26/09/2016

Primes d'assurance maladie: Genève renfloue les réserves fédérales

Les plus optimistes espéraient que l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), armé d'une nouvelle loi sur la surveillance de l'assurance maladie, entrée en vigueur cette année, ferait enfin son travail de gendarme, contre lequel nos "chers" (très chers) assureurs s'étaient battus avec acharnement.
Il est vrai que notre Parlement, décidément spécialiste des solutions "light", ne l'a finalement autorisé à intervenir que si "les primes dépassent les coûts de manière inappropriée". Malgré cette formulation épurée, il y avait de quoi faire, notamment pour Genève.

En matière d'action, les Genevois sont servis! Alors que nos assureurs demandaient cet été pour notre canton, en moyenne 5,3% pour les adultes, l'OFSP les contraint à monter à 5,7%; de même pour les jeunes adultes de 6,9% à 7,3%, et les enfants de 9,5 à 9,7%.

En d'autres termes, alors que POUR LA PREMIÈRE FOIS, l'OFSP aurait pu "faire baisser la hausse", il la fait grimper!!

Et cela alors qu'il disposait des éléments pour agir:
- Entre 2013 et 2014, les coûts de la santé pour Genève ont augmenté de 1,26%, alors que les primes effectivement encaissées en 2014 ont augmenté de 2,53% par rapport à 2013.
- Entre 2014 et 2015, les coûts ont augmenté de 2,2%, avec des primes encaissées en augmentation de 3,4%.
- La hausse des coûts entre 2015 et 2016 n'est pas encore connue, et ne le sera qu'en septembre 2017 pour l'ensemble des cantons, mais les augmentations de primes demandées entre ces deux années ont été de 4,8%.

Ainsi, sans même compter les paiements du canton de Genève au titre des subsides d'assurance maladie pour les personnes à l'aide sociale et aux prestations complémentaires, dont on ignore s'ils sont ou non intégrés par les assureurs aux primes encaissées; sans compter non plus les versements cantonaux au titre de l'article 64a LAMAL, qui obligent à verser le 85% des actes de défaut de biens obtenus par les assureurs contre des assurés genevois, il est clair que la différence, pour Genève, entre les primes encaissées auprès des assurés, et les coûts de la santé générés par ceux-ci, ne cesse d'augmenter. Une fois encore, on pénalise un bon élève, qui parvient à maîtriser ses coûts de la santé, malgré le peu d'outils qu'on lui donne pour cela.

Où va cette différence si ce n'est dans les réserves de nos assureurs, RÉSERVES QUI SONT CONSTITUÉES SUR LE PLAN NATIONAL, ET SUR L'UTILISATION DESQUELLES NOUS N'AVONS RIEN À DIRE?

En d'autres termes, Genève, par le versement de primes bien supérieures à l'évolution de ses coûts de la santé, contribue malgré lui au maintien de primes artificiellement basses dans d'autres cantons.


Ainsi, certains assureurs, particulièrement présents à Genève, augmentent précisément leurs primes pour reconstituer des réserves, dont on se dit bien qu'elles n'ont pas été perdues pour tout le monde. Il s'agit des assureurs du Groupe Mutuel, dont la Mutuel Assurances, d'Helsana, d'Assura et de la CSS

J'ai toujours pensé que notre fédéralisme avait été bâti patiemment pour tenir compte des volontés et des particularités cantonales ou régionales. Or, nous constatons ici qu'il ne sert qu'à imposer, année après année, la loi d'une majorité clairement profiteuse, qui méprise les efforts déployés par une minorité contribuante, qui se voit systématiquement refuser toute mesure de contrôle efficace.

Depuis l'année 2000, je dénonçais, avec d'autres, l'utilisation des réserves constituées par les assurés de certains cantons, dont Genève, dans l'opacité la plus totale. Il a fallu attendre 2014, pour que le Parlement reconnaisse enfin cette injustice, et accepte de rembourser, la moitié à peine de ce qui avait été indûment prélevé à une minorité de cantons au profit de la majorité (celle-là même qui ne veut rien changer au système chaque fois que la question lui est posée). Aujourd'hui, cela recommence, avec l'onction de l'administration fédérale.

