10/11/2014

Forfaits fiscaux: l'irresponsabilité travestie en morale

 

 Le 30 novembre prochain, les Suisses et les Genevois (ou l'inverse si vous préférez), se prononceront sur les forfaits fiscaux ou, plus exactement, sur le maintien de l'impôt sur la dépense. Pour seul argument une morale stéréotypée dans laquelle ils se drapent, pour ne pas dire qu'ils s'y dissimulent, les partisans de l'abolition de ce type d'imposition nous martellent que l'égalité devant l'impôt doit être érigée en principe de société.

 Sans que l'on comprenne exactement s'ils plaident pour l'égalité ou le nivellement, une poignée de militants s'est même agglutinée devant le portail d'un riche (excusez l'insulte) étranger, afin de lui enseigner les rudiments de la déclaration fiscale. Fort heureusement pour eux, l'intéressé était absent, faute de quoi il y a fort à parier qu'ils auraient été empruntés de devoir passer de la théorie à la pratique, n'ayant pour la plupart, selon toute vraisemblance, jamais rempli davantage que la première page comportant leurs données personnelles.

 Mais il y a pire. Ces bâtisseurs de la société de demain, qui hurlent au démantèlement de l'Etat social, (dont ils sont statistiquement les plus grands bénéficiaires), à chaque fois que l'on s'interroge sur les ressources à disposition, et qui considèrent "qu'y a ka" augmenter les impôts si on a besoin d'argent, discours d'autant plus aisé qu'il est exempt de conséquences pour la plupart d'entre eux, ne semblent toujours pas avoir compris qu'il n'y a pas plus mobile qu'un riche, et qu'il n'y a pas plus sédentaire qu'une personne démunie.

 Quand je dis qu'ils n'ont pas compris, c'est en leur accordant le bénéfice du doute, et en qualifiant de défaillance du raisonnement, ce qui n'est peut-être que pure malveillance irresponsable.

 Car enfin, faut-il avoir fait "science po" pour comprendre que l'imposition au forfait n'a pas été offerte à ces riches étrangers en lieu et place d'une imposition normale, une fois qu'ils étaient installés chez nous, mais que leur installation même, dans notre pays, voire dans notre canton, n'a été suscitée que par la possibilité d'en bénéficier? En d'autres termes, si ce type d'imposition n'avait pas existé, ces personnes seraient tout simplement allées s'installer AILLEURS, comme au Portugal par exemple, qui exonère d'impôts durant 10 ans les mêmes contribuables. Encore faut-il avoir assimilé que pour faire de la politique en matière fiscale, il faut sortir le nez de son aquarium, et qu'il est vain de jouer la vierge dans un bordel. Excusez la rudesse du propos, mais la pudibonderie hypocrite m'a toujours irrité.

 Ainsi l'équation ne se pose pas en ces termes:

 "Au lieu de payer X, ils pourraient payer X + Y"

 mais bien plutôt:

 "Au lieu de payer X, ils payeront 0"

 A tous ces donneurs de leçons dont la propre imposition ne remplacera jamais celle dont ils nous demandent de nous priver, et qui n'ont à la bouche que sempiternelles hausses d'impôts, jusqu'à ce qu'il ne reste plus à imposer qu'une classe moyenne exsangue pour subvenir à une majorité de leur électorat, je dis qu'il est temps d'ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure et de ne pas faire exactement ce que d'autres se réjouissent d'avance que l'on fasse, pour en tirer profit.

23:07 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | | |  Facebook

Commentaires

Bravo à Mauro Poggia!
" A tous ces donneurs de leçons dont la propre imposition ne remplacera jamais celle dont ils nous demandent de nous priver, et qui n'ont à la bouche que sempiternelles hausses d'impôts, jusqu'à ce qu'il ne reste plus à imposer qu'une classe moyenne exsangue pour subvenir à une majorité de leur électorat, je dis qu'il est temps d'ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure et de ne pas faire exactement ce que d'autres se réjouissent d'avance que l'on fasse, pour en tirer profit."

Écrit par : Eric Stauffer | 11/11/2014

M.Poggia, je vous ai lu plus éclairé, sur d'autres sujets.

Votre propos est donc: ils ne sont ici que pour les forfaits, gardons tout tel quel et profitons-en, de ce dumping fiscal, plutôt que de laisser d'autres pays en profiter.

