16/08/2012

VERS LA DISPARITION DU FRANC SUISSE ?

 

2330481.jpg

A force de faire tourner la planche à billets dans le cadre de la politique de maintien du franc suisse au-dessus de 1,20 franc par euro, la Banque nationale a amené la Suisse à détenir désormais les cinquièmes réserves en devises du monde, derrière la Chine, le Japon, l'Arabie Saoudite et la Russie.

Est-on seulement conscient du risque que cette situation implique pour l'indépendance de notre pays ?

La Banque nationale annonçait ainsi le 7 août dernier, dans une apparente indifférence générale des milieux politiques, dont l'attention était accaparée par la désastreuse négociation d'un accord sur les successions avec la France, que ses réserves en devises avaient progressé de 11% en juillet, totalisant 406,45 milliards de francs. Il est à craindre que d'ici la fin de l'année le bilan de la BNS n'atteigne le Produit National Brut de notre pays.

Le Conseil fédéral, et sa Présidente Eveline Widmer-Schlumpf en tête, ministre des finances de surcroît, ne semble pas s'en émouvoir. Inconscience ou incompétence ?

Ainsi, pour maintenir la compétitivité internationale de nos entreprises exportatrices, dont le handicap ne constitue assurément pas la seule force de notre franc, la BNS vend en masse du franc suisse contre un euro chancelant, achetant à 60% des obligations d'Etat de la zone euro, au bénéfice essentiellement de la France et de l'Allemagne...

Ce jeu en vaut-il la chandelle ? On aurait au moins souhaité que la question soit posée en toute transparence et que ce taux-plancher franc suisse-euro, qui se transforme inexorablement en un ancrage de notre monnaie avec la monnaie européenne, ne nous soit pas présenté comme une solution miracle incontournable.

Car si la Suisse détient aujourd'hui à elle seule la moitié de toutes les réserves des 17 banques centrales de la zone euro, cela n'est pas le fruit d'une activité économique florissante, mais uniquement d'une manipulation monétaire qui ne peut rester sans conséquences.

Aujourd'hui déjà, si les taux d'intérêts de plusieurs Etats européens sont aussi bas, et si l'euro ne baisse plus face au dollar américain, la politique de la BNS en est en grande partie responsable.

Mais il y a pire.

Que se passera-t-il si l'euro, déjà malade, connaît une chute vertigineuse suite à une implosion de la zone euro ? Notre Banque nationale se retrouverait potentiellement en faillite !

Et si cette liquidité créée artificiellement était injectée dans l'économie réelle ? La Suisse connaîtrait alors une inflation sans précédent !

On nous expliquerait alors que notre pays n'aurait d'autre alternative que d'adopter l'euro, monnaie principale détenue par notre Banque nationale...en entrant dans l'Union européenne.

L'économie aurait eu raison, une fois de plus, de la volonté populaire.

 

Avec mes remerciements à Pierre Leconte, GONET & Cie, pour m'avoir fait partager ses réflexions.

Voir sur le sujet : http://www.latribune.fr/actualites/economie/international...

 

 

 

 

08:28 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (19) | | |  Facebook

Commentaires

Une fois n'est pas coutume, sur ce sujet, je suis tout à fait d'accord avec Me Mauro Poggia.

Écrit par : Frédéric Vahlé | 16/08/2012

Les mesures de la BNS ne sont rien d'autre qu'une attaque contre le patrimoine privé. Il aurait été largement moins coûteux de subventionner les quelques entreprises exportatrices en difficulté.

Écrit par : petard | 16/08/2012

Il n'y a pas de politique de planche à billet (=création monétaire) mais simplement vente de stock de monnaie déjà existante.

Si en plus certains voient cela comme "une attaque contre le patrimoine privé", faudra quand même expliquer comment ...

Le point essentiel qui demande débat est le suivant : Combien de temps la BNS va-t-elle pouvoir poursuivre cette politique compte tenu de sa réserve de devise ? Question annexe : Que risque-t-il de se passer quand la réserve de devise sera vide ?

Écrit par : Djinus | 16/08/2012

@ Djinius

"Il n'y a pas de politique de planche à billet (=création monétaire) mais simplement vente de stock de monnaie déjà existante."

N'importe quoi. La BNS créée des francs suisses ex nihilo, "out of thin air", pour acheter des obligations libellée en euro émise par certains Etats européens. Tout comme la Banque centrale des USA a créé des dollars pour acheter de la dette US. Ou le Banque centrale européenne des euros pour acheter des obligations européennes.

Et oui ! Création pour soutenir l'Europe en Europe, les USA aux USA et .... l'Europe en Suisse.

