13/12/2012

Couples homosexuels et adoption : brèche ou percée?

Le Conseil national a accepté, le 13 décembre, la possibilité d’adopter « dans les couples homosexuels » et non « pour les couples homosexuels ». En clair, dans le cadre limité d’un partenariat enregistré qui aura duré cinq ans au moins, il sera possible d’adopter l’enfant du partenaire (ce qui implique bien évidemment que cet enfant n’ait qu’un seul parent).

 

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Il n’est par contre pas question dans le texte adopté de permettre à un couple homosexuel en partenariat enregistré d’adopter un enfant qui ne serait pas descendant de l’un des partenaires.

Que faut-il en penser ? S’agit-il d’une avancée vers la reconnaissance d’une égalité entre couples homo- et hétérosexuels ou, lorsqu’on déplore cette décision, d’une brèche dans l’image traditionnelle, que certains définiront par « naturelle », de la famille ?

Comme la très grande majorité de la population, du moins je le présume, je fais partie de ceux qui considèrent qu’un enfant devrait idéalement grandir aux côtés de son père et de sa mère, lesquels devraient, aussi idéalement, filer le parfait amour.

La réalité quotidienne nous enseigne cependant que cela n’est pas toujours le cas, et même de moins en moins, soit parce que père et mère, bien que vivant ensemble, donnent à leur enfant l’image d’un déchirement constant, soit parce qu’une séparation intervient, ou plus tragiquement un décès, ou même parce que l’un des parents n’a jamais été identifié (plus fréquemment le père pour des raisons bien compréhensibles).

Que cela plaise ou non, que cela soit idéal ou non aux yeux de certains, et j’en suis, il est un fait que des enfants n’ayant que leur père ou leur mère vivent avec celui-ci, et, rarement certes au regard de la population globale, mais la situation existe néanmoins, certains de ces enfant vivent également avec le partenaire enregistré de leur père ou de leur mère.

Faut-il dans ces situations interdire leur adoption par ce partenaire, dont ils partagent la vie, ou faut-il, non pas dans l’intérêt du partenaire en question, mais dans l’intérêt de cet enfant, permettre la création d’un lien juridique avec lui, ce qui donnera à l’enfant une sécurité accrue pour l’avenir ?

Cette nouvelle loi ne crée donc rien de nouveau mais offre la possibilité de donner à l’enfant, si son intérêt le justifie, ce qui sera examiné de cas en cas, un plus par rapport au droit actuel. Aura-t-il pour autant deux pères ou deux mères ? Cette présentation caricaturale est évidemment absurde et aucun enfant, dès l’âge de raison, ne pensera jamais qu’il peut être issu de deux êtres de même sexe. Il saura également qui est son père, respectivement sa mère, et qui est le partenaire qui l’aura adopté.

On peut donc considérer que l’adoption d’un enfant doit rester le fait d’un couple hétérosexuel, tout est acceptant, dans ce cas spécifique particulier, que l’adoption de l’enfant du partenaire enregistré qui n’a qu’un seul parent, est un avantage pour l’enfant, et pour lui d’abord.

Quant à ceux qui brandissent l’épouvantail de la brèche à la sacro-sainte image de la famille et qui considèrent que seuls les enfants élevés par des couples-hétérosexuels connaîtront l’épanouissement, on ne les a pas vus déposer des projets de lois visant à retirer tous les enfants élevés dans des familles homosexuelles. Car enfin, de deux choses l’une, soit on affirme agir dans l’intérêt de l’enfant, lequel serait en danger dans de telles familles, et il est criminel de ne rien faire, soit on agit dans l’irrationnel ou, au pire, dans la manipulation, et l’intérêt de l’enfant n’est qu’un prétexte.

Voilà ce qu’il me semblait devoir être dit à propos d’une votation que certains pourraient être tentés de présenter comme une victoire, et d’autres, comme un pas vers la décadence.
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Commentaires

Heureusement qu'il y avait Freysinger l'artiste de cabaret de souche autrichienne pour relever le débat. Que voilà un clown qui devrait savoir faire la différence entre monoparental et homoparental.

Écrit par : Hypolithe | 13/12/2012

Cher Monsieur Poggia,

Votre texte a au moins l'originalité de ne pas prendre l'enfant en otage pour refuser le principe de l'adoption pour les couples homosexuels. Dans ce débat, les opposants parlent souvent de droit. Le mariage est un droit, et il défend une caste actuellement majoritaire (et qui le restera probablement): celle des hétérosexuels. L'étant moi-même, j'en fais évidemment partie. Mais ces mêmes personnes ont souvent un discours différent sur l'armée et l'obligation de servir, par exemple. Pour eux, il s'agit d'un devoir. Et notre société, démocratique fut-il nécessaire de le rappeler, n'a-t-elle pas quelque devoir envers ses membres? Envers toute la pluralité des caractères qui la compose? Son devoir premier, ne serait-ce pas justement de garantir un minimum de respect des divergences? Sans aller jusqu'à requérir une parfaite égalité entre les individus (ce qui est fondamentalement impossible), le droit peut permettre au moins une égalité juridique entre deux préférences sexuelles. Encore que le terme préférence est ici mal adapté, l'orientation n'étant pas soumise à décision.
Bref, ce combat, qui est de s'opposer à la différence, est une lutte d'arrière-garde. De celles qui finiront un jour par n'être qu'un mauvais souvenir pour nos futures générations.

