19/02/2016

Assurance maladie. Va-t-on se moquer encore longtemps des Genevois?


Nous le savons, de 1996 à 2013, les Genevois, comme les assurés de huit autres cantons, ont été obligés de verser des primes supérieures aux coûts de la santé qu'ils ont engendrés, permettant ainsi à nos assureurs de garder artificiellement basses les primes d'une majorités de cantons suisses (alémaniques), félicités, année après année, pour leur sens aigü des responsabilités.
Le pot-aux-roses découvert, il a fallu menacer, en 2013, de toucher à un pillier de notre fédéralisme, la péréquation financière intercantonale, pour que le Parlement fédéral, du bout des lèvres, donne son aval à une Ordonnance sur la correction des primes, du 12 septembre 2014, restituant aux lésés, 800 millions sur le 1,6 milliard qui leur avait été prélevé indûment. Nous avons avalé cette première couleuvre.

Cette ordonnance, accouchée au forceps par une majorité de profiteurs du système, qui prétendaient ne pas trouver de base légale pour imposer la restitution du butin, indiquait que ces 800 millions seraient remboursés sur trois ans, en 2015, 2016 et 2017, et que participeraient à l'effort, les assurés des cantons ayant payé des primes trop basses -normal-, la Confédération, pour ne pas avoir su éviter ce dysfonctionnement -curieux-, et les assureurs, ceux-ci pouvant, au choix, puiser dans leurs réserves ou augmenter les primes de leurs assurés, y compris ceux auxquels le remboursement était destiné -inadmissible-. Nous n'avons, pour l'heure, avalé cette deuxième couleuvre, qu'à moitié..

La somme destinée aux Genevois, pour les trois ans, a été précisément arrêtée à 222'033'000 francs.
En 2015, seuls les assurés des cantons ayant versé des primes trop basses durant 18 ans et la Confédération ont mis la main au porte-monnaie, et nous avons reçu 79 francs par personne (pas 80, mais 79, afin que nous soyons convaincus du caractère scientifique de l'opération). Si l'on compte 444'000 assurés sur le canton, cela nous donne 35 millions...sur plus de 222. Troisième couleuvre.

A la fin de l'année dernière, on nous annonçait qu'en 2016, les assureurs allaient également participer à l'effort (en réalité, nos assureurs ne gèrent que notre argent et leur effort n'est que le nôtre).
Or, qu'apprenons-nous hier 18 février ?
https://www.news.admin.ch/message/index.html?lang=fr&msg-id=60693
Que nos assureurs ne participeront pas à cette tranche de remboursement (sans doute pour ne pas entamer leurs modestes réserves), mais surtout, que les Genevois ne recevront que...57,30 francs!
http://www.news.admin.ch/NSBSubscriber/message/attachments/42982.pdf

En d'autres termes, si l'on compte 450'000 assurés dans le canton, la somme remboursée ne serait que de 26 millions, lesquels, ajoutés aux 35 millions de 2015, nous donnent 61 millions en deux ans, sur les 222 millions annoncés en 2014!

Ce qui voudrait dire qu'en 2017, si l'on table sur 455'000 assurés, chaque habitant du canton devrait recevoir plus de 350 francs?
Au train où vont les choses, et compte tenu du manque de sérieux avec lequel ce sujet sensible est géré, il y a fort à parier que nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Mais cette couleuvre-là, Genève ne l'avalera pas!

Nous allons commencer par demander des explications détaillées à l'Office fédéral de la santé publique, et surtout des garanties. Genève, troisième plus important contributeur national dans le cadre de la péréquation financière intercantonale, après Zürich et Zoug, ne sera pas, une fois de plus, le dindon de la farce. Si fédéralisme rime certes avec opportunisme, il rime aussi avec réalisme.

 

 

 

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17/02/2016

Spéculation sur les denrées alimentaires. Infrarouge nous laisse sur notre faim


Ils sont venus ils sont tous là. Mais ce n'est pas pour la mort de la mamma.

Sur notre gauche, Mathias Reynard, conseiller national socialiste. Pas de cravate. Ce symbole du conformisme bourgeois doit être banni à jamais. Mal rasé, car l'amour pour la nature doit se voir au premier coup d'oeil. A ses côtés, Samuel Bendahan, député socialiste vaudois. Pull rouge, pour éviter toute confusion avec le camp adverse.

Sur notre droite, Philippe Nantermod, conseiller national PLR. La cravate à 12 heures et le sourire du vainqueur. A ses côtés, Stéphane Graber, secrétaire général de Swiss Trading and Shipping Association.

Vous l'avez compris, à gauche, les gentils qui combattent la faim dans le monde; à droite, les méchants, qui veulent se faire de l'argent sur la même faim que combattent les premiers.

Débat caricatural, dans lequel on comprend vite ce que les jeunes socialistes n'ont toujours pas bien compris. A savoir que les producteurs et les consommateurs de produits agricoles utilisent les produits dérivés, et en particulier les ventes et achats à terme, pour se prémunir contre les effets négatifs d’une hausse ou d’une baisse de prix liée à des éléments externes non maîtrisables, comme les facteurs climatiques par exemple. Là-dessus se grefferaient d'affreux spéculateurs, sans que l'on sache bien comment distinguer couverture d'un risque et spéculation.

Au-delà de ce débat stérile dans lequel chacun peut souscrire les yeux fermés à des principes élémentaires tels que: "tout le monde devrait pouvoir manger à sa faim" et "la faim ne justifie pas tous les moyens", la seule question diabolique à laquelle nos angéliques socialistes sont incapables de répondre est:

Comment la Suisse peut-être rêver de jouer la pucelle dans un bordel, et adopter ici ce dont personne ne veut ailleurs?
En d'autres termes, devant l'impossibilité de distinguer négoce de matières premières et spéculation, il suffirait aux 400 sociétés installées à Genève, garantissant 8000 emplois et 22 % du PIB du canton, de faire un saut de puce de l'autre côté de la frontière pour continuer leurs activités...Bien joué les gars!

Heureusement que Samuel Bendahan est là pour le couplet "bonne conscience". Ainsi, il nous rappelle qu'il n'est pas nécessaire d'attendre que tout le monde soit bon pour être meilleur. Pour achever de vaincre toute réticence à cet égard, il nous rappelle que si nous n'avions pas attendu autant pour abolir par nous-mêmes le secret bancaire, les autres ne nous auraient pas obligés à le faire. Voilà un exemple qu'il est bon!

Et d'ajouter que nous pourrions être pour un fois un "leader". Oui, "leader de la conn....". Pardon. Difficile de garder son calme quand le rapport à la réalité est à ce point malmené.

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