17/01/2015

Vers la disparition du Franc suisse ?

Voici ce que j'écrivais le 16 août 2012 dans ces colonnes:

"A force de faire tourner la planche à billets dans le cadre de la politique de maintien du franc suisse au-dessus de 1,20 franc par euro, la Banque nationale a amené la Suisse à détenir désormais les cinquièmes réserves en devises du monde, derrière la Chine, le Japon, l'Arabie Saoudite et la Russie.

Est-on seulement conscient du risque que cette situation implique pour l'indépendance de notre pays ?

La Banque nationale annonçait ainsi le 7 août dernier, dans une apparente indifférence générale des milieux politiques, dont l'attention était accaparée par la désastreuse négociation d'un accord sur les successions avec la France, que ses réserves en devises avaient progressé de 11% en juillet, totalisant 406,45 milliards de francs. Il est à craindre que d'ici la fin de l'année le bilan de la BNS n'atteigne le Produit National Brut de notre pays.

Le Conseil fédéral, et sa Présidente Eveline Widmer-Schlumpf en tête, ministre des finances de surcroît, ne semble pas s'en émouvoir. Inconscience ou incompétence ?

Ainsi, pour maintenir la compétitivité internationale de nos entreprises exportatrices, dont le handicap ne constitue assurément pas la seule force de notre franc, la BNS vend en masse du franc suisse contre un euro chancelant, achetant à 60% des obligations d'Etat de la zone euro, au bénéfice essentiellement de la France et de l'Allemagne...

Ce jeu en vaut-il la chandelle ? On aurait au moins souhaité que la question soit posée en toute transparence et que ce taux-plancher franc suisse-euro, qui se transforme inexorablement en un ancrage de notre monnaie avec la monnaie européenne, ne nous soit pas présenté comme une solution miracle incontournable.

Car si la Suisse détient aujourd'hui à elle seule la moitié de toutes les réserves des 17 banques centrales de la zone euro, cela n'est pas le fruit d'une activité économique florissante, mais uniquement d'une manipulation monétaire qui ne peut rester sans conséquences.

Aujourd'hui déjà, si les taux d'intérêts de plusieurs Etats européens sont aussi bas, et si l'euro ne baisse plus face au dollar américain, la politique de la BNS en est en grande partie responsable.

Mais il y a pire.

Que se passera-t-il si l'euro, déjà malade, connaît une chute vertigineuse suite à une implosion de la zone euro ? Notre Banque nationale se retrouverait potentiellement en faillite !

Et si cette liquidité créée artificiellement était injectée dans l'économie réelle ? La Suisse connaîtrait alors une inflation sans précédent !

On nous expliquerait alors que notre pays n'aurait d'autre alternative que d'adopter l'euro, monnaie principale détenue par notre Banque nationale...en entrant dans l'Union européenne.

L'économie aurait eu raison, une fois de plus, de la volonté populaire.

Avec mes remerciements à Pierre Leconte, GONET & Cie, pour m'avoir fait partager ses réflexions."

Le Conseil d'Etat se bat pour maintenir nos entreprises multinationales, sources de notre prospérité, avec un taux d'imposition supportable et compétitif, dans le cadre de la réforme de l'imposition des entreprises III... Qu'en sera-t-il désormais avec cet obstacle de taille supplémentaire qu'est la force de notre franc? La Confédération a-t-elle seulement conscience de l'horizon catastrophique qui se dessine?

Et pendant ce temps, certains, enfermés dans leur univers dogmatique, crient au budget d'austérité au motif que notre gouvernement essaye modestement de se donner les moyens de pérenniser notre Etat social.

Réveille-toi Genève! Le rêve est terminé. Evitons le cauchemar!

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11/01/2015

Tous des Charlies ! Vraiment ?

 

La France se prépare à un vaste "rassemblement républicain" pour dénoncer la barbarie et la négation de nos libertés. Et c'est avec raison! Qui pourrait se cantonner au seul rôle de spectateur après l'incompréhension, l'effroi, la douleur et la colère?

