17/10/2011

Frontaliers: fallait oser

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C'est LeMatinDimanche qui nous l'apprend. Astrid Baud-Roche, adjointe au maire de Thonon-les-Bains,et membre du bureau du syndicat mixte de l'Agglomération franco-valdo-genevoise considère que les employeurs suisses qui emploient des travailleurs frontaliers français devraient payer au moins le 50% de leurs frais de transport.

Pourtant, depuis 2010, suite à une décision du Tribunal fédéral, les frontaliers peuvent déduire leurs frais de l'impôt à la source, et donc également leurs frais de déplacement. Pas suffisant semble-t-il, pas plus que le taux de change alléchant. Nul doute que cette revendication saura être relayée par nos syndicats, dont les travailleurs frontaliers sont désormais la force vive, tant la fibre syndicale de nos travailleurs résidents a été corrodée par quelques décennies de paix du travail. Ceci explique sans doute pourquoi la gauche helvétique, dont les syndicats sont le fer de lance, répugne à voir la réalité en face et à exiger une priorité territoriale en matière d'embauche*, se limitant à réclamer des mesures d'accompagnement plus efficaces et plus contrôlées à la libre circulation, ce qui ne constituera jamais une protection suffisante pour nos jeunes en fin de formation face à des travailleurs en provenance de l'Union européenne et disposant d'une expérience qui leur fait précisément défaut.

En fin de compte, ne devrait-on pas soutenir cette exigence ? Et même aller plus loin encore !

Ainsi, les employeurs qui engageraient un travailleur frontalier sans avoir préalablement annoncé le poste vacant à l'Office de l'emploi de leur canton, et qui refuseraient un candidat résident en Suisse disposant du profil du poste, devraient assumer intégralement les frais de transport ou de déplacement du travailleur frontalier engagé, sans possibilité de les déduire fiscalement dans la masse salariale. Ce serait ainsi une façon de participer aux efforts financiers du canton pour améliorer les transports des pendulaires.

Cette mesure ne contreviendrait pas aux accords bilatéraux, car un employeur ne pourrait pas être empêché d'engager un travailleur frontalier, si tel est son désir. Par ailleurs, un employeur qui engagerait un travailleur frontalier faute de trouver un candidat en Suisse ne serait pas pénalisé, dans la mesure où son annonce à l'Office de l'emploi resterait sans résultat.

Ceci devrait évidemment être associé à des mesures incitatives sur le plan financier et fiscal, afin de favoriser l'engagement de nos jeunes en fin de formation (ou moins jeunes en cas de nouvelle formation suite à un chômage).

Scandale criera la gauche : vous dressez des travailleurs contre d'autres travailleurs ! Scandale hurlera la droite : vous voulez mettre des entraves à notre économie.

Eh oui, le bon sens a encore du chemin à faire pour vaincre la mauvaise foi.

*afin d'anticiper les récurrentes remarques de certains bloggeurs, qui prennent un malin plaisir à entretenir la confusion, je rappelle que les ressortissants suisses domiciliés à l'étranger ne sont pas et ne seront jamais des frontaliers, puisqu'ils viennent travailler dans leur pays.

 

 

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09/10/2011

Procureur général: Indépendance ou soumission?

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La crise que traverse actuellement le Ministère public genevois a généré, cette semaine, des symptômes qui méritent que l'on se penche sérieusement sur le patient. En effet, ce sont tous les quatre Premiers Procureurs qui ont démissionné de leur poste, pour retourner, cursus peu banal, au niveau de simples Procureurs. En d'autres termes, les adjoints immédiats de notre Procureur général ont exprimé ainsi leur désolidarisation, et leur impossibilité de cautionner la politique menée par le Parquet.

Monsieur Daniel Zappelli a beau nous expliquer que la cause est à rechercher dans la surcharge de travail qui incombe aux Procureurs depuis la suppression, le 1er janvier dernier, de la fonction de juge d'instruction, même si cela ne facilite pas les choses, s'il s'agissait de la cause réelle du malaise, ce serait une conférence de presse commune, réunissant le Procureur général et les Premiers procureurs qui aurait été organisée pour demander d'urgence des moyens supplémentaires.

