31/07/2011

1er Août: Reprendre son destin en mains et préserver les emplois

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Le 1er août en Suisse, comme toute fête nationale ailleurs dans le monde, est l'occasion de s'interroger sur les liens que l'on entretient avec la nation, et l'idée que l'on se fait de la position que doit adopter celle-ci face aux problèmes qu'elle traverse ou qui la guettent.

L'homme, pareil à l'arbre, ne peut véritablement s'élever, dans tous les sens du terme, y compris, et surtout, pour regarder au loin, s'il n'a de larges et profondes racines. Celles-ci ne sont pas tributaires du temps écoulé depuis l'arrivée sur un sol, mais, d'abord, et non seulement, des efforts et de la volonté déployée pour s'intégrer à une communauté, au sein de laquelle on n'est pas toujours né, et dans laquelle on est arrivé, en ayant dû arracher ses racines d'autres terres, parfois dans la douleur, jamais dans la joie. La force et la profondeur des racines dépendent aussi de la qualité du sol qui les accueille, car l'intégration n'est pas une démarche unilatérale accomplie sous les regards d'une population autochtone passive.

De tout temps la Suisse fut à la fois une terre de traditions et d'accueil. Elle en a retiré sa force et sa grandeur. A l'heure où les termes de multiculturalisme et d'intégration sont sur toutes les lèvres, le risque est grand de laisser la peur de l'immigration dicter notre conduite et de nous refermer sur nous-mêmes, derrière le rempart de nos traditions, fourre-tout dans lequel chacun met ce qu'il croit bon. Il ne s'agit pas de pointer du doigt ceux qui ressentent une crainte, car ses fondements sont réels. Il ne s'agit surtout pas de laisser à certains extrêmes l'opportunité de mener le débat, car c'est de notre avenir à tous dont il est question.

La Suisse, petite île au milieu de l'océan européen, a peur du ras-de-marée. Elle aurait tort d'ignorer le risque. Avec des salaires qui sont un multiple de celui de ses voisins, notre pays ne peut que susciter la convoitise. Si tous les partis de droite et de centre-droit considèrent que la libre circulation a favorisé l'économie helvétique et doit dès lors être absolument maintenue, la gauche, pour sa part, après l'enthousiasme initial, reste favorable au principe, mais demande davantage de mesures d'accompagnement, afin de lutter contre le dumping salarial.

L'UDC, quant à elle, lance une initiative pour lutter contre l'immigration et fixer des contingents  annuels d'étrangers, demandeurs d'asile inclus...Texte bien vague qui demandera tant de règlements d'application, que personne, partisans ou adversaires, n'y trouvera sont compte

Dire que la population suisse n'est pas préoccupée, notamment  pour son emploi, en raison de la concurrence européenne, est aussi faux que de prétendre que la Suisse doit être soumise à une économie planifiée, avec un besoin estimé administrativement de ressources étrangères.

Les dirigeants d'un pays, tels de bons chefs de famille, ne peuvent ouvrir les portes de la maison sans contrôle, au risque de priver ses occupants des ressources dont ils ont besoin. De quoi a donc besoin notre économie ? Des forces qui lui manquent ! Et le patronat suisse n'a jamais prétendu que les accords de libre circulation devaient permettre de remplacer les travailleurs résidents par des travailleurs européens, mais bien de rechercher là où elle se trouve, la main-d'œuvre qualifiée qui lui manque.

Le système actuel,  mis en place depuis le début du XXIe siècle sans aucun garde-fou efficace, écarte du marché de l'emploi de nombreux travailleurs, victimes d'une concurrence excessive sur le marché du travail, autant au niveau des salaires que des compétences. En plus des chômeurs officiels, il faut encore ajouter les personnes éjectées vers l'assistance publique, et même les frontaliers traditionnels, qui perdent eux aussi leur emploi en raison de cette mécanique implacable.

Il n'est décidément plus question de laisser  au patronat la liberté absolue de faire son marché dans une population de plus de 500 millions d'habitants, où se présentera toujours quelqu'un de plus expérimenté qu'un résident en Suisse (peu importe sa nationalité). Il n'est cependant pas question de laisser à l'administration le soin d'évaluer les besoin de notre économie, et de fixer des contingents annuels de permis de travail en faveur de ressortissants européens, comme le voudrait l'UDC, dont l'initiative est un non-sens visant à limiter la population étrangère en Suisse sous prétexte d'assurer une qualité de vie, dont cette population est, et a été, bien souvent, le premier artisan.

