20/02/2017

Chômage: de pire en pire? Vraiment?

Que les choses soient claires, la situation actuelle n’est pas satisfaisante, loin s’en faut. Si de plus en plus d’entreprises prennent conscience de leur responsabilité sociale pour lutter contre le chômage, trop nombreuses sont encore celles qui, sous le couvert de ne pas trouver ici les compétences dont elles ont besoin, vont chercher plus loin des employés disposés à accepter des salaires largement compatibles avec un coût de la vie inférieur à celui des résidents genevois.
Cela dit, on ne peut laisser dire n’importe quoi sur le sujet, dans le style de l'autoflagellation récurrente dans laquelle les médias genevois sont passés maîtres. Churchill était certainement dans le vrai lorsqu’il disait que le politique qui se plaint des médias est pareil au matelot qui se plaint de la mer; néanmoins, de là à sombrer dans le “Geneva bashing” perpétuel, il y a un pas, que la recherche constante de l’auditorat ne peut seule justifier.
Venons-en aux faits!
Chacun sait que le taux de chômage dépend de facteurs multiples, qui ne relèvent pas exclusivement du lieu où il est mesuré. La comparaison s’impose dès lors comme révélateur d’une amélioration ou d’une dégradation de la situation.
Ainsi, il n’est pas suffisant d’affirmer que Genève serait “lanterne rouge” (ce qu’il n’est d'ailleurs plus pour la première fois du XXIème siècle), comme se (com-)plaisent à le répéter nos médias locaux; encore faut-il mesurer l’écart qui sépare notre taux de chômage de la moyenne nationale.
Si l’on veut bien faire l’exercice, que constate-t-on? Que depuis 10 ans, sous réserve d’un épisode en 2012, l’écart entre la Suisse et Genève n’a jamais été aussi faible.

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Voilà pour le factuel! Il fallait au moins commencer par là.
Reste que le chemin à parcourir est encore long: anticiper les besoins de notre économie avec le concours de cette dernière, soutenir la formation continue en emploi, améliorer l’adéquation des compétences de nos candidats à l’emploi avec les postes à pourvoir, convaincre davantage d’entreprises à la fois de la présence de compétences motivées locales et de la nécessité de faire passer notre cohésion sociale avant l’optimisation de la rentabilité.
Pour cela, il s'agit de collaborer. Le partenariat public-privé, ce fameux PPP, dont on parle tant, commence par là. Il n'y aura finalement que des gagnants, ou au contraire, que des perdants. Alors il est grand temps de bâtir ensemble des voies innovantes pour que chaque individu trouve une réponse personnalisée et respectueuse, et pour que chaque entreprise trouve une réponse rapide et adaptée à ses besoins.
Tout cela bien évidemment dans un cadre général favorisant l’emploi, et, sur ce plan, ceux qui se plaignent de la situation du chômage à Genève ne sont pas toujours ceux qui ont conscience de la nécessité de créer les conditions permettant le maintien de nos entreprises et de leur compétitivité.

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Commentaires

Et combien de "fin de droits" qui n'apparaissent pas dans ces chiffres ?

Écrit par : Eastwood | 20/02/2017

Monsieur Poggia, a quoi bon se gargariser du niveau comparatif du chomage avec d`autres cantons? Les chomeurs genevois s`en tapent le coquillard de savoir si, dans d`autres cantons, il y a un peu plus ou un peu moins de chomeurs. Par ailleurs, vous faites semblant d`ignorer que les statistiques chomage refletent mal le nombre de chomeurs lorsqu`il y a de plus en plus de chomeurs longue-durée qui, pour cela, sortent des statistiques. Les chiffres officiels du chomage ne refletent pas non plus la précarité sociale de ceux dont le revenu suffit a peine a joindre les bouts parce que condamnés au systeme temps partiel ou petits boulots. Bref les statistiques chomage sont un miroir déformant de la réalité économique dans laquelle vit une population.

Écrit par : jean jarogh | 20/02/2017

Si je salue régulièrement votre franc parlé, je ne puis souscrire à votre analyse qui ne concerne depuis longtemps plus Genève seule, mais l'évolution générale du monde qu'aucun élu n'ose traiter honnêtement.
Ayez le courage de le dire. D'ici moins de dix ans le RBI s'imposera tout naturellement, comme le prédit d'ailleurs notamment Obama. Pour la simple et bonne raison que la plupart des tâches seront informatisée, robotisées, automatisées. Dans tous les domaines, y compris ceux de la programmation qui est déjà actuellement prise en charge par l'intelligence artificielle.
https://medium.freecodecamp.com/bill-gates-and-elon-musk-just-warned-us-about-the-one-thing-politicians-are-too-scared-to-talk-8db9815fd398#.38d9urh9g
https://medium.com/@bennyrubles/yeah-but-who-will-build-the-robots-a53959109338#.dm70ya70m
https://worldpositive.com/the-future-of-agriculture-is-already-here-1267a01dff09#.gt52utkwi

