17/02/2016

Spéculation sur les denrées alimentaires. Infrarouge nous laisse sur notre faim


Ils sont venus ils sont tous là. Mais ce n'est pas pour la mort de la mamma.

Sur notre gauche, Mathias Reynard, conseiller national socialiste. Pas de cravate. Ce symbole du conformisme bourgeois doit être banni à jamais. Mal rasé, car l'amour pour la nature doit se voir au premier coup d'oeil. A ses côtés, Samuel Bendahan, député socialiste vaudois. Pull rouge, pour éviter toute confusion avec le camp adverse.

Sur notre droite, Philippe Nantermod, conseiller national PLR. La cravate à 12 heures et le sourire du vainqueur. A ses côtés, Stéphane Graber, secrétaire général de Swiss Trading and Shipping Association.

Vous l'avez compris, à gauche, les gentils qui combattent la faim dans le monde; à droite, les méchants, qui veulent se faire de l'argent sur la même faim que combattent les premiers.

Débat caricatural, dans lequel on comprend vite ce que les jeunes socialistes n'ont toujours pas bien compris. A savoir que les producteurs et les consommateurs de produits agricoles utilisent les produits dérivés, et en particulier les ventes et achats à terme, pour se prémunir contre les effets négatifs d’une hausse ou d’une baisse de prix liée à des éléments externes non maîtrisables, comme les facteurs climatiques par exemple. Là-dessus se grefferaient d'affreux spéculateurs, sans que l'on sache bien comment distinguer couverture d'un risque et spéculation.

Au-delà de ce débat stérile dans lequel chacun peut souscrire les yeux fermés à des principes élémentaires tels que: "tout le monde devrait pouvoir manger à sa faim" et "la faim ne justifie pas tous les moyens", la seule question diabolique à laquelle nos angéliques socialistes sont incapables de répondre est:

Comment la Suisse peut-être rêver de jouer la pucelle dans un bordel, et adopter ici ce dont personne ne veut ailleurs?
En d'autres termes, devant l'impossibilité de distinguer négoce de matières premières et spéculation, il suffirait aux 400 sociétés installées à Genève, garantissant 8000 emplois et 22 % du PIB du canton, de faire un saut de puce de l'autre côté de la frontière pour continuer leurs activités...Bien joué les gars!

Heureusement que Samuel Bendahan est là pour le couplet "bonne conscience". Ainsi, il nous rappelle qu'il n'est pas nécessaire d'attendre que tout le monde soit bon pour être meilleur. Pour achever de vaincre toute réticence à cet égard, il nous rappelle que si nous n'avions pas attendu autant pour abolir par nous-mêmes le secret bancaire, les autres ne nous auraient pas obligés à le faire. Voilà un exemple qu'il est bon!

Et d'ajouter que nous pourrions être pour un fois un "leader". Oui, "leader de la conn....". Pardon. Difficile de garder son calme quand le rapport à la réalité est à ce point malmené.

23:27 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | | |  Facebook

Commentaires

Très bon article on peut même ajouter à cette hypocrisie ce qui a fait sourire de nombreux citoyens c'est de voir les mines enjouées par devant caméra affichées par des jeunes UDC entrain de manger .
Ce qui a fait dire à beaucoup d'autres citoyens, à force d'écouter des comportementalistes environnementalistes ces jeunes sont obligés de se cacher pour manger et pour cela il n'y a plus que l'adhésion à un parti pour se sentir en sécurité et manger sans se sentir coupables !

Écrit par : lovejoie | 18/02/2016

« Sur notre gauche, ... »
« Sur notre droite, ... »
« Au-delà de ce débat stérile dans lequel chacun peut souscrire les yeux fermés à des principes élémentaires tels que ... »

Ah ben ... histoire de faire rire tout le monde ... on a pas droit à quelques uns de ces "principes élémentaires" venant de "notre droite" ?

Écrit par : Chuck Jones | 18/02/2016

Ici aussi j'apprécie votre sincérité.
Vous reconnaissez donc que nous sommes des putes qui gagnons honnêtement notre vie en suivant les règles universelles.
Et on comprend que la politique est l'art d'arranger les restes.
Pas grand chose de plus à en attendre.

Écrit par : Pierre Jenni | 18/02/2016

Un peu plus sérieusement, Monsieur Poggia, il faudra un jour choisir, si nous voulons éviter la schizophrénie, entre la promotion des droits de l'homme et plus particulièrement les conventions de Genève, ville de paix, et la spéculation des grands groupes transnationaux qui ont déjà commencé l'exode en réaction à l'harmonisation fiscale programmée.

S'il est vrai que ce débat sur infrarouge était pénible, de mon point de vue surtout à cause des représentants de la droite qui répétaient inlassablement la même litanie sans jamais répondre aux remarques de leurs opposants, votre billet est aussi terriblement réducteur.

