05/10/2011

Réseaux de soins : le piège

imagesCAO7POLL.jpgLe Parlement a donné son feu-vert à une législation incitative, afin que les assurés acceptent, plus nombreux encore, à entrer dans des réseaux de soins, qui seraient un moyen efficace pour lutter contre la hausse des coûts de la santé.

 

Le sacrifice demandé?

D'abord financier, puisqu'au lieu d'accorder des avantages à ceux qui accepteraient de limiter leur liberté de choisir leur médecin, ce sont au contraire ceux qui s'y refuseront qui seront pénalisés, en voyant leur participation passer de 10% à 15%, avec un plafond, non plus de 700 francs, mais de 1000 francs par année.

Sacrifice au niveau des principes ensuite, puisque malgré le résultat parfaitement clair de la votation du 1er juin 2008, refusant la suppression de l'obligation de contracter pour les assureurs et, inversement, le maintien du libre choix du médecin pour les assurés, c'est par une pression économique exercée sur ces derniers que cette restriction de liberté, renvoyée par la porte, revient par la fenêtre...

 

Ainsi, les assurés conserveront bien entendu la liberté de choix de leur médecin, mais ils devront la payer davantage, comme s'ils ne payaient pas déjà suffisamment, notamment à Genève, pour avoir constitué des réserves colossales, transférées abusivement dans d'autres cantons !

 

Indiscutablement, une meilleure concertation entre professionnels de la santé, ayant en charge un patient, constitue un facteur d'économicité (il n'est plus possible de parler d'assurance maladie, sans mentionner au moins une fois ce sacro-saint principe). Croire, cependant, que des réseaux ne sont efficaces que lorsqu'ils sont localisés géographiquement sous un même toit, constitue une méconnaissance de la pratique actuelle, par laquelle chaque médecin de premier recours, généraliste, pédiatre, ou gynécologue dispose d'un réseau de médecins spécialistes de confiance, auxquels leurs patients sont adressés en cas de besoin.

 

Par ailleurs, il n'est de loin pas établi qu'il soit plus économique d'obliger un patient à s'adresser d'abord à son généraliste, car, compte tenu de la pression financière exercée par les assureurs sur les médecins, lesquels ne doivent pas dépasser de plus de 30% le coût moyen par patient des médecins de leur catégorie pour le canton où ils exercent, ces mêmes médecins ont tendance à « refiler la patate chaude », comprenez le patient, à un spécialiste, chaque fois qu'un examen plus pointu s'impose. En d'autres termes, un patient qui souffre du genou risque fort de faire supporter à son assurance-maladie le coût de son généraliste et le coût d'un orthopédiste, alors que compte tenu de la localisation de la douleur, il serait plus logique qu'il s'adresse directement au second.

 

Ces remarques préalables amènent cependant à un problème plus profond, car les assureurs ne font jamais rien gratuitement, tant au sens propre, que figuré. S'ils insistent tant pour que Monsieur Didier Burkhalter, qui est désormais devenu leur bras armé, après le départ de Monsieur Pascal Couchepin, favorise les réseaux de soins , c'est évidemment, bien sûr, pour faire des économies, mais surtout pour prendre davantage de pouvoir dans le domaine de la santé.

 

En effet, les réseaux, tels que les entendent nos assureurs, ne sont autres que des groupements de médecins ayant une unité d'intérêts sur le plan économique et avec lesquels ces mêmes assureurs sauront négocier des forfaits annuels par patient (système dit de la capitation).

 

Au moyen de la somme ainsi négociée, ledit groupement devra s'arranger pour couvrir la moyenne des coûts par patient du réseau, tout en dégageant le plus gros bénéfice possible, pas trop important cependant, faute de se voir pénaliser par les assureurs, qui négocieront alors un nouveau forfait sur des bases inférieures.

 

Ce système permettra ainsi aux médecins du réseau de s'assurer la fidélité d'une patientèle, de même qu'un revenu garanti. Les assureurs, pour leur part, seront à l'abri de toute surprise, en sachant, par avance, la somme qu'ils verseront pour chaque patient-assuré, que celui-ci fasse ou non appel au réseau et, s'il le fait, quel que soit le coût global qu'il engendrera.