Écrit par : PIerre Jenni | 20/02/2017

D`accord avec vous, monsieur Jenni. La robotisation va supprimer de plus en plus d`emplois dans le secondaire et le tertiaire et ce n`est pas les trucs habituels genre PPP et plus de "compétitivité" (avec plus de robotisation et moins d`impots?) qui vont permettre de gérer ca. Donc oui, il faut commencer a préparer le passage au revenu universel, ce qui ne peut se faire qu`avec une meilleure distribution des bénéfices des grandes entreprises. On aurait aussi intéret a garder a l`esprit les recommandations de l`IMF de Christine Lagarde quant a l`importance croissante du secteur public (notamment santé et éducation) dans la création d`emplois. Il est temps aussi de commencer a envisager sérieusement la fiscalisation de la robotisation a outrance. Quant au "PPP", les anglais l`ont expérimenté ces dernieres années pour découvrir que c`est excellent moyen de gaspiller l`argent (de plus en plus limité) du contribuable.

Écrit par : jean jarogh | 20/02/2017

A Eastwood: Le taux de chômage de Genève, comme pour Vaud, Neuchâtel, Tessin et Schaffhouse, mais contrairement à celui des autres cantons, fait apparaître les chômeurs en fin de droits inscrits à l'OCE. Sans eux, le taux genevois serait de 0,4 pt inférieur.
A Jarogh: Personne ne se gargarise de quoi que ce soit, et je le dis bien en introduction. Le but de ce blog est simplement de répondre au martèlement médiatique selon lequel la différence entre Genève et la Suisse continuerait à augmenter.
A Jenni: Nous avons à Genève bien mieux qu'un ridicule RBI, qui est, faut-il le rappeler, de € 600 en Finlande, qui teste le système avec 1000 chômeurs. Nous avons à Genève des prestations sociales que l'on Monsieur le directeur général, Cher Monsieur, peut nous envier de partout, même s'il n'y a pas de quoi s'enorgueillir. Je reste quant à moi persuadé qu'un RBI délivré de manière généralisée, sans condition de ressources est une aberration sociale et un suicide économique.
Merci à tous de votre intérêt.

Écrit par : Mauro Poggia | 20/02/2017

Monsieur Poggia, meme un RBI de 600 Euros est loin d`etre ridcule si vous le multipliez par plusieurs millions de bénéficiaires qui vont ainsi pouvoir réinjecter tous les mois des milliards dans l`économie. Les finlandais ont donc raison de tester, meme a petite échelle. Partout (meme en Chine) les indicateurs d`alarme économiques sont en train de passer a l`orange, il vaut donc mieux amorcer un processus d`essais et erreurs au plus tot pour se donner une chance de sauver ce qui peut l`etre. Bien-sur, il faut aussi savoir ce que l`on veut sauver, ces bénéfices qui font ressembler les bourses a des casinos de Las Vegas ou bien les emplois. Savez-vous que si les revenus des citoyens ordinaires continuent a passer a la trappe a cause du chomage et de la précarisation des emplois, le grand casino va pas non plus tarder a mettre les clés sous le paillasson?

Écrit par : jean jarogh | 20/02/2017

Je vous trouve bien méprisant envers une idée qui est partagée par les plus grands de ce monde.
Je doute que vous ayez pris le temps de parcourir les liens proposés.
Savoir se mouvoir dans la jungle des informations disponibles et un art qu'un gouverneur se doit de maîtriser. Profitez de ces raccourcis.
Oserais-je aussi vous suggérer d'assister demain à la conférence de Monsieur Xavier Oberson ?

Écrit par : Pierre Jenni | 20/02/2017

Et donc, en valeur absolue, combien de personnes en fin de droit quittent chaque année l'OCE sans avoir pu retrouver un emploi ?

Écrit par : Eastwood | 20/02/2017

Quel que soit le pourcentage des chômeurs genevois, il faut tout mettre en oeuvre pour qu'il soit aussi bas que possible. A cet effet il faut notamment tout faire pour former des gens capables de remplir les emploi disponibles. Il est dès lors ahurissant d'apprendre que depuis des années rien n'a été fait pour permettre de former plus d'infirmières (et d'infirmiers) à Genève, alors que le besoin existe, le nombre de ceux et celles que nous allons chercher à l'étranger pour accomplir cette tâche en atteste, et que, de plus, plusieurs dizaines de postulantes et de postulants ne trouvent pas de place dans la structure de formation actuelle.
L'argument du manque de place dans les structures de formation actuelles ne convaincra personne à Genève, ni le fait que rien n'ait été fait depuis des années pour remédier à la situation. Il se trouve que Monsieur Poggia soit le seul qui se soit ému de la situation, il mérite donc amplement d'être félicité pour cela, quels que soient par ailleurs les chiffres à la décimale près du chômage dans notre canton et les autres. Comme toujours, il faut se demander à qui profite la situation.