Les grands groupes du négoce des matières premières, et pas seulement ceux actifs dans l'alimentaire, sont sur la sellette. La Déclaration de Berne, organisation reconnue d'utilité publique, qui fustige inlassablement leurs violations systématiques des conventions précitées, ont obtenu une prise de position du Conseil fédéral qui, par la frilosité de son rapport, ne fait que relever le malaise.

Vous pouvez vous moquer de M. Bendahan qui propose d'anticiper, voire même, pour une fois, de donner l'exemple, mais vous serez moins fiers lorsque les pratiques de ces groupes nous sauteront au visage et que notre pays sera à nouveau la cible de critiques justifiées envers notre opportunisme mesquin.

Je pense au contraire que, vu la volatilité de ces entreprises et la facilité avec laquelle elle peuvent en un clin d'oeil se relocaliser dans des pays moins regardants et surtout plus intéressants fiscalement, nous aurions certainement intérêt à redorer notre blason et donner du sens au travail très constructif de nos autorités fédérales qui misent sur nos outil très prisés que sont la neutralité et, dans une moindre mesure, la démocratie directe.
Le récent mandat d'intermédiaire entre l'Iran et l'Arabie Saoudite en est un bon exemple.

Mais pour préserver notre crédibilité et éviter une crise dans la foulée de celle des fonds en déshérence et du secret bancaire, nous avons tout intérêt à valider l'initiative des jeunes socialistes.

Votre cynisme est de rigueur pour un magistrat qui doit défendre collégialement la place économique de notre canton, mais c'est aussi votre devoir de prévoir à plus long terme.

Écrit par : Pierre Jenni | 18/02/2016

A Pierre Jenni.
Vous avez en partie raison. Il y a du cynisme à faire comme si de rien n'était en essayant de tirer notre épingle du jeu. Il y a par contre de la naïveté à vouloir jouer les premiers de classe en pensant que nous en retirerons la gratitude universelle.
Pensez-vous réellement que les Etats-Unis, à la tête de la fronde dirigée contre la Suisse et son secret bancaire, ont agi ainsi pour défendre l'éthique bancaire? Aujourd'hui les Etats-Unis sont sans doute le pays le plus opaque dans ce domaine. On peut y créer des sociétés en un tour de main, sans qu'il y ait un seul fichier central des ayants-droits. Tout cela ne fut qu'hypocrisie, et personne n'était dupe. Nous avons fléchi, comme le roseau, pour ne pas rompre comme le chêne...et aujourd'hui nos détracteurs se frottent les mains.
Alors je dis une seule chose: l'autoflagellation pour laquelle nous avons un penchant n'est pas ma tasse de thé. Nous devons être les moteurs d'un changement, mais celui-ci doit se faire sur le plan international, non au niveau national. Faute de quoi nous allons nous tirer une balle dans le pied.
C'est comme le désarmement. Le but est louable et doit être recherché en commun sur le plan international. Imaginez une seconde que tous les états jouent les bons élèvent...à l'exception de la Corée du Nord. La suite vous pouvez l'écrire.
En résumé je ne me contente pas d'une situation insatisfaisante, je dis seulement qu'il faut être réaliste et que le changement ne viendra pas en donnant le bon exemple...que personne ne suivra.

Écrit par : mauro poggia | 18/02/2016

Je suis d'accord Monsieur Poggia.
A une nuance près, on ne peut comparer les Etats-Unis et la Suisse.
Nous avons une carte à jouer sur la scène internationale bien différente de celle des USA.
En faisant comme tout le monde, certes on évite de se faire tout bouffer, mais on perd en crédibilité dans un domaine où nous sommes bons et sollicités.
Si nous continuons avec les affaires qui défraient la chronique périodiquement nous risquons de perdre cet atout majeur.
Ce qui m'a particulièrement déplu dans le débat à infrarouge, c'est que les opposants n'ont jamais eu le courage de tenir votre langage. Ils nous prennent donc pour des imbéciles.
Certes il sera bien difficile de trouver des règles qui permettent de trier le bon grain de l'ivraie, mais l'intention est louable et elle ne remet pas en question les mécanismes du négoce international. Finalement nous pourrions marquer des points juste par des déclarations d'intentions qui seraient suivies d'effets insignifiants mais qui auraient au moins le mérite de tracer la voie pour des pratiques plus équitables.
Je partage aussi votre point de vue sur l'importance de régler ces questions au niveau universel, mais nous n'avons pas d'organe qui le permet. L'ONU a bel et bien émis des rapports que Monsieur Bendahan ne cessait de mettre en avant, mais ils font sourire.
Pourtant nous avançons. Les américains en ont assez de voir leurs poids lourds migrer sous des cieux fiscaux plus cléments et l'OCDE impose des règles qui nous obligent à revoir nos mécanismes de concurrence cantonale. Le taux d'imposition à 13 % qui sera douloureux le confirme.
Bref, j'estime que nous avons là une bonne occasion de montrer patte blanche sans prendre de gros risques et avec, peut-être, il est bon de rêver, le début d'un mouvement de plus grande ampleur.

Écrit par : Pierre Jenni | 19/02/2016

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