07/03/2013

Afflux de frontaliers sans conséquences sur l'emploi et les salaires? Vraiment?

 

 

manipulation.JPGLe 12 février 2013, l’Observatoire universitaire de l’Emploi de l’Université de Genève (OUE), sur mandat du SECO, rendait son rapport intitulé « Les effets de la libre circulation des personnes sur les salaires en Suisse » (http://www.seco.admin.ch/dokumentation/publikation/00008/...)

A en croire les dépêches unanimes de nos médias, ceux-ci se sont contentés de relayer les communiqués de presse du SECO, d’Economiesuisse et des milieux patronaux, affirmant avec satisfaction que la libre circulation des personnes n’avait eu que des effets positifs pour notre économie, plutôt que d’examiner avec une élémentaire curiosité journalistique, le texte original.

Commençons par regarder ce que nous apprend l’Office fédéral de la statistique plus spécifiquement sur les travailleurs frontaliers en Suisse : (dont les Suisses de l’étranger ne font pas partie, faut-il le rappeler ?) (http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/03/01/...)

A la fin de l’année 2012, 264'000 travailleurs frontaliers étaient recensés en Suisse, soit une augmentation de 12'000 en une année, correspondant à 4,8%. En cinq ans, (depuis 2007), l’augmentation est de 26,6% !

Mieux encore, sur les 5 dernières années, cette augmentation est de 68% dans le secteur administratif, de 56,1% pour les professions élémentaires  et 42.1% pour les directeurs, cadres de direction et gérants. 34,3% des frontaliers travaillant en en Suisse sont employés dans la Région lémanique.

Que nous enseigne ensuite le rapport de l’OUE ? En chiffres d’abord : Entre 2004 et 2010, le nombre de frontaliers travaillant en Suisse a augmenté de 40,4% !

Entre 2004 et 2010, le pourcentage de travailleurs frontaliers a augmenté, par secteur, comme suit :

Primaire :            de 24,3à 20,7    (en baisse)

Secondaire :      de 56,2 à 54,4    (en baisse)

Tertiaire :            de 19,5 à 25,0    (en hausse)

Genève, à lui seul, compte 26,3% des frontaliers travaillant en Suisse. Ceux-ci représentent 25,8% des travailleurs du canton dans le secteur privé (43,5% de Suisses, 17% de permis C et 13,7% de permis B et L).

Au-delà des chiffres eux-mêmes, que peut-on dire de l’influence sur les salaires de l’arrivée massive de travailleurs européens suite à la libre circulation des personnes ?

D’abord, l’augmentation la plus importante du nombre de travailleurs étrangers touche les salaires élevés. Il faut en déduire que les jeunes sortant de formations universitaires ou hautement spécialisées sont en concurrence directe avec des travailleurs étrangers, qui peuvent offrir, pour un salaire égal, une expérience supérieure. Et le rapport de conclure que plus les salaires sont hauts, plus le dumping salarial est important !

L’analyse économétrique effectuée par l’OUE met par ailleurs en évidence la baisse des salaires chez les travailleurs bénéficiant entre 10 et 15 ans d’expérience, soit précisément ceux qui sont également en concurrence avec des travailleurs étrangers bénéficiant d’une solide expérience professionnelle.

Enfin, après avoir relevé que si une étude comparative peut être faite sur le plan de la qualification, elle est impossible au niveau de l’expérience professionnelle précisément, l’étude relève avec pertinence que les travailleurs étrangers occupent des postes pour lesquels ils sont surqualifiés (downgrading ou déclassement, page 85 du rapport) !

 Il est donc démontré que les travailleurs du canton de Genève sont bien exposés à une concurrence déloyale de la part des travailleurs en provenance de l’Union européenne, sous la forme d’un dumping de compétences et d’expérience, ce qu’aucune statistique ne pourra jamais quantifier.

Lorsque le MCG tire la sonnette d’alarme, comme il le fait depuis des années, il est donc en plein dans le mille !

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Commentaires

C'est donc bien les milieux économiques qu'il faut pointer du doigt parce qu'ils profitent du déséquilibre des salaires entre la Suisse et l'UE pour faire de la sous-enchère. C'est cela l'économie de marché ! Aussi bien ce ne sont pas les frontaliers proches (ou plus lointains !) qui sont à l'origine des problèmes que vous mettez en évidence, mais bien plutôt les chefs d'entreprise qui ne jouent pas le jeu, ou plutôt le leur qui consisite à s'approprier les meilleures compétences au moindre coût !

Corrigeons déjà cette situation et puis analysons.

Mais salaires plus élevés signifient perte de compétitivité sur l'internatinal et pleurnicheries (larmes de crocodiles ?) du patronat qui prétendra qu'il faut supprimer des postes de travail...

Quels que soient la situation et les problèmes auxquels nous sommes et seront confrontés, je n'imagine pas une seconde que de se barricader chez soi représente la solution. Je souhaiterais que nos autorités et nos élus soient quelquefois un peu plus inventifs et aient une vision qui dépassent la frontière politique de notre petit canton.

On se gausse actuellement de ceux qui travaillent sur le projet du "Grand Genève" - je vous accorde que le terme est peut-être un peu pompeux - en leur déniant toute légitimité. Mais non d'un chien, il faut bien commencer. On ne peut quand même pas accuser tout le temps les personnes qui essaient de faire avancer les choses de le faire dans le dos du peuple ! Quand on regarde la configuration géographique de Genève et ses kilomètres de frontières avec la France, je défie quiconque de trouver incongru le fait de vouloir construire une région qui dépassent les frontières, justement parce que frontières il y a ! De la part d'esprits éclairés, c'est plutôt désolant.

