30/03/2016

Les statistiques de Santésuisse...

 

image.jpg

"Les chiffres sont aux analystes ce que les lampadaires sont aux ivrognes: ils fournissent bien plus un appui qu'un éclairage" écrivait Jean Dion.


C'est ainsi que Santésuisse retient de ses statistiques, que le coût moyen d'une consultation en cabinet de groupe est de 210 francs, alors qu'il n'est que de 186 francs pour un cabinet individuel

http://www.tdg.ch/suisse/santesuisse-critique-cabinets-groupe/story/22099384

En conclusion, travailler en groupe inciterait à multiplier les actes médicaux et donc à facturer davantage.
Limpide donc?
Pourtant trop clair pour être vrai.


D'abord, parce qu'il est curieux que Santésuisse, qui soutenait jusqu'ici les réseaux de soins (managed care), au point de demander que les assurés qui ne s'y soumettaient pas voient leurs primes majorées, fasse brusquement volte-face.

http://www.bag.admin.ch/themen/krankenversicherung/00305/06506/06664/index.html?lang=fr

Ensuite, parce que le mobile est avoué: fixer une rémunération, non plus à l'acte, mais au forfait par cas. Selon la pathologie, les médecins intervenants devraient ainsi se partager un montant déterminé, avec les difficultés pratiques que l'on imagine sans peine.

Maîtriser l'information, c'est détenir le pouvoir. Et Santésuisse le sait parfaitement.
Prenons un exemple illustratif du système utilisé par Santésuisse pour mesurer l'économicité de nos médecins: un patient a mal au genou; il va voir son généraliste qui, après une consultation, et selon son diagnostic, peut prescrire un traitement médicamenteux, une physiothérapie, voire les deux, ou, l'adresser à un spécialiste. Dans le premier cas, le coût global de prise en charge viendra influencer le coût moyen par patient du seul généraliste. Dans le second, la prise en charge de ce patient sera supportée par un généraliste et un, voire plusieurs, spécialistes, avec un coût global supérieur (peut-être d'ailleurs parfaitement justifié par la pathologie).
Dans la mesure où Santésuisse examine les coûts par numéro de remboursement LAMal, le généraliste aura une pratique moins économique dans le premier que dans le second cas, alors que globalement, il aura permis une prise en charge plus économique du patient, si celui-ci ne nécessitait pas une approche multidisciplinaire.

Ainsi, dans les cabinets collectifs, il est probable qu'au lieu de cumuler les consultations dans des cabinets individuels, le patient est immédiatement mieux orienté, avec un coût moyen légèrement supérieur, mais néanmoins inférieur à la somme des factures que sa prise en charge aurait engendrées s'il s'était adressé à un cabinet individuel.

Tout ceci démontre que Santésuisse, selon ce qu'elle veut nous faire croire, et selon où elle veut nous amener, distille les informations à son gré, sans nuance, et sans contrôle possible.

10:27 | Lien permanent | Commentaires (3) | | |  Facebook

09/03/2016

Chômage: Genève s'en prendrait aux chômeurs? Réponse à Thierry Apothéloz

Dans un billet inspiré, publié tant sur son site personnel que sur son blog de la Tribune de Genève (lien-blog), Thierry Apothéloz, Maire de Vernier et président de l’Association des communes genevoises, a mis vertement en cause les politiques genevoises de lutte contre le chômage, lesquelles, à ses yeux, plutôt que de s’en prendre au chômage lui-même, stigmatiseraient les chômeurs par des procédures « standardisées et déshumanisées » par lesquelles « tout le monde doit entrer dans le même moule ».


Par une caricaturale et inquiétante méconnaissance de ce qui se fait au quotidien à Genève, Thierry Apothéloz, procédant à un amalgame entre les mesures du marché du travail mises en place par l’Office cantonal de l’emploi et celles offertes par le Service de réinsertion professionnelle de l’Hospice général, (intervenant une fois que le candidat à l'emploi n’est plus au bénéfice d’indemnités journalières), préconise ce qui est pour lui « le secret de la réussite » à savoir « le suivi individualisé».


Puisque l'intéressé me fait l'honneur de me mettre personnellement en cause, qu'il me permette, en premier lieu, de relever que ce qui le distingue de l’ensemble des « y a qu’à » qui jalonnent notre belle République, c’est qu’au-delà de ses fonctions rappelées plus haut, il est également vice-président de l’Hospice général chargé précisément de la mise en œuvre des mesures du Service de réinsertion professionnelle, et président d'une notoire association genevoise, qui n’est autre que le principal partenaire de l’Office cantonal de l’emploi pour les mesures du marché du travail.

C’est ainsi que j’ai particulièrement peu goûté le fait que cet acteur et partenaire des mesures mises en œuvre pour permettre à nos candidats à l'emploi de regagner le marché du travail, puisse à ce point dénigrer l’activité quotidienne des collaboratrices et collaborateurs, tant de l’office cantonal de l’emploi que de l'Hospice général, qui ont réussi, ces derniers mois, non seulement par une approche individualisée des problématiques prises en charge, à contenir une hausse du chômage qui n’épargne désormais plus la Suisse tout entière, mais, mieux encore, en février 2016, à faire baisser le chômage à Genève.


Je remercie Thierry Apotheloz de citer la France en exemple, en tant que promotrice de la requalification professionnelle. Genève peut sans peine supporter la comparaison, même si tout est perfectible. Nos mesures du marché du travail, qui font actuellement l'objet d'une réévaluation, sont globalement efficaces, mais doivent être proposées avec davantage de pertinence encore, en fonction des besoins individuels. Avec le département de l'instruction publique, a été créée, pour les jeunes de 15 à 25 ans "en rupture", une prise en charge originale d'une efficacité remarquable (orientation, évaluation, appui scolaire, insertion psycho-sociale), sous le nom de Cap Formation.


Genève crée des emplois...mais le nombre de frontaliers ne cesse d'augmenter. Nos candidats à l'emploi de plus de 50 ans ont des compétences précieuses, mais nos entreprises les boudent. Tout ne se réduit pas à des questions de compétences, mais aussi de mentalités et de responsabilité sociale. Etre une entreprise jeune et dynamique n'implique pas de se séparer ou de refuser les compétences acquises au fil des ans, et dont les jeunes collaborateurs doivent pouvoir bénéficier.


J'attends encore que la Gauche de l'échiquier politique modifie enfin son rapport à la réalité, et qu'elle demande clairement la priorité pour nos candidats à l'emploi. C'est cela, avant tout, le soutien aux travailleurs de notre canton. La lutte contre le dumping salarial est certes nécessaire, mais tout n'est pas sous-enchère. Nos entreprises peuvent même s'offrir la surqualification, et éviter leur devoir de formation en allant faire leurs emplettes de l'autre côté de la frontière. Une telle attitude, compréhensible lorsque les compétences font défaut sur notre territoire, devient irresponsable lorsque des candidats, ici, sont prêts et en mesure d'assumer la tâche.


Le 9 février 2014, les Genevois ont exprimé leur pragmatisme en soutenant notre économie. Ils ont eu raison. Mais cela n'est pas définitivement acquis. Qu'on y songe déjà!

00:30 Publié dans Assurances sociales et privées, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook