12/02/2015

Préférence nationale: le Conseil fédéral lève le tabou

Lorsque le Mouvement Citoyens Genevois (MCG) en parlait dès 2005, date de sa création, la préférence nationale à l'emploi suscitait, au mieux, de l'urticaire, au pire, un flot d'injures, consistant à qualifier ceux qui avaient l'audace d'en parler, de xénophobes, voire même de fascistes (qualificatif idéal lorsqu'il s'agit de détourner une adhésion redoutée).

Seul contre tous, le MCG a défendu l'élémentaire bon sens, durant dix ans, avec parfois, il faut l'avouer, quelques maladresses inhérentes à la simplification du slogan. Néanmoins, rares étaient ceux qui étaient prêts à entendre un autre discours que celui de la libre circulation. A droite, pour pouvoir prétendument aller chercher les compétences qui manqueraient en Suisse, ce qui n'était, comme aujourd'hui, que partiellement vrai. A gauche, sous prétexte de ne pas opposer les travailleurs d'ici aux travailleurs d'ailleurs, ce qui ne revenait finalement à terme qu'à instaurer une internationale du chômage.

Pourtant le malaise était présent. Il suffisait de l'entendre. De le palper.

Où était donc le mal à regarder ici avant d'aller chercher là-bas? Ce d'autant que cette préférence n'avait de nationale que celle de la géographie. Aucunement celle de la nationalité. Mais voilà, en Suisse, on a le complexe du petit dans la cour des grands. On veut plaire, même lorsque personne ne nous regarde!

Ailleurs, cela se fait, tout simplement. Sans rien dire. Sans grands débats. Sans grands discours. Et sans état d'âme.

Il en va de notre cohésion sociale. Comment nourrir, en effet, du respect pour une collectivité qui ne protège pas les siens?

C'est ainsi qu'à Genève on a commencé par parler de préférence pour nos chômeurs au sein de l'Etat, puis de ses régies publiques. De la parole, on est passé aux actes. Avec des règles à suivre pour s'assurer d'une réelle égalité des chances pour nos demandeurs d'emploi. Ont été récemment ajoutées les entités subventionnées. Et bientôt, sur une base volontaire, pourquoi pas notre secteur privé, qui a enfin compris (le vote du 9 février étant passé par là), que la paix sociale a un prix, civique avant tout?

Le monstre est apprivoisé. Tout le monde a finalement toujours été d'accord, n'est-ce pas? Il suffisait de le dire autrement me direz-vous. Il y a des étendards que l'on préfère laisser porter par d'autres. Des fois qu'ils servent de cible à l'artillerie de la bienséance.

Désormais c'est le Conseil fédéral qui songe à intégrer le modèle genevois. Lui dont l'Office des migrations craignait encore voici quelques mois la réaction de la Commission européenne à la directive transversale adoptée par notre Conseil d'Etat. Grand bien lui fasse ! Nous n'invoquerons pas le "Geneva made". Mais que l'on rende au moins à César ce qui revient à César!

Pour ma part, je considère que nous devons aller plus loin encore.

Notre économie n'a pas à être muselée par des contigents! Ce remède combat le mal en tuant le patient. Nos entreprises doivent donc disposer des forces et des compétences dont elles ont besoin. 

Cependant, aux conditions que la Confédération devra fixer, il appartiendra à nos acteurs économiques:

1. De démontrer que le profil recherché n'est pas disponible en Suisse, avec une annonce simplifiée aux Offices régionaux de placement (ORP). Cette preuve sera présumée rapportée pour les secteurs souffrant d'une pénurie notoire, selon une liste mise à jour régulièrement par le Conseil fédéral.

2. De s'acquitter, lors de l'engagement d'un employé non domicilié en Suisse ou n'ayant pas occupé en Suisse un poste antérieur durant plus de 6 mois, d'un taux de cotisation paritaire à l'assurance chômage supérieur au taux ordinaire actuellement applicable en Suisse (et qui sera fixé annuellement par le Conseil fédéral), et dont la différence servira:

   a. A offrir à cet employé en provenance de l'étranger , en cas de retour dans son dernier domicile hors de Suisse, des prestations de chômage supérieures à celles des chômeurs de ce pays.

   b. A alimenter un fonds destiné à offrir aux chômeurs en Suisse, des formations qualifiantes dans les secteurs souffrant d'une pénurie notoire.

Ainsi, avec responsabilité, nous aurons non seulement accordé une chance réelle à nos demandeurs d'emploi, nous aurons exprimé concrètement notre solidarité à l'égard des travailleurs en provenance de l'étranger qui auront permis à notre économie de franchir les obstacles provisoires d'un manque de qualification de notre main-d'oeuvre locale, et nous aurons mis en place les structures nécessaires pour répondre, à terme, aux besoins de nos entreprises grâce à cette main-d'oeuvre locale.

L'Union européenne aura beau gesticuler, cette solution s'imposera tôt ou tard. Le dogme de l'ouverture sans entraves est révolu. Le protectionnisme reviendra. Et il sera réfléchi et maîtrisé ou brutal.

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01/02/2015

La courte mémoire de l'Allemagne

 

"Il n'est pas question d'effacer, même partiellement, la dette de la Grèce", nous assène péremptoirement Madame la chancelière Angela Merkel, avec l'arrogance d'une Allemagne qui considère qu'elle ne doit sa prospérité qu'à la seule force de son travail.

( http://www.tdg.ch/monde/lutte-austerite-athenes-cherche-allies-europe/story/22439840 ).

Pourtant, aucun autre pays européen n'a autant profité d'effacements successifs d'ardoises. Ainsi, entre 1924 et 1929, la République de Weimar se relevait de la Première Guerre mondiale grâce aux crédits accordés par les Etats-Unis, lorsque la crise de 1931 lui a permis d'obtenir, à Lausanne, en 1932, un abandon de créance de la part des Alliés pour plus de 6 milliards de Deutsche Marks.

Les pillages du régime nazi durant la Seconde Guerre mondiale ne sont un mystère pour personne, pas plus que les dettes que le Reich impose alors aux pays conquis, et que ceux-ci sont contraints d'honorer. Pourtant, une fois la guerre terminée, et afin de se garantir un rempart contre le communisme menaçant, les Etats-Unis imposent en février 1953, dans l'Accord de Londres, un nouvel abandon de créances, la dette de la RFA passant de 15 à 7 milliards de Deutsche Marks. Il s'agit alors de ne pas mettre en péril le miracle économique allemand, alors que le reste de l'Europe, exsangue, se redresse péniblement des destructions de la guerre. La dette est divisée par deux, pour ne pas faire supporter à la RFA la part de la RDA, passée dans le bloc de l'Est. 

Il est néanmoins prévu qu'en cas de réunificxation allemande, le solde de la dette renaîtrait. Ce qui n'a pas empêché le chancelier Helmut Kohl, en 1990, de refuser d'appliquer cette clause à peine le Mur tombé...

( voir sur ce sujet : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/8d9e8f32-d815-11e1-b6c7-87316167502b/1953_le_tournant_qui_a_permis_%C3%A0_lAllemagne_de_rebondir )

C'est donc dire si l'intransigeance allemande laisse perplexe. Ce n'est pas, contrairement au discours récurrent, la fourmi qui demande à la cigale ce qu'elle a fait tout l'été, mais bien l'arrogance d'un remarquable profiteur du siècle dernier, qui voudrait se donner des airs de moralisateur.

Autant la Grèce doit entamer des réformes profondes plutôt que de reprendre, comme elle semble le faire, les catastrophiques habitudes du passé, autant l'Allemagne n'a pas à se présenter en donneur de leçons...car il pourrait venir à l'esprit de certains de refaire les comptes et de lui demander d'honorer ses dettes, avec la même intransigeance dont elle sait faire preuve.

15:58 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (22) | | |  Facebook