Au fait, quand les entreprises ont été portées par les vents de la délocalisation, qu'a-t-on fait pour les retenir ? Les travailleurs de l'UE n'en étaient pas responsables tout de même ?

Écrit par : Michel Sommer | 07/03/2013

Hé oui c’est bien les milieux que vous défendez systématiquement qui essayent de faire de la sous enchères salariale. C’est un manque total de cohérence du discours du MCG.

Écrit par : Gilliéron | 07/03/2013

La situation à Genève (notamment) est scandaleuse. Quel gouvernement au monde permet de donner des emplois à des travailleurs non résidants sur le territoire avant d'en donner à ses propres ressortissants ? Il en faut pas être devin pour voir le dumping salarial, les français viennent de toujours plus loin pour travailler à Genève. Leurs voitures aux plaques 83, 06, 28, 38, 69 et j'en passe squattent à longueur de semaine les places en zone blanche des communes périphériques et saturent nos routes ! Pendant ce temps, les habitants de Genève vont grossir les rangs du chômage et de l'hospice général. Le gouverment genevois chasse et spolie la classe moyenne (vous savez ceux-là mêmes qui n'ont jamais droit à rien et qui ne trouve plus de boulot aujourd'hui !). Les zones villas contigües aux zones industrielles sont englobées dans les extensions des zones industrielles, sans aucun dédommagement financier ! Et pour quoi ? Pour créer de l'emploi pour les frontaliers et pour les expatriés ! Parce que les genevois eux, ils restent désormais sur le carreaux et sont perdants sur toute la ligne. Les élus suisses et genevois sont en train de préparer des générations de chômeurs, NOS enfants, ceux-là même dont les parents et les grands parents ont fait de Genève la force économique qu'elle est aujourd'hui.

Écrit par : strohheker corinne | 08/03/2013

Vous oubliez tous ces portuguais, italiens, espagnols etc fraichement debarqués sur Geneve avec un permis B. Eux font pas la sous-enchere salariale, non? Peut-être parce que ceux sont les futurs votants et cadres du MCG??

Écrit par : Anna | 08/03/2013

Halte aux frontaliers !! SVP

Écrit par : Colombey | 08/03/2013

Et ou étaient les ois-disant syndicats quand il y eu signature des billes latérales? Dans les comptes des dessous de tables versés par les entrepreneurs?

Écrit par : Jean Paul | 08/03/2013

Autre extrait ... autre interprétation (page 85 aussi !!)

les travailleurs suisses faiblement qualifiés ont plutôt profité de l’ALCP, et
voient leurs salaires réels augmenter de 1.1%. D’une part, ils bénéficient de la complémentarité avec les nouveaux immigrants européens qui sont plus qualifiés qu’eux, et dont l’arrivée tend à accroître la demande pour les travailleurs peu qualifiés. D’autre part, ils sont partiellement abrités de la concurrence directe des nouveaux immigrants peu qualifiés car ils sont spécialisés dans des domaines d’activité où la concurrence étrangère est peu active.

Écrit par : Boris | 08/03/2013

Ne vous inquiétez pas, bientôt le problème des frontaliers sera réglé de lui même puisqu'il n'y aura plus de multinationales pour les embaucher.
Et ainsi vous aurez un nouveau cheval de bataille pour vous plaindre.

Écrit par : antoine | 08/03/2013

Trop tard ! Je ne peux malheureusement pas corriger mon "non d'un chien" par un nom d'un chien ! Désolé.

Écrit par : Michel Sommer | 08/03/2013

Les commentaires laissés sur votre blog par certains ne laissent pas augurer d'un brillant avenir pour notre canton ni de relations transfrontalières bien comprises...

Quand j'entends des "halte aux frontaliers", je ne suis pas vraiment étonné d'entendre à l'étranger des slogans du type "Suisse : halte aux paradis fiscaux".

L'outrance n'a pas de frontières...mais le chômage apparemment oui !

Cordialement

Écrit par : MIchel Sommer | 08/03/2013

@ strohheker corinne et @ Anna,

Tout à fait d'accord avec vous.

Et j'ajouterais aussi que le gouvernement suisse fait tout pour enfoncer notre économie en cassant le Secret Bancaire et les emplois qui vont avec alors que d'autres pays profitent de notre bêtise en le renforçant chez eux.

Et Anna, vous faites bien de remarquer qu'il y a aussi une forte concurrence et des pressions à la baisse des salaires du fait de l'arrivée d'immigrés de pays en crise. Nous ne pouvons accepter toute la misère d'Europe et cela le MCG doit aussi absolument le dire s'il veut vraiment protéger la population et être crédible.

Écrit par : La censure règne en Suisse | 08/03/2013

Marre de lire et d'entendre les chiffres tronqués de la SECO. A Genève, depuis 2002, le résident genevois ne trouve pas de travail si par malheur il est inscrit à l'OCE alors que, pour ne citer qu'un exemple, les administrations publiques, y c. les communes, engagent sans sourciller du personnel "hors sol". Trouver un appartement relève de la mission impossible puisque le personnel étranger engagé par les multinationales doit lui aussi se loger. Depuis les accords de la libre circulation des personnes, la vie devient infernale (explosion du coût de la santé, hausse de l'insécurité, du chômage et de la spéculation immobilière). Seul le résultat d'élections et votations ciblées pourrait endiguer cette spirale nocive et réajuster une vie équitable aux contribuables citoyens ou résidents qui ont participé à l'essor de notre pays.

Écrit par : Aurélien | 11/03/2013

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