17/04/2013

Sortir le remboursement de l'avortement de la LAMal?

Le Conseil national examinait aujourd'hui l'initiative populaire visant à sortir le remboursement de l'avortement de l'assurance obligatoire des soins. Sous le couvert de vouloir diminuer les coûts de la santé (les IVG ne représentent globalement que 0.2% des coûts, y compris suite à un viol), les partisans de l'initiative ne visent en réalité qu'à combattre le principe même de l'avortement.

Voici quelle fut mon intervention à cette occasion:

 

"Cette initiative est une imposture. Une imposture car elle se présente fallacieusement comme soucieuse de réduire les coûts de la santé, alors que sa seule finalité est en réalité de combattre l’interruption de grossesse, pour des motifs moraux, que l’on doit certes respecter en démocratie, mais qui ont été clairement écartés par une majorité écrasante le 2 juin 2002, lorsqu’il a été décidé, par 72,2% des votants, de supprimer le caractère punissable de l’interruption de grossesse à la demande écrite de la femme au cours des douze premières semaines.

C’est une initiative d’un autre siècle, dont la motivation est sournoise.

Sous prétexte de renforcer la liberté individuelle de celles et ceux qui combattent l’avortement, c’est la liberté personnelle des femmes à l’auto-détermination, acquise de haute lutte, que l’on veut restreindre.

Sous prétexte de défendre la responsabilité individuelle, on prétend obliger les femmes qui devraient envisager un futur et potentiel avortement, à souscrire une assurance privée, alors qu’une grossesse non désirée, par définition, n’est jamais envisagée, et encore moins programmée.

Sous prétexte de renforcer les droits des parents d’une jeune femme enceinte, mineure de moins de seize ans, on veut contraindre cette dernière à mener à terme une grossesse non désirée sur injonction de ses parents.

Sous prétexte que l’assurance maladie obligatoire inciterait financièrement à l’avortement, on veut contraindre des femmes à mener à terme une grossesse non désirée, faute de pouvoir assumer financièrement une interruption de celle-ci.

Le raisonnement des auteurs de l’initiative est non seulement pervers, il est dangereux.

Pervers d’abord. Qui oserait aujourd’hui prétendre qu’une femme devrait assumer les conséquences d’une grossesse non désirée qu’elle aurait pu éviter, en mettant au monde, contre son gré, un enfant dont elle ne veut pas, pour des motifs qui lui appartiennent et dont personne n’a à juger ?

Dangereux ensuite. Car entrer dans le raisonnement proposé, c’est abandonner le principe de solidarité qui est le fondement même de notre assurance obligatoire.

Devra-t-on demain, au nom de la liberté individuelle des non-fumeurs, sortir de l’assurance maladie obligatoire le cancer du poumon qui peut toucher les fumeurs ?

Devra-t-on demain, au nom de la responsabilité individuelle des fumeurs, les obliger à souscrire une assurance privée couvrant les risques de cancer du poumon ?

Et cela est valable pour quantité de comportements à risque, parfaitement connus, et qui doivent être combattus par la prévention, et par la prévention seulement.

Les auteurs de l’initiative veulent nous faire croire que certaines femmes, plutôt que d’adopter des moyens contraceptifs, opteraient, par confort, pour l’avortement. On irait ainsi avorter avec insouciance et désinvolture ! Demandez à toute femme qui a connu cette situation si elle n’en est pas sortie meurtrie. Avorter est une lourde épreuve, que l’on ne traverse jamais avec légèreté, ni sans blessure.

C’est le lieu de se demander si le Conseil fédéral, soit spontanément, soit sur injonction du Parlement, ne devrait pas avoir davantage le courage de déclarer certaines initiatives populaires contraires au droit supérieur.

Que cela plaise ou non, selon notre ordre juridique, l’enfant à naître n’a pas la personnalité juridique qu’il n’acquiert qu’à la condition de naître vivant. En conséquence, durant la grossesse, et à fortiori durant les 12 premières semaines, il fait intimement partie de l’intégrité corporelle de la mère.

