17/08/2011

CEVA: Pourquoi recourir?

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Au vu de certains commentaires haineux suscités par l'annonce du dépôt de plusieurs recours au Tribunal fédéral dans le cadre du projet CEVA, il me paraît utile de compléter l'information diffusée par les médias, laquelle pourrait laisser penser que le principe même du CEVA serait remis en cause, malgré la votation populaire du 29 novembre 2009.

Quoique certains puissent continuer à faire croire, les recourants, - bien que convaincus que le CEVA ne résoudra aucunement les problèmes de mobilité, bien réels, auxquels Genève est confrontée, malgré une dépense globale qui dépassera les 2 milliards, dont 800 millions ont déjà été adjugés à une entreprise française, qui ne manquera pas d'employer des travailleurs de l'Union européenne sans respecter nos conventions collectives - ne remettent pas en cause, devant le Tribunal fédéral, le principe de cette ligne de chemin de fer.

Je ne m'attarderai pas sur tous les mensonges qui ont été proférés par les pro-CEVA pour arracher un « oui » des urnes, que ce soit au niveau du coût global délibérément sous-estimé, de la participation française déclarée acquise alors que tel n'est pas le cas (la France ayant même demandé une étude d'impact qui risque de mettre en cause le projet lui-même), du travail prétendu que cela procurerait à nos entreprises, de l'impérieuse nécessité de construire cette ligne pour l'avenir de Genève, de la dissimulation de l'absence de parkings-relais à Annemasse, de l'évident désintérêt de la majorité des pendulaires pour cette ligne de chemin-de-fer, et j'en passe et des meilleures. Le peuple a voté en fonction de cette malhonnête manipulation, et je retiendrai que c'est le jeu de ce que l'on appelle la démocratie. Pour faire passer une idée, aussi fausse soit-elle, il faut de l'argent, et à l'évidence l'investissement fut colossal, car sous le couvert d'un projet d'intérêt public, ce sont des intérêts particuliers depuis la Gare des Eaux-Vives jusqu'à la frontière que l'on veut réaliser.

Quoi qu'il en soit, si le CEVA doit se réaliser, cela veut-il dire qu'il doit être construit au mépris des règles élémentaires de protection des riverains ? Certainement pas. Et c'est précisément à ce niveau que portent les recours déposés.

Peu importe que vous soyez propriétaire ou locataire, riche ou pauvre. Que diriez-vous à la lecture d'un courrier des CFF qui vous informerait que la future ligne de chemin de fer engendrera des vibrations, des sons solidiens, des ondes électro-magnétiques, qu'elle risquera de perturber votre télévision et votre ordinateur à chaque passage de train, mais que vous devrez le supporter dans l'intérêt général ? Ne demanderiez-vous pas à tout le moins que l'on utilise, selon les données techniques à disposition des mesures de protection aussi efficaces que possible? Et cela que vous habitiez à Champel, ou n'importe tout ailleurs ! N'avez-vous pas lu récemment dans la presse que Carouge aurait certainement maintenu son recours s'il n'avait été trompé par des promesses sans lendemain de nos autorités ?

Que diriez-vous par ailleurs si vous appreniez que CFF immobilier, l'Etat de Genève et la Ville de Genève prévoient, au niveau de la Gare des Eaux-Vives, des protections maximales en faveur des immeubles qu'ils comptent construire au-dessus de la gare, tout en niant le droit, pour les autres riverains de la future ligne, de bénéficier des mêmes protections ? Ne considéreriez-vous pas légitime que les particuliers, locataires ou propriétaires, bénéficient des mêmes protections que l'Etat, la Ville et les CFF ?