Quant à l'effet, c'est le soutient des exportateurs donc d'entreprise suisses mais aussi étrangères au vu des importations nécessitées par l'exportation et, bien sûr, l'emploi suisse au bénéfice des néo-émigrants européens, alors que les immigrants ressortent de Suisse plus de 4 % du PIB (0.5 % en Allemagne).

Ce alors que tous les contribuables seront mis à l'effet par les pertes de la BNS et que tout le monde sera mis à contribution par l'inflation qui finira par être générée. Voilà l'explication demandée (comme "une attaque contre le patrimoine privé", faudra quand même expliquer comment ...)

"Le point essentiel qui demande débat est le suivant : Combien de temps la BNS va-t-elle pouvoir poursuivre cette politique compte tenu de sa réserve de devise ?"

Question idiote! La BNS n'achète pas du francs suisses avec des devises stockées mais achète des devises avec du francs suisse créé.

Écrit par : CEDH | 16/08/2012

Il faut être politicien avec une rente assurée jusqu'à la fin de ses jours, quelques retours d'ascenseurs de la part de grands patrons pour croire encore à l'Euro... S'arrimer ainsi à une devise en perdition, coulée par ses propres "fondateurs", c'est vraiment vouloir se saborder soi-même...
Ce hara-kiri qui nous est infligé par nos "élites" est vraiment un hold-up d'une décision qui aurait dû revenir au peuple et dont nous n'avons pas fini de payer les conséquences...

Écrit par : A. Piller | 16/08/2012

«"une attaque contre le patrimoine privé" faudra quand même expliquer comment ...»

Merci CEDH d'avoir répondu.

Et puis, lorsque les 20% d'inflation seront atteints, votre petit magot de 20000 francs sur votre compte épargne ne vaudra plus que 16000 francs (val 17.08.12).

Revers positif de la médaille, si vous êtes un propriétaire endetté et que votre patron a eu la mansuétude d'indexer votre salaire... votre loyer sera réduit de 20%. Et là c'est permis rêver ça ne coûte rien!

«Tout comme la Banque centrale des USA a créé des dollars pour acheter de la dette US. Ou le Banque centrale européenne des euros pour acheter des obligations européennes.»

Et ça c'est le mécanisme d'appauvrissement des créanciers...

Écrit par : petard | 17/08/2012

Quelles solutions préconisez vous M. Poggia pour éviter la surévaluation du Franc qui entrainerait immédiatement une forte pénalisation de notre économie ?

Écrit par : laurent | 17/08/2012

N'etant pas économiste, il serait prétentieux de ma part de présenter des solutions miracles, ce d'autant que je suis pour l'indépendance de notre Banque nationale à l'égard du pouvoir politique. Cela ne veut pas dire pour autant que le politique doive subir la loi de l'économie et que l'on puisse nous dissimuler les conséquences, à terme, des décisions de notre banque centrale. En économie, comme en politique, il s'agit souvent, non de trouver la meilleure solution, mais de rechercher celle dont les conséquences négatives sont moindres.
Certes le franc fort freine et pénalise les exportations, mais une aide ponctuelle aux entreprises concernées, qui ne sont pas celles intervenant dans les produits de luxe, ne coûterait-elle pas moins à la Suisse, que la fixation de ce taux-plancher, et la nécessité corollaire d'acheter de l'euro à tour de bras?

Écrit par : mauro poggia | 17/08/2012

"Certes le franc fort freine et pénalise les exportations, mais une aide ponctuelle aux entreprises concernées, qui ne sont pas celles intervenant dans les produits de luxe, ne coûterait-elle pas moins à la Suisse, que la fixation de ce taux-plancher, et la nécessité corollaire d'acheter de l'euro à tour de bras?"

Votre question mérite réflexion. Mais une aide étatique me paraît constituer une sacrée entorse au principe sacré de l'économie de marché dans laquelle l'Etat n'intervient pas ! Deuxième question : comment établir la liste des "entreprises concernées". Mettre le doigt dans ce genre d'engrenage risque de le sectionner dans la douleur...

Les questions que vous soulevez sont intéressantes car elles montrent en quelques sorte a contrario que la Suisse, qu'elle le veuille ou non, se trouve confrontée à un marché globalisé et que la situation et/ou les décisions des autres pays la concernent. Que la Suisse agisse ou réagisse, il est à craindre qu'elle ne s'en sortira pas si l'Europe s'écroule. Aussi bien je suis de l'avis de soigner le malade plutôt que de le tuer !

Écrit par : Michel Sommer | 17/08/2012

Les "Pertes" de la BNS ne sont que Comptables !