Refuser la couverture financière d’une interruption de grossesse, c’est faire intervenir dans les critères de décision un élément discriminatoire, qui peut amener une mère de condition modeste à devoir choisir entre la poursuite d’une grossesse non désirée et l’utilisation de moyens abortifs parallèles risqués.

Dans le premier cas, par l’instauration sournoise d’une obligation de procréer, faute de pouvoir assumer les coûts d’un avortement, il s’agit d’une atteinte à la liberté personnelle et à la libre détermination familiale garantie par l’article 8 CEDH. Dans le second cas, c’est le droit à l’intégrité corporelle, voire à la vie de la femme enceinte qui sont atteints, car selon l’OMS 60'000 à 120'000 femmes meurent encore aujourd’hui suite à des avortements pratiqués dans des conditions non médicalisées. Or ces droits, garantis par l’article 10 de notre Constitutions, sont inaliénables.

En conséquence, cette initiative ne devrait même pas être soumise à une votation populaire.

Puisqu’il en sera néanmoins ainsi, je vous demande de la rejeter fermement."

 

Cette initiative, qui devra être soumise à la sanction des électrices et des électeurs, a été refusée par le Conseil national, par 139 non, 29 oui et 19 abstentions

 


 

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16/04/2013

Initiative pour les familles, ou quand la politique est plus forte que le bon sens


Oublions un instant que cette initiative émane de l’UDC, un parti qui s’oppose à la création de crèches et qui prône un modèle révolu de la famille, dans laquelle le père travaille et la mère élève les enfants à la maison. Oublions un instant que faire de la politique se résume parfois à devoir réfuter les bonnes idées de l’adversaire pour les faire siennes plus tard.

Que dit le texte soumis au peuple par cette initiative et que le Conseil national examine depuis hier par une pléthore d’interventions aussi indigestes que hors sujet ?

Art. 129, al. 4 (nouveau)

4 Les parents qui gardent eux-mêmes leurs enfants doivent bénéficier d'une déduction fiscale au moins égale à celle accordée aux parents qui confient la garde de leurs enfants à des tiers.

La gauche unanime, visiblement gênée de devoir s’opposer à une initiative qui soutient les familles avec enfants, parle d’inégalité de traitement. En effet, pourquoi une famille dont les deux parents travaillent et qui place ses enfants à la crèche pour un coût estimé pour la démonstration à 20'000 francs par année, déductible à concurrence de 10'000.- francs de son revenu global fixé arbitrairement à 100'000 francs, devrait-elle se trouver dans la même situation qu’une famille dont un seul membre réaliserait le même revenu alors que l’autre resterait à la maison pour s’occuper des enfants ?

Pourquoi ne poserait-on pas le problème différemment ? A savoir : est-il juste qu’une famille qui fait le sacrifice de se priver d’un revenu pour que l’un de ses membres s’occupe personnellement des enfants, déchargeant du même coup la collectivité qui subventionne chaque place de crèche, ne reçoive aucune compensation de la part de cette même collectivité, alors que ses impôts contribuent aussi à la création de places de crèches dont d’autres vont bénéficier ?

Contrairement à un argument récurrent avancé par les opposants, c’est en vain que je recherche dans le texte un indice selon lequel il appartiendrait à la mère plutôt qu’au père de renoncer en tout ou partie à une activité rémunérée pour s’occuper des enfants. Pourquoi donc ce lever de boucliers féministe dénonçant le machisme de cette initiative ?

Quant à la droite, d’habitude toujours si prompte à soutenir les allègements fiscaux, elle rejoint ici le front des opposants pour de prétendus motifs de solidarité, qui tranchent singulièrement avec les thèses de la responsabilité individuelle, d’habitude si chères à ses orateurs.

