05/08/2014

Assurance maladie: dépasser le clivage gauche-droite

 

L’intelligence n’a pas à être latéralisée, et le débat sur la caisse publique n’a pas à être ramené abusivement à l’expression d’un choix de société. Il est à cet égard regrettable qu’une certaine gauche persiste à vouloir véhiculer un discours de campagne se résumant à opposer  le profit à la solidarité. Inversement, une certaine droite voudrait nous faire croire que les partisans de la caisse publique choisiraient inexorablement une médecine étatique uniformisée, et, en conséquence, de moindre qualité.

Choisir la caisse publique n’est finalement qu’une question de bon sens et d’honnêteté intellectuelle, et les tendances politiques n’ont rien à voir là-dedans. Qui songerait à confier l’AVS à des assureurs privés, avec des rentes variables en fonction de la bonne gestion de notre argent ? Même la droite libérale ne le propose pas ! Il y a donc des tâches régaliennes de l’Etat, que celui-ci doit assumer. L’accès à une médecine de qualité à un coût supportable en fait partie, et après 18 ans d’expérience, force est de constater que la qualité des soins ne doit rien à nos assureurs, alors que l’opacité des comptes et le cheminement occulte de nos primes leur sont imputables. Il est donc grand temps que nous reprenions en mains les clés de notre santé, si nous ne voulons précisément pas prendre le risque de nous faire imposer un jour la suppression du libre choix de notre médecin et une réduction des prestations. Le tout accompagné bien sûr, pour celles et ceux qui en auront les moyens, d’assurances complémentaires, leur permettant de récupérer contre paiement, ce qu’on leur aura enlevé de l’assurance obligatoire.

Quelques exemples frappants de la campagne outrancière d’ « Alliance santé », ce comité d’opposants « désintéressés », qui nous explique où se trouve notre intérêt…

Le système de la caisse publique serait voué à la faillite financière, car, premièrement, tout ce qui n’est pas privé est ingérable et coûteux. Deuxièmement, le changement de système coûterait très cher, et troisièmement, les primes augmenteraient.

 Réponse succincte : Le canton de Vaud, qui connaît une assurance unique de l’Etat pour le risque incendie des bâtiments, a, pour une couverture identique, des primes et un coût de fonctionnement inférieurs à ce que connaissent les assurances privées de ce secteur, à Genève notamment. Les coûts administratifs de la SUVA, qui couvre l’assurance accidents obligatoire, sont, à prestations identiques, inférieurs à ceux des assureurs privés intervenant dans ce domaine. Vous aviez dit plus lourd et plus cher ?

Selon Santésuisse, la séparation de l’assurance de base de l’assurance complémentaire coûtera 400 millions…ainsi, les assureurs privés économiseraient-ils aujourd’hui cette somme sur le dos de l’assurance de base ? Cela expliquerait les sommes investies dans cette campagne. Pour le surplus, faudrait-il persister dans l’erreur au motif que la correction aurait un coût ? Certainement pas !

Enfin, les primes augmenteraient ? Que l’on m’explique pourquoi ? Je n’ai vu à cet égard aucune explication rationnelle. Pour ma part, je dirai, au contraire, qu’avec des primes calculées en toute transparence dans chaque canton, ce qui serait versé en trop une année serait récupéré l’année suivante, au lieu de partir on ne sait où. De plus, avec une seule caisse au niveau national permettant de répartir le risque sur 8 millions d’assurés, les réserves, à supposer qu’on ne puisse pas les supprimer totalement, seraient réduites et constituées une fois pour toutes. Sans parler des coûts administratifs moindres au vu de la suppression d’une multitude de conseils d’administrations.

Autre argument des opposants : la baisse de la qualité des soins. J’avoue ne pas comprendre. Pourquoi la qualité des soins aurait-elle à pâtir du paiement des factures par une caisse publique au lieu d’un assureur privé ? Comment soutenir d’une part, qu’une caisse publique comptant dans sa direction des prestataires de soins, aux côtés des assurés et des collectivités, serait incapable de négocier des tarifs raisonnables, et de l’autre que cette caisse réduirait la qualité des prestations ? Le tout et son contraire.

Enfin, les soins seraient rationnés et le libre choix du médecin serait supprimé. J’ai certainement dû manquer une maille du raisonnement : que l’on m’explique en effet pourquoi les milieux qui réclament une baisse des prestations à charge de la LAMal, et la possibilité, pour les assureurs, de choisir les médecins avec lesquels ils souhaitent travailler (suppression de l’obligation de contracter), sont alors les mêmes qui combattent cette initiative ? C’est donc bien le maintien du système actuel qui contient potentiellement un risque sérieux d’un rationnement des soins !