D'abord, est-ce qu'ils sont ici pour les forfaits et uniquement pour ça ? Certains oui, d'autres non. Il n'y a pas d'homogénéité.

Ensuite, profiter d'un dumping fiscal, est-ce qu'on ne va pas le payer cher plus tard ? Qui vous dit que certains pays ne vont pas nous demander des comptes dans quelques années pour avoir pillé leur substance fiscale ? Mais peut-être préférez-vous jouer au con et pouvoir vous plaindre par la suite: "c'est rien que les méchants gros états qui en veulent à notre argent!". La France est-elle un pays ami ? Si oui, il serait peut-être temps d'avoir des pratiques fiscales compatibles avec ce statut.

Écrit par : Fufus | 11/11/2014

Je considère, au contraire, que cette votation est marginale d'un point de vue économique. Dès lors, des arguments éthiques ou moraux ont toutes leur place dans ce débat. Voir mon article : http://roldana.blog.tdg.ch/archive/2014/11/12/forfaits-fiscaux-une-injustice-fiscale-261712.html

Écrit par : Vincent Roldana | 12/11/2014

COUP DE GUEULE
C’est vous qui allez payer

Jean-Marie Fleury, éditeur de «GHI»

FORFAITS FISCAUX • Une nouvelle fois, le 30 novembre prochain – une fois de trop dirais-je car cela devient récurrent – la gauche nous demande de nous rendre aux urnes afin de nous prononcer sur la suppression des forfaits fiscaux, puis à nouveau dans quelques mois en vue d’imposer les successions à hauteur de 20%. Elle ne se lassera donc jamais, la gauche? Sitôt une de ses initiatives repoussées – il y en a eu beaucoup au cours des décennies passées –, dès le lendemain, elle remet l’ouvrage sur le métier, sans vergogne et sans état d’âme. Pour cela, il faut saluer son opiniâtreté et son culot car même les claques les plus mémorables ne l’ont jamais fait reculer et elle remet cela, sans cesse, jusqu’à nous lasser d’aller voter.
Mais pour une fois, soyons réalistes! Pour ce qui est des forfaits fiscaux, si la Suisse accepte l’initiative de la gauche, qui paiera les centaines de millions que perdront les cantons suisses? Il faudra pourtant bien retrouver, d’une manière ou d’une autre, l’équivalent de cette perte, NON? Ou alors, les prestations sociales dont nos cantons sont très généreux en souffriront fortement et une bonne partie de la population, qui ne paye actuellement pas d’impôts, risque bien d’être à son tour mise à contribution. C’est aussi simple que cela! Les classes aisées et les classes moyennes, déjà très fortement pénalisées, ne pourront pas toujours subvenir seules aux besoins de tous.
Et puis, pour l’imposition des successions, lorsque l’on a travaillé dur sa vie durant et qu’on a réussi à mettre de l’argent de côté, que ce soit sous forme de bas de laine, de compte en banque ou d’un quelconque bien immobilier, chacun d’entre nous aura déjà payé sur cette épargne très largement son écu au fisc. Faut-il, une fois encore cracher au bassinet et priver ses enfants de 20% de ce qui leur revient de droit? C’est tout simplement immoral.
Et là aussi une surprise risque de se retourner contre ceux qui croyaient ne pas être concernés aujourd’hui. Je veux parler de l’inflation qui, un jour ou l’autre, dans cinq ou dix ans, les rattrapera, car la franchise de 2 millions prévue par l’initiative, si elle n’est pas indexée au coût de la vie, sera très vite devenue un montant dérisoire que beaucoup de contribuables posséderont. Il sera alors trop tard pour dire «si j’avais su…».
Et puis, ne soyons pas jaloux des riches, ce sont eux qui payent la grande majorité des impôts que l’Etat prédateur collecte de gré ou de force.

Écrit par : yann amarre | 12/11/2014

"Pour ce qui est des forfaits fiscaux, si la Suisse accepte l’initiative de la gauche, qui paiera les centaines de millions que perdront les cantons suisses?"

Personne ne peut savoir si cela mènerait à une perte ou un bénéfice pour les finances publiques, puisque cela dépendra du nombre de forfaitaires qui resteront. Certains resterons, d'autres partirons. L'expérience, à Zurich, a montré qu'ils ne partent pas tous. Et encore, à Zurich ils pouvaient déménager tout près, à Zug, par exemple. Mais la moitié ne la pas fait.

Écrit par : Fufus | 12/11/2014

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