Cette initiative ne favoriserait-elle que les familles les mieux nanties ? En d’autres termes, la clientèle des crèches ne compterait-elle que des familles modestes dont les deux parents sont contraints de travailler ? Certainement pas. Et il est permis de penser que les familles dont les deux parents ont des postes à responsabilités renoncent moins facilement à l’un des deux revenus, et non seulement pour des questions financières, alors qu’un calcul du coût induit par la conservation d’un revenu modeste, en termes de pallier fiscal et de frais de garde des enfants, inciterait davantage à y renoncer.

Cette initiative, contrairement à ce que prétendent ses détracteurs, aiderait justement les familles modestes qui renoncent à l’un des deux revenus au motif que le revenu supplémentaire serait en grande partie absorbé par les frais de garde et les impôts induis, en leur accordant un déduction de 10'000.francs par année sur le plan fédéral.

Certes, les contours de cette initiative devront être affinés dans la loi, les notions de « gardent eux-mêmes leurs enfants » et de « à des tiers » devant être précisées, Néanmoins, le principe est juste et mérite d’être soutenu.

 

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La politique a pris le dessus, une fois de plus.

Il-giornalismo-italiano.jpgLe Conseil national a rejeté cette initiative par deux tiers des voix. Après son examen par le Conseil des Etats, il appartiendra au peuple de se prononcer.

 

 

 

 

 

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09/04/2013

Cahuzac la main dans le sac

 

imagesCA132KYN.jpgL’affaire Cahuzac ne doit pas se réduire à la mise en évidence d’un manque de probité, malheureusement prédominant, de la classe politique (et non seulement française), n’hésitant pas à mentir effrontément pour accéder et se maintenir au pouvoir. Pas plus qu’à la démonstration d’une pratique de l’évasion fiscale, de la part même de celles et ceux qui prétendent la combattre le plus farouchement.

Cahuzac est socialiste, faut-il le rappeler, comme DSK d’ailleurs, dont il était un fervent partisan. Non pas que l’attrait de l’argent soit légitime, ou du moins qu’il le soit davantage, pour un homme de droite, mais le socialisme a été construit, et continue à être « vendu » aux électeurs, comme le seul rempart contre les dérives de l’argent facile. Le parti du respect des classes défavorisées. Mieux encore, le parti d’une morale économique et financière. L’argent au service de l’Homme, et non l’inverse.

Cahuzac incarne aujourd’hui exactement l’inverse : l’immoralité, la fourberie et l’avidité. Alors s’agit-il de l’exception qui confirme la règle ? On peut en douter. Comment en effet un homme politique condamné en 2007 pour avoir engagé dans sa clinique une employée philippine pour 250 euros par mois, signe évident d’un manque de considération pour la classe ouvrière qu’il prétend défendre, a-t-il pu se retrouver ministre du budget si les instances socialistes françaises ne lui ressemblaient pas ?

Comment ce médecin, conseiller de laboratoires pharmaceutiques, porte-parole du groupe socialiste, radical et citoyen sur les questions financières à l’Assemblée nationale, a-t-il pu se retrouver à la tête d’une fortune non déclarée de 15 millions d’euros selon les dernières informations ? Telle est la vraie question. D’où provient cet argent pour qu’en 2009 un établissement bancaire refuse de le recevoir ?

Ce n’est plus seulement Cahuzac qui est en cause désormais, c’est la légitimité d’un gouvernement qui prétend moraliser le pays (et ses voisins), et qui doit être soupçonné de n’être composé que d’hommes et de femmes, François Hollande en tête, pour qui le socialisme n’est plus qu’un label commercial, par lequel passent leurs ambitions personnelles.

Le socialisme, pas celui des exemples de l’Histoire, le vrai, le sincère, le généreux. Celui des idéaux. Ce socialisme-là est mort depuis longtemps. Celles et ceux qui parlent en son nom aujourd’hui, sauf quelques rares, trop rares, exceptions, n’ont plus en eux cette flamme du don de soi. Un socialisme d’opportunisme, de dépit ou même d’envie, qui ne rêve que de singer ce qu’il conspue à longueur d’année.

 

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