26/05/2012

Il est donc comme les autres, nous voilà rassurés.

 

Jean-Pascal Delamuraz disait de la Suisse qu'elle était un pays de viticulteurs. Lorsqu'un cep dépasse, il faut le tailler. Les élagueurs d'aujourd'hui sont partout. Mais les plus efficaces sont particulièrement actifs dans notre presse écrite locale. La médisance étant bien plus prisée que l'éloge, certains journalistes dits « d'investigation », mais dont la seule qualité est de compiler les informations que l'on dépose complaisamment sur leur bureau, se sont spécialisés dans la salissure médiatique. Leur fonction, et même leur raison d'être, est de démontrer que tout est pourri dans notre société, y compris et surtout celles et ceux dont d'autres, forcément complaisants, vantent les mérites.

A moins d'être doté d'une dose anormalement élevée de masochisme, ne vous étonnez donc pas que la carrière politique n'intéresse généralement que celles et ceux qui n'ont pas d'autre choix qui se présente à eux. Regardez un instant le curriculum vitae des membres de notre Conseil fédéral, il est éloquent à une exception près. Le résultat vous le constatez quotidiennement : Genève périclite, la Suisse devient reine de l'applaventrisme, et l'Europe étouffe.

J'avais jusqu'ici navigué par vent favorable, inconscient par mon ingénuité politique, de l'orage qui devait impérativement entraver ma route.

Vous avez ainsi pu vous rassurer en lisant la Tribune du 25 mai. Poggia est comme les autres, « faites ce que je dis mais non ce que je fais », telle serait ma devise.

A lire les commentaires acides suscités par l'article de Fabiano Citroni, le but est atteint.

Tenu par le secret professionnel, je ne peux malheureusement pas fournir aux lecteurs avides de détails, toutes les subtilités qui n'ont guère embarrassé le journaliste de la Tribune. Néanmoins, et puisque je suis jugé, condamné, et exécuté, permettez que d'outre-tombe, je balbutie quelques explications.

Mon épouse a acquis, sans que j'intervienne d'aucune manière, un immeuble à Florissant en septembre 2004. Cet immeuble était en mains de la Fondation de valorisation des actifs de la BCGe, suite à la faillite d'une Société immobilière, incapable de s'acquitter de sa dette (je vous laisse imaginer l'état locatif). Cette acquisition a reçu l'aval, selon la loi, du Grand conseil.

L'immeuble n'était pas géré, dans la mesure où les loyers n'avaient pas été adaptés depuis des lustres, certains locataires ayant loué plusieurs appartements et ayant même occupé certains locaux communs pour leur usage personnel. L'immeuble n'était pas non plus entretenu, avec une façade, une entrée, un ascenseur et des locaux communs vétustes. Le restaurant du rez-de-chaussée, crasseux, était squatté...

Bref, un état locatif à ce point piteux qu'il ne permettait pas de rentabiliser les fonds propres investis, et encore moins de redonner à cet immeuble un aspect acceptable.

C'est alors que mon épouse décida de libérer certains appartements, afin de les rénover, et de les louer aux prix du quartier, un appartement de 4 pièces et demi à 600 francs ne permettant évidemment aucune amélioration du confort des lieux.

De même que l'épouse d'un dentiste s'adresse à son mari pour un traitement dentaire, il était naturel qu'elle s'adresse à moi pour suivre les procédures engagées. D'autres que moi auraient pris un confrère en prête-nom pour ne pas s'exposer eux-mêmes, mais la dissimulation n'a jamais été mon style.

Il faut ici préciser que notre loi actuelle ne permet malheureusement pas à un bailleur de discuter avec un locataire quant à la hausse de son loyer, même lorsque son loyer actuel est manifestement inadéquat, car en cas d'échec des discussions, une résiliation du bail serait considérée, à juste titre, comme une mesure de représailles. Ainsi les bailleurs sont contraints de résilier d'abord, et de discuter ensuite.

Les baux résiliés à fin 2004 et début 2005 (on appréciera l'actualité de l'information), n'ont pas concerné des personnes âgées, mais notamment des sociétés qui logeaient des employés, des étudiants, et des appartements sous-loués. De cas en cas, des indemnités de départ ont été versées.

Un couple de retraités, qui louait deux appartements dans l'immeuble, l'un pour l'hiver, l'autre, orienté au nord, pour l'été, constituent l'exception à cette règle, et après encaissement d'une indemnité, ils ont acquis un bien immobilier dans le canton de Vaud.

Mon épouse, qui n'a pas acquis ce bien pour le revendre en réalisant une plus-value immobilière, mais pour le conserver à long terme, a souhaité y installer des parents, proches ou amis, considérant que les loyers modestes fixés par le DCTI après travaux, devaient profiter prioritairement à des personnes de confiance. Procédé apparemment inconcevable pour une Genève calviniste, qui, par tradition, semble considérer la famille comme un moyen plutôt qu'une finalité.