 

La conséquence ? Le médecin, qu'il le veuille ou non, de partenaire de son patient, deviendra l'associé de l'assureur, travaillant avec lui, consciemment ou non, pour restreindre les coûts de la santé le plus possible. De là à penser que le patient en fera les frais, il n'y a qu'un pas que l'on doit franchir intellectuellement, car les mesures diagnostiques, souvent coûteuses, risquent fort d'être reportées jusqu'à la dernière limite, celle au-delà de laquelle la responsabilité du médecin pourrait bien être engagée. Or, une maladie diagnostiquée tardivement n'engendre pas une économie, mais au contraire un surcoût et c'est là précisément la faiblesse de cette construction qui nous est présentée comme une solution idéale à la maîtrise des coûts.

 

Un bon médecin, pour un assureur, est un médecin bon marché et, comme chacun le sait, le bon marché est toujours trop cher.

 

 

 

 

 

 

16:45 Publié dans Assurances sociales et privées | Lien permanent | Commentaires (9) | | |  Facebook

Commentaires

Je partage assez volontiers votre analyse relative aux réseaux de soins qui vont probablement constituer une espèce de coup d'épée dans l'eau. On ne saurait cependant jeter la pierre à Didier le Transparent de vouloir occuper le terrain et de proposer des mesures concrètes. Savoir si elles seront efficaces est une autre question.

Il y a une question à laquelle vous avez peut-être une réponse : pourquoi les cotisations ne sont-elles pas égales pour tous dans ce pays alors que la solidarité devrait jouer à plein.

Alors que les assureurs sont systématiquement montrés du doigt, alors que l'on fait croire que les coûts de la santé ne dépendent de personne d'autres que les assureurs - ce qui est un peu gros, vous en conviendrez - alors que les assurés se fichent éperdument des frais qu'ils occasionnent et prétendent avoir droit à tout "du moment qu'ils paient", j'ai personnellement de la peine à voir le bout du tunnel.

Vous savez pertinemment que les coûts de la santé ne vont pas baisser - ce serait déjà un miracle qu'ils se stabilisent - et qu'il faut bien que quelqu'un les paie !

En tous les cas, il faut bien admettre qu'avec des cotisations par tête, la justice sociale n'y trouve pas son compte. Pourquoi, en Suisse, on admet que l'AVS puisse être - est - financée par prélèvement sur les slaires, alors que pour la santé, ce serait une aberration.

Malheureusement les arguties juridiques de certains parlementaires face à ce que l'on appelle la "caisse unique" ne font que retarder la solution. La caisse unique (pour les pires opposants, ce serait donc une caisse inique) ne fera pas baisser les coûts de la santé à elle seule car ce serait mentir une fois encore à la population. Elle permettrait néanmoins de mieux répartir les charges entre gens aisés et moins aisés. Ce serait une avancée non négligeable. La Suva est une caisse nationale que personne ne conteste !

Il faudra bien reparler, un jour ou l'autre de solidarité, qu'on le veuille ou non. Les gens ne sont malheureusement pas tous égaux devant la maladie. Faut-il encore écraser financièrement ceux qui sont déjà atteints dans leur santé ?

Une mini provocation enfin : si les caisses-maladie sont aussi retorses, pourquoi ne pas les supprimer? Vous avez peut-être une petite idée à ce sujet ?

Bien cordialement

Écrit par : Michel Sommer | 05/10/2011

Excellent blog. 100% d'accord.
Les médecins vont lancer un referendum contre cette loi et je sais que vous aller nous soutenir.

Écrit par : Bertrand Buchs | 05/10/2011

Que pensez vous, Monsieur Poggia,de cette initiative:

http://www.initiative-transparence.ch/?p=1

Je l'ai signée avec conviction pour donner un coup de frein aux abus...en attendant une caisse unique dont je ne sais que penser.

