26/08/2011

26 août 1981, 30 ans déjà

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Il y a 30 ans, avec les idéaux de mes 22 ans, la main droite levée devant le Conseil d'Etat, je jurais de respecter le serment de l'avocat que je voulais devenir depuis mon enfance.

Depuis lors, pas un jour je n'ai regretté ce choix, pas un matin je n'aurais souhaité fuir les clients ou les salles d'audience, malgré les défaites et les déceptions qui ont souvent jalonné ma route. Et rien n'est sans doute plus douloureux que d'être convaincu de n'avoir pu faire triompher la justice.

Mais quelle joie et quel soulagement lorsqu'une victoire, souvent après un long et difficile combat judiciaire, redonne à un être meurtri le goût à la vie.

Mes idéaux de justice sont toujours là, intacts, mais l'expérience m'a appris que la vérité est souvent comparable à une cire molle, que chacun façonne à sa manière, et que les litiges n'opposent pas toujours la bonne à la mauvaise foi, chaque partie étant souvent intimement convaincue d'être dans son bon droit.

En 30 ans, l'accès à la justice s'est considérablement démocratisé, même si, trop souvent encore, son coût reste dissuasif. Le nombre de litiges n'a cessé de croître, chacun étant certain, jusqu'au jour où il aura à faire à elle, que la justice est infaillible. Or, l'activité de l'avocat ne se justifie, et n'est que le produit de la potentielle erreur judiciaire qui guette le plaideur. S'il suffisait d'avoir raison pour obtenir justice, l'avocat deviendrait inutile.

Dans un monde où la communication n'a jamais connu autant de supports, les gens correspondent mais ne se parlent plus. Les fax, mails et courriers remplacent le dialogue, et il faut souvent attendre la première audience pour que les parties se rencontrent. Il est parfois trop tard, et les efforts déployés par les tribunaux afin de promouvoir la médiation doivent être salués, car aujourd'hui, plus que jamais, « un mauvais arrangement vaut mieux qu'un bon procès ».

Il n'en demeure pas moins que souvent la justice est seule en mesure de rétablir l'égalité des armes entre le faible et le puissant, entre le pauvre et le riche, entre la victime et son agresseur.

Dans une société qui a tendance à remplacer la solidarité par la responsabilité individuelle, au motif que chacun devrait se prémunir des coups du sort ; dans une société qui a tendance à culpabiliser tous ceux qui font appel à elle, personnes âgées, malades, accidentés, invalides, chômeurs notamment, les qualifiant d'emblée de présumés profiteurs, la justice est alors seule à même de rappeler que chacun est égal devant la loi.

La loi, précisément. Cette loi que le juge et l'avocat doivent faire appliquer, mais que certains s'acharnent à vouloir faire constamment modifier au détriment des plus défavorisés.

C'est ce constat qui m'a amené à entrer en politique. La jurisprudence a ses limites, celles que lui impose le législateur. Il y a donc un moment où l'avocat doit se résigner à appliquer des lois que d'autres démantèlent ou alors tenter de devenir le porte-parole de ceux qui souffrent au quotidien de cette situation. La tâche n'est pas facile, mais elle mérite d'être entreprise.

 

01:30 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | | |  Facebook

Commentaires

Cher Maître,
Tout d'abord mes sincères félicitations pour votre parcours.

"Chacun a en lui l'image de ce qu'il doit devenir. Tant qu'il ne l'a pas réalisé son bonheur n'est pas parfait".

Après 30 ans l'image de votre carrière est devenue un bonheur pour la justice genevoise.

Merci cher Maître.

Votre confrère "blogueur" François Velen !

Écrit par : François Velen | 26/08/2011

@M.Poggia Je relève votre phrase si juste et débattue il y a 15 minutes avec un ancien UDC et président de commune nommé il y a fort longtemps,c'est bien vrai tout le monde rouspète mais quand à dialoguer ouvertement cela ne peut se faire ,les gens préférant reporter leurs responsabilités sur d'autres avec peut-être la peur d'être mal jugés!nous sommes dans une société ou le regard est très important dommage car s'affirmer en tant qu'entité responsable passe aussi par la parole et non seulement par l'écrit.
L'ancien système qui évitait aux enfants d'aller se plaindre de ce qui se passait en classe auprès de leurs parents,une giffle en retour comme seule récompense a-'il fait des anciennes générations des êtres plus responsables,c'est en effet à se le demander,parcontre pour la protection de la veuve à domicile quelques efforts devraient être consentis non par une loi mais par un mieux savoir vivre de la part d'un monde qui se dit proche du citoyen mais qui encore une fois dira,oh c'est des vieux ringards normal qu'ils pleurent tout le temps,y'a comme une une sorte de résonnance bien hypocrite de la part de ceux n'ayant à coeur que de détruire tout ce qui les a aidé à mieux vivre aujourd'hui ne trouvez vous pas?
bonne journée à vous

Écrit par : lovsmeralda | 26/08/2011

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