Cette fois le Conseil fédéral ne peut plus dire qu'il ne savait pas ou qu'il ne pouvait rien faire. C'est la responsabilité de la Confédération qu'il engage par le laxisme de ses contrôles! En nous le lui rappellerons.

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Commentaires

Monsieur le Conseiller d'Etat,

J'apprécie depuis longtemps votre argumentation pertinente et convaincante en faveur de nous tous: les assurés.

Néanmoins, auriez-vous l'obligeance de bien vouloir cesser de tomber dans le piège langagier des adversaires que vous combattez ?

Ils sont parvenus à imposer leur expression fallacieuse et mensongère de "coût de la santé".

La "santé" ne coûte rien, vous en conviendrez.

Merci de bien vouloir parler désormais de "coût de la médecine" ou, "coût de la maladie".

Pour le reste, merci de persister en faveur de la défense des assurés à la LAMAL, c'est à dire de nous tous.

Écrit par : Jacques-André Widmer | 26/09/2016

Monsieur le Conseiller d'Etat,
Je suis scandalisée par les hausses de primes d'assurance maladie pour Genève.
En 2015 je payais fr. 368.- avec médecin de famille, en 2016, fr. 398.- en l'année prochaine fr. 444.-
Or cela fait bien plus que ce que M. Berset a annoncé en %!
Jusqu'à seront nous plumé. Le fédéralisme à ces limites.

Écrit par : Danieēle CAMEN | 26/09/2016

Augmentation des primes scandaleuse.
Toutefois, je le comprends....le toubibs ont perdus la clientàle frontalière, et sont en train d'assurer que le revenu ne change pas trôp. Genève à une densite de médecins bien trôp élevée et on ne paie plus le service rendu par le médecin, mais son salaire (spuvent excéssif, surtout pour les spécialistes).

A quand l'intersention de Berne pour arrêter cette tricherie?

Écrit par : Richard H. | 26/09/2016

Et si tous les citoyens/citoyennes refusaient de payer les nouvelles primes 2017 et continuaient de payer celles de 2016 en consignant la différence sur un compte ouvert auprès des banques cantonales (dans la même logique que la consignation des loyers bruts - sans les charges -) ?

Écrit par : Marie | 27/09/2016

Monsieur le Conseiller d'Etat,

Merci pour cet éclairage. Je me posais la question suivante: Du moment que le Fonds de Réserve est national, pourquoi ne fixerait-on pas les mêmes primes dans chaque canton et est-ce qu'il y aurait éventuellement quelque chose à faire en ce sens?

Écrit par : Magnin | 27/09/2016

Monsieur le Conseiller d'Etat,

Merci pour votre article. Mais franchement en ouvrant la presse ce jour (27.9.2016) on a l'impression de lire le même "bla bla bla" que l'année passée et l'année prochaine on aura droit au même commentaire avec le même "bla BLA BLA". Pendant ce temps ça monte, ça monte.

Écrit par : Boccard | 27/09/2016

Monsieur le Conseiller d'Etat,
Un grand BRAVO pour votre article et votre courage.

Etant moi-même actif dans le domaine de la santé à travers une société proposant de la prévention secondaire pour suivre à domicile les patients soufrants de maladies chroniques (BPCO et ICC), je pense que le politique devrait mettre en place une commission d'experts indépendants pour évaluer les réelles possibilités de réduire les coûts tout en maintenant un niveau élevé de prestations.

En effet, si nous restons dans le schéma traditionnel maladie->médecin->hôpital->re-maladie… les coûts des maladies chroniques (80% des dépenses totales de santé) continueront à grimper et les assurances n'auront d'autre choix que d'augmenter leurs primes, alors que de simples mesures préventives et à domicile permettent d'anticiper les décompensations et d'éviter les re-hospitalisations, souvent très couteuses.

Avec mes salutations les plus cordiales.

Écrit par : Laurent MENEGHIN | 28/09/2016

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