18/07/2017

Ignazio, Ignazio...

“Ignace, Ignace, c’est un petit, petit nom charmant”, chantait Fernandel.

Oui, charmant, c’est bien le qualificatif d’Ignazio Cassis, candidat du PLR tessinois à la succession de Didier Burkhalter au Conseil fédéral. Ajoutons, intelligent, compétent et polyglotte. Peut-on rêver mieux que ce gendre idéal pour accéder à la fonction suprême? Connaissant l’intérêt d’Alain Berset pour les affaires étrangères, notre Cassis national pourrait directement passer de la présidence de la CSSS-CN (commission chargée de la santé au conseil national) à la tête du département chargé de surveiller nos assureur maladie...

Pas de problème, vraiment? Les compétences étant transférables du privé au public, et inversement, pourquoi ne verrait-on pas le PDG de Oerlikon-Bührle à la tête de notre Défense nationale?

Il se trouve toutefois que notre papable est président de Curafutura, faîtière dissidente des assureurs maladie CSS, Helsana, Sanitas et CPT, lesquels ont quitté santésuisse en s'autoproclamant “progressistes”. Ces assureurs ne sont pas seulement des assureurs privés devant rendre des comptes à des actionnaires. Ils sont surtout des assureurs chargés par la Confédération de gérer une assurance sociale. Il se trouve également que c’est sous la présidence et l’inspiration de ce même candidat que la CSSS-CN a, le 12 mai 2017, par 15 voix contre 7 et 1 abstention, décidé d’élaborer une initiative intitulée «Pour une gestion cantonale de l’admission et un renforcement de l’autonomie contractuelle» (17.442). Sous ce titre alléchant, cette initiative vise, ni plus ni moins, qu’à limiter le libre choix du médecin. Ainsi, les fournisseurs de prestations ne pourraient pratiquer à la charge de l’assurance de base que s’ils concluaient un contrat d’admission avec un assureur ou s’ils fournissaient toutes leurs prestations dans le cadre d’un réseau de soins coordonnés. C’est ce qui s’appelle un passage en finesse du libéralisme au capitalisme de connivence. Fort heureusement, la commission du Conseil des Etats doit encore se prononcer sur l’initiative. Néanmoins, le récent projet du Conseil fédéral visant à donner davantage de prérogatives aux cantons pour contrôler l’installation de nouveaux cabinets médicaux, risque bien de rencontrer une vive résistance, notamment des milieux qui, pourtant, ne cessent de marteler à longueur d’année qu’il faut lutter contre la hausse des coûts (PLR/UDC).

Alors qu’une initiative populaire est sur le point d’être lancée pour faire inscrire l’incompatibilité du mandat de parlementaire fédéral avec un rôle dirigeant au sein d’un assureur maladie social (chargé d’appliquer la LAMal) ou avec la perception d’une rémunération quelconque de la part d’un tel assureur, la présentation d'un candidat entrant clairement dans cette définition, ou, pire encore, son élection par un Parlement obnubilé par la seule origine cantonale, serait non seulement une maladresse, mais la marque d’un souverain mépris pour une partie grandissante de notre population qui tolère de moins en moins les ronds de jambes que font nos politiques aux milieux économiques.

Nous avons eu Pascal Couchepin, dont les liens, “amicaux”, avec Pierre-Marcel Revaz (Groupe Mutuel), ne furent pas un secret, et qui, de 1998 à 2008 nous a répété que nous ne faisions que payer la facture de ce que nous consommions. Nous avons vu le résultat: des centaines de millions détournés au préjudice de certains cantons pour maintenir artificiellement basses les primes d’autres cantons.

Veut-on réellement prendre le risque de recommencer? Les cassis et les poires sont certes des fruits, mais pour les bonnes poires, nous avons déjà donné!

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Commentaires

Un très vif merci à Me Poggia de nous apporter une vision d'ensemble de la situation et de nous expliquer les tentacules de la politique des assureurs maladie et de ceux qui nous gouvernent.

