vous entendre, Monsieur le Maire, défendre les frontaliers, lorsque votre Etat les a renvoyés à la sécurité sociale, les privant de facto des prestations médicales d'un hôpital universitaire de renommée internationale situé à deux pas de chez eux. Vous n'avez alors pas pipé mot, si ce n’est pour entonner le couplet de la solidarité. Cette même solidarité qui semble vous échapper aujourd’hui lorsque vous demandez à Genève d’assurer une scolarité qui n’a pour seul fondement que la convenance de certains parents. Cette même convenance que vous fustigez, lorsque certains préfèrent rester officiellement domiciliés à Genève tout en vivant en France.
Alors, Monsieur le Maire, plutôt que d’invoquer à tort des accords internationaux qui n’ont jamais obligé un pays à scolariser les enfants domiciliés sur le territoire d’un voisin, venez pour une fois avec des propositions constructives, afin que cette réalité qu’est le Grand Genève, qu’elle plaise ou non, coïncide avec un “mieux vivre ensemble”, plutôt que d’être une quête inlassable de ce que Genève pourrait faire davantage encore.

Recevez, Monsieur le Maire, mes certes bien consternées mais néanmoins toujours optimistes salutations .

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