07/12/2016

La viduité rassurante ou le pied-de-nez antidémocratique

La mise en œuvre de l'initiative contre l'immigration de masse risque bien de connaître ces prochains jours, sa concrétisation (ou prétendue telle) législative.
Comme disait Giuseppe Tomasi di Lampedusa dans Le Guépard , "pour que tout reste comme avant, il faut que tout change".


Pour faire croire au bon peuple qu'on l'a entendu, tout en rassurant Bruxelles sur le fait que tout cela n'est que vaine agitation, une sorte d'union sacrée avec pour slogan "ensemble pour construire le vide", composée d'une gauche menée par le PS et d'une droite PLR, derrière laquelle le PDC ne manquera pas de s'aligner, nous a donc concocté une solution originale: "la viduité rassurante".

Entendons-nous bien, l'initiative du 9 février 2014, je l'ai combattue, non pas au motif que les travailleurs de notre pays ne mériteraient pas d'être protégés, bien au contraire, mais parce que la solution des contingents revenait à injecter un vaccin auquel le patient ne survivrait pas. Notre économie a des besoins, notamment de compétences, dont elle doit pouvoir disposer; nier cependant que lorsque ces compétences sont présentes sur notre territoire, elles doivent disposer d'une priorité à l'embauche, revient à mettre en péril notre cohésion et notre paix sociales.


Aujourd'hui tout le monde s'accorde, et même l'UDC qui ne l'avouera jamais, à reconnaître que le texte de cette initiative était malheureux, et que sa fidèle mise en œuvre serait suicidaire pour notre pays.
Il n'en demeure pas moins qu'à défaut d'en respecter la lettre, le Parlement fédéral devrait au moins en respecter l'esprit.

Pourtant, dans cette hypocrisie ambiante, dont le mot d'ordre unanime semble être "Sauver les bilatérales à tout prix", ce qui va sortir prochainement des débats est consternant. Jugez plutôt:

1.Ÿ l'annonce des postes vacants ne doit être faite que si, dans la branche considérée, le taux de chômage est très supérieur à la moyenne. Le PLR faisant état d'un taux de 10 à 15%...


Ÿ2. seules les entreprises qui envisagent de recruter à l'étranger sont soumises à cette obligation.


Ÿ3. l'obligation sera limitée dans le temps et aux régions touchées.


Ÿ4. les entreprises recevront les candidats présentés par les Offices régionaux de placement (ORP), au nombre qui serait limité à 3.


Ÿ5. si les entreprises décident néanmoins de recruter à l'étranger, elles n'auront aucune justification à fournir.

Vous l'avez compris, cette coquille est vide, trompeuse et néfaste. Comment l'Union européenne ne pourrait-elle pas s'en accomoder?

A minuit moins cinq, alors que le Conseil fédéral a eu presque trois ans pour négocier avec les partenaires sociaux une solution permettant de mieux protéger nos demandeurs d'emploi, solution qui n'aurait pu qu'être "eurocompatible", car construite sur des bases volontaires avec le patronat, notre Parlement va nous présenter une loi anticonstitutionnelle, inutilement contraignante pour les quelques entreprises qui y seront soumises, et totalement inefficace pour lutter contre le chômage et le dumping salarial.

En termes de gâchis, on a rarement fait mieux! On en a vus des hypocrisies, mais nous assistons ici à l'accouchement d'une synthèse.

Que l'on ne croie pas un instant que le débat s'arrêtera là. Les travailleurs de ce pays ne sont pas dupes, et à la première occasion qui leur sera donnée, ils resserreront l'étau. Même les plus malins regretteront alors leurs astuces.


La politique de l'emploi appliquée à Genève en matière de recrutement ne sera pas stoppée dans sa lancée par cette mascarade, qui n'est autre qu'une alliance pour l'inertie. Nous continuerons ici à nous battre pour convaincre l'économie qu' à compétences égales les candidats à l'emploi résidents doivent avoir la priorité.
Ce n'est que l'expression de l'élémentaire bon sens.

06:02 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (13) | | |  Facebook

Commentaires

Merci pour cet excellent billet !

Écrit par : Mère-Grand | 07/12/2016

Vous voulez sans doute parler de la vacuité ?

Écrit par : Maître Capello | 07/12/2016

Il s'agit bien de viduité, même si ce terme est généralement utilisé pour définir le délai fixé à la femme avant son remariage, afin d'éviter, en cas de naissance dans les 9 mois, qu'il y ait une double présomption de paternité.
Voici la définition alternative, applicable dans le cas d'espèce. J'ajouterai que l'utilisation de ce terme est un clin d'oeil à l'égard de l'allusion à l'accouchement d'une synthèse d'hypocrisie.