La libre circulation ne doit plus être un dogme intangible. Aucune société ne peut accepter une liberté absolue en ce domaine, faute d'aboutir à une dérégulation du marché. L'emploi de nos résidents doit être préservé, particulièrement l'entrée dans la vie active de nos jeunes, sortant de formation. Si l'Union européenne veut absolument maintenir une liberté absolue de circulation des personnes, sans priorité au marché local de l'emploi, elle n'est pas le partenaire dont la Suisse a besoin, et l'ensemble des accords bilatéraux, qui n'auraient jamais dû être négociés sur de telles bases, deviendront caducs. Nous verrons qui a le plus à perdre dans les négociations qui s'ouvriront alors.

Notre pays, qui a trop longtemps vécu, préservé des attaques, a perdu l'habitude de les prévenir. L'économie européenne est aux abois. La Suisse va au-devant d'années difficiles (secret bancaire, franc fort-euro faible). Nous devons préserver nos acquis et nous battre pour cela. Les employeurs de notre pays auront logiquement la tentation de réduire leur masse salariale. Un moyen sera de remplacer la main-d'œuvre locale par de la main-d'œuvre étrangère, meilleur marché, chaque fois que cela sera possible. Si nos dirigeants ne réagissent pas, de peur de froisser notre grand voisin, notre pouvoir d'achat ne cessera de chuter, avec pour conséquence indirecte un démantèlement accéléré de notre couverture sociale (AVS, LPP, LAMAL, AI, LAA, Chômage), d'ores et déjà amorcé par cet UDC qui prétend servir la population de notre pays.

L'initiative UDC est une mauvaise réponse à un vrai problème. Pour une fois, que nos parlementaires ne jouent pas l'autruche ! Qu'ils ne laissent pas une peur légitime sortir des urnes et qu'ils anticipent la préoccupation de nos concitoyens !

La Suisse a des atouts, il faut qu'elle cesse de douter d'elle-même, et qu'elle reprenne en mains sa destinée, car de sa détermination internationale dépendra le bien-être de sa population.

 

 

 

 

 

 

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27/07/2011

La délation obtient l'onction du Tribunal fédéral

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Dans un  billet publié hier, Andreas Dekany revient fort opportunément sur un tout récent arrêt du Tribunal fédéral, donnant tort au Tribunal administratif fédéral, et confirmant la décision de février 2009 de la FINMA (autorité de surveillance des banques) d'autoriser l'UBS à transmettre les données bancaires de 255 clients aux autorités américaines (http://leblogdandreasdekany.blog.tdg.ch/archive/2011/07/2... )

Nous avons tout lieu de nous inquiéter des principes dégagés par une telle décision, et même s'il n'est pas politiquement correct de poser cette question, ce d'autant lorsque l'on est soi-même avocat, il serait intéressant de connaître la coloration politique des juges qui ont voté pour l'admission du recours de la FINMA...N'oublions pas qu'en Suisse, les juges fédéraux sont élus par le Parlement, mais qu'ils sont présentés par des partis politiques. Sans doute un système qui en vaut bien un autre, même s'il est difficile de comprendre que la démarche préalable que l'on demande à un juge, dont la qualité première requise est l'indépendance, soit un acte d'allégeance.

Cela dit, une société privée, ce qu'est encore l'UBS jusqu'à preuve du contraire - bien qu'elle s'empresse de faire appel à l'aide de l'Etat quand cela l'arrange, tout en invoquant immédiatement après, lorsqu'il s'agit de fixer les bonus de ses cadres et dirigeant, les règles internes de la société anonyme - pourrait invoquer l'état de nécessité, ou mieux, la raison d'Etat, pour livrer à une puissance  étrangère, des clients qui se sont précisément adressés à elle en raison du secret qui constituait son fonds de commerce, et auxquels elle a offert des services illégaux aux yeux de l'Etat étranger concerné.

Ce ne sont pas tant les répercussions de la procédure américaine sur l'UBS qui ont été retenues, mais les conséquences indirectes sur l'économie suisse...