Que diriez-vous par ailleurs si l'on vous disait que chaque passage de train (192 par jour), sera perceptible depuis votre logement, mais que vous devrez le supporter, car cela n'est pas de nature à nuire à votre santé, et que de plus, en moyenne journalière, la nuisance est considérée comme acceptable. En d'autres termes, les trains étant prévus jusqu'à minuit, puis dès 5h00 du matin, peu importe que vous ne puissiez pas dormis avant 24h00 et que vous soyez réveillé à 5h00, puisqu'en moyenne, sur l'ensemble de la journée, la nuisance serait tolérable selon des normes de protection de la santé des individus.

Que diriez-vous encore si les calculs de nuisances étaient réalisés avec des trains classiques, alors qu'il est déjà prévu de faire circuler des trains à deux étages, plus lourds et plus bruyants ? Si l'on vous disait que cette ligne ne recevra pas de trains de marchandises, alors que des documents officiels affirment le contraire ?

Que diriez-vous enfin si l'on vous disait que les nuisances réelles ne sont pas connues aujourd'hui, mais qu'elles seront déterminées après coup au moyen d'un camion-vibreur circulant sur les rails d'ores et déjà posés, et qu'en toute hypothèse, si la nuisance devait dépasser les prévisions, il ne serait plus possible de mettre les protections adéquates, en raison d'un gabarit insuffisant du tunnel .

Je suis certain que tout un chacun, qu'il soit favorable ou contraire à la ligne CEVA, considérerait que l'on ne peut pas se moquer pareillement des habitants de ce canton, ce d'autant que ces nuisances impliqueront finalement des indemnités, qui n'ont absolument pas été portées au budget, et qui seront à charge des contribuables, tout comme le déficit d'exploitation du CEVA, d'ores et déjà estimé à 34 millions par année, à charge du canton de Genève, seul !

Le CEVA a été imaginé en 1912, et devait être construit en surface. La paresse de certains politiques, Robert Cramer en tête, les a poussés à exhumer ce projet pour éviter de devoir en concevoir un autre, plus efficace, mieux adapté aux besoins du XXIème siècle, et surtout, moins onéreux. Ce projet bâclé, a été autorisé sous 328 conditions ou charges imposées par l'Office fédéral des transports. Oui, TROIS-CENT VINGT-HUIT. Vous avez bien lu. C'est dire à quel point le travail avait été mal fait.

Les Genevois se rendront compte, sans doute trop tard, qu'ils ont été trompés. Alors, plutôt que de fustiger les recourants et leurs avocats, d'ailleurs de tous bords politiques, demandez à nos autorités où réside réellement l'intérêt de ce canton à envoyer un train dans un trou ferroviaire où rien n'est prévu pour recevoir les pendulaires, lesquels entrent majoritairement par Bardonnex, au moyen d'une autoroute fraichement inaugurée qui rapproche d'autant Annecy de Genève, et qui symbolise à elle seule la conception à sens unique que se font nos voisins de la région franco-genevoise.

Les recourants, vous dit-on enfin, pour emporter vos dernières réticences, vont aggraver le coût du CEVA. Certains marchent, d'autres courent. De quoi préparer d'ores et déjà le terrain d'une rallonge budgétaire programmée depuis des années avec des coupables tous désignés. En réalité, l'Office fédéral des transports, dans le cadre des charges imposées, avait exigé que de nouveaux plans soient déposés un an avant le début des travaux. Ce travail n'est toujours pas terminé et nos autorités, Mark Muller en tête, vont tenter de nous faire croire que le retard ne leur est pas imputable, pour mieux nous convaincre, alors que l'on sera peut-être au milieu du tunnel, qu'il faut ajouter un demi milliard pour terminer l'ouvrage...

Alors, à tous les donneurs de leçons exempts d'esprit critique, je dis qu'avant  de juger et de condamner au bûcher, il faut tenter de comprendre. Et dans ce dossier, il y a la vérité, d'une part, et ce que l'on veut nous faire croire, de l'autre. Souhaitons que la première éclate avant qu'il ne soit trop tard.

