29/05/2013

1933-2013. La délation rapporte toujours

 

1933.jpgDès avril 1933, la Suisse promulgue que « les israélites » ne seront pas considérés comme réfugiés politiques. La raison d’Etat a vaincu. L’éthique doit se soumettre aux nécessités de l’histoire. La Suisse a évité une invasion par les armées victorieuses du IIIème Reich grâce à son pragmatisme. Certes il y eut des « dommages collatéraux », mais il fallait payer un prix. On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. Pourvu que ce soient les œufs des autres…

Mon propos n’est pas de refaire l’Histoire, car, heureusement, il y eut des hommes et des femmes prêts à se dresser contre la realpolitik du moment. Il suffira de constater que l’Histoire se refait d'elle-même. La puanteur nauséabonde de jadis devient soudainement doux parfum d’aujourd’hui. Ce qui a été qualifié d’infâme délation, devient courbette incontournable pour le bien du plus grand nombre.

Le Conseil fédéral, poursuivant sa politique invertébrée, vient de l’annoncer par la bouche enfarinée de la Ministre des finances Evelyn Widmer-Schlumpf, les banques pourront impunément transmettre aux Etats-Unis les noms de leurs clients américains et de leurs employés qui s’en sont occupés.

Certes, il ne s'agit pas de placer sur un pied d'égalité les juifs fuyant la persécution nazie et risquant leur vie et les ressortissants américains plaçant leur argent en Suisse et risquant leur liberté. Mais l'esprit reste le même. On prend d'autrui ce que l'on peut prendre jusqu'au jour où notre intérêt nous dicte de s'en débarrasser.

Scandale crie la gauche. Les employés n’ont fait que ce qu’on leur demandait de faire ! Scandale hurle (une partie de) la droite. Les clients sont venus chez nous en raison de notre secret bancaire !

Honte à vous ! Proteste l’honnête homme. L’Histoire ne vous a rien enseigné. C’est l’âme de notre pays que vous vendez pour sauvez votre misérable peau!

 

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28/05/2013

La Suisse n'est pas gouvernée. Elle n'est qu'administrée

 

(Article paru dans l'AGEFI du 28 mai 2013)

 

4545008.jpgUne détermination du Conseil fédéral, passée presque inaperçue le 23 mai dernier aurait dû semer l’effroi au travers du secteur financier helvétique. En effet, notre gouvernement, et, en particulier le Département fédéral des finances. dirigé par Evelyn Widmer Schlumpf, non seulement ne sait pas où il conduit notre pays, mais est de surcroit incapable de se donner les moyens d’affronter les défis auxquels la Suisse doit inévitablement faire face.

Rappelons tout d’abord qu’en réponse à une question qui lui demandait comment était composé le Groupe de travail pour l’avenir de la place financière suisse (13.3203), la même Conseillère fédérale répondait déjà le 18 mars 2013 qu’il s’agissait d’un groupe d’experts comprenant des représentants de la BNS, de la FINMA, de l’administration et du monde scientifique. En d’autres termes, des technocrates et des fonctionnaires, à l’exclusion de tout acteur du monde bancaire ou de la finance. L’avenir de la place financière suisse serait donc une question devant être confiée à des théoriciens, à la tête desquels a été placé le Professeur Aymo Brunetti, de l’Université de Berne.

Aussi regrettable que soit cette option, il était encore permis d’espérer que ce groupe d’experts se donnât les moyens de répondre aux questions qui lui étaient posées.

C’est Olivier Feller, Conseiller national vaudois (PLR), qui a mis le doigt sur l’incroyable impéritie de celles et ceux à qui nous avons confié les destinée de notre pays. Ainsi, ayant déposé le 13 mars dernier une motion visant à obtenir un document didactique et accessible au grand public, comportant les données actuelles et comparatives des régimes fiscaux appliqués dans certains pays au moins aussi attractifs que le nôtre, afin de résister efficacement aux pressions exercées sur la Suisse par certains Etat étrangers ou certaines organisations internationales (13.3065), il s’est vu gratifié d’une réponse du Conseil fédéral qui laisse pantois.

Alors que l’on se serait logiquement attendu à un refus d’entrée en matière, au motif que les documents de travail à disposition seraient par définition complexes et donc, difficiles à vulgariser, le Conseil fédéral nous apprend qu’il n’a tout simplement RIEN à disposition sur ce sujet, au motif qu’il serait difficile d’avoir une connaissance précise des pratiques fiscales en cours à l’étranger…Et de conclure que ce travail va être entrepris « dans la mesure du possible » !

En d’autres termes, le Conseil fédéral, le DFF, Madame Evelyn Widmer Schlumpf et le Groupe d’experts, respectivement, discutent avec les gouvernements étrangers, et singulièrement avec l’Union européenne et les Etats-Unis, ou préparent les stratégies d’avenir de la place financière suisse, sans même disposer d’un document de travail élémentaire détaillant la pratique fiscale de nos détracteurs.

Depuis longtemps hélas, nous savons que nos Conseillers fédéraux ne sont plus des visionnaires, et que leur élection dépend davantage de la nécessité pour certains de barrer la route à d’autres prétendants, que de leurs qualités personnelles. Néanmoins, on pouvait espérer disposer au sein de l’administration, de Secrétaires d’Etat suffisamment éclairés pour combler les lacunes évidentes des chefs-fes de Départements.

Tel n’est pas le cas. Le bilan est consternant et inquiétant : la Suisse n’est pas gouvernée. Elle n’est qu’administrée.

Alors que notre pays doit affronter, à n’en pas douter, des défis économiques et financiers parmi les plus redoutables qu’elle aura connus depuis la dernière guerre, elle n’est pas armée pour le faire. On avance à l’aveuglette, sans connaître notre force, ou, mieux encore, les faiblesses de l’adversaire.

Si les Conseillers fédéraux en charge de l’économie, des finances et des affaires étrangères, étaient à la tête d’une entreprise privée, ils seraient renvoyés sur-le-champ à leurs études. Mais voilà, l’Etat a ses raisons que la raison ne connaît pas.

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