Non le problème est ailleurs, et la population, qui doit avoir confiance en sa justice, est en droit de savoir.

On ne peut être qu'interpellé lorsque l'on lit, à trois reprises, dans la Tribune des 8 et 9 octobre (1ère page, éditorial et page 3, http://www.tdg.ch/zappelli-lache-2011-10-06, http://www.tdg.ch/geneve/actu/departs-chaine-ministere-pu... ), que le PLR a demandé au Procureur général de s'abstenir de toute nouvelle intervention sur la sécurité à Genève durant la campagne pour les élections fédérales. Certes les déclarations faites ces derniers mois mettaient en évidence une discrépance pour le moins gênante entre le discours médiatique et la réalité des directives internes du Parquet, mais au nom de quelle allégeance un parti politique dicterait-il au 1er magistrat du Pouvoir judiciaire ce qu'il doit dire ou taire ?

N'est-ce pas à ce niveau que réside le malaise ? Dans ce mariage de la carpe et du lapin, qui veut qu'à Genève, sauf exception majeure, qualifiée d'ailleurs de dysfonctionnement, tout nouveau magistrat est présenté par un parti politique, et doit donc, préalablement, recevoir l'aval de la commission judiciaire du même parti politique, avant de passer devant une commission interpartis, qui a, pour tâche essentielle, d'éviter que l'incompétence ne passe les mailles du filet.

Ainsi, les magistrats sont tous catalogués selon leur couleur politique, et continuent, pour la plupart, à faire partie de la commission judiciaire du parti qui les a propulsés à cette charge. Lorsque l'ambiance se gâte, vous l'aurez compris, les blocs se figent et la machine se fige.

Certes, le Procureur général, élu par le peuple pour 6 ans, a dû faire campagne, et son affiliation à un parti politique n'a pas pu être ignorée. Aussi regrettable que soit cette situation, il n'y a guère de solution miracle, car toute élection par le peuple amène les partis politiques à se positionner, et par conséquent, les candidats à exprimer leur vision de la politique répressive que doit mener l'Etat. Et qu'on le veuille ou non, alors que la loi devrait être la même pour tous, nous avons assisté, lors des 4 dernières élections du Procureur général, à l'affrontement d'un candidat de droite et d'un candidat de gauche...

Mais pour le reste, comment exiger d'un futur magistrat, dont la qualité première devra être l'indépendance, qu'il commence d'abord par l'aliéner ? Ses compétences ne devraient-elle pas être le seul critère de sélection ? Etant précisé que l'on ne parle pas seulement de compétences juridiques, mais également de compétences humaines, si l'on ne veut pas faire de nos juges de vulgaires techniciens du droit.

Le mode de désignation de nos juges est une question à laquelle il convient maintenant de s'atteler de toute urgence, si l'on ne veut pas faire du Palais de justice une reproduction de notre Grand Conseil, dans lequel, trop souvent malheureusement, l'intérêt du citoyen passe après les luttes idéologiques. Car lorsque la justice tousse, c'est la société toute entière qui se grippe.

 

 

 

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05/10/2011

Réseaux de soins : le piège

imagesCAO7POLL.jpgLe Parlement a donné son feu-vert à une législation incitative, afin que les assurés acceptent, plus nombreux encore, à entrer dans des réseaux de soins, qui seraient un moyen efficace pour lutter contre la hausse des coûts de la santé.

 

Le sacrifice demandé?

D'abord financier, puisqu'au lieu d'accorder des avantages à ceux qui accepteraient de limiter leur liberté de choisir leur médecin, ce sont au contraire ceux qui s'y refuseront qui seront pénalisés, en voyant leur participation passer de 10% à 15%, avec un plafond, non plus de 700 francs, mais de 1000 francs par année.

Sacrifice au niveau des principes ensuite, puisque malgré le résultat parfaitement clair de la votation du 1er juin 2008, refusant la suppression de l'obligation de contracter pour les assureurs et, inversement, le maintien du libre choix du médecin pour les assurés, c'est par une pression économique exercée sur ces derniers que cette restriction de liberté, renvoyée par la porte, revient par la fenêtre...