Écrit par : Tamara Vincenti | 06/10/2011

Un très vif merci pour votre engagement intensif, véritable "soin intensif" pour un système qui court à la catastrophe tant qu'on en remet pas le tout en jeu.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 06/10/2011

En réponse à la question de Tamara Vincenti, je dirai que cette initiative, que j'ai également signée, part d'un constat identique à celui de l'initiative pour une caisse publique (unique), mais se limite à demander que les assureurs actifs dans le domaine de la LAMal ne puissent proposer également des assurances complémentaires.
Cette demande est légitime, mais les assureurs ont déjà trouvé la parade en créant des société distinctes juridiquement qui travaillent néanmoins la main dans la main. Les démarcheurs engagés par ces sociétés proposent ainsi à la fois une assurance de base et une assurance complémentaire, qui seront souscrites, sur le papier, auprès d'entités distinctes. Ainsi, le tour est joué.
J'avais écrit, malheureusement trop tard, à l'Association des médecins du canton de Genève, pour les avertir qu'ils avaient, avec la FMH, un train de retard par rapport aux loups que nous combattons, et je proposais que l'initiative soit formulée en ce sens que les assureurs maladie actifs dans l'assurance obligatoire des soins soient indépendants, juridiquement, structurellement et économiquement de toute autre entité active dans le domaine de l'assurance, ce qui aurait permis d'atteindre, mieux, le but visé.
Aujourd'hui, seule l'initiative pour une caisse publique est à même d'atteindre l'objectif de transparence que les assurés sont en droit d'exiger.

Écrit par : mauro poggia | 06/10/2011

Non, certes, les coûts de la santé ne vont pas baisser, quoi qu'il en soit et quoi que l'on essaie de "rafistoler" le système. C'est la notion de santé qui est à changer à la base, dans l'esprit du jeune médecin à qui l'on n'apprend même plus le b.a.ba qui est de savoir "écouter".

Et combien de retards de diagnostics engendrant des séquelles irréversibles parfois sont faits en raison de cette non-écoute.

Cela fait 50 ans que l'Etat donne son aval sur l'empoisonnement quotidien de la population qui est soumise aujourd'hui à environ 400 substances chimiques dont la plupart sont neuro-toxiques et se délie complètement de la responsabilité des conséquences, y compris des métaux lourds jusque dans les vaccins des enfants.

L'augmentation très sensible des cas d'autistes, d'enfants hyper-actifs, de scléroses en plaque de plus en plus jeunes, d'alzheimer, d'allergies, de maladies endocriniennes, de cancers, candidoses, etc... ne tombe pas du ciel.

Encore une fois, en médecine, comme en politique, on passe son temps, dans l'urgence à soigner des symptômes plutôt que de s'attaquer aux causes en empêchant de plus les gens de se soigner avec les substances qui leur conviennent qui sont hors liste et le resteront même quand cette fichue loi que nous avons tous votée il y a 5 ans je crois, sera enfin appliquée, pourtant bien moins onéreuses que celles qui seront remboursées...

Dans 15 ans, il est bien clair que les coûts de la santé auront quintuplé et que seule existera encore une population d'invalides. Ce déni de responsabilité est un génocide social.

C'est à cela qu'il faut s'attaquer M. Poggia, pas à réparer avec des bouts de ficelle un système qui ne tiendra jamais la route parce que la fondation est pourrie et que l'humain est déjà probablement tellement génétiquement modifié par tout ceci qu'il faudra bientôt un médicament différent par personne.

7'000 maladies rares répertoriées qui ne sont que la pointe de l'Iceberg. Plus toutes les autres, auto immunes ou neuro-dégénératives qui sont en constante augmentation et le seront encore bien plus si l'on ne fait pas quelque chose très très très vite et si cela n'est pas déjà trop tard.

Il y a encore quelqu'un qui a du bon sens dans ce pays ? Et du courage pour ne pas laisser faire ça ?