Écrit par : Mère-Grand | 21/02/2017

Pour ne rien vous apprendre, la situation est grave, même critique. Et si l’on ne réagit pas rapidement, on court vers une catastrophe sociale et économique dont on aura beaucoup de peine à se relever.

Aujourd’hui, il est très facile de tomber à l’aide sociale mais bien plus difficile d’en sortir. A vrai dire, tout est fait d’ailleurs pour y rentrer.

En effet, ce n’est pas seulement l’aide sociale qui ne fonctionne pas bien, mais aussi d’autres institutions, comme l’OCE, le SCARPA, et les PC familles.

Je vous livre ici deux exemples concrets :

Une jeune maman de 31 ans en instance de divorce. A la suite d’une crise d’adolescence, elle abandonne ses études et travaille comme caissière à la Migros pendant 10 ans. Le divorce se passe mal et la pension alimentaire n’est pas toujours payée. Elle bénéficie des PC-familles qui lui déduise la pension alimentaire ainsi qu’un revenu fictif de 600.- par mois. Les PC-familles ne tiennent pas comptent des pensions alimentaires non-payées car elle doit faire les démarches auprès du SCARPA pour les récupérer. Là c’est déjà le parcours du combattant car le SCARPA lui dit qu’ils entrent en matière que s’il y a 3 mois consécutifs de pensions non-payées. Comme Monsieur paye un mois sur deux les démarches sont longues et pénibles entre le tribunal et les nombreux documents qu’on lui demande. Les mois passent et un jour, les PC-familles demandent le renouvellement du dossier en demandant une tonne de documents qu’elle arrive à fournir dans les temps. Puis, quelques jours plus tard, elle reçoit une lettre des PC-familles lui disant que comme elle ne veut pas fournir certains documents, elle ne recevra plus ces prestations. Il se trouve que c’est moi qui l’ai aidée à monter son dossier et que c’est encore moi qui l’ai envoyé par la poste. J’ai donc téléphoné au gestionnaire de son dossier et là on m’a répondu que c’était possible qu’ils ne soient pas parvenus jusqu’à son bureau car les documents passent en premier par un autre service. Puis, après insistance, le gestionnaire m’annonce qu’il a trouvé les documents. Je vous laisse imaginer ce qui se serait passé pour cette personne si je n’avais pas été là, en tant que présidente d’une association, pour faire taire la mauvaise foi de cette personne qui dans un premier temps, s’est évertuée à me dire que Madame ne voulait pas fournir ces documents.
Ensuite, par deux fois, elle a reçu un courrier lui demandant de rembourser un trop perçu de 4000.- sans aucune explication, mais avec menace de ne plus la prendre en charge si elle ne remboursait pas. Puis silence pendant plusieurs mois et rebelote et enfin plus rien.
Avec tout ce stress accumulé, cette maman a commencé à faire des erreurs de caisse et à manquer pour cause de maladie et en a perdu son travail.
Elle s’est inscrite au chômage avec l’intention de trouver une formation dans l’administratif et de retrouver un emploi. Alors qu’elle maîtrise très bien le français et a déjà eu quelques expériences en bénévoles dans l’administration, on lui répond que comme elle est vendeuse, elle doit continuer à rechercher un travail dans ce domaine. Elle a eu beau dire qu’en élevant seule ses deux enfants, les horaires de vente étaient difficilement compatibles et qu’elle ne supportait plus ce métier, rien à faire. En revanche, elle a dès le départ, été sanctionnée de 5 jours d’indemnités pour s’être trompée de formulaire de recherche d’emploi. Elle a suivi des cours d’anglais et d’informatique qu’elle a demandé et dont le cours d’informatique lui a été refusé et qu’elle a payé par le chèque emploi-formation et a même trouvé d’elle-même, deux emplois temporaires dans des postes administratifs qui ont donné entière satisfaction aux entreprises.
Un jour, arrivée presque à la fin de son chômage, elle se trompe de date pour un rendez-vous avec sa conseillère en emploi et est sanctionnée à nouveau et se retrouve avec 1000.- de moins. Nous avons fait recours il y a 3 mois et aucune réponse n’a été donnée à ce jour, sinon qu’on allait lui répondre mais que ça prenait du temps.

