21/06/2015

StopBunkers: Comprendre avant de Revendiquer

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Le Mouvement StopBunkers, qui exige des solutions alternatives à l'hébergement de requérants d'asile dans desabris PC, est certainement légitime. Je l'ai dit, et je le répète, vivre dans un abri durant des mois, même si l'on peut ne s'yrendre que pour dormir, n'est ni humainement acceptable, ni économiquement supportable pour la collectivité.

Faire cependant croire que l'Etat choisirait délibérément cette solution pour dissuader les requérants de rester chez nous, ou, même, le ferait par paresse ou inaction,  résulte soit d'une méonnaissance crasse de la problématique, soit, pire, d'une malhonnêteté intellectuelle irresponsable et dangereuse.

Dangereuse car, d'un côté, les réfugiés ne pourraient alors que nourrir l'idée qu'ils n'ont aucun respect à avoir pour une société qui les rejette comme des êtres humains de seconde catégorie, et de l'autre, car la population genevoise ne pourrait que ressentir comme de l'ingratitude les propos revendicatifs,voire agressifs, de certains migrants, relayés par les médias, et qui pourraient dès lors devenir la caricature de ce que certains espèrent pour fermer davantage notre pays à la souffrance de certaines parties du monde.

 

Première accusation: "il y a des alternatives, et il faut les choisir"

Depuis le début de la législature, je vois l'Hospice général chercheactivement des solutions avec tous les partenaires possibles, et déboucher sur divers projets, avec, comme à l'accoutumée, leur dose de chicanes, d'oppositions et de recours. La solidarité c'est bien, ailleurs c'est mieux...

Peu sensationnelle, l'ouverture du Foyer de Feuillasse, avec 106 studios, en mars dernier, n'a été que peu relayée par les médias. Actuellement un centre d'hébergement, retardé par un échange de parcelles, est en cours de construction à la route des Jeunes. Malheureusement, les 160 places qui seront créées serviront prioritairement à accueillir les résidents du Foyer Frank Thomas, aux Eaux-Vives, devant fermer en vue de l'arrivée du CEVA.

En collaboration avec l'Office des Bâtiments pour le département des finances, et les services du DALE, mon partement avance parallèlement sur une quinzaine de pistes concrètes, que ce soit l'aménagement de timents existants, l'installation d'habitations modulables, ou la construction de bâtiments "en dur".

De la part d'organisations ou de mouvements qui n'ont pas avancé la moindre proposition concrète,  incapables de surcroit d'indiquer le moindre projet qui ne serait pas suivi scrupuleusement, l'accusation de "ne rien faire", sonne comme une critique opportuniste vide de sens.

Dans cette confusion savamment entretenue par celles et ceux qui voudraient s'auto-proclamer les seuls fenseurs crédibles de la Genève humanitaire, la Ville de Genève, par son Conseil administratif, est entrée en scène, bien malgré elle, en accueillant provisoirement les requérants déboutés ou faisant l'objet d'une non-entrée-en-matière (NEM) qui avaient occupé le Grütli, tout en invitant le Conseil d'Etat, à trouver une solution "digne et rapide".

En ce qui concerne la rapidité, la critique, douce aux oreilles de certains qui se voient ainsi confortés dans l'idée que le canton traîne les pieds, méconnaît la réalité des faits, comme indiqué ci-dessus.

Pour ce qui est de la dignité, il est rappelé que les personnes concernées dans l'immédiat sont des demandeurs déboutés,devant quitter la Suisse, et n'ayant jusqu'ici jamais été dans un abri...Que dire des personnes sans domicile fixe logées avec bienveillance durant les grands froids d'hiver dans deux abris PC par la Ville elle-même? La dignité serait-elle à géométrie variable?

Pour sortir de l'impasse, le Conseil administratif a proposé un local au Seujet...pendant dix jours (et après?). Proposition refusée par les occupants du Grütliselon la Tribune de Genève, en raison de l'absence de douches (disponibles dans les abris, faut-il le rappeler), et d'une présence policière trop intense (moi qui croyais que la présence policière était de nature à rassurer).

Pour éviter une confrontation qui serait regrettable lors de l'évacuation du Grütli, le Conseil administratif propose en dernier espoir une salle de sports, durant deux mois, dans laquelle seraient logés les 80 requérants déboutés devant quitter les Tattes, pour y laisser la place à des familles avec femmes et enfants, y compris la vingtaine qui occupe actuellement le Grütli. Nord-Africains et Africains, en guerre ouverte aux Tattes (hier soir encore la police était sur place),seraient ainsi en promiscuitéalors qu'une séparation est prévue pour l'hébergement en abris.

Pire encore à mes yeux: alors que certains requérants, déboutés ou non, logent dans des abris depuis des mois, avec résignation, et envers lesquels nos actions devraient porter en priorité, nous donnerions satisfaction à des personnes devant quitter la Suisse, avec souvent un casier judiciaire, et alors qu'elles n'ont pas résidé un seul jour en abri, du seul fait qu'elles seraient plus bruyantes et dérangeantes pour la bienpensance de certains? Et cela en devant mettre dans des abris de nouveaux arrivants dont la demande d'asile serait encours d'examen?

