16/11/2010

CEVA: la France prend les petits Suisses pour des flans

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En politique extérieure, les Suisses ont toujours agi avec le complexe du petit dans la cour  des grands. Notre goûter, on le donne avant de se le faire piquer, convaincus qu’il s’agit du bon moyen pour se faire apprécier de ceux qui en profitent.

Des cours élémentaires de psychologie, que nos dirigeants seraient bien inspirés de suivre, leur enseigneraient que, bien au contraire, cette manière d’agir ne fait qu’aiguiser l’appétit de ceux que l’on régale.

Les derniers développements franco-suisses autour du CEVA en sont la triste illustration.

Celles et ceux qui ont voté, la fleur au fusil, en faveur du CEVA voici une année, se souviendront sans doute des arguments qui les ont convaincus :

·         La région franco-valdo-genevoise ne se construira pas sans le CEVA

·         La classe politique française unanime plébiscite le CEVA

·         Tous les partis gouvernementaux genevois, de la gauche à la droite, soutiennent le CEVA

·         Le CEVA désengorgera le trafic pendulaire vers le sud du canton, tout en reliant la rive gauche à la gare Cornavin et à l’aéroport

·         Le CEVA est le maillon manquant afin de relier les lignes CFF et  SNCF

·         Le CEVA apportera du travail à nos entreprises

·         Le CEVA permettra la création d’emploi pour le canton

Bref. Seuls les hurluberlus du MCG, soutenus en dernière ligne droite par l’UDC, pouvaient s’opposer à un projet porté par le bon sens. Pour les premiers, le CEVA, dont on cachait le coût réel aux contribuables, plus proche des 2 milliards que du milliard et demi admis du bout des lèvres par Mark Muller, lequel avait campé bien (trop) longtemps sur la somme de 985 millions, avait un rapport coût-bénéfice totalement déficitaire, allant chercher les travailleurs frontaliers dans la gare d’Annemasse où rien n’était prévu pour les recevoir, sans parler des parkings-relais fantomatiques le long des lignes SNCF menant à cette gare.

Rien n’y fit, seuls des nantis égoïstes vivant à Champel pouvaient s’opposer ainsi à l’intérêt général…

Les deux Robert (Cramer pour Genève, et Borel pour Annemasse) incarnaient ce discours à l’unisson que l’on voulait présenter à celles et ceux qui allaient payer la facture.

En une année à peine, que de découvertes , ou, devrait-on dire, que de mensonges démasqués. Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

Le 10 mai 2010, une résolution signée par des député, tous partis confondus, Serge Hiltpold et Gabriel Barillier en tête(R620), invitait le Conseil d’Etat « à se montrer beaucoup plus incisif et combatif pour défendre les intérêts de l’économie locale lors de l’adjudication des travaux du second œuvre et d’équipement du CEVA qui se montent à environ 700 millions de francs ». En effet, la première tranche d’adjudication concernant les travaux de génie civil portant sur 800 millions de francs, avait été majoritairement attribuée à un grand groupe français…

Et l’on pouvait lire avec intérêt dans l’exposé des motifs, des arguments clairement « politiquement incorrects » de la part de cette classe politique, dont la colère avait été visiblement le catalyseur d’une rare honnêteté : « Il n’existe aucun exemple à ce jour d’infrastructures publiques importantes mises en soumission par des entités françaises qui n’aient été adjugées à des entreprises suisses. C’est en particulier le cas de la construction et de la rénovation de la ligne dite des Carpates (Genève-Mâcon) financée à près de 50% par la Confédération, pour laquelle l’offre groupe suisse avait été simplement écartée sans autre forme de procès… « 

Le 28 mai 2010, une résolution signée par des députés de gauche (R623), invitait le Conseil d’Etat à renforcer le dispositif de contrôle des conditions de travail en vigueur à Genève pour les chantiers du CEVA, de crainte que ces adjudication à des entreprises étrangères, par le biais des sous-traitances, n’expose la main d’œuvre à une concurrence déloyale et n’exerce des pressions à la baisse sur les salaires…des travailleurs localisés à l’étranger.

En d’autres termes les « arguments-massue » selon lesquels le CEVA allait apporter plus de travail à nos entreprises et davantage d’emplois pour le canton, s’effritaient considérablement !

Dernièrement, les déclarations du sénateur haut-savoyard Pierre Hérisson, faisaient tomber un mythe supplémentaire sur lequel les partisans du CEVA s’étaient appuyés, au mieux par naïveté coupable, au pire par mauvaise foi crasse, celui du soutien inconditionnel de nos voisins français (Tribune des 13-14 et 15 novembre).