2. État de ce qui est vide, sans valeur, sans intérêt. Synon. vacuité.La sculpture (...) se stérilise et finit par nous épouvanter de sa viduité (Castagnary, Salon, t. 1, 1864, pp. 183-184).C'est partout la même viduité (...). Cette pauvreté de pensée (...) ce manque de cœur (...) a (...) gagné tout le parti socialiste politique et de proche en proche le parti syndicaliste (Péguy, Argent, 1913, p. 1110).

Écrit par : mauro poggia | 07/12/2016

Bien dit ! il est inaceptable de jouer avec la démocratie.
Etant de gauche, je n'admets pas que le vote populaire soit bafffoué dans le pays où nous avons la démocratie semi-directe.

Écrit par : Toréador | 07/12/2016

Monsieur Poggia,

Je me souviens qu'avant les bilatérales le chômage des plus de 45 ans n'était pas un souçi.
Or c'est devenu un problème majeur, que l'on feint de ne pas voir.
Un employeur à Genève écarte toute candidature locale dont l'âge excède 45 ans. Il préfère embaucher ailleurs et plus jeune (le nombre de chômeur en France constitue un réservoir inépuisable).
Combien de femmes et d'hommes formés, avec de bons certificats de travail, mais âgés de plus de 45 ans, sont exclus à Genève ?
Consultez les offres d'emplois, extrêmement rare de trouver une entreprise qui embauche un plus de 45 ans !
Et puis vous qui êtes à la tête de l'Hospice Général, combien sont-ils à finir à l'aide sociale ces résidents trop âgés, remplacés par de plus jeunes ?
Je connais trop d'exemples ou l'employeur privé local embauche un ou une jeune française qu'il paye à un niveau de salaire "confortable" pour vivre en France mais indécent pour vivre à Genève.
Ce système est absurde et coûte cher à Genève. Cela coûtera encore plus cher à l'avenir (et les entreprises devront payer pour leur pratique discriminatoire), car tout le monde vieillit et il faudra aider tous les gens compétents rejetés par les entreprises privées du canton.
Alors, on continue ?

Écrit par : franck | 07/12/2016

Explicite ! Merci

Écrit par : Meuwly Henriette | 07/12/2016

Explicite !

Écrit par : Meuwly Henriette | 07/12/2016

Bien fait ! L fallait voter Ecopop ET donner priorité aux passeports Suisses ! Maître Ypoggia NE peut pas refuser les frontaliers et privilégier les étrangers résidents, alors qu'un immense nombre de nos Genevois résident en France à cause du trop grand nombre de résidents étrangers ! Priorité aux passeports suisses ok, aux étrangers résidents sur les Suisses de FRANCE ou de Vaud NON ! Il faut casser les bilatérales ET diminuer le nombre de nos étrangers résidents !

Écrit par : Mag Favre | 07/12/2016

Pour tous les malins qui ont votés pour le PLR à l'automne 2015 par manque de courage de voter UDC et bien maintenant ils vont payer les pots cassés.
Et en plus l'UE va nous dire qu'elle n'accepte pas cette solution Ultra-light et c'est le pompon.
Pas de référendum, tant mieux! Maintenant faut passer à l'étape supérieure et virer la libre circulation, voire les bilatérales.

Quel bonheur d'être "hors-circuit" car être -Etranger-et-malmené- dans son propre pays c'est vraiment la pire des humiliations.

Écrit par : Corélande | 08/12/2016

Cher Monsieur Poggia,

Je tiens à vous transmettre, à vous et au lectorat de votre blog, un lien digne des "panama papers de l'emploi genevois". J'y ai notamment constaté que sur un échantillonnage de 289 collaborateurs du Crédit Agricole, entreprise établie au coeur de Genève rue du Rhône 67, 16 habitent en Suisse. Le taux de frontaliers sur ces 289 personnes est donc de s'élève donc à 94,46%.

https://services.datasport.com/2016/lauf/escalade/start093.htm

D'autres sociétés sont moins transparentes sur cette liste en y domiciliant la totalité des collaborateurs ou les frontaliers sur la commune où se trouve leur société. Ceci dit, je vous remercie de l'excellent travail que vous menez au sein de l'exécutif de notre canton.

Cordialement,
Patrick Wehrli

Écrit par : Patrick Wehrli | 08/12/2016

Monsieur Poggia,
Monsieur le Conseiller d’état,

Merci pour votre billet

Quand j'ai lu les conclusions du Conseil Fédéral dans les journaux, j'en ai pleuré.

C'est une trahison inqualifiable.

Je suis mère et je m'inquiète pour mes enfants. Bien diplômés, on les a poussés dehors pour engager des Français qui n'ont pas les compétences ni diplômes pour ces postes qui ont pris du grade et une meilleure échelle de salaire entre temps. Et c'est dans une administration cantonale!