Comment justifier une telle inégalité de traitement et une telle atteinte au principe d'équité?

Si des solutions provisoires devaient être trouvées durant l'été, sans frais excessifselles devraient bénéficier en priorité, non pas à ceux qui n'ont jamais mis un pied dans un abri PC, ou qui ont été condamnés pénalement, mais à ceux qui y sont hébergés depuis le plus longtemps, et qui ont droit à des conditions meilleures, même temporairement, dans l'attente des alternatives en cours.

En 2014, ce ne sont pas moins de 90 millions qui ont été consacrés à la politique de l'asile à Genève, dont 34 à charge des contribuables GenevoisPourquoi faudrait-il augmenter encore cette facture pour des solutions alambiquées sans lendemain, négociées sous la pression? Durant la guerre des Balkans des années 90', neuf abris PC avaient été ouverts sanssusciter d'états d'âmes. Il fallait faire face à une situation d'urgence. Ces personnes fuyaient la guerre, les bombes, la torture. Elles étaient reconnaissantes pour la sécurité que la Suisse leur procurait.

Aujourd'hui Genève ne demande pas de gratitude aux personnes qu'elle accueille, et qui, dans leur grande majorité la lui témoignent. Elle demande seulement qu'on ne lui crache pas au visage parce qu'elle ne peut pas faire mieux, pour l'instant.

 

Seconde accusation: "il fallait anticiper"

Si l'on ne peut faire mieux que de proposer des abris PC, c'est alors que l'on n'a pas su anticiper nous rétorque-t-on. Aussi séduisante, de premier abord, que puisse paraître cette critiqueelle méconnaît les faits.

D'abord, il suffirait de relever que jusque dans le courant de l'année 2014, aucun collectif ou aucune association de défense des migrants n'a crié à l'attentisme coupable. C'est bien la preuve que l'arrivée massive de nouveaux requérants n'était ni prévue ni prévisible.

Le journal Le Temps, du 12 octobre 2013, relevait d'ailleurs que depuis le début de cette année-là, les demandes avaient baissé en Suisse, entraînant la fermeture d'abris PC à Genève et dans le canton de Vaud    ( http://www.letemps.ch/Page/Uuid/85f3ee24-35a4-11e3-b3df-7cb773af8033/Les_demandes_dasile_sont_en_forte_baisse ).

Or, depuis plus d'une année, à la tête de mon département, je vois l'Hospice général multiplier ses actions pour trouver des alternatives à l'ouverture "possible" de nouveaux abris PC.

Alors qu'en 1999 la Suisse avait enregistré plus de 40'000 demandes, il n'y en avait eu "que" 21'500 en 2013, avec une tendance à la baisse, confirmée aussi bien par le SEM que par Amnesty International.

 

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Evidemment, on peut imaginer qu'il faut construire des logements bon marché et les laisser vides au cas où...mais chacun sait quelle est la pénurie qui sévit à Genève, qui n'est même pas encore capable de loger correctement ses propres résidents.

Pas moins d'un millier de personnes sont actuellement dans des logements individuels ou des foyers de l'Hospice général,ayant, depuis leur emménagement obtenu un permis de séjourou d'établissement, ou même la nationalité suisse, faute de trouver un autre logement. L'hébergement des migrants souffre donc également de cette pénurie générale.

Quand on sait qu'en 2014, 23,2 % des requêtes ont été acceptées, et que 29,7% ont obtenu une admission provisoire, qui aura toutes les chances de devenir définitive, il est évidemment urgent de favoriser l'intégration de ces personnes pour ne pas mettre en danger notre cohésion sociale. Nous y travaillons activement, avec l'Hospice général notamment,

 

Et maintenant?

Je pense que de la même manière qu'il faut, en arrivant sur les lieux d'un drame, s'occuper plutôt de ceux qui sont silencieuxque de ceux qui hurlent, nous devonsprioritairement, faire en sorte que les séjours en abrisoient les plus courts possibles. Mais il faut être transparents, sauf solutions venant des communes ou de privés, il n'y aura pas d'alternative durable avant la fin de l'année et, surtout, 2016. Toute proposition sérieuse sera examinée, mais il n'est pas question de s'engager dans des solutions bancales et provisoires pour satisfaire les aspirations populistes du moment.

Je demande dès lors aux requérants devant logiquement quitter la Suisse suite à des décisions définitives et exécutoires, de se rendrecomme ils y ont été invités, dans les abris qui leur ont été désignés, où l'on examinera avec eux de quelle manière leur séjour pourra être aménagé le mieux possibleCela permettra d'accueillir dans des conditions meilleures, notamment au regard de ce qui se fait ailleurs en Europe, les familles avec femmes et enfants, qui fuient la guerre et les persécutions dans leurs pays.

Quant aux "Ya qu'à" de tous bords, qui devraient être aujourd'hui convaincus de la bonne volonté de l'Etat pour trouver des solutions alternatives, qu'ils ne minimisent pas leur responsabilité à jouer les pyromanes en utilisant les élans du coeur en guise d'alumettes! Car l'incendie qu'ils sont en train de déclencher risque bien de dévaster ce à quoi ils disent être attachés.

 

 

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