19/02/2012

Frontaliers: La valse des hypocrites

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Bernard Gruson, directeur général des HUG, dont on se souviendra que le livre de chevet est « Une logique de la communication » de Paul Watzlawick, (http://www.stephanehaefliger.com/pdf/lpv/lpv_31.pdf), prend brutalement conscience, dans l'établissement autonome qu'il dirige depuis plus de 10 ans, que s'est instauré, ce qu'il appelle « un malaise », dans la mesure où, à ce jour, 110 des 165 responsables des unités de soins sont frontaliers.

Il propose désormais qu'à compétences égales, on opte pour un employé résidant dans le canton de Genève, afin de rétablir « l'équilibre ». Cela sous-entend que jusqu'à maintenant la résidence n'a jamais été un critère de sélection des candidats aux compétences égales, qu'à posteriori, on admet qu'à compétences égales, le fait d'être frontaliers était plutôt un avantage...et qu'enfin, les frontaliers aux compétences supérieures n'ont pas à s'inquiéter.

Alors que depuis 2005, le Mouvement Citoyens genevois (MCG) préconise l'engagement prioritaire des résidents qui remplissent le profil du poste, tout en refusant les quotas, au motif que notre économie doit pouvoir aller chercher les compétences qu'elle ne trouve pas ici, là où elles se trouvent, il n'a cessé d'être combattu, raillé, insulté, vilipendé, par tous les partis genevois.

En mai 2011, le Conseil d'Etat instaurait la préférence pour les demandeurs d'emploi du canton. En décembre 2011, il élargissait ce principe aux régies publiques. Bernard Gruson va plus loin, en retenant ce critère pour les promotions aux postes de responsables...jusqu'à l'équilibre dumoins. Et le Président du Conseil d'Etat Pierre-François Unger de parler, comme le MCG, de « bon sens », trop content sans doute qu'on l'interroge sur autre chose que la suite qu'il a donnée à ses injonctions au collègue Mark Muller.

Ce qui était abusivement qualifié, hier encore, de xénophobie, et ce qui a valu au MCG d'être injustement catalogué d'extrême droite, serait-il devenu subitement le bon sens ? Ou la bande des hypocrites aurait-elle été contrainte de sortir du bois ? Vous connaissez ma réponse.

Mais les hypocrites et les foutriquets de la politique genevoise n'ont pas fini de sévir, soutenus par une Tribune de Genève complaisante, dont l'éditorial du 18 février, signé Denis Etienne, se garde bien de mentionner le MCG, ce qui pourrait être perçu comme un hommage au seul parti politique dont la lucidité et l'honnêteté l'avaient conduit à dénoncer, seul contre tous, des dérives qui ne pouvaient que conduire à des réactions regrettables de rejet. Tout comme la RSR, qui invite Isabelle Moret, Conseillère nationale PLR, croiser le fer avec Michel Charrat, du groupement des frontaliers, comme si le PLR était devenu subitement le défenseur de l'emploi local, lui qui représente principalement une économie qui se bat bec et ongles pour la liberté d'engager sans limites au sein de l'UE.

Une Tribune de Genève, qui ouvre, samedi dernier, grandes ses colonnes au PDC, qui serait devenu le champion de la préservation de l'emploi local, avec Luc Barthassat, Conseiller national, qui se permet même d'insulter au passage le MCG, le traitant de parti « qui ne sait qu'aboyer ». C'est l'hôpital qui se moque de la charité !

Sans parler de ceux qui continuent, avec une totale mauvaise foi, à faire croire que les Suisses domiciliés en France sont des frontaliers, espérant les rallier à leur cause, et auxquels je présente ci-dessous, un extrait du courrier que m'a adressé, précisément sur cette question, le 3 février 2011, le Directeur général de l'Office cantonal de la population :

" A la lecture de ce qui précède, je peux donc vous confirmer que l'OCP considère comme "travailleurs frontaliers" les personnes telles que définies ci-dessus, à l'exclusion des ressortissant suisses domiciliés en France et travaillant dans notre canton."

