09/03/2016

Chômage: Genève s'en prendrait aux chômeurs? Réponse à Thierry Apothéloz

Dans un billet inspiré, publié tant sur son site personnel que sur son blog de la Tribune de Genève (lien-blog), Thierry Apothéloz, Maire de Vernier et président de l’Association des communes genevoises, a mis vertement en cause les politiques genevoises de lutte contre le chômage, lesquelles, à ses yeux, plutôt que de s’en prendre au chômage lui-même, stigmatiseraient les chômeurs par des procédures « standardisées et déshumanisées » par lesquelles « tout le monde doit entrer dans le même moule ».


Par une caricaturale et inquiétante méconnaissance de ce qui se fait au quotidien à Genève, Thierry Apothéloz, procédant à un amalgame entre les mesures du marché du travail mises en place par l’Office cantonal de l’emploi et celles offertes par le Service de réinsertion professionnelle de l’Hospice général, (intervenant une fois que le candidat à l'emploi n’est plus au bénéfice d’indemnités journalières), préconise ce qui est pour lui « le secret de la réussite » à savoir « le suivi individualisé».


Puisque l'intéressé me fait l'honneur de me mettre personnellement en cause, qu'il me permette, en premier lieu, de relever que ce qui le distingue de l’ensemble des « y a qu’à » qui jalonnent notre belle République, c’est qu’au-delà de ses fonctions rappelées plus haut, il est également vice-président de l’Hospice général chargé précisément de la mise en œuvre des mesures du Service de réinsertion professionnelle, et président d'une notoire association genevoise, qui n’est autre que le principal partenaire de l’Office cantonal de l’emploi pour les mesures du marché du travail.

C’est ainsi que j’ai particulièrement peu goûté le fait que cet acteur et partenaire des mesures mises en œuvre pour permettre à nos candidats à l'emploi de regagner le marché du travail, puisse à ce point dénigrer l’activité quotidienne des collaboratrices et collaborateurs, tant de l’office cantonal de l’emploi que de l'Hospice général, qui ont réussi, ces derniers mois, non seulement par une approche individualisée des problématiques prises en charge, à contenir une hausse du chômage qui n’épargne désormais plus la Suisse tout entière, mais, mieux encore, en février 2016, à faire baisser le chômage à Genève.


Je remercie Thierry Apotheloz de citer la France en exemple, en tant que promotrice de la requalification professionnelle. Genève peut sans peine supporter la comparaison, même si tout est perfectible. Nos mesures du marché du travail, qui font actuellement l'objet d'une réévaluation, sont globalement efficaces, mais doivent être proposées avec davantage de pertinence encore, en fonction des besoins individuels. Avec le département de l'instruction publique, a été créée, pour les jeunes de 15 à 25 ans "en rupture", une prise en charge originale d'une efficacité remarquable (orientation, évaluation, appui scolaire, insertion psycho-sociale), sous le nom de Cap Formation.


Genève crée des emplois...mais le nombre de frontaliers ne cesse d'augmenter. Nos candidats à l'emploi de plus de 50 ans ont des compétences précieuses, mais nos entreprises les boudent. Tout ne se réduit pas à des questions de compétences, mais aussi de mentalités et de responsabilité sociale. Etre une entreprise jeune et dynamique n'implique pas de se séparer ou de refuser les compétences acquises au fil des ans, et dont les jeunes collaborateurs doivent pouvoir bénéficier.


J'attends encore que la Gauche de l'échiquier politique modifie enfin son rapport à la réalité, et qu'elle demande clairement la priorité pour nos candidats à l'emploi. C'est cela, avant tout, le soutien aux travailleurs de notre canton. La lutte contre le dumping salarial est certes nécessaire, mais tout n'est pas sous-enchère. Nos entreprises peuvent même s'offrir la surqualification, et éviter leur devoir de formation en allant faire leurs emplettes de l'autre côté de la frontière. Une telle attitude, compréhensible lorsque les compétences font défaut sur notre territoire, devient irresponsable lorsque des candidats, ici, sont prêts et en mesure d'assumer la tâche.


Le 9 février 2014, les Genevois ont exprimé leur pragmatisme en soutenant notre économie. Ils ont eu raison. Mais cela n'est pas définitivement acquis. Qu'on y songe déjà!

00:30 Publié dans Assurances sociales et privées, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.