Aucun syndicat ne veut en tenir compte. Peut-être sont-ils incompétents et dépassés. Les Suisses sont vraiment largués. On finit par croire que les Européens veulent vraiment leur revanche dans la jalousie à vouloir voir notre jeune génération, bien soutenue familialement, mordre la poussière... Voudraient ils aussi les voir mendier "une place de manutentionnaire journalier" pour pouvoir manger et se mettre au chaud en hiver.
C'est une injustice dévastatrice pour eux et pour leurs familles qui ont beaucoup sacrifiés pour leurs études!

Je suis écœurée que nous soyons suisses et que notre conscience professionnelle, qui a toujours eu à cœur le travail bien fait en plus de l'éthique et du respect pour la personne de nos collègues, soit jetée à la poubelle. Du jour au lendemain, exposés au dénigrement au harcèlement et à la dénégation appuyée. Dire que nous sommes des contribuables de toujours, d'assidus électeurs et votants, mais aussi des citoyens soucieux et scrupuleux envers le denier public.
Nous avons cru faire tout juste. Ou alors il y a un tricheur quelque part.

Combien d'employeurs ont déploré que ces jeunes sont sur-qualifiés (pas sous-qualifiés) et qu'ils ne veulent pas les engager présumant qu'ils vont s'ennuyer à leur poste. On croit rêver en entendant de telles arguties.
A ceux-là, peu qualifiés ou pas du tout, on leur a déjà fait le coup du manque d'expérience et de formation.
C'est décidé! Toutes les compétences sont à l'étranger. Le message doit être entendu et compris.
Nos écoles étaient-elles mauvaises? Etaient-elles passées à côté des réalités?

Quant à la formation continue? A qui bénéficie-t-elle? A ceux qui sont en emploi. Donc, nombre d'étrangers, dans la hiérarchie, détournent ces droits fédéraux pour leur propre compte même s'ils n'en ont pas besoin pour leurs fonctions. En n'accordant pas leur visa, ils bloquent ces droits à un subalterne hiérarchique qui désirerait améliorer ses connaissances dans son domaine professionnel. Ces privilégiés se constituent un bagage mal à propos et à bon compte sur le dos des contribuables du pays. Il y a du communautarisme ethnique dans le milieu du travail, au sein des entreprises et administrations. Suisses, on devient l'étranger du tiers-monde, le déclassé, le hors standard! On l'humilie!

De tout cela, les syndicats n'ont que faire. Seuls ceux qui ont un emploi méritent leur considération parce qu'ils vont alimenter leur caisse et gonfler leurs chiffres d'adhésion. Les conditions d'emploi et d'engagement ne sont pas leurs préoccupations. De toute façon, à destination de tous les syndicats, il est prélevé un montant pour chaque poste de travail indépendamment de la syndicalisation du travailleur. Ai-je raison ou tort?

Par ailleurs, ma réflexion me dit que l'UE est en plein chaos en ce moment et que parfois et à juste titre, certains membres menacent de rupture avec elle. Le Brexit n'est pas en cause, c'est la bureaucratie de Bruxelles avec ses aberrations et ses provocations qui empêchent les pays de surmonter des difficultés qui auraient pu être temporaires, et d'éviter ainsi leur appauvrissement devenu tout aussi profond qu'interminable.

Bilatérales ou adhésion, pourquoi vouloir sauter dans un navire qui tangue avec d'illégitimes et in-maîtrisables agitateurs que Bruxelles a officialisés?

Pourvu que la petite Helvétie en fasse partie se disent certains. Ce qu'on croit être une fête de réjouissance devant un gâteau parce qu'on la regarde de l'extérieur est sans doute une illusion d'optique. C'est aussi cela le malheur de notre Confédération et elle oublie que par le fait d'être indépendante, elle est un îlot de stabilité. C'est cette stabilité qui est aussi de la fiabilité tant recherchée, ce qui lui a permis, d'ailleurs, de tenir bon quand, partout à travers l'Union, c'est turpitude, gaspillage et effondrement.
L'Union Européenne se cherche elle-même, l'Helvétie doit elle s'y perdre et sacrifier ceux qui ont fait d'elle un havre de prospérité?
Pourvu que cela dure. Ce qui sera le moins sûr. L'indépendance, une fois perdue ne se retrouvera, peut-être, qu'au prix de quelques siècles de lumière et de pugnacité.

Écrit par : Beatrix | 12/12/2016

@Beatrix
Vos soucis sont partagés par de nombreuses personnes et le déni que vous mentionnez est réel. Il semble bien que trop nombreux sont ceux qui bénéficient directement ou indirectement de la situation pour que quelque chose change. Ils n'ont en tout cas pas été capables de présenter des preuves, s'il en est, propres à convaincre ceux qui en souffrent qu'ils se trompent dans les faits et les motifs avancés.
Monsieur Poggia, un des seuls politiciens qui semble se soucier des sort de gens dont vous exprimez le désarroi, a le désavantage de représenter un parti qui est mal vu, comme tous ceux que l'on qualifie de "populistes". Cela donne malheureusement à certains adversaires de ce parti ou de lui-même une excuse toute trouvée pour dénigrer la réalité des faits qu'il avance et de la cause pour laquelle il se bat.

Écrit par : Mère-Grand | 12/12/2016

@ mère-grand
Merci pour votre remarque: " Ils n'ont en tout cas pas été capables de présenter des preuves, s'il en est, propres à convaincre ceux qui en souffrent qu'ils se trompent dans les faits et les motifs avancés."

Les preuves ne sont pas à exposer dans un blog, ils sont à réserver exclusivement à qui de droit dans une défense.

Je conseille à tous ceux qui se trouvent dans cette situation de ne pas tarder à monter un dossier amplement documenté et de s'adresser au "Groupe de Confiance" et à l'OCIRT avant que celui-ci ne soit supprimé sur la volonté d'un parlement impopulaire.
On peut se fier au Groupe de Confiance pour sa confidentialité absolue. Le groupe n'en est libère que sur votre volonté écrite.

Autres conseils que je donne volontiers ici:
faites 2 dossiers. L'un technique, l'autre sous forme de rapport d'exercice.

Dossier technique:
Journal: récolte systématique de tous les actes ce chaque jour sur le lieu de travail que vous numéroterez, même sil n'y a pas eu d’événements marquants. C'est un travail d'astreinte qui va livrer des repaires utiles pour l'analyse.

Rapport d'exercice (en cours):
tout en reprenant les même références numérotées apportez le plus de précisions possibles, vos arguments, ce qui vous a été répondu, vos commentaires, vos propres refléxions et le développement de ce qui a été vos préoccupations lancinantes.
Vous pouvez aussi faire une liste indexée de tous actes et comportements de tiers qui vous ont causé du tort professionnel et sur votre vie privée.
Consignez ce que vous avez dû exécuter contre votre conscience et contre les règles de fonctionnement et de sécurité de l'entreprise ou de l'administration.

Mais on doit pouvoir juger à partir de la première lecture de votre dossier technique d'une solide probabilité de ce que vous avancez.

Audits internes et externes fractionnés.
J'ai un amer regret que le Conseil d’état, dans son corpus, ait été mal conseillé pour le choix d'un auditeur. Je me dis parfois que l'économie d'un bout de chandelle nous coûte quelques points du PIB en charges sociales et en honoraires pour des consultants ou novices ou incompétents ou peu scrupuleux. Cela avait plus désorganisé et angoissé qu'autre chose.

Un consultant consciencieux et talentueux comme Technologia, demande à ce qu'on publie sa méthodologie. Ainsi, commanditaires de l'audit, audités ainsi que partenaires sociaux peuvent faire leurs observations et décider en connaissance de cause. Pour cela, il faut un état et des individus élevés dans une tradition de transparence.
Si tous les acteurs acceptent sa méthodologie, le travail peut commencer et à chaque étape dans sa progression, les rapports intermédiaires (d'étapes) assortis de perspectives sont publiés. Le dialogue multilatéral continue et rien ne se passe en secret.
Là dessus, les syndicats suisses on signifié leur manque de poids par leur manque d'intérêt.

Le patron de ce cabinet, Jean-Claude Delgènes et le Sénateur et professeur en médecine légale Michel Debout avaient lancé un appel intitulé Appel des 44 (autorités et personnalités) en 2011, pour créer un observatoire du suicide, ensuite pour faire reconnaître le Burn-Out comme maladie professionnelle auprès du Ministère de la Santé et de la Sécurité Sociale.
Nous n'avons rien de tel en Suisse ni à Genève ou alors nous cachons tout.

Après quoi, les politiques de gestion de nos Conseillers d’État deviendraient plus lisibles et plus identifiables aussi seraient leurs orientation et intentions. Tout cela a un coût. Ce coût doit être partagé et réparti.


En France.
A ce propos, La Ministre de la Santé, Mariol Touraine, avait officellement accepté le Burn-Out comme maladie professionnelle, elle avait fait publier un décret avant que la Ministre du Travail ne l'ait rendu caduc par le remaniement de fond en comble du droit du travail. Ce qui équivaut à la suppression du droit du travail qui était jugé trop protecteur.

En Suisse.
Cet été, notre Conseil Fédéral a été catégorique, il ne veut pas le reconnaître. Maladie et frais ne sont plus à la charge des Caisses-Maladie, ni pris en charge par la Caisse patronale de Compensation pour Perte de Gain.

Écrit par : Beatrix | 12/12/2016

Les commentaires sont fermés.