On ne peut être plus clair.

Mais Genève n'a pas le monopole de l'hypocrisie politique. Nos voisins français ne manquent jamais une occasion de mettre en avant la région franco-valdo-genevoise... quand cela les arrange.

Où étaient-ils ces élus opportunistes lorsqu'on a laissé construire l'extension de l'autoroute A41 d'Annecy à Genève, alors que l'on vantait simultanément les avantages du rail par la promotion du CEVA, dont le financement français n'est toujours pas trouvé, malgré les affirmations contraires qu'on nous sert depuis deux ans ?

Où étaient-ils ces mêmes élus, qui, tout en vantant la collaboration transfrontalière, faisaient construire, aux portes de Genève, le Centre hospitalier Alpes-Leman (CHAL), qui a ouvert ses portes, le 1er février dernier à Contamine-sur-Leman, et qui concurrence directement les HUG ?

De là à penser que la subite « prise de conscience » de Bernard Gruson serait une « réponse du berger à la bergère », il n'y a qu'un pas...

Le MCG est heureux de voir que l'on aborde enfin un sujet qui était encore tabou il y a quelques mois, et non seulement au niveau cantonal, car le Conseil fédéral envisage aussi de mettre en œuvre la clause de sauvegarde prévue par l'accord de libre circulation. L'honnêteté intellectuelle minimale que l'on serait en droit d'attendre, non pas du monde politique, car cela serait vain, mais des médias, serait de reconnaître que le MCG a contribué, de manière capitale, à la reconnaissance d'un problème dont souffrent les habitants genevois, particulièrement depuis l'entrée en vigueur des Accords bilatéraux. Serait-ce vain également ?

Et pour répondre à Luc Barthassat, oui nous aboyons, pendant que la classe politique bienpensante brait, et, contrairement à vous, nous savons aussi mordre lorsqu'il le faut ! Nous l'avons prouvé et le démontrerons encore.

 

 

 

 

 

 

 

 

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06/02/2012

Surpopulation carcérale et droits de l'Homme

Champ-dollon.jpgLa grève des gardiens de prison a des conséquences, mais elle a aussi des causes. Certains semblent s’arrêter davantage aux premières, sans vouloir regarder les secondes.

Le contact de l’avocat avec son client est important, d’autant plus lorsqu’il est détenu. Primordial même, pour préparer les audiences. Le Bâtonnier de l’Ordre des avocats a donc parfaitement raison de se plaindre du fait que ce droit est entravé par la grève des gardiens, les temps d’attente imposés aux avocats ne leur permettant souvent pas de rencontrer tous les clients qu’ils souhaitent durant leur passage à la prison. Atteinte à la Convention des droits de l’Homme, dénonce-t-on. Certes.

Peut-être aurait-il été souhaitable que l’Ordre des avocats se fasse également entendre, pour exiger le droit des détenus à être traités décemment, durant toutes ces années de surpopulation carcérale, laquelle atteignait 209% en 2010 (http://www.ge.ch/champ-dollon/doc/rapport-d-activites-201...), dans une prison qui comptait encore 617 détenus pour 370 places vendredi 3 février 2012 (http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Incendie-a-ChampD...).

Curieusement, l’entassement des détenus dans les cellules n’a jamais suscité l'indignation de l’Ordre des avocats auprès des autorités politiques, en tout cas de manière aussi médiatique. Les mauvais esprits pourraient penser, qu’en réalité, ce n’est pas le confort des détenus qui préoccupe leurs avocats, mais leur confort à eux, et que pour autant que leurs clients leurs soient présentés ponctuellement au parloir, tout le reste est supportable. Rien n'est plus facile à supporter, comme chacun sait, que la souffrance d'autrui.

Il se trouve que chez les gardiens de prison, comme à la police, on est fatigué d’être bercé de belles promesses. Il en va de la qualité de la détention, mais aussi de la sécurité.

 

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