 

 

 

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Commentaires

Je suis nulle en économie, tente parfois de me soigner en lisant le blog de Paul Jorion, mais j'ai voté non par intuition, la seule arme qui ne m'ait jamais menti en 60 ans de vie bien remplie :-)

Pour autant que ce projet ait une utilité qui m'échappe également complètement, un metro aérien n'aurait-il pas été moins coûteux et plus facile à réaliser ?

Les français vont-il engager des entreprises suisses pour la réalisation de leur tronçon ?

Le CEVA a été imaginé en 1912 dites vous... Ca remonte à loin ça :-))) Faute de frappe ?

Il aurait peut-être été économiquement viable ce projet à l'époque où l'euro était bien plus fort que notre franc et où les français venaient faire leurs courses en Suisse LOL

A part des ennuis, je ne vois pas vraiment ce qu'il apporte.

Sont où les pro Ceva sur ce blog ? A la piscine ? Ou sur une île déserte en attendant le vrombissement métallique futur.

Un projet de cette envergure aurait certainement nécessité une étude et une surveillance beaucoup plus approfondie avant d'être soumis au vote.

Écrit par : Jmemêledetout | 18/08/2011

Et bien, mon Cher Maître, vous allez avoir du travail pour démonter et démontrer l'ensemble des mensonges relatifs au CEVA. Si je comprends bien, il n'y a guère que les opposants recourants qui soient honnêtes dans cette affaire.

Mais, effectivement, soyons honnêtes, les terrains sont nettement plus mous du côté de Champel qu'ailleurs. Contrairement à Paris qui valait bien une messe, Le CEVA ne vaut pas Champel.

Au fait, quelle différence entre malhonnêteté et mauvaise foi ?

Écrit par : Michel Sommer | 18/08/2011

A Michel Sommer. Plutôt que de persifler, pourriez-vous répondre factuellement à ce qui est dénoncé? A moins que pour vous le CEVA soit une profession de foi qui ne se discute pas, ni dans son principe, ni dans ses modalités d'exécution.
C'est malheureusement l'attitude à laquelle j'ai été systématiquement confronté lors de discussions privées ou publiques sur le CEVA. Au début, on est courtois, on ironise sur les "nantis" de Champel, imperméables à l'intérêt public, puis, dès que les arguments deviennent plus précis, on quitte le débat, généralement en lançant quelques insultes par dépit. Si vous voulez débattre, je suis à disposition, mais alors, préparez votre dossier!

Écrit par : mauro poggia | 18/08/2011

Vous avez raison, Monsieur, de formuler recours. Toutes les nuisances que vous mentionnez vont certainement coûter bien plus cher encore à la communauté toute entière. Les malades et les traitements pour les soigner vont être répercutés sur les primes d'assurance maladie.
Genève n'est déjà pas une ville particulièrement reconnue pour être "bénéfique" (trop de ions positifs dus à l'effet de bulle) en termes de santé, alors si en plus ce CEVA vient s'ajouter aux miasmes existants, mais qui voudra encore y vivre?

Écrit par : denise | 19/08/2011

Mon Cher Maître,

Comme vous êtes payés pour faire recours, je me doutais bien que vous n'alliez pas me féliciter de mon intervention. Quant aux nuisances que vous dénoncez - enfin que l'on vous demande de dénoncer - êtes-vous, vous-même, en mesure d'en mesurer les effets sinon par l'intermédiaire des "experts". Les vôtres seraient-ils meilleurs que les autres ?

Pourquoi faudrait-il que l'on vous croie plus que les autres ? Objectivement je ne vois aucune raison.

Et surtout, ne me dites pas qu'aucune solution technique n'existe aux problèmes - à ce stade supposés - qui permettrait de lever les recours...ou de ne pas les déposer.

Dans l'exercice de la démocratie, chacun est libre de donner son opinion et de s'opposer aux projets qui lui sont présentés.

