15/05/2011

MAX FRISCH CITOYEN

frischGP_site.jpg« Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles ». Cette phrase de Max Frisch, dont on célèbre aujourd’hui le 100ème anniversaire de la naissance,  désigne par excellence l’ennemi de la démocratie, dont le citoyen doit inlassablement redouter et combattre les effets.

Ce n’est pas la dictature ou la tyrannie d’un homme ou d’un régime que nous devons craindre, mais bien la sournoise victoire du conformisme et de la démission des esprits.

Max Frisch l’avait bien compris. Au sortir de la guerre, la Suisse avait échappé au pire de la violence et de la négation de l’Homme, mais le fait d’avoir dû se battre bien moins qu’ailleurs pour maintenir la démocratie et rétablir l’Etat de droit, n’avait sans doute pas permis de sensibiliser autant qu’ailleurs la population sur l’impérieuse nécessité, mais aussi l’incomparable privilège de pouvoir s’exprimer sur l’avenir de la nation.

Les décennies ont passé, mais le danger menace plus que jamais. Alors qu’ailleurs des hommes et des femmes sont prêts à donner leur vie pour accéder à la démocratie, chez nous, 60% des citoyens considèrent sans doute indigne de leur emploi du temps de consacrer quelques minutes pour exprimer leur point de vue sur les sujets qui leur sont soumis, ou pour élire ceux qui devront les représenter à la tête de l’Etat.

Les pantoufles, dans leur sournoise avancée silencieuse, gagnent du terrain, jour après jour. Le bruit des bottes est-il si lointain ?

15:33 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | | |  Facebook

Commentaires

Excellent, Me Poggia! Le bruit des bottes n'est jamais loin du silence des pantoufles. Le conformisme est une violence au même titre que le condamnations préremptoires en ce qu'il masque la vérité.

Max Frisch avec qui je ne partage pas toujours son avis sur le soi-disant repli d ela Suisse est un de nos plus grands écrivains qui aurait mérité un grand prix littéraire jamais décerné à cause de sa nationalité; il aurait été français ou allemand, il aurait été reconnu pour son immense talent.

Son "Gatenbein" est une peinture réaliste des relations hommes-femmes, d'une époque et relève bien les questions existentielles qui torturent les êtres humains depuis la nuit des temps. Vive Max Frisch!

Écrit par : Micheline Pace | 15/05/2011

Il suffit de regarder autour de soi et constater la fascisation rampante des sociétés occidentales pour avoir une réponse...

Écrit par : AlexT | 16/05/2011

Je vous cite :

"60% des citoyens considèrent sans doute indigne de leur emploi du temps de consacrer quelques minutes pour exprimer leur point de vue sur les sujets qui leur sont soumis, ou pour élire ceux qui devront les représenter à la tête de l’Etat."

Je ne crois pas cela, Monsieur, je pense plutôt qu'à force d'être muselé, de n'être pas reconnu dans ses droits les plus élémentaires, de n'être pas entendu, de voter pour des lois dont l'application sera détournée par des tours de passe-passe politiquement incorrects, ou mettra des années à se mettre en application, devant l'impossibilité de se retourner contre qui que ce soit sans engager des frais considérables et ingérables, la dilapidation des deniers publics pour nourrir des incompétents mal formés à tous les barreaux de l'échelle et j'en passe, d'être confronté à un déni constant de démocratie, le citoyen a perdu toute confiance dans l'Etat et tout ceux qui le représentent.

Ce sapage de moral est pervers, car il prive le citoyen de la reconnaissance humaine qui pourrait lui donner encore envie de se battre pour une vie respectée. C'est là qu'est le silence des pantoufles M. Poggia, chez nos élus, chez les cadres supérieurs des institutions étatiques, pas chez le citoyen à qui l'on a finalement enlevé tout droit de parole et de contestation, celle-ci étant systématiquement refoulée.

Nous vivons dans un pays où nos élus des plus hauts niveaux font des milliers de kilomètres par année pour défendre les droits de l'homme à l'étranger... mais qui le fait encore dans ce pays ?

Certains ont des bonnes idées, de la bonne volonté, le l'énergie, c'est vrai, et lorsque c'est le cas, l'on voit ces bonnes idées broyées, vidées de leur substance créatrice par des modifications qui les privent de leurs meilleurs effets.

Mais au plus haut niveau, M. Poggia, personne n'a plus depuis longtemps, une vision holistique et à long terme de la politique, on se contente, comme en médecine, de soigner des effets, dans l'urgence, sans jamais s'attaquer aux causes, avec trois trains de retard, à soigner des maladies sociétales avec des placebos ou des remèdes qui empirent son état de santé.

Pour moi ce type de société n'a plus aucune chance de survie, c'est un serpent qui se mord la queue et arrive au bout de sa pitance, par défaut d'intelligence.

Néanmoins, je continue à voter et continuerai à voter même dans la tombe, bien que je sache que cela ne sert strictement à rien dans ces conditions là.

Le citoyen se meurt, Monsieur, ne le flagellez pas avec une culpabilité de déresponsabilisation créée de toutes pièces par un système que les élus ont mis en place, soit volontairement pour affaiblir sa résistance, soit par manque de vision du futur, sans même se rendre compte que par là, il courrait à sa propre perte.

Écrit par : Jmemêledetout | 21/05/2011

Bonjour Monsieur POGGIA,
Merci pour cet hommage à Max FRISCH.
Pourriez-vous, s'il vous plaît, m'indiquer les références de la phrase que vous attribuez à Max FRISCH.
Avez-vous remarqué qu'un texte faussement attribué à Martin NIEMOLLER circule sur la toile sous le titre "Le silence des pantoufles est plus dangereux que le bruit des bottes". Ceux qui ont essayé de vérifier attribuent ce titre à un grand inconnu : Thierry Van Humbeeck.
Le texte en question est proprement islamophobe et est malheureusement repris -de bonne foi je suppose- par de très nombreux sites chrétiens, juifs, laïques ou athées. A tous j'essaye de demander un peu de respect pour la mémoire du courageux pasteur protestant. Faut-il leur demander aussi un peu de respect pour le grand écrivain qu'a été Max FRISCH ?
Merci de votre réponse.
Un ancien étudiant dans votre bonne ville de Genève de 1963 à 1965.

Écrit par : Claude LOUP | 14/03/2013

Cette citation est tirée de:

Monsieur Bonhomme et les Incendiaires (Biedermann und die Brandstifter) est une pièce de théâtre écrite par l'écrivain suisse Max Frisch, qui fut jouée pour la première fois au Schauspielhaus de Zurich le 29 mars 1958.

Écrit par : mauro poggia | 14/03/2013

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