 

Ainsi, les assurés conserveront bien entendu la liberté de choix de leur médecin, mais ils devront la payer davantage, comme s'ils ne payaient pas déjà suffisamment, notamment à Genève, pour avoir constitué des réserves colossales, transférées abusivement dans d'autres cantons !

 

Indiscutablement, une meilleure concertation entre professionnels de la santé, ayant en charge un patient, constitue un facteur d'économicité (il n'est plus possible de parler d'assurance maladie, sans mentionner au moins une fois ce sacro-saint principe). Croire, cependant, que des réseaux ne sont efficaces que lorsqu'ils sont localisés géographiquement sous un même toit, constitue une méconnaissance de la pratique actuelle, par laquelle chaque médecin de premier recours, généraliste, pédiatre, ou gynécologue dispose d'un réseau de médecins spécialistes de confiance, auxquels leurs patients sont adressés en cas de besoin.

 

Par ailleurs, il n'est de loin pas établi qu'il soit plus économique d'obliger un patient à s'adresser d'abord à son généraliste, car, compte tenu de la pression financière exercée par les assureurs sur les médecins, lesquels ne doivent pas dépasser de plus de 30% le coût moyen par patient des médecins de leur catégorie pour le canton où ils exercent, ces mêmes médecins ont tendance à « refiler la patate chaude », comprenez le patient, à un spécialiste, chaque fois qu'un examen plus pointu s'impose. En d'autres termes, un patient qui souffre du genou risque fort de faire supporter à son assurance-maladie le coût de son généraliste et le coût d'un orthopédiste, alors que compte tenu de la localisation de la douleur, il serait plus logique qu'il s'adresse directement au second.

 

Ces remarques préalables amènent cependant à un problème plus profond, car les assureurs ne font jamais rien gratuitement, tant au sens propre, que figuré. S'ils insistent tant pour que Monsieur Didier Burkhalter, qui est désormais devenu leur bras armé, après le départ de Monsieur Pascal Couchepin, favorise les réseaux de soins , c'est évidemment, bien sûr, pour faire des économies, mais surtout pour prendre davantage de pouvoir dans le domaine de la santé.

 

En effet, les réseaux, tels que les entendent nos assureurs, ne sont autres que des groupements de médecins ayant une unité d'intérêts sur le plan économique et avec lesquels ces mêmes assureurs sauront négocier des forfaits annuels par patient (système dit de la capitation).

 

Au moyen de la somme ainsi négociée, ledit groupement devra s'arranger pour couvrir la moyenne des coûts par patient du réseau, tout en dégageant le plus gros bénéfice possible, pas trop important cependant, faute de se voir pénaliser par les assureurs, qui négocieront alors un nouveau forfait sur des bases inférieures.

 

Ce système permettra ainsi aux médecins du réseau de s'assurer la fidélité d'une patientèle, de même qu'un revenu garanti. Les assureurs, pour leur part, seront à l'abri de toute surprise, en sachant, par avance, la somme qu'ils verseront pour chaque patient-assuré, que celui-ci fasse ou non appel au réseau et, s'il le fait, quel que soit le coût global qu'il engendrera.

 

La conséquence ? Le médecin, qu'il le veuille ou non, de partenaire de son patient, deviendra l'associé de l'assureur, travaillant avec lui, consciemment ou non, pour restreindre les coûts de la santé le plus possible. De là à penser que le patient en fera les frais, il n'y a qu'un pas que l'on doit franchir intellectuellement, car les mesures diagnostiques, souvent coûteuses, risquent fort d'être reportées jusqu'à la dernière limite, celle au-delà de laquelle la responsabilité du médecin pourrait bien être engagée. Or, une maladie diagnostiquée tardivement n'engendre pas une économie, mais au contraire un surcoût et c'est là précisément la faiblesse de cette construction qui nous est présentée comme une solution idéale à la maîtrise des coûts.

 

Un bon médecin, pour un assureur, est un médecin bon marché et, comme chacun le sait, le bon marché est toujours trop cher.

 

 

 

 

 

 

16:45 Publié dans Assurances sociales et privées | Lien permanent | Commentaires (9) | | |  Facebook