Ce qui me surprend - en politique - c'est que lorsque le peuple s'exprime en faveur d'un projet qui plaît aussi aux "élites" politiques, il fait preuve d'une grande maturité, mais lorsqu'il vote contre les mêmes projets, ce pauvre peuple a été méchamment trompé.

L'humilité est une vertu qui siérait bien à tous ceux qui "font de la politique" et qui oublient, une fois élus, qu'ils sont au service du peuple. Défendre ses idées ne signifie pas défendre son siège. Et comme me disait il y a pas mal d'années un vieux juge valaisan "il vaut mieux partir une heure trop tôt qu'une seconde trop tard". On dirait cependant que les élus, une fois en place, jettent leur montre...

Écrit par : Michel Sommer | 20/08/2011

Bonjour,

Je peux imaginer que recevoir des avertissements pareils des CFF n'est pas agréable, mais je suppose que dans notre société où on intente un procès pour tout et n'importe quoi, ils auront voulu s'assurer que tout risque était mentionné, surtout vu le pourcentage d'avocats de votre quartier. Un peu comme un médecin vous énumère les risques liés à votre opération, sans pour autant que des problèmes surviennent.

Avez-vous discuté avec les habitants de la petite ville de Gorgier, sur les rives du lac de Neuchâtel? Depuis 10 ans il passe sous leurs pieds une ligne à double voie sur laquelle passent des trains ICN à 160km/h et des marchandises de 2000t, puisque c'est l'axe de fret principal entre Lausanne-triage et RBL (Rangier Banhof Limmathal). Les voies sont posées sur une dalle de béton, sans mesures spécifiques contre le bruit ou les vibrations.

Vous ne le savez sans doute pas, mais un train à deux étages n'est pas plus bruyant qu'un autre train, peu importe le poids. Il semble en plus que du matériel roulant à un étage soit choisi pour le CEVA, bien que à ce niveau toutes les options et toutes les configurations sont imaginables (je me rappelle encore des commentaires fumeux sur le type de train choisi alors qu'il ne s'agissait que d'images de synthèse...).

Le bruit et les vibrations viennent des systèmes de bogies et suspensions, qui sont à l'heure actuelle pneumatiques et qui compensent automatiquement le poids supporté. Je suis très optimiste sur le niveau de bruit du futur CEVA, d'autant que si ma mémoire est bonne, le CEVA passera à environ 15m sous terre et que seul un puits de lumière surgira à Champel. Je me demande donc de quel bruit vous parlez?

Quand aux problèmes électromagnétiques ou de réception TV, je dois dire qu'ayant habité 10 ans dans une gare, à 10m de courant 1500V continu (le PIRE des courants), je n'ai jamais eu de souci de réception TV, ni d'interférences. Le courant 25'000V alternatif est un courant très "sympa" en comparaison, et l’électricité est un domaine maîtrisé, aussi bien en ce qui concerne les véhicules moteurs, que le retour de courant vagabond ou résiduel.

J'espère que vous saurez vous battre pour nos assurances maladies avec la même ferveur que contre le CEVA.

Meilleures salutations

Écrit par : Cédric | 09/09/2011

Bonjour.
Ce fait plus de un année que Je support les nuisances sonores dérivés de le chantier CEVA. Tout les machines, les plus lourdes son juste on face de mes fenêtres. Ce fait plus de un année que J’ai ne pas ouvris les fenêtres.
Je suis comme même obligé a passer de temps à la maison a cause de mes études. Ce très difficile se concentré. Par fois la terre tremble a cause de les lourdes mouvements de les machines.
Maintenant ce fait plus de 2 mois que j’ai commence avoir des fortes mal à la tête, tout le jour toujours a cause de les nuisances constantes et fortes, toujours, toujours… Avant je jamais avais une souffrance de ce gendre. Je voudrais savoir se on peut réclamer une indemnité pour chercher aide médical.

Écrit par : Carol | 30/05/2013

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