10/10/2014

Sans vergogne aucune

 

Le 28 septembre dernier, l'initiative pour une caisse maladie publique a été rejetée dans les conditions que l'on sait, et qui laissent à une majorité de Genevois un goût amer.


Tout au long de la campagne, afin d'effrayer le bon peuple, les opposants à l'initiative ont martelé, avec un acharnement tout aussi remarquable que la mauvaise foi qui l'accompagnait, que la caisse publique nous mènerait tout droit à la perte du libre choix de notre médecin.


Pourtant, ceux-là mêmes qui prétendaient vouloir nous protéger contre la perte de notre liberté, n'avaient eu de cesse, ces dernières années, de nous imposer la "fin de l'obligation de contracter" de nos assureurs maladie, expression délibérément  confusionnelle signifiant précisément la latitude qui devait être laissée à ces dernier de choisir les médecins qu'ils souhaitaient rembourser. Inutile de faire un dessin  pour expliquer qu'il nous faudrait alors, pour garder notre médecin, soit le rémunérer nous-mêmes, soit rechercher un assureur dont il serait encore dans les bonnes grâces.


Simultanément à cette lutte récurrente pour conserver ce droit fondamental, certains cantons particulièrement exposés à une installation pléthorique de nouveaux cabinets médicaux, dont Genève, ont demandé la faculté d'en limiter le nombre en fonction des besoins de leur population.
Par une "clause du besoin" provisoire et renouvelée durant plusieurs années, cet instrument de contrôle des coûts de la médecine ambulatoire fut accordé aux cantons qui le souhaitaient, jusqu'à sa levée partielle en 2011 et totale en 2012. Les effets ne se firent pas attendre, puisque de 127 nouveaux cabinet à Genève en 2011, nous sommes passés à 435 en 2012...Devant la levée de boucliers des cantons les plus touchés, le parlement a réinstauré provisoirement, durant trois ans dès le 1er juillet 2013, une "clause du besoin" très imparfaite, permettant une limitation partielle de l'installation de nouveaux cabinets.


Immédiatement, ces mêmes défenseurs de nos libertés sont repartis au combat. Ainsi, le conseiller national UDC zürichois Jürg Stahl déposait le 22 mars 2013 une motion demandant précisément la liberté de contracter pour nos assureurs, en tant qu'alternative à la clause du besoin ("Plutôt que de donner encore plus de compétences aux cantons, le Conseil fédéral devrait introduire la liberté de contracter")(http://www.parlament.ch/f/suche/pages/geschaefte.aspx?ges...). En d'autres termes: "laissez les médecins s'installer, seule une partie d'entre eux verra ses prestations prises en charge par la LAMal".
Sans aucune vergogne, quelques jours avant la votation sur la caisse publique, le 10 septembre dernier, une majorité du conseil national acceptait cette motion (http://www.parlament.ch/ab/frameset/f/n/4915/444436/f_n_4...).
Ainsi, tout en brandissant le spectre de la perte de la liberté de choix en cas d'acceptation de l'initiative, le même lobby plébiscitait l'asservissement de notre liberté au bon vouloir des assureurs.
Avouez qu'ils sont forts tout de même!
Et quand on veut en savoir un peu plus sur le motionnaire Jürg Stahl, on s'aperçoit qu'il est domicilié...au Groupe Mutuel ( http://www.parlament.ch/ab/frameset/f/n/4915/444436/f_n_4...).
Espérons que malgré la démission en bloc du conseil d'administration du Groupe mutuel le 29 septembre, il puisse néanmoins recevoir, en fin d'année, le décompte de ses jetons de présence bien mérités au conseil national!

La stratégie à court terme de nos assureurs maladie est donc claire: lutter contre toute régulation de l'offre de soins ambulatoires pour venir ensuite imposer la solution qu'ils tentent de faire avaler depuis des années. 

08:29 Publié dans Assurances sociales et privées | Lien permanent | Commentaires (4) | | |  Facebook