08/09/2013

L'invective pour argument

 

Réponse publiée dans Le Courrier du 7 septembre 2013, suite à un article signé993905_10200516760854350_800322461_n.jpg par Pascal Holenweg le 21 août sous le titre « Quand les TPG trimballent le MCG ». http://www.lecourrier.ch/113086/quand_les_tpg_trimballent_le_mcg

La Rédaction du Courrier est ici remerciée pour l’octroi de ce droit de réponse.   

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Sous la plume de Pascal Holenweg, conseiller municipal « carrément socialiste » en Ville de Genève, comme il se plaît à se qualifier lui-même (sans doute par référence à la forme géométrique qui rappelle son ouverture d’esprit), un pamphlet particulièrement virulent a été publié le 21 août dernier, aussi bien à l’encontre du MCG, qui en a vu d’autres, que des TPG, accusés de « trimballer » les slogans du premier.

Ce ne sont pas tant les propos injurieux qui ont retenu mon attention, car je comprends bien que pour un débat d’idées il est d’abord essentiel d’en avoir, mais bien plutôt l’argumentaire, celui-ci n’étant pas développé, mais asséné sur un ton péremptoire, ne laissant guère de place à l’objection. Ainsi, ce grand démocrate, poète à ses heures perdues, partisan de la liberté d’expression sélective, nous explique que le MCG, n’aurait pas été autorisé à placarder sur les trams « ses cochonneries », que dis-je, ses « étrons rhétoriques » visant la préférence cantonale à l’emploi, au motif incontournable qu’un tiers des conducteurs sont des frontaliers.

Et d’ajouter que pour « ce boulot », il n’y a pas assez de Genevois « candidats à le faire, et capables de le faire. A moins d’engager des chauffards alcooliques sur leur seule qualification d’être de Piogre ».

Les esprits retors pourraient retenir de ce discours savant, éructé par un éminent socialiste du cru, que nos braves demandeurs d’emploi, alternativement fainéants, incapables ou alcooliques, laisseraient volontairement ce travail, indigne de leurs origines, à des travailleurs venant d’ailleurs. Pour un prétendu représentant de la classe ouvrière, on aurait attendu davantage de considération pour ce qui ne semble être pour lui qu’un fonds de commerce.

Mais il y a mieux. Considérant que la lutte contre la délinquance croissante et la prolifération de la mendicité organisée, n’a rien à faire sur les véhicules des TPG, et cela même si les délinquants et les mendiants ne conduisent pas les trams (sic), notre folliculaire du jour préconise ni plus ni moins que la resquille, activité pour laquelle il nous dit avoir un penchant particulier, et cela même sans le prétexte que lui donnent désormais les slogans de la campagne MCG « trimballés » par les TPG.

Pour ma part, je ne vois aucune objection à ce que les même TPG « trimballent » les visages déformés de candidats socialistes, avec pour seul slogan, l’injonction « Osez ! », sans que l’on sache si l’audace suggérée est celle desdits candidats, prêts à perdre la moitié de la face pour convaincre qu’ils ont le profil, ou celle des électeurs qui devraient voter pour eux. Quoi qu’il en soit, ce ne sont pas les slogans qui font de bons candidats, et j’aurais souhaité que l’insulte cède le pas à l’argument.

Puisqu’une certaine gauche répugne à envisager ne serait-ce que l’idée d’une corrélation entre chômage, notamment de nos jeunes, et augmentation du nombre de frontaliers, parlons-en !

Le 12 février 2013, l’Observatoire universitaire de l’Emploi de l’Université de Genève (OUE), sur mandat du SECO, rendait son rapport intitulé « Les effets de la libre circulation des personnes sur les salaires en Suisse »

Au-delà des communiqués de presse auto satisfaits, il en résultait une claire augmentation du nombre de travailleurs frontaliers en Suisse, dont 34,3% travaillent dans la Région lémanique et 26,3% à Genève. Si leur pourcentage a baissé, dans les secteurs primaire et secondaire, il a augmenté de 19,5 à 25% dans le secteur tertiaire, et notamment pour les salaires élevés. Ce ne sont donc plus les travaux peu spécialisés qui sont attribués aux frontaliers, contrairement à une idée répandue, mais des postes exigeant une formation universitaire ou hautement spécialisée. Pour le salaire d’un jeune en fin de formation, nos entreprises semblent ainsi préférer des travailleurs frontaliers avec expérience, venant de plus en plus loin s’installer à proximité de Genève. Ainsi, plus les salaires sont hauts, plus le dumping salarial est important !

Exiger que nos demandeurs d’emploi aient la priorité n’est donc pas un discours « puant », Monsieur Holenweg, mais uniquement l’expression du bon sens. Encore faudrait-il en avoir.

 

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Commentaires

Comment ne pas d'accord.
C'est lumineux!

Écrit par : Ronald ZACHARIAS | 08/09/2013

Excellent article M. Poggia. En effet le nombre croissant des frontaliers dans notre canton met sérieusement en péril le tissu socio économique, voire même l'équilibre de toute la région. C'est pourquoi, le combat légitime et courageux du MCG constitue notre dernier rempart. Merci

Écrit par : Amar | 09/09/2013

Excellent article. Et vu l'impact médiatique les Genevois-e-s nous disent ne plus être choqués des sloggans du MCG bien au contraire ils sont contents de monter dedans "j'ai un peu l'impression de monter dans un tram sécurisé" m'a dit une vieille dame sur un stand....comme quoi....le besoin de lieu sur est rare il ne tient plus qu'à un tram dans Genève...

Écrit par : MarieLaure Dupont | 10/09/2013

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