30/12/2016

Philipp Müller le prestidigitateur


La loi de mise en oeuvre du nouvel article 121a de la Constitution fédérale (gestion de l'immigration) est sous toit. Ce texte, issu de nos Chambres fédérales le 16 décembre 2016 pose de telles conditions à son application, qu'il restera lettre morte. Le but est ainsi atteint: faire croire que l'on fait quelque chose pour finalement ne rien faire, satisfaire Bruxelles et sortir de la crise autoproclamée. Bravo les enfumeurs!
Philipp Müller, ancien président du PLR, est officiellement l'artisan de ce tour de bonneteau. Mais ne nous y méprenons pas, derrière lui, c'est Economiesuisse qui tire les ficelles. Avec cette même suffisance suicidaire qui a permis l'aboutissement de l'initiative contre l'immigration de masse le 9 février 2014.

Alors que le texte adopté par les électeurs à cette date stipulait: "Les plafonds et les contingents annuels pour les étrangers exerçant une activité lucrative doivent être fixés en fonction des intérêts économiques globaux de la Suisse et dans le respect du principe de la préférence nationale; ils doivent inclure les frontaliers", les trois années de vaines palabres du Conseil fédéral auront permis de faire passer le nombre de permis frontaliers de 88'000 à 104'000, soit une augmentation de 20% au nez et à la barbe de notre démocratie bafouée.

Les milieux économiques aux courtes vues ont gagné. On serait même tenté d'ajouter "c'est de bonne guerre", si notre paix sociale n'était mise en péril. Tout cela se payera sans doute lourdement à la prochaine occasion, mais le propre du court terme n'est-il pas précisément d'ignorer le long terme?
Ce qui m'émerveille personnellement - sur le plan politique évidemment - c'est le soutien apporté par le parti socialiste suisse à cette embrouille d'Etat. Où est donc l'intérêt des travailleurs domiciliés dans notre pays à ce que l'on ne tente même pas de mettre en avant leurs compétences plutôt que d'aller chercher inlassablement de la main-d'oeuvre européenne? Cette question restera sans réponse si l'on s'en tient aux explications confuses des représentants du PS, qui rêvent sans doute encore et toujours d'une entrée de la Suisse dans l'Union européenne et, pourquoi pas, d'un mandat européen à Bruxelles...

Et voilà même que des rangs socialistes, justement, s'avance un puriste illuminé, à défaut d'être éclairé, qui nous annonce un référendum contre la loi issue du Parlement. Le politologue tessinois Nenad Stojanovic annonce cette action, non pas pour combattre une "loi scélérate", mais pour apporter à celle-ci l'onction populaire. Diantre!
Si le peuple vote oui, cela voudra dire aussi bien, selon l'orientation de l'analyste, que cette loi est superbe, ou qu'elle est encore préférable au néant.
Si le peuple vote non, la palette des interprétations sera plus large encore, mais il sera alors évident que notre Parlement refuserait de revoir sa copie, et nous aurions un bel article 121a sans descendance. Sauf le respect dû à la majorité de nos élus, le bon sens populaire dirait qu'on "ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif"...
Cameron et Renzi aussi ont parié sur un oui. Ils ont eu tort, et ils l'on payé de leur carrière. Quand on n'est pas face à un tel enjeu, faute de risque, on peut s'amuser à l'inutilité.

Il y aurait cependant meux à faire. Devant le constat affligeant de la volonté claire de la Confédération de refuser la mise en oeuvre de la Constitution, les cantons qui le souhaitent pourraient eux-mêmes adopter une législation d'application compatible avec les accords de libre circulation.
Obliger les entreprises qui sollicitent un permis frontalier à annoncer le poste ouvert à l'Office régional de placement et à démontrer que les candidats présentés, en nombre limité, n'avaient pas les compétences requises, n'entrave pas la libre circulation, mais la canalise. En tout état de cause, la réponse à cette question ne serait pas confiée à des politiciens, mais à des juges du Tribunal fédéral...
A force de jouer avec le feu, on risque bien de se brûler

11:19 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | | |  Facebook

Commentaires

Il s'agit d'une association de malfaiteurs qui traditionnellement s'opposent mais trouvent sur ce sujet un intérêt commun à s'opposer à l'UDC. Cette union contre nature ne passera pas inaperçue aux yeux du peuple qui saura le moment venu faire payer à ces collabos leur irrespect de la volonté populaire.

Écrit par : norbert maendly | 30/12/2016

Décidément je reste sous le charme de votre prose.
Merci pour cette liberté de ton. Et pour le fait de m'insuffler un brin d'espoir sur nos institutions.
Les mauvaises langues diront qu'il n'y a qu'à Genf qu'un exécutif se permet une telle indépendance pour manifester ses convictions sans en référer au collège.
J'aime.

Écrit par : Pierre Jenni | 30/12/2016

J'aime cette liberté de ton de la part d'un ministre. Le canton de Genève a de la chance de vous avoir.

Écrit par : petard | 30/12/2016

En avant vers une initiative refusant la libre circulation. Avant cela les élections en 2017; de mars aux Pays-Bas, de mai en France et de septembre en Allemagne auront donné le ton! Schengen-Dublin mortellement touchés, une Europe qui s'autodétruit!
(si possible sans actes terroristes supplémentaires)

Comme nos Ancêtres nous auront su résister et dans la perspective de l'exemple positif du Brexit en Angleterre et la relance intérieure avec Trump aux States qui donneront le chemin pour demain. Poutine ayant su imposer l'intelligence à la paranoïa US nous aurons passé tout près du pire, le diable devant s'écarter le 20 janvier prochain.

Ce ne sont pas des vœux pour 2017 mais pour les 5 ans à venir.
Que vos soirées du "grand passage" soient lumineuses et chaleureuses.

Écrit par : Corélande | 31/12/2016

Maintenant vous savez contre quoi se battent les syndicalistes.

Écrit par : Alpiger | 01/01/2017

Les commentaires sont fermés.