(Cette Lettre de Lecteur (envoyée le 23 juin) a paru dans la Tribune des 21 et 22 juillet 2012 en page 26)

Permettez-moi de rassurer le lecteur qui se fait « peur tout seul » en craignant qu’il faille « renflouer la BNS pour la perte des ventes des euros » rachetés (TG 24/6 p. 17) : la BNS rappelle souvent qu’il ne s’agit que de « pertes comptables » car, conformément à sa mission régalienne, elle crée elle-même les fonds nécessaires à ses achats. Le chef économiste de l’UBS, Andreas Höfert, rappelait récemment (TG 1/11/11, p.10) ceci : « La BNS ne peut pas faire faillite puisqu’elle a la capacité de créer de la monnaie ex nihilo. » En tant que linguiste, je dénonce la confusion sémantique entre argent réel (Bargeld en allemand, dépôts ou fonds propres) et argent comptable (Schriftgeld) créé ex nihilo sous forme de crédits.

L’article 123 du Traité de Lisbonne interdit aux Etats d’imiter la BNS et les oblige à emprunter auprès des marchés privés, lesquels ouvrent ex nihilo ces lignes de crédit. Le souci est que l’intérêt correspondant n’est pas créé par les marchés et que les Etats doivent le trouver par le jeu de l’avion des reventes de dettes comptables. En France, ce masochisme financier date de la loi du 3 janvier 1973 aux termes de laquelle la BdF ne peut plus créer sa monnaie scripturale ex nihilo comme la BNS, mais doit l’emprunter contre intérêts comme un particulier. Ueli Maurer a raison de traiter de « fous » ceux qui oseraient se jeter dans la gueule de ce loup écervelé !

http://helveticus.blog.tdg.ch/archive/2012/07/01/les-pertes-de-la-bns-ne-sont-que-comptables.html

Écrit par : M. Denis Bloud | 17/08/2012

@ Michel Sommer

L'intervention de la BNS en faveur des exportateurs vers la zone Euro est une entorse "au principe sacré de l'économie de marché". La BNS, aussi autonome soit-elle, est un organe étatique fédéral. Si le seul motif de la BNS était de soutenir les exportations alors elle violerait la Constitution fédérale.

@ Mauro poggia

Il y a des solutions politiques.

1. Lutte contre le prix élevés des produits importés qu'ils soient destinés à l'usager final ou à un producteur suisse.

2. Admettre la diminution du nombre d'emploi en suite du franc fort. Nous n'avons pas besoin d'employer toute l'Europe. Et c'est bien ce qui arrive. Lors de la crise de 1973 après une chute du PIB de 6 % en 1974, le taux de chômage est passé de 0 à 0.1 %. Nous ne pensions pas devoir employer toute l'Europe et fournir plus de 4 % du PIB comme aide indirecte via les "remittances".

Plutôt que d'intervenir sur le Franc suisse, il faut admettre une perte de l'emploi dans certains secteurs et donner priorité à l'engagement aux suisses et résidents de suisses ainsi qu'aux frontaliers du cru les plus anciens. Cette priorité n'est pas prohibée en soit. Si l'ALCP impose une forte égalité après l'engagement, en matière d'engagement il ne proscrit que les réglementations et conventions qui contreviennent à une inégalité de traitement. Il n'est pas, en matière d'engagement, prescrit une égalité de fait.

Il faut fortement diminuer les prestations chômage tel qu'on les connaît en les remplaçant judicieusement par des aides afin de les faire sortir du règlement 883/94 par le biais de l'article 70 de ce règlement. Ainsi il sera possible de les réserver aux suisses et résidents de longue durée. Si la gauche a pu le faire pour (ou plutôt contre) les invalides de naissances en soustrayant aux accords de libre circulation les rentes AI des invalides de naissances, sa morale ne doit pas l'empêcher de procéder de même pour une aide au chômeur néo-immigré.

Écrit par : CEDH | 17/08/2012

Quelques pistes...

Pour ne pas pénaliser l'économie et stabiliser le cours du change...

La BNS crée des "fonds souverains", non pas pour acheter la Tour Eiffel ou le port de Marseille, mais pour acheter: l'achèvement des routes nationales, le 2e tube du Gothard, les avions à Ueli Maurer, la modernisation de nos infrastructures ferroviaires, 15000 policiers supplémentaires, 20 ans de recherche scientifique pour les EPF, etc...

Tout ça c'est somme toute que quelques heures ou quelques jours de "production" ex nihilo.

Écrit par : petard | 17/08/2012

@ Petard

Fond souverain en euro, dollar US, Couronne norvégienne ... ? Vous allez payer les policiers supplémentaires suisses en ces devises ? Et leur interdire de les changer en franc suisse !

Ou bien voulez-vous que la BNS crée encore plus de francs suisse pour financer l'Etat ? Ne vous rendez-vous pas compte que cela revient à rogner la valeur de la monnaie. Créant ce qu'on appelle inflation.