Avec toute ma considération,

Votre dévoué serviteur, Grégoire Barbey

Écrit par : Grégoire Barbey | 13/12/2012

D'accord avec vous, Mauro Poggia: en accordant cette possibilité sous ces conditions, le conseil national suisse se montre à la fois attentif aux réalités, mesuré et audacieux.
L'élégance de la mesure helvétique. Des fois, je me dis qu'on est bien géré-e-s, et ça me fait plaisir.

Écrit par : Sérum | 13/12/2012

@Grégoire ce qui taraude mes neurones n'est pas le fait qu'entre homos le mariage soit possible ou non.En effet tout le monde crie au scandale concernant les OGM,mais l'embryogenèse celle pratiquée dans les banques de spermes en est une dérive.Et si l'on sait après avoir vu un excellent film montrant la vie d'un donneur qui n'a pas hésité à montrer son vrai visage et les commentaires donnés par ses enfants pré-fabriqués frolant la schizophrénie et bipolaires assurément ,il ne faut pas trop accélérer la mise en place d'un système qui risque de voir un effondrement social,la plupart n'aimant pas travailler.
Ce qui m'amène à me re-tarauder les neurones en voyant le nombre de jeunes incapables de se plier aux régles du monde qui se doit d'être organisé pour ne pas devenir complètement débile ou tomber aux mains de débiles ,ces jeunes indignés ne sont-ils pas des enfants de géniteur inconnu,voilà un autre problème dont il faudrait tenir compte.à mon humble avis bien entendu.
toute belle journée pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | 14/12/2012

Cher Monsieur Poggia,

J'ai lu attentivement votre message car je suis le mari d'une femme qui a un enfant issu d'un premier mariage. Cet enfant, je le considère comme le mien et ce lien est réciproque. Son géniteur, reconnu aux yeux de la loi suisse, s'en est aller vivre à l'autre bout du monde, avec sa nouvelle famille. Et moi, je ne suis qu'un parfait inconnu juridiquement parlant pour cet ado que j'aime, que j'accompagne, que j'élève et qu'accessoirement je nourris depuis son plus jeune âge.

Et j'apprends que des couples homosexuels pourront adopter. Comment ces enfants ne pourraient-ils avoir qu'un seul parent !? Dans la majeure partie des cas, ils auront été conçus selon un arrangement bien préparé où l'un des deux "parents" renoncent à son droit.

Je n'ai évidemment rien contre le bonheur des couples homo mais j'ai l'impression qu'une profonde injustice se noue dans le dos d'un grand nombre de famille pour lesquelles l'adoption du ou des enfants par le beau-père ou la belle-mère serait non seulement une belle preuve de reconnaissance mais également l'assurance de pouvoir transmettre un patrimoine et de solidifier, pourquoi pas, une famille recomposée.

Mais peut-être que je m'alarme pour rien et que j'ai raté quelque chose ? Hein, Monsieur Poggia, dites-moi que j'ai mal compris...

Avec mes salutations les meilleures.

D. Schmitt

Écrit par : Schmitt | 14/12/2012

Cher Monsieur, pour répondre à votre question la situation est strictement la même, pour le cas que vous évoquez, que le couple soit homo- ou hétérosexuel en ce sens que si le conjoint ou partenaire n'est pas le seul parent légal de l'enfant que l'on souhaite adopter, l'adoption ne pourra se faire sans le consentement de l'autre parent. Par contre, dans un cas comme dans l'autre, il est possible de se passer du consentement d'un parent qui s'est totalement désintéressé de l'enfant, ce qui semble être le cas que vous évoquez. Alors...allez-y!

Écrit par : Mauro Poggia | 14/12/2012

Bonjour Maître Poggia

Bien que légèrement hors sujet, une interrogation me revient souvent...

Comment une paire d'homosexuels pourraient-ils enseigner/éduquer un enfant d'une manière hétérosexuelle ?
Comment pourraient-ils préparer un enfant à un avenir "normal", étant eux-même un présent "anormal" ?
Ne vont-ils pas reporter tôt ou tard leur comportement sur celui du moufflet ?

Regardes Petit...s'aimer entre hommes (ou femmes) c'est tellement mieux...:-)

Cordialement

Écrit par : absolom | 14/12/2012

Monsieur Poggia,

Quelle sera la situation, du beau-père ou de la belle-mère dans le cas où même séparé les 2 parents continuent de s'occuper de l'enfant. Ce qui est en principe la nouvelle norme de garde des enfants en cas de divorce ?
Pourquoi ne pas créer un statut de tuteur/tutrice spécifique pour ces personnes ( comme le PACS) afin d'assurer à l'enfant la sécurité sans générer des situations impossibles ( trois parents!).
De toutes façons, une fois de plus, on ne se préoccupe pas de l'intérêt de l'enfant mais des désirs et intérêts des adultes parents ou non.
Pourquoi rendre normal artificiellement ce qui ne l'est pas. La nature est basée sur l'hétérosexualité, normaliser l'homoséxualité ce n'est finalement que faire de l'OGM !
Avec mes meilleures salutations
J.-Claude huggel

Écrit par : Jean-Claude huggel | 14/12/2012

Excellente présentation d'un problème difficile à traiter sans tomber dans un piège idéologique. Merci pour cet éclaircissement.

Écrit par : Mère-Grand | 14/12/2012

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