Le contribuable genevois, apprenait ainsi que la France n’avait toujours pas trouvé les misérables 100 millions d’euros nécessaires à la construction des quelques centaines de mètres de ligne entre la frontière et la gare d’Annemasse. Mieux encore, au motif que « le bassin Annécien voit le développement du pôle franco-Genevois d’un mauvais œil », il est vrai que l’ouverture de l’autoroute Annecy-Genève se concilie mal avec le CEVA, les Suisses, « premiers bénéficiaires du Ceva » selon Monsieur Hérisson, n’apporteraient pas assez d’argent. En d’autres termes, c’est à la Suisse de financer ce tronçon si elle veut voir le CEVA se réaliser, tout comme la Confédération a financé près de 50% de la ligne Genève-Mâcon, puisque chacun sait que seuls les habitants de notre pays peuvent avoir un intérêt à se déplacer dans le pays voisin, l’inverse n’ayant à l’évidence aucun sens, si ce n’est pour des fraudeurs qui ne méritent aucun soutien !

Où serait donc passé le soutien inconditionnel de la France avec le CEVA, à supposer qu’il ait existé un jour ailleurs que dans l’esprit de nos dirigeants crédules ?

Voilà chers amis ce que l’on vous a fait voter le 29 novembre 2009, et je ne parle même pas des 6 années de travaux, au minimum, qui vont paralyser Genève davantage encore qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Arrêtons de nous faire prendre pour des imbéciles et sachons, une fois n’est pas coutume, nous faire respecter, s’il n’est pas trop tard, tant les mauvaises habitudes ont été prises.

 

07:29 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (11) | | |  Facebook

Commentaires

Comme disait cette "brave dame" sur une chaîne de télévision française, "le beurre, l'argent du beurre et la fermière". Et bien maintenant que les genevois se sont laissés berner par ces partis sauf le MCG qu'ils assument et ne viennent pas plaindre!

Écrit par : Danièle | 16/11/2010

Le CEVA est in "contrat" politico-financier où se mêlent les intérêts, les égos, l'incompétence, l'absurdité et l'escroquerie, adoubés par des édiles cherchant à "marquer" l'"histoire genevoise (défunte depuis que Genève n'est plus la "Patrie" des genevois, lesquels sont mis à la porte de leurs logements par des étrangers, passent en dernier pour les droits sociaux, et plumés sur toute la ligne car il n'agissent plus (étant minoritaires). Les Genevois sont devenus les "Indiens" de la dite "République". Si j'étais jeune, je formerai un mouvement ASSEZ pour qu'un EQUILIBRE mnimum s'établisse enfin dans notre ville. Justifier les demandes exhorbitantes d'impôts sur la classe moyenne (désormais appauvrie) et sur les petits revenus (les hauts revenus étant exonérés au minimum de 25%) en créant des "travaux" inutiles et que l'on savait TRES coûteux, contrairement au contre-projet qui avait été proposé et qui était plus logique, cela s'appelle "rançonner". Les 75% de frontaliers (tant mieux pour eux) qui travaillent dans nos administrations et sont TITULARISES (ce qui ne se passerait JAMAIS en France si un Suisse postulait pour un poste dans l'Administration), viennent (pour les HUG) en VOITURE car des parkings sont loués sur leurs lieux de travail moins cher que ce que serait un abonnement annuel TPG. Je n'ai rien CONTRE les frontaliers qui bénéficient de tous les avantages que les genevois n'ont pas mais j'en veux à ceux qui ont créé ce déséquilibre injuste et fâcheux. Si l'on avait des Conseillers qui travaillaient POUR les citoyens et habitants de cette ville et non CONTRE, ce serait déjà un début. Ils devraient TOUS être remplacés !

Écrit par : Astrid | 16/11/2010

Genève et la Suisse ne doit pas se laisser tondre par la France. Comme certains l'on dit, si ce CEVA se réalise que son terminus se fasse à Moillesulaz.

Écrit par : verli | 16/11/2010

P.S. Je tiens à confirmer que les "nantis" de Champel sont pour la plus grande part des petits rentiers AVS, des invalides, et des petits revenus CONTRAIREMENT au MYTHE que l'on essaie de faire perdurer pour des raisons foncières et pour "justifier" des loyers indécents. Les égoïstes ne sont pas ceux qui essaient de préserver des arbres centenaires, des espaces (agora) où un petit marché à proximité mais ceux qui piétinent sans état d'âme ces tout petits espaces pour le "rendement", et/ou pour leur propres intérêts. Tout quartier a le droit d'exister bon sang ! Si ce projet traversait la Vieille-Ville ou Cologny, je pense que les réactions seraient autrement plus virulentes ou financières.. Il est plus facile d'abattre les plus faibles. La Ville de Genève a été rendue invivable par les milliers de travaux et vacarme imposés. Bcp de Genevois quitteraient ce qui est devenu un véritable dépotoir sans regret.. s'ils le pouvaient!