Ainsi, lorsqu'un membre de la famille recherchait un appartement, il était examiné si une possibilité pouvait être trouvée dans l'immeuble. Deux locataires ont alors prétendu qu'il ne s'agissait que d'un prétexte, et bien que mon épouse ait proposé de verser une pénalité au cas où il devait s'avérer que le proche invoqué ne s'installait pas dans l'appartement, le congé fut annulé. Il est vrai que depuis la résiliation du bail, plusieurs années s'étaient écoulées, et la personne devant bénéficier de l'appartement avait fini par trouver une solution de relogement. Il n'en fallut pas plus pour conclure à la nullité du congé. Il est vrai que mon épouse n'a pas un nom « bien de chez nous »...

Pour dire à quel point ces deux procédures furent discutables, était invoqué le fait qu'un proche attendait un enfant. Or, cet enfant n'a pas vu le jour. Il fut conclu au prétexte. Or, cette personne avait été victime d'une fausse-couche, ce que la décence nous interdisait d'alléguer. Une autre personne de la famille avait fini par quitter le deux pièces qu'elle occupait dans l'immeuble avec son mari et son enfant, ne pouvant attendre que la personne seule occupant un quatre pièces et demie veuille bien le libérer. Il fut également conclu au prétexte.

Le Tribunal fédéral, contrairement à ce qui est affirmé, n'a pas sèchement rejeté le recours déposé. Il s'est borné à rappeler que son examen était limité à l'arbitraire et qu'il ne pouvait revenir sur les considérations de l'instance cantonale. Mieux encore, il est allé jusqu'à affirmer en février 2011, que la considération de cette instance cantonale, bien que discutable, n'était pas arbitraire...On appréciera.

Quant à la procédure en cours, je me bornerai à préciser, puisque la locataire en cause, journaliste de profession, est l'instigatrice de l'article de GaucheHebdo, repris par la Tribune, qu'elle s'est vue résilier son bail pour son échéance, dans la mesure où elle est elle-même propriétaire d'un appartement à Champel, et qu'elle est soupçonnée de sous-louer son appartement à Florissant. On comprendra que le journaliste de la Tribune ne se soit pas attardé sur ces précisions, qui auraient été de nature à détourner le lecteur de l'empathie souhaitée.

En résumé, rien d'illégal dans les procédures engagées, à moins que l'on considère qu'un particulier qui se porte acquéreur d'un immeuble doive subventionner des personnes qui n'en ont nul besoin.

Pour ce qui est des loyers pratiqués, cela ne me concerne pas, je ne suis pas consulté, et je ne suis pas impliqué. En toute hypothèse, tout locataire a des droits et ne manque pas de les faire valoir si nécessaire.

Qu'en est-il de la violation de la LDTR ? Ainsi que vous l'avez lu, le fourbe Poggia, feignant ignorer la loi, aurait tenté de la contourner.

La vérité est toute autre : souhaitant avoir mes parents âgés près de moi, nous avons regardé si un appartement au premier étage pouvait se libérer, l'idée était que l'appartement ne soit pas à un étage élevé en cas de panne d'ascenseur. Un appartement de trois pièces s'est libéré, et nous avons demandé à une personne âgée qui vivait, seule, dans un quatre pièces et demie au même étage, si elle était intéressée à le reprendre, après travaux, et pour un loyer inférieur. Ce fut le cas.

Lorsque j'ai vu l'état de l'appartement, qui n'avait pas été entretenu depuis plusieurs décennies, j'ai décidé d'agencer la cuisine et de refaire les sanitaires, en même temps qu'un rafraîchissement général. Un locataire bien intentionné a alors écrit au Département pour signaler que des travaux avaient été entrepris dans un appartement et, après visite, il me fut demandé de déposer une demande d'autorisation, nécessaire si l'on ne se borne pas à des travaux de peinture, ce que j'ai fait, s'agissant d'une simple formalité.

L'autorisation m'a été délivrée avec, selon la loi, le loyer maximum après travaux, durant trois ans. Je n'ai rien contesté, mais l'ASLOCA, suite à la publication de cette autorisation dans la FAO a recouru, considérant que le loyer de mes parents était trop élevé...Ainsi va notre République. Finalement le recours a été retiré car le Département avait parfaitement respecté la loi.

Voilà pourquoi j'ai parlé de ma bonne foi, ignorant que le fait d'agencer une cuisine et de remplacer un WC et une baignoire vétustes impliquait le dépôt d'une demande d'autorisation. Je signale d'ailleurs que la seule sanction a été de devoir déposer cette demande rétroactivement.

J'ai sans doute été un peu long, mais l'article de la Tribune méritait une mise au point. Que je puisse gêner dans le microcosme politique genevois est évident, et je m'en réjouis, mais que l'on se laisse instrumentaliser par des personnes malveillantes, et même si l'on s'en défend, est discutable, sachant l'impact que peut avoir sur l'opinion publique une mise en cause hâtive de la probité d'une personne ayant des charges politiques.

Que la Tribune s'intéresse aussi au travail que je fais à Berne, car si j'ai été reconnu par le 20Minutes suisse-alémanique comme étant le conseiller national qui avait déposé le plus de textes parlementaires depuis six mois, je n'ai rien lu sur le sujet dans nos journaux romands http://www.20min.ch/schweiz/news/story/Die-neuen-Vorstoss...

Une fois encore, la médisance semble davantage intéresser les Genevois que la reconnaissance.

Ainsi va Genève...de plus en plus mal.

 

 

 

 

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