14/09/2010

ASSURANCE CHOMAGE: PENALISER LES PLUS VULNERABLES?

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Assainir ! Voilà sans doute l’un des mots d’ordre les plus galvaudés de ces dernières années. Il faut tout assainir, l’assurance maladie, l’assurance invalidité, la prévoyance professionnelle, bientôt l’assurance vieillesse…Chaque fois que les chiffres rouges apparaissent, la première réaction de la droite est de diminuer les prestations, et de la  gauche de crier au démantèlement des droits sociaux. Une bataille idéologique qui ne peut aboutir qu’à des impasses.

Ce qu’il faudrait assainir, en réalité, c’est le mode de réflexion de nos décideurs, voire même notre classe politique.

Notre filet social est géré comme une « grande commode », dont chaque tiroir serait l’une de nos assurances sociales. Le but du « responsable de chaque tiroir » serait ainsi de se retrouver en fin d’année avec le moins de contenu possible, l’ingéniosité consistant à faire passer le contenu dans un autre tiroir, ou, mieux, directement jusqu’au sol, comprenez : jusqu’à l’assistance publique.

Ainsi, l’assurance accident s’efforce de faire passer l’assuré à l’assurance maladie, l’assurance invalidité se concentre à nier les conséquences de l’atteinte à la santé pour faire passer l’assuré à l’assurance chômage, et ainsi de suite jusqu’à, trop souvent, la marginalisation et la précarisation.

S’est-on véritablement demandé quelles sont les conséquences sur l’assurance chômage de ce durcissement de l’assurance invalidité, pour qui, aujourd’hui, il faudrait être mort pour ne pas conserver une capacité résiduelle de travail ?

A-t-on bien voulu se demander quelles sont les conséquences des bilatérales avec l’Union européenne,sur le chômage en  Suisse, et tout particulièrement sur le chômage des jeunes ?

Il est bien sûr plus facile de couper dans les prestations plutôt que de faire son mea culpa, et de chercher à intervenir à la source du problème plutôt que sur ses conséquences.

Il ne faut pas perdre de vue que notre société n’a qu’un seul « pantalon » et qu’il ne sert à rien d’alléger une poche pour en surcharger une autre…

Le problème est réel : notre système a été mis en place pour faire face à une moyenne de 100'000 chômeurs, et l’on se trouve depuis plusieurs années (curieusement depuis l’entrée en vigueur de la libre circulation des travailleurs avec l’UE) aux alentours de 125'000 chômeurs, dont 22'000 jeunes entre 15 et 24 ans (communiqué ATS du 10.08.2010).

La 4ème révision de l’assurance chômage, sur laquelle le peuple se prononcera le 26 septembre prochain, prévoit entre autres modifications, à la baisse, des prestations, un lien entre la période de cotisation et la durée des prestations, ce qui ne peut que pénaliser les jeunes. Ainsi, à la recherche d’un emploi en fin de formation, ils verront la durée de prestations passer de 12 à 4 mois et les jeunes de moins de 25 ans, quelle que soit la durée de leurs cotisations, recevront un maximum de 200 indemnités.

Quant aux assurés des régions de chômage élevé, dont fait partie Genève, ils ne pourront plus bénéficier d’une prolongation de la durée des prestations.

En d’autres termes, après avoir placé nos travailleurs les plus vulnérables (jeunes en fin d’études ou de formation et ainés) dans une concurrence déloyale à l’égard des travailleurs de l’UE, lesquels, avec une expérience professionnelle, sont prêt à travailler pour des salaires inférieurs, ce qui touche tout particulièrement les cantons présentant, comme Genève, une frontière avec l’UE permettant à ces travailleurs d’obtenir le statut de frontalier, notre Parlement fédéral voudrait aujourd’hui s’en laver les mains.

Et le tour de passe-passe risque de réussir !

En effet, pour les électeurs, qui ont heureusement un emploi dans leur très grande majorité, les généralisations sont tentantes lorsqu’ils sont placés devant un ignoble chantage. « Les jeunes au chômage sont des fainéants qui ne veulent tout simplement pas faire l’effort d’accepter un emploi ne correspondant pas totalement à leur formation ». « Les chômeurs de longue durée de plus de 55 ans sont des personnes incapables d’accepter des emplois moins qualifiés et font donc preuve de mauvaise volonté ».