Mais combien de ces "Charlies" d'un jour sont-ils porteurs des valeurs défendues au prix de leurs vies par les regrettées victimes de ce massacre? Combien ne sont-ils que les récupérateurs opportunistes d'une profonde blessure de nos valeurs démocratiques?

Peu importe, me direz-vous; l'essentiel est de réagir! Certes.

Mais la souffrance doit-elle censurer la réflexion et la critique? 

Les victimes elles-mêmes auraient répondu "non" à cette question, le journal satyrique auquel elles participaient ayant précisément pour vocation, sans tabou aucun, de dénoncer l'injustice, la bêtise, la fourberie, la méchanceté, la violence aveugle, et tant d'autres travers de la nature humaine.

Ainsi nous n'avons pas seulement le droit, mais le devoir, de nous demander "Où est Charlie?" dans ce vaste et légitime mouvement de révulsion. Mieux encore, nous devons nous interroger sur les moyens, s'ils nous sont accessibles, de donner à nos démocraties, les armes, au-delà du crayon salutaire des critiques, pour se défendre contre cette folie meurtrière qui se revendique aujourd'ui d'un "certain" islam, comme elle se légitimait, notamment dans un passé récent, d'un communisme anticapitaliste radical.

Je ne vous dirai donc pas "Protégeons-nous de l'amalgame!". Ce serait en effet insulter votre intelligence que de penser que vous puissiez faire de ces criminels les portes-paroles d'une religion qui a prouvé durant des siècles qu'elle avait des valeurs de respect et de tolérance, et dont la grande majorité de ses membres est parfaitement intégrée dans nos sociétés démocratiques.

Ces assassins, bien qu'endoctrinés, étaient avant tout Français, et avaient grandi, orphelins de surcroit (donc entièrement confiés à l'Etat), en France. Non pas des mercenaires envoyés en mission commandée, même si des séjours à l'étranger avaient contribué à leur obscurantisme! Leur passé pénal était lourd, et les rencontres faites en prison avaient contribué, nous dit-on, à leur "radicalisation". Gardons-nous, bien sûr, d'en faire les produits d'une société d'exclusion, mais ne sont-ils vraiment que le fruit d'un déterminisme individuel déviant?

De même que l'existence de trafiquants de drogue ne fait heureusement pas de nous tous des toxicomanes, de même l'existence de mouvements intégristes n'attire pas, à l'instar de sectes, toutes celles et tous ceux en manque de pseudo-spiritualité en "prêt-à-porter".

Comment expliquer dès lors que des personnes nées dans nos sociétés occidentales puissent à ce point ne pas en intégrer les libertés fondamentales? La réponse est simple et complexe à la fois: par un échec de l'intégration.

"Ces gens-là ne veulent pas s'intégrer" diront certains. Pourtant l'intégration se construit à deux, comme son échec, malheureusement, et parfois douloureusement, se supporte à deux. Combien de ceux qui défilent aujourd'hui à Paris sont-ils précisément les artisans de l'exclusion et de la haine, par action ou par omission? Charlies d'un jour.

La Suisse est certainement, de ce point de vue, un exemple remarquable. La cohésion sociale que nous avons su construire et maintenir est le meilleur garant de nos libertés, davantage que les armes. Mais le but n'est jamais atteint et l'ouvrage doit constamment être remis sur le métier; stigmatiser une communauté et la marginaliser est sans doute le risque le plus grand auquel nous sommes confrontés. Rejeter l'autre, c'est faire de lui un ennemi, alors qu'il n'aurait peut-être pas demandé mieux que d'être l'un des nôtres. Alors malgré la douleur et la rage, ne baissons pas les bras! 

Et alors seulement, nous pourrons dire à celles et ceux qui ne sont pas prêts à venir à notre encontre, qu'ils n'ont rien à faire chez nous, et que l'une de nos libertés est celle de partir sous d'autres cieux!

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