Il est temps que le peuple se réveille et soit plus conscient des enjeux. Ainsi, votera-t-il davantage en faveur d'élus sincères plutôt que de beaux parleurs issus des milieux économiques et juridiques.

Il est temps que la population connaisse mieux les thérapies afin de recevoir celles qui les soigneront le plus efficacement posssible et non celles issues d'un marketing très développé et de plus en plus imposées par nos assureurs.

Il est temps que les médecins puissent retrouver leur autonomie humaine. Il est étrange que personne ne réagisse au niveau politique quand des médecins se font pareillement sanctionner (cf ma note : http://mfmeuron.blog.tdg.ch/archive/2017/05/14/sanction-definitive-pour-une-doctoresse-genevoise-284017.html.), alors que le système des assureurs jouit d'un pool professionnel d'économistes, de juristes et de statisticiens pour anéantir l'existence d'un médecin dont ils ne veulent rien connaître de sa pratique si ce n'est des éléments pour l'enfoncer.
En outre, ce bataillon offensif sait pertinemment qu'un médecin, de par sa formation scientifique, n'a pas les moyens intellectuels d'affronter les méandres de la justice qui, de plus, nécessitent beaucoup de temps alors que les praticiens sont déjà surchargés par l'activité de leurs cabinets et l'obligation de suivre des formations continues.

Je désire vivement, Me Poggia, que vous nous donniez des idées de la façon dont les assurés peuvent s'investir pour modifier la situation plutôt que d'investir toujours davantage dans un système qui les dessert et ne s'occupe plus que des coûts, déniant l'efficacité comme il est pourtant stipulé dans la LAMAL

Écrit par : Marie-France de Meuron | 19/07/2017

Ignace-Ignace est un petit nom charmant... Fernandel dans un film sorti en 1937avec Raimu de quoi se Berset.

Écrit par : briand | 19/07/2017

Briand, soyez brillant! L'heure est grave et il n'est pas opportun de se contenter de jeux de mots! Entrons dans le souci de notre Conseiller d'Etat!

Écrit par : Marie-France de Meuron | 21/07/2017

Comment accepter l'imposition du médecin quand on connaît par l'expérience ou l'écoute d'autrui l'importance capitale du rapport médecin/patient?

Il faudrait revoir l'ensemble des conditions visant les assurés et garantir, quoi qu'il en soit, aux moins aisés le libre choix du médecin tant pour la personne que pour sa famille.

La situation des assurés otages des assureurs comme des actionnaires n'est-elle pas indigne d'un pays tel que la Suisse.

Directement concerné le public ne pourrait-il pas participer en soutenant mieux les initiatives positives tout en refusant "activement" les autres initiatives comme atteintes d'entropie...?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 21/07/2017

Je tiens à souligner les propos de M. B. : "Les Assurés, otages des assureurs".
Cela dénote d'un renversement de la situation puisque les assurés financent le système donc devrait être les maîtres alors qu'ils se retrouvent otages de leurs gestionnaires.
Et les situations d'otages se développent : après la limitation des prestations, il s'agit d'imposer la limitation des médecins qui sont déjà passablement considérés comme des "salariés" soumis au patron. Actuellement, les internes doivent lutter pour leurs équilibres personnels, tant leurs conditions de travail se sont resserrées. Demain, ils devront donc être élus par des économistes et des juristes, employés des assurances maladie.
Il me semble que l'on tire des ficelles selon les dernières idées surgies parmi les comités "d'experts", en oubliant l'intention première des assurances qui est de participer à la meilleure santé possible de la population. Du reste on trafique les termes et les coûts des soins remboursés prennent le nom de "coût de la santé". Ce qui est un comble puisque les assureurs ne s'occupent plus de l'efficacité des soins. Ce que l'on constate de façon répétée puisque toutes les suggestions d'économie faits ou proposées depuis quelques années ne sont pas reliées à des critères d'efficacité thérapeutique globale.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 21/07/2017

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