Ce même Tribunal fédéral, qui ne cesse de rappeler que le dommage indirect n'est pas indemnisé en droit suisse, lorsqu'il s'agit d'examiner les prétentions de victimes en matière de responsabilité civile (ainsi, la mère d'un enfant rendu invalide par un accident qui cesserait de travailler pour s'en occuper ne pourrait pas demander sa perte de gain au responsable), viendrait à considérer que le seul risque d'un dommage indirect pour l'économie nationale légitimerait la violation, par une société privée, de ses obligations tant légales et contractuelles. Historique d'opportunisme jurisprudentiel.

Et cela ne fait bouger aucun journaliste de notre pays? Cela ne secoue pas le monde politique, concentré sur son échéance nombrilliste du 23 octobre, et cela n'ébranle pas la moralité de la nation. La Suisse est-elle devenue un Etat voyou sans décence, dirigé par des invertébrés qui se plient au gré du vent le plus fort ? Voici ce que j'écrivais il y a deux ans déjà sur le sujet :

http://poggia.blog.tdg.ch/archive/2009/08/19/ubs-la-honte...

L'UBS aurait ainsi subi une procédure pénale? Eh bien qu'elle assume! Cela aurait touché l'économie suisse? Peut-être, mais qu'a fait finalement le Conseil fédéral bien que cette délation officielle ait été cautionnée? Il a garanti l'UBS avec l'argent des contribuables de ce pays.

Que défend la FINMA ? L'intérêt du pays à long terme ou les intérêts économiques de nos entreprises à court terme comme je le démontrerai prochainement dans un billet relatif au contrôle des assurances privées ? Pour moi la réponse est claire.

Et s'il fallait une preuve de plus que la justice, dans les affaires sensibles, est un exercice à géométrie variable, elle est toute rapportée.

 

 

 

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25/07/2011

La femme sera l'été du printemps arabe

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La femme est l'avenir de l'homme chantait Jean Ferrat sur les paroles du poète Louis Aragon. Jamais cela ne sera plus vrai que dans le monde arabe qui se réveille à la démocratie. Balbutiement difficile, et innombrables écueils pour des populations qui n'ont connu, durant des générations, que le discours unique du pouvoir, et pour qui le savoir n'a été, que la reproduction par cœur du savoir des générations antérieures, comme on apprend les versets de l'immuable saint Coran.

Pourtant, la démocratie ne se reçoit pas, ne s'importe pas. Elle s'apprend, jour après jour, dans l'analyse critique des événements, en se forgeant sa propre opinion, dans l'écoute respectueuse de l'opinion d'autrui. Tâche oh combien difficile.

Dans ce contexte, glisser un bulletin dans  l'urne n'est pas le début d'une expression démocratique, mais son aboutissement, car ce n'est pas le geste qui importe, mais bien la volonté que son contenu exprime. Et le risque de céder aux sirènes d'un nouveau discours unique et faussement rassurant, celui des intégrismes religieux, est bien présent.

La société aurait sans doute beaucoup à perdre, mais quelle est la conscience immédiate que peut avoir, l'espace d'un instant de l'Histoire, une population encore enivrée par un espoir qu'elle ne pensait plus avoir? Tout n'est-il pas mieux que la dictature en ces moments-là?  Le doute, et peut-être même la crainte pourraient inciter à l'attentisme et à l'inertie. Pourtant l'avenir immédiat ne se construit pas en soubresauts, car les ajustements risquent de ne jamais être possibles. Autant ne pas faire fausse route.

Dans ce contexte, la menace intégriste, qui vise à réguler la vie de la société par les dogmes religieux, ne pourra être évitée, principalement qu'avec la force de conviction et la détermination de la femme arabe. C'est elle qui a décidément le plus à perdre dans un tel virage obscurantiste, et qui doit défendre l'égalité des sexes, dans un combat politique, bien sûr, mais aussi à l'intérieur de chaque maison, auprès de chaque père, chaque frère, chaque mari. Car l'apparent effacement de certaines femmes arabes n'est souvent qu'un jeu de rôles social, qui disparait à peine le seuil du domicile franchi, pour laisser la place à un réel partenariat au sein du couple.

Plus facile à dire qu'à faire pensez-vous ? Sans doute. Mais qui aurait pensé, voici 9 mois à peine, que la Tunisie se débarrasserait de Ben Ali et l'Egypte de Moubarak ? Et ce n'est qu'un début au vu de l'actualité internationale.

Alors Mesdames, le monde compte sur vous, et sur votre vote massif, pour que ces révolutions soient un réel pas en avant pour la société arabe en route vers une démocratie laïque et respectueuse de l'égalité des sexes.

 

 

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