03/05/2012

Assurance maladie: Où va le Parlement?

 

Ce 3 mai 2012, par 98 voix contre 75, le Conseil national a accepté une proposition de minorité, déposée par les Libéraux-Radicaux, visant à inscrire, dans le programme de législature 2011-2015, sous Section 5 « La cohésion sociale de la Suisse est renforcée et les défis démographiques sont relevés avec succès », article 19 Objectif 18 « l'augmentation des coûts dans le secteur de la santé est combattue » un chiffre 61ter demandant à la Confédération de « simplifier le mode de financement en introduisant le financement moniste ».

premiers-soins-suisse_jpg.jpg
croix-rouge-300x288.jpgRappelons pour mémoire qu'en réponse à l'initiative populaire intitulée « Pour la baisse des primes d'assurance-maladie dans l'assurance de base », qui visait ni plus ni moins qu'à réduire les prestations à charge de l'assurance maladie obligatoire, le Parlement avait proposé un contre-projet intitulé trompeusement « Qualité et efficacité économique dans l'assurance-maladie », qui visait à introduire un nouvel article 117a al.6 de la Constitution fédérale, devant constituer la base du financement moniste du système de santé.

De quoi s'agit-il exactement ? Tout simplement d'instituer un payeur unique pour tout le domaine de la santé, comme c'est le cas pour les soins ambulatoires. Ainsi, pour les soins hospitaliers également, seules les assurances maladie interviendraient, et les contributions publiques, notamment cantonales, leur seraient versées, à charge pour lesdites assurances de gérer le tout.

Vous l'aurez compris, la finalité est de transférer intégralement à nos assureurs-maladie les cordons de la bourse pour tout le secteur de la santé.

Indépendamment du fait que le financement moniste constitue un retour en arrière par rapport au système, certes laborieux, mis en place dès le 1er janvier 2012, qui voit intervenir les cantons au moins à 55% du tarif unifié (SwissDRG) pour les hospitalisations intervenant dans les établissement listés dans la planification hospitalière cantonale, c'est oublier bien vite que les électrices et les électeurs suisses ont refusé, à 69,48%, le 1er juin 2008, le projet du Parlement, l'initiative populaire ayant été entretemps retirée.

Ainsi, le Parlement tente de faire revenir par la fenêtre un principe que le peuple a clairement éjecté par la porte principale, au mépris de la volonté populaire exprimée voici quatre ans à peine.

En l'état actuel, au vu de l'opacité des comptes de nos assureurs-maladie, et de l'absence de tout contrôle efficace de la part de la Confédération, principalement, et des cantons, dans une moindre mesure, il est exclu de leur confier davantage d'argent, ce que voudraient certains partis politiques, vérolés par les membres de leurs conseils d'administration.

La question se reposera lorsqu'enfin cette assurance sociale sera confiée à une caisse publique unique, dont les antennes cantonales, chargées de fixer les primes, seront soumises à un réel contrôle de la part des assurés.

Le combat sera encore long et difficile, tant les intérêts économiques adverses sont puissants. Il en va toutefois du maintien de notre liberté de choix et de l'accès à une médecine de qualité.

 

 

 

 

11:24 Publié dans Assurances sociales et privées | Lien permanent | Commentaires (4) | | |  Facebook

Commentaires

Par curiosité : étant maintenant un parlementaire qui s'oppose avec véhémence au lobby des caisses, avez-vous déjà été approché discrètement afin de vous faire taire à coup de petites enveloppes garnies ?

Si ce n'est pas encore arrivé, je pense que cela ne va pas tarder, et qu'il vaut la peine de vous équiper d'une camera espion pour immortaliser tout cela.

Écrit par : Djinus | 03/05/2012

Vous savez, nos assureurs ont le sentiment d'être au-dessus des lois. Ils n'ont pas besoin de ce genre de méthodes, car ils ont assez de parlementaires dans leurs conseils d'administration. De plus, dans notre beau pays, la corruption est beaucoup plus subtile. C'est la corruption des esprits, qui se réalise en insinuant dans l'esprit de l'autre le sentiment qu'il vous est redevable de quelque chose. C'est ce que j'appelle la société des ascenseurs. On se les envoie, et on se les renvoie. Si l'on devait imaginer dans votre cas de figure un semblant de corruption subtile, ce serait de m'inviter à un "groupe de réflexion" sur l'assurance maladie, sous prétexte qu'on aurait besoin d'esprits critiques comme moi pour avancer dans la bonne réflexion. Bien entendu, je serais grassement rémunéré, vu mon emploi du temps...Ce serait le début d'un engrenage.Alors soyez attentif. Si par impossible je devais entrer dans un tel groupe de réflexion, dénoncez-moi!

Écrit par : mauro poggia | 03/05/2012

Un très vif merci, Me Mauro Poggia, pour votre engagment intense face à des systèmes qui s'éloignent de plus en plus de la réalité du malade.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 03/05/2012

Le peuple genevois ne s'est pas trempé de vous élire en vous plaçant en tête du peloton.Merci beaucoup pour votre engagement,votre travail et votre combat légitime ô combien utile et cher au citoyen. Restez comme vous êtes le peuple genevois est fier de vous

Écrit par : Amar MADANI | 04/05/2012

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