Écrit par : Jmemêledetout | 09/10/2011

Si les gens pour une fois pouvaient s'accorder une seule année sans TV,sans ordinateur ils verraient leur santé s'améliorer.Expérience fabuleuse qui permet de contempler le stress qui nous est administré à dose infinitésimale chaque jour mais qui est responsables de beaucoup de maux qui s'ils étaient détectés à temps permettraient de faire baisser les prix .Mais il faut une volonté de fer et dire on ne peut pas à cause des quand dira-t'on alors comment avons nous fait pour vivre sans commodité alors que d'autres en avait,personne ne jugea jamais personne,mais la discrétion existait,celle-ci fait aussi partie des bienfaits personnels et sa disparition peut aussi être source de maux psychosomatiques affectant vraiment la vie de ceux qui en sont atteints,les 3/4 des habitants sans doute

Écrit par : lovsmeralda | 09/10/2011

@lovsmeralda

Tous les jours, des découvertes en génétique, en neurobiologie, en neurologie, viennent invalider des théories "psychosomatiques" ancrées depuis des lustres et qui sont l'apanage paresseux d'une médecine qui n'a plus envie de chercher les causes et se déresponsabilise sous cette appellation bien pratique, lorsque l'on ne connait pas la raison, la plus simple à utiliser c'est celle-ci.

Il est bien clair que n'importe quel stress émotionnel peut être le déclencheur d'une maladie ne serait-ce que par l'abaissement de la défense immunitaire qui s'ensuit. Mais nous parlons de déclencheur, pas de cause !

Un corps normalement constitué, est capable de régater contre ce genre de stress et faire sa réparation naturelle. S'il ne le fait pas, c'est qu'il y a une grave altération de son système et de son terrain.

L'exemple que vous citez est bien sûr à prendre en compte sur le plan de la détérioration, mais le fait de rester scotché devant son ordinateur ou sa TV est déjà une réaction d'autiste ! Repli sur soi, refus de la société, de communiquer, la peur, etc... et cette réaction est générée par quelque chose, un dis-fonctionnement des ordres du cerveau ou de l'intestin qui lui même est généré par une altération extérieure.

Alors il peut y avoir de nombreuses causes accumulées à ce repli, mais ce n'est pas le repli qui est générateur de la maladie, il n'en est qu'un effet.

Ce n'est pas en soignant des effets que l'on peut éradiquer des causes. Intervenir sur les effets, permet effectivement de stabiliser la maladie au lieu de la voir se développer.

Tout comme la fibromyalgie par exemple, considérée par nos grands pontes comme psychosomatique. Alors qu'il suffit parfois d'identifier les aliments auxquels la personne est devenue allergique et les retirer complètement de l'alimentation pour que les crises disparaissent. Mais cela ne soignera pas l'allergie en elle-même qui a, elle, une cause que l'on se refuse à identifier.

Et c'est ainsi que cette personne, à vie, devra se priver d'une grande part de son alimentation, sans que jamais, on ne puisse déterminer ce qui a déclenché cette allergie et sans que son porte-monnaie non plus ne soit dédommagé du surplus de coût généré par cette cause :-)

Tomber dans la facilité de tels diagnostics de paresseux, culpabiliser les malades de leur maladie est justement ce qui augmente aujourd'hui les coûts de la santé.

De nombreux pays sont en avance d'au moins 30 ans dans les recherches sur ce sujet. Et ceux qui osent s'y pencher ici, sont très frileux quant à l'affirmation de leurs résultats, car ils savent que dès leurs travaux publiés, ils auront affaire à une armada de lobby pharmaceutiques détenant le pouvoir sur nos élus aux moyens de dividendes sonnantes et trébuchantes.

Tout ce système est totalement corrompu. Faire croire à des maladies psychosomatiques en est un outil et le plus prisé, parce que le plus facile.

Lorsque toute la population sera devenue grabataire et que personne ne pourra plus remplir les caisses, ils commenceront peut-être à y réfléchir.

Écrit par : Jmemêledetout | 09/10/2011

Lutter contre la hausse de cout dites-vous ? On doit tout d’abord lutter contre les nouveaux codes. Si on décide alors de faire telle ou telle action, on doit alors s’apprêter à oublier une autre décision. En quoi le contrat serait il pour le souscripteur alors qu’on lui dicte chacun de ses mouvements ?

Écrit par : devis mutuelles | 14/11/2011

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