Ne nous leurrons pas, le marché de la santé en Suisse représente des dizaines de milliards par année, et son contrôle passe inévitablement par la maîtrise des paramètres de l’assurance obligatoire. Il ne faut pas reprocher à des entreprises privées de vouloir garder la mainmise sur ce pouvoir, mais à l’Etat fédéral d’avoir démissionné en leur faveur et au détriment des citoyens et des habitants de ce pays.

On ne reproche pas au tigre de dévorer la biche, mais la Suisse n’est pas la jungle !

11:05 Publié dans Assurances sociales et privées | Lien permanent | Commentaires (5) | | |  Facebook

Commentaires

La LAMAL fondée sur un principe de solidarité ? Vraiment ? Et pourquoi cette prétendue solidarité ne s'exercerait-elle pas en priorité entre les Cantons avec des cotisations égales entre Genève et Romanshorn ? Les habitants des cantons à Hôpitaux universitaires subventionnent les exotiques à cotisations modiques qui viennent s'y faire soigner. Ne serait-il pas équitable, au nom d'une vraie solidarité, de percevoir une cotisation unique, quel que soit le lieu de résidence de l'assuré sous contrainte ? La LAMAL est bien une loi fédérale, que l'on sache ?

L'argumentaire de Mauro Poggia est certes intéressant mais, avant de voter, j'ai aussi lu d'autres avis qui ne proviennent pas de la propagande des caisses-maladie. Il serait utile que chacun réfléchisse avant de vouloir "punir" hâtivement les abus des caisses-maladie (qui le méritent bien, il est vrai) et se réfugier dans les jupes de Maman Helvetia.

Lisez donc aussi ces textes, tirés du journal vaudois La Nation pour vous faire une opinion:

La caisse-maladie unique ? "Un chantier monstrueux"

http://tinyurl.com/mdtdgkp

Écrit par : jaw | 05/08/2014

Voilà le Mauro Poggia que nous aimons et que nous sommes très fiers d'avoir comme représentant de notre parti au gouvernement! Un argumentaire sans détours, bien construit et difficilement attaquable.

Merci de venir à l'appui des simples citoyens qui ont été spoliés par ces assureurs qui viennent, la bouche en cœur, nous dire que la caisse publique serait pire qu'eux!

Il y a dans leur discours toute la mauvaise foi du voleur pris la main dans le sac, ce qui, outre leurs mensonges répétitifs, le rend encore moins crédibles.

Nous n'avons pas leurs millions mais ce qui est certain c'est que les moyens mis dans cette campagne ne provient pas de la rapine de gens qui étaient prisonniers du système et qui devaient passer par leurs fourches caudines.

Il vaut mieux, dans un combat politique de cette nature avoir moins d'argent obtenu légalement que des millions obtenus par la fraude et le mensonge.

J'espère sincèrement, Monsieur le Conseiller d'Etat, que vous pourrez faire campagne avec votre collègue Pierre-Yves Maillard, lui aussi très convainquant et particulièrement pertinent dans ce domaine. Certainement plus que sont pitre de camarde du conseil fédéral.

Écrit par : Patrick Dimier | 05/08/2014

Excellent billet !

@jaw
"Un chantier monstrueux"

J'ai lu l'article en question et franchement, il ne casse pas trois pattes à un canard. L'auteur se borne à dire que la mise en place va être délicate. Mais si on refusait une réforme souhaitable juste parce que la transition était difficile, on ne ferait plus rien!

Je vous rappelle que Louis Favre a réussi à creuser un tunnel de 15km dans les montagnes, à la fin du 19ème siècle et avec les moyens de l'époque. J'imagine qu'il prendrait le parti d'en rire s'il lisait l'article en question aujourd'hui et qu'il trouverait son auteur bien timoré.

Écrit par : Fufus | 06/08/2014

Il faut maintenant que cela se traduise en actes.
Les mots ne suffisent plus.
La caisse publique, d'état, fédérale existe depuis longtemps.
Elle s'appelle service des prestations complémentaires.

Le mécanisme qui fait augmenter les primes tout en réduisant le catalogue des prestations ... porte quel nom ?

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 06/08/2014

Tous ces points de vue éclairés ne changent rien à la situation des affiliés fauchés comme les blés ou tondus comme des moutons par des primes non indexées à leurs revenus.

Écrit par : Emma | 06/08/2014

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