Écrit par : Astrid | 16/11/2010

Et qu'est-ce qui vous en empêche Astrid ? Quel que soit le prix que vous payez à Champel, vous pouvez à coup sûr trouver deux fois plus grand à moins de 3 km en passant la frontière... Et en étant tout aussi vite au centre ville, grâce au CEVA :-) Dans toutes les villes du monde, il y a des quartiers chics et des quartiers populaires. Même dans les pays communistes. Alors si vous n'avez plus les moyens des quartiers chics, déménagez dans les quartiers populaires. Mais n'en faites pas une maladie. Tout le monde ne peut pas avoir une Ferrari, ou un vison ou une rivière de diamants. C'est la vie.
Quant à ce joyeux moment d'hystérie collective anti-frouze, il suffit de dire non à Hérisson. Pas plus compliqué que ça. Pas la peine de se prendre la tête non plus. De toute façon, c'est leur intérêt aussi de le construire, ce CEVA.

Écrit par : Chocolat | 16/11/2010

@ Astrid, je confirme votre dernière phrase, je ne reconnais plus ma ville, signé une genevoise née en 1950

Écrit par : Danièle | 16/11/2010

Et souvenons nous que le Hérisson est l'emblème des Jenishs!quand aux autoroutes elles étaient sensées rapprocher les humains ce qui n'est de loin pas le cas en Suisse alors qu'en France les enfants sont capables de parcourir de très longues distances pour aller retrouver ceux qu'ils aiment,c'est à dire leurs parents!

Écrit par : lovsmeralda | 16/11/2010

Absolument d'accord. Cette réaction de ce Mr. Hérisson démontre une fois encore l'arrogance et le malaise qui règne dans nos rapports avec les élus de la région frontalière.
De plus en plus souvent nous sommes obligés d'entendre leurs jérémiades pour obtenir plus d'argent de Genève et de la Suisse. Et pendant ce temps, ils oublient totalement que sans Genève et vues de Paris, ces régions autour de Genève (Pays de Gey, Annemasse et jusqu'à Annecy) ne seraient que des réserves d'Indiens.
On en a vraiment assez de ces élus, de leur mauvaise foi infinie et de leurs réclamations alors que tous les jours ils devraient bénir le Ciel de pouvoir assurer leur développement grâce au fantastique dynamisme économique de Genève.

Écrit par : Gérard | 16/11/2010

Chère Astrid,

Ne vous laissez pas embetter par les "honnêtes gens", si je puis me permettre ils sont sous l'arche...

SAVOIE LIBRE ! 48% des haut savoyard souhaiteraient rejoindre la Suisse. Aidons les a quitter la France, à devenir indépendant puis finalement s'ils le souhaitent et si le peuple suisse l'accepte à les intégrer dans la confédération comme 27eme cantons. Cela reglera beaucoup de nos problemes et surtout beaucoup des leurs. On aura qu'a évacuer les racailles d Annemasse vers Gernoble ( contre 300E ou prison a vie ). Terminer !

Écrit par : un homme seul | 16/11/2010

BBien vu...
... (pour résumer)...depuis Philippe-Auguste (..Bouvines, Othon..) la France s'est comporté partout en Etat prédateur; que ce soit aux dépens de ses voisins (Guerres.. de conquête coloniale dès 1830,..de 30 ans, ..confiscation de Strasbourg pendant que l'Empereur avait le dos tourné,...d'Italie: Charles VIII et Louis XII, ... et de nouveau le Directoire et Napoléon I, ...et III); on ne voit pas que la politique étrangère de cet Etat impécunieux toujours aux abois et profiteur puisse un jour changer de moyens ni de fins. Les frontières naturelles, c’était toujours à sens unique. L’Egypte réclame le retour de ses biens, la Suisse devrait réclamer le retour du trésor de Berne. Même en cherchant bien, je ne trouve rien qui permette de dire qu'une fois dans l'Histoire, la France ait renoncé à une parcelle de ses intérêts pour favoriser la Suisse. Alors ma foi..."caveant consules"...

Écrit par : Tonio | 18/02/2011

Bien vu...
... (pour résumer)...depuis Philippe-Auguste (..Bouvines, Othon..) la France s'est comporté partout en Etat prédateur; que ce soit aux dépens de ses voisins (Guerres.. de conquête coloniale dès 1830,..de 30 ans, ..confiscation de Strasbourg pendant que l'Empereur avait le dos tourné,...d'Italie: Charles VIII et Louis XII, ... et de nouveau le Directoire et Napoléon I, ...et III); on ne voit pas que la politique étrangère de cet état impécunieux toujours aux abois et profiteur puisse un jour changer de moyens ni de fins. Les frontières naturelles, c’était toujours à sens unique. L’Egypte réclame le retour de ses biens, la Suisse devrait réclamer le retour du trésor de Berne. Même en cherchant bien, je ne trouve rien qui permette de dire qu'une fois dans l'Histoire, la France ait renoncé à une parcelle de ses intérêts pour favoriser la Suisse. Alors ma foi..."caveant consules"...

Écrit par : Tonio | 18/02/2011

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