14/08/2014

LOVE LIFE, le désamour

 

Personne ne contestera que la lutte contre le Sida et, plus généralement, contre les maladies sexuellement transmissibles, mérite, encore et toujours, notre engagement soutenu et constant. Personne ne contestera non plus que face à la redoutable efficacité de l'inertie, il faille parfois savoir heurter, pour réveiller les esprits assoupis. Cet électrochoc salutaire nous oblige à remettre en question notre comportement face à certaines situations.

De là à adhérer à la récente campagne orchestrée par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) sous l'appellation "LOVE LIFE", il y a un pas que j'ai un mal certain à franchir.

Et il n'est pas nécessaire d'être puritain, ni même particulièrement chatouilleux sur ce sujet, pour considérer que l'Etat doit savoir concilier avec finesse son devoir d'information et de prévention avec les sensibilités diverses et tout aussi respectables les unes que les autres, des habitants de notre pays.

Si le rappel est toujours bon, j'ai peine à concevoir qu'en 2014, en Suisse, il puisse y avoir encore une personne, notamment au sein de la communauté homosexuelle, qui ignore qu'il faille opter pour des relations sexuelles protégées lorsque le partenaire n'est totalement fiable. J'ai peine à concevoir également, si cette campagne s'adresse aux personnes avinées tentées par de furtives relations sexuelles aurorales, que le message leur soit encore présent à l'esprit, au moment où elles chercheront en vainle latex salvateur.

Faut-il que les murs de nos villes soient placardés d'images à ce point suggestives qu'elles heurtent la sensibilité de certains? L'éducation sexuelle ne doit-elle pas être appréciée avant tout par les parents, et faut-il que chacun doive pouvoir expliquer instantanément à son enfant pourquoi un homme et une femme, deux hommes ou deux femmes - sans que la relation avec le préservatif soit dans ce dernier cas évidente - exposent leurs ébats amoureux sur la place publique?

Pire encore, ces affiches semblent réduire l'amour à l'acte sexuel, ce qui est particulièrement préjudiciable à la cause homosexuelle, qui, curieusement, ne semble pas s'en offusquer.

Faut-il aussi que les touristes de tous horizons qui visitent nos villes en retiennent que la Suisse serait un pays de débauche, selon leur conception du sujet? La Suisse n'a-t-elle pas été bâtie sur le respect de l'autre?

Quant à ceux qui rétorquent que nos jeunes peuvent avoir accès sans entrave à des images pornographiques sur internet, je dirai que même si cela est regrettable, cela nécessite non seulement un accès sans code parental, mais de surcroit une démarche proactive, à savoir la recherche d'un site de ce type, ce qui n'est en rien comparable avec le fait de déambuler dans nos rues ou d'ouvrir nos journaux pour obtenir l'information du jour.

Je pense qu'il y avait réellement mieux à faire pour sensibiliser notre population aux nouveaux défis qui nous sont lancés par ces maladies, et j'ai le sentiment qu'en ce domaine, la sensibilité germanique n'est pas celle d'une grande partie de la population romande.

Dommage. Car on parle davantage du moyen que du but à atteindre, qui, lui, mérite véritablement le débat.

 

 

 

 

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Commentaires

Faudrait-il repartir à zéro avec les cours d'éducation sexuelle à l'école en parlant d'amour, de belles histoires, des grandes histoires d'amour, Orphée, par exemple, autres mythes... (c'est ce que je crois) la "suite" pouvant parfaitement attendre sachant que nos enfants généralement, ou bien souvent, connaissent les réponses aux questions qu'ils posent. Mais ne faudrait-il pas que les grandes personnes elles-mêmes en tout premier lieu s'interrogent sur ce qu'elles entendent par "amour", aujourd'hui? Etudiantes éducatrices, jadis, on suggérait d'attendre les questions des enfants sans prendre trop les devants les enfants étant chacun un, unique en leur ressenti. Age mental à ne pas oublier de prendre en considération: âge "mental"... non de naissance.

Écrit par : Emma | 14/08/2014

Comme quoi en matière de santé comme du reste c'est Berne qui fait la pluie et le beau temps dans les cantons !! les cantons n'ont pas leurs mots à dire et même un magistrat MCG doit se plier à la volonté du Bundesverwaltung et subir leur lubie. Nous qui croyons naïvement que la santé comme de l'éducation étaient de la compétence des cantons...

Écrit par : Etienne | 14/08/2014

Personnelement les affiches xénophobes du MCG me dérangent beaucoup plus que cette belle campagne qui a le mérite de faire parler d'elle - et du préservatif!

Écrit par : JM | 14/08/2014

Monsieur Poggia: si vous considérez ces chiffres:
http://www.aids.ch/fr/questions/test-vih/chiffres.php
force est de constater que le problème reste entier et qu'il mérite d'être traité avec force. Vous êtes choqué par certaines de ces photos ou par toutes. Soit. Je peux le comprendre. Personnellement je suis bien davantage choqué par les images de cadavres, de vies supprimées. En Ukraine, à Gaza, en Irak, en Syrie. N'est-ce pas aussi votre cas? Si c'était le cas, je n'arriverai pas à comprendre pour quelle raison vous avez préféré vous exprimer sur des photos érotiques plutôt que de manifester votre indignation sur ces crimes de guerre.

Réponse: le problème est réel et ne peut être ignoré. La question réside dans la manière.
Pour le reste, j'aurais beaucoup à dire sur ce qui se passe à l'étranger, mais en tant que membre d'un gouvernement cantonal, je considère pour le moment, devoir garder mon opinion pour un cercle privé. Mais vous avez raison, ces affiches sont un moindre mal au regard des crimes commis dans le monde. Est-ce une raison suffisante pour tolérer ici tout ce qui est bien peu de chose par rapport à ce qui se passe là-bas?

Écrit par : Charles | 14/08/2014

Vous connaissez le proverbe :"Il est difficile de contenter tout le monde et son père". Et quel qu'ait pu être la campagne contre le SIDA, je suis persuadé qu'il y aurait toujours eu des personnes pour réagir contre la dureté ou la mollesse du propos ou le "réalisme" des images.

A titre personnel, je ne peux pas affirmer que je considère cette campagne d'un extrême raffinement. Mais j'imagine que ses concepteurs ne l'ont pas imaginé sous cet angle. Il s'agir de prévenir et si c'est la bonne méthode pour y parvenir, alors acceptons-la. La prévention n'a rien à faire ni à voir avec la morale.

Quand je lis qu'un blogueur a osé écrire que l'OFSP a dépensé 2 millions de francs pour "seulement" dix décès par an dus au SIDA, je ne peux que m'élever contre ce genre de propos d'un odieux cynisme. Puisse le ciel lui éviter d'être confronté un jour ou l'autre à ce sinistre syndrome.

Écrit par : Michel Sommer | 15/08/2014

Voire bien pire, Michel A. Sommer ... le virus EBOLA est déjà présent sur territoire européen, géographique ou bien politique.

"Puisse le ciel lui éviter d'être confronté un jour ou l'autre à ce sinistre syndrome.

Écrit par : Michel Sommer | 15/08/2014"

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 15/08/2014

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