10/11/2015

Fonction publique: construire sur la grève avant la vague

Iplage.jpgls l'avaient annoncée, elle est là. Personne n'en doutait d'ailleurs.

La grève de la fonction publique réunit, sous une même bannière barriolée, des craintes, et des mécontentements, sans doute aussi compréhensibles et respectables, que variés et divers, sans que l'on sache cependant si la contestation porte sur la réalité de la situation préoccupante des finances cantonales ou sur les moyens proposés pour rétablir l'équilibre des comptes de l'Etat.

Mon propos n'est pas ici de marteler la fausseté d'un propos syndical, qui a délibérément choisi le Conseil d'Etat comme coupable désigné de l'échec d'un dialogue voulu mort-né par ceux-là mêmes qui en déplorent le trépas.

Dans l'attente d'une résurrection peu probable, au seul motif que ceux qui l'appellent de leurs vœux seraient bien empruntés d'esquisser les alternatives praticables qui leur sont demandées depuis des semaines, misons sur le bon sens, sachant que l'écrasante majorité des collaborateurs de l'Etat en sont largement dotés, contrairement à ce que pourrait nous laisser penser la lecture de certains calicots qui arpentent nos rues ces jours-ci.

Au regret de devoir convier certains aux obsèques de leurs illusions, il faut bien constater que la conjoncture actuelle n'est pas seulement morose, comme on se plaît parfois à la qualifier, mais bien plutôt préoccupante. Chargé du chômage, sujet ô combien douloureux à Genève, je vois jour après jour s'allonger la liste des licenciements collectifs. Derrière chacun d'eux se cache souvent un drame humain et familial. Les recettes fiscales, des personnes physiques et morales, ne peuvent logiquement que suivre le mouvement…

Pourtant les prestations à une population de plus en plus précarisée ne cessent d'augmenter. Et nous devons faire face. Pas question d'appliquer le principe "premier arrivé, premier servi". Le soutien à nos aînés et aux personnes handicapées, la formation de nos jeunes ou les soins aux malades, notamment, augmentent avec la population. Pas question non plus d'esquiver la réalité.

Devant une telle situation, avec une dette supérieure à celle cumulée de tous les autres cantons suisses, nous ne pouvons rester inertes. Avec le respect que méritent les collaborateurs de la fonction publique, le Conseil d'Etat ne propose ni licenciements, ni baisses de salaires, ni mesures touchant les prestations de la caisse de pensions (renflouée par les contribuables à raison de 140 millions par année durant 40 ans ), mais demande une réduction progressive des coûts de fonctionnement équivalant à 5% de la masse salariale à l'horizon 2018, par rapport à 2015.

Considérant qu'au cours des années '90, 11% avaient été atteints en 5 ans, l'objectif paraît réalisable, même s'il est certain qu'il ne sera pas indolore. Dans ce contexte, la hausse de l'horaire de travail à 42 heures (il est de 41h30 en terre vaudoise), sur laquelle toutes les colères semblent s'être focalisées, n'est qu'une piste suggérée pour atteindre ce 5%, et non une mesure qui s'y ajoute.

Cela étant, les pistes d'économies sont sans doute nombreuses, et personne mieux que les collaborateurs de l'Etat n'est à même de les débusquer. Augmenter l'efficience et l'agilité de l'Etat permet certainement, dans de nombreux services, de maintenir la qualité des prestations, sans augmenter le nombre de collaborateurs, et même en les diminuant.

Il nous appartient dès lors d'être à l'écoute attentive de celles et ceux par qui les politiques publiques se réalisent au quotidien. Sans tabous et sans censure!

Ne pouvant prendre d'engagement que pour le Département de l'emploi, des affaires sociales et de la santé que je dirige, et indépendamment des décisions que prendront le Conseil d'Etat et le Grand conseil, j'entends en conséquence, si cette proposition rencontre l'écho favorable que j'espère, donner la parole à chacune et à chacun, en mettant sur pied des états généraux.

Au sein de chaque service de mon département, une réflexion sera demandée à tous les niveaux, afin d'améliorer le mode de délivrance des prestations avec davantage d'efficacité.
Ce que l'on a toujours voulu dire, sans jamais oser le faire, c'est maintenant. Avec mesure, respect, et dans un esprit constructif.

Car l'Etat restera une notion abstraite si chaque collaborateur ne s'approprie pas, dans l'intérêt général, une parcelle de cette puissance publique.

 

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