Il faut conserver à la BNS sa marge de manoeuvre monétaire au vu de l'évolution des marchés. Condition nécessaire à ce que la Suisse puisse s'en sortir. La BNS doit pouvoir convertir les Euro en Euro du nord ou roupie de papouasie si nécessaire. Et surtout, elle doit pouvoir stériliser et résorber la masse monétaire à tout moment. Votre solution, par ailleurs pas très praticable, l'en empêcherait et serait la voie ouverte à l'hyperinflation.

Les fonds souverains que certains pays connaissent proviennent de l'argent gagné et non de l'argent créé par une Banque centrale. Franchement avant de dire des bêtises les lecteurs de la Tribune devraient se documenter :

Monnaie, banques et marchés financières, 9e éd.,Frederic S. Mishkin (Auteur).

Par contre, il est évident que l'Etat doit rembourser la dette en cours, tant que faire se peut, et réemprunter les même montants à meilleur compte.

A côté de cela se pose la question de savoir si l'Etat ne doit pas, au vu des très bas taux d'intérêts, s'endetter raisonnablement pour financer des infrastructures durables.

@ Mauro Poggia

A ce jour à quels taux le canton de Genève peut-il emprunter ?

Écrit par : CEDH | 18/08/2012

"il est évident que l'Etat doit rembourser la dette en cours, tant que faire se peut, et réemprunter les même montants à meilleur compte"

Bien sûr! Mais à ce moment-là ce sont ceux qui profitent des intérêts de la dette qui feraient la gueule. On est pas sorti de l'auberge.

On est toujours dans le même schéma, ce qui coûte aux uns profite à d'autres.

Écrit par : petard | 18/08/2012

Donc, la BNS émet des francs suisses pour acheter des "bons du trésor" français et allemands libellés en Euro, dit-elle, à ce que j'ai compris. C'est çà ? Alors pourquoi ne pas émettre encore plus de francs suisses ex-nihilo et reconstituer les réserves d'or imprudemment vendues ? C'est tout de même 1'300 tonnes qui ont été bradées par JP Roth alors directeur de la BNS et actuellement président de la BCGe.

Quand la monnaie unique éclatera, qui sera l'héritier de celle-ci ? Et qu'arrivera-t-il à nos réserves "comptables" en Euros ?

Quelqu'un sait-il ce qui peut se produire alors pour la BNS et la Suisse ?

Autrement d'accord à 100% pour la solution de M. Poggia, sauf en ce qui concerne le chômage: exportons-le et payons en Euros de la BNS.

Écrit par : lycurgue | 18/08/2012

Et si l'Euro remontait quelque peu ou même beaucoup dans les prochaines années ? La BNS ferait un gigantesque bénéfice qui serait en partie redistribué à la Confédération et aux cantons. A ce moment, je suis sûr, il n'y aurait plus personne pour la critiquer !

Regardez ce qui se passe avec les réserves en or mais également avec les fonds toxiques issus de l'affaire UBS. La liquidation des fonds a déjà rapporté plus que ce que la Confédération avait investi pour "sauver" UBS !

Laissez donc un peu la BNS gérer ses affaires et respectez son indépendance. Le jour où la grande majorité des politiciens sera capable de gérer un budget, on en reparlera.

Meilleures salutations

Écrit par : MC | 23/08/2012

Vous avez sans doute raison MC. Il se trouve que l'on ne va pas dans cette direction et que l'on doit, à ce niveau, prendre des décisions pondérées et réfléchies. On ne joue pas l'avenir du pays à la roulette russe.

Écrit par : mauro poggia | 23/08/2012

@ MC : "Laissez donc un peu la BNS gérer ses affaires et respectez son indépendance. Le jour où la grande majorité des politiciens sera capable de gérer un budget, on en reparlera".

Voilà une remarque pleine de bon sens, seulement vous avez sans doute oublié que le nouveau Président du Conseil de la BNS n'est autre qu'un politicien,le socialiste neuchâtelois bien connu Jean Studer !

Selon vous, a-t-il été capable de gérer un gros budget et avait-il vraiment les compétences bancaires et financières pour ce poste ?

Je me permets d'en douter.

Écrit par : A. Piller | 23/08/2012

@mauro poggia

Difficile de dire qui a raison sur le futur de l'Europe et de l'euro. Attention cependant à ne pas mélanger une vision politique anti-européenne et une analyse économique.

@ A. Piller

En ce qui concerne Jean Studer, c'est tout de même lui qui a redressé les finances neuchâteloises et initié les premières baisses d'impôts depuis longtemps. Il a fini par être plus aimé par la droite que par la gauche, ce qui se passe toutefois souvent lorsqu'un socialiste est confronté à la réalité financière !

Écrit par : MC | 24/08/2012

Les commentaires sont fermés.