Le chantage ? « si vous n’acceptez pas cette révision, le Conseil fédéral augmentera les cotisations à charge de tous les travailleurs et employeurs ». En d’autres termes, nous serions tous dans une chaloupe à la mer où il n’y aurait pas de l’eau pour tout le monde : soit on balance les plus faibles à la mer, soit nous aurons tous soif. Il pourrait alors être tentant d’oublier ce que la solidarité implique.

Tout n’est pas à jeter dans la révision proposée. Un relèvement modeste des cotisations paritaires, ou la réintroduction, en période de crise, d’un pourcent de solidarité sur les salaires élevés, voire même une augmentation du délai d’attente pour certains revenus sans charges de famille sont des mesures envisageables.

Il n’en demeure pas moins que l’on ne peut retenir une partie de la révision et rejeter l’autre. Alors il faut mettre en balance les avantages et les faiblesses.

Le bilan est clair : la politique fédérale est irresponsable en voulant pénaliser les faibles, en leur reprochant précisément de l’être, alors même que rien n’a été fait pour les protéger (encouragement à la création de places d’apprentissage, soutien à l’engagement d’un jeune en fin de formation, priorité au marché du travail national avant l’engagement d’un travailleur de l’UE).

La droite doit savoir que l’on ne peut pas, au motif que la concurrence serait définitivement salutaire pour l’économie, sacrifier nos travailleurs les plus vulnérables, en leur faisant de surcroît payer les conséquences de la situation dans laquelle on les a placés.

La gauche doit savoir, que l’on ne peut pas, au nom d’une prétendue communauté internationale des « travailleuses et des travailleurs », considérer qu’il serait idéologiquement injustifiable de protéger les emplois de nos concitoyens.

VOTEZ NON LE 26 SEPTEMBRE 2010 A LA 4EME REVISION DE LA LOI SUR L’ASSURANCE CHOMAGE

06:42 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | | |  Facebook

Commentaires

On a du assainir la caisse AI déficitaire et la séparer de l'AVS. Maintenant on doit en faire de même pour la caisse chômage qui devrait être une aide sporadique, c'est-à-dire entre 2 emplois et non pas se substituer au premier emploi pour les jeunes. La caisse chômage doit facilitée avant tout la recherche d'emplois et non être une machine à prestations permanente.C'est pourquoi il faut accepter cette révision.

Écrit par : Suissitude | 14/09/2010

je m'intéresse de ce que vous avez écrit ce pour cela je faire la correspondance avec vous

Écrit par : cholly yunu | 20/09/2010

@ Suissitude:

Avez-vous déjà été au chomage? A part nous matraquer avec des demandes de documents et des menaces sur les prestations si les documents ne sont pas remis à temps, ILS NE VOUS PROPOSENT AUCUN EMPLOIS. Et une grande partie des employés des OCE ne sont pas domiciliés à Genève.

Écrit par : Peter | 21/09/2010

Bonjour, je suis très d'accord avec le propos de l'article.

Je suis diplomé universitaire et au chômage. Je gagne maigrement ma vie grâce à un travail sur appel depuis 2005, qui me rapporte environ 2500 CHF par mois.

Je me suis inscris au chômage il y a quelques mois et je peux dire que tout ce que l'OCE a fait pour mon cas, c'est des menaces de sanctions en cas de retard avec la paperasse et me présenter des annonces d'emploi qui ne correspondent pas à mon profil ou sous qualifiés. Il y a aussi la furieuse impression que l'OCE ne m'informe pas correctement sur mes droits (gains intermédiaires, droits aux prestations, droit à de la formation, etc...) et que là-bas il vaut mieux ne pas trop en dire, car toute information donnée peut être utilisée pour vous rabaisser ou vous prendre des indemnités.

Avec eux je n'ai pas l'impression d'être aidé, ni d'avoir quelqun de confiance pour discuter formation ou stratégie de recherche d'emploi.

Est il vrai qu'à l'OCE, c'est des frontaliers principalement ? Que puis je faire si je tombe sur un frontalier ?

On m'a assigné à un cours pour se présenter à des entretiens d'embauche. J'ai entendu que ces cours étaient donnés par des frontaliers. Que puis je faire si je constate ce fait ?

Le problème de l'emploi à Genève, c'est une concurrence accrue. Dans mon domaine, pour une annonce d'emploi, un RH reçoit peut être 100 ou 200 dossiers susceptibles de remplir le cahiers des charge de l'offre, la dessus la grande majorité des dossiers proviennent de l'UE. Ensuite, le