Entre-temps, complètement découragée et dans un état de stress permanent quant à ses factures qui s’accumulent, elle s’est inscrite à l’aide sociale où on lui a répondu qu’elle devait être prise en charge entièrement pendant quelques temps par les PC-familles qui actuellement sont en train de refaire le calcul et pendant ce temps, elle vit avec 1500.- des PC-familles et 800.- de pensions alimentaires avec un loyer de 1400.-

Autre cas (plus court celui-là) : un monsieur de près de 60 ans, ancien ingénieur en informatique mais qui n’a plus travaillé depuis 2007. Le domaine de l’informatique est en constante évolution mais monsieur est d’après son assistante sociale, un bon candidat pour le SRP et en même temps, elle lui dit ceci : bon, vous et moi on sait très bien que vous avez peu de chance de retrouver un travail, mais svp, jouez le jeu. Donc, plusieurs mois d’une formation informatique très spécialisée et très couteuse et au final, monsieur retourne au CAS et prends patience en attendant la retraite. Il a bien réussi la formation, mais nous a dit qu’elle était obsolète sur le marché du travail, que lui le savait, l’avait dit, mais que visiblement, l’important, c’était que son AS puisse montrer à ses supérieurs qu’elle s’est bien occupée de monsieur.

De ces deux exemples, et d’autres situations vécues à l’Hospice Général, nous proposons que :

L’aide sociale soit totalement repensée (sa politique est obsolète et plus en adéquation avec la réalité du terrain) : suppression du CASI, augmentation de l’entretien de base permettant de vivre décemment pour pouvoir être déchargé de tout autre soucis que celui de retrouver un emploi. Tant à l’aide sociale qu’au niveau de l’OCE, une politique plus souple, moins psychorigide qui permette de pouvoir changer de métier, d’avoir accès à une vraie formation et un plus grand respect de la personne en ne la sanctionnant pas à tout va, pour la moindre petite erreur. Une refonte totale des PC-familles ainsi que du SCARPA. Pour les personnes de plus de 55 ans, voire 58 ans (à réfléchir), la création de rentes-pont, afin de désengorger l’aide sociale, mais qui ne serait pas irréversible. Dans toutes les institutions qui sont en contact avec des situations de précarisation, telles que l’OCE, les PC-familles entre autres, une plus grande humanité (nous entendons trop souvent ces employés nous dire qu’ils ne sont pas assistants sociaux et que ce n’est pas leur problème quand on leur explique pourquoi telle personne n’a pas pu encore fournir tel document et qu’on demande un délai). Quant à l’Hospice Général, une plus grande écoute et compréhension des problèmes psy liés à la précarité et à la santé, notamment pour les personnes en attente d’une décision AI qui ont souvent plus de peine que d’autres à apporter les documents dans les temps.

Enfin, concernant en amont la politique de l’emploi : un plus grand soutien aux petites et moyennes entreprises, en faciliter la création, avoir des emplois plus en adéquation avec les compétences locales, favoriser la formation en emploi, les services à la petite enfance, l’aide à domicile et aux personnes âgées etc. et enfin, concernant les MMT, nous ne trouvons pas normal qu’une personne à l’aide sociale, ne soit payée que 50.- de plus par moi, il s’agit ni plus ni moins qu’une forme d’exploitation qui n’est pas acceptable en terme de respect de la dignité de la personne.

Je termine en vous disant ceci : il est important de réaliser qu’un investissement financier et un changement des mentalités sont urgemment nécessaires. Il faut offrir à ces personnes en situation de précarité, une politique qui ne soit plus basée sur des règlements incitatifs, mais qui doit mettre en places des mesures encourageantes et non infantilisantes comme c’est devenu le cas aujourd’hui. C’est par une politique beaucoup respectueuse de la personne qu’on leur redonnera espoir.

Et enfin, certains nous diront que l’Etat n’a plus d’argent. Il est vrai que je connais assez peu les problèmes liés à l’exil fiscal si on prenait plus l’argent là où il se trouve. Mais je peux vous dire, que l’exil social coutera certainement bien plus cher à notre économie si on n’investit pas maintenant et en ne prenant que des mesurettes. Car enfin, les exilés fiscaux, eux, une fois partis, s’ils ne rapportent plus d’argent, ne seront pas non plus à charge de la société, en revanche, les exilés sociaux, restent sur Genève, vont en s’augmentant et seront toujours plus à charge de la société. Si on investit dans une politique sociale et de l’emploi en s’en donnant vraiment les moyens, c’est une amélioration du pouvoir d’achat, des gens qui iront moins faire leur course en France, des couts de la santé moindre, et enfin, l’envie aux citoyens de notre canton, de s’investir pour une société qui leur aura accordé le respect et la confiance qu’ils méritent de recevoir pour eux et pour leurs enfants.
Anne-Marie Peysson, Présidente de l'ALCIP

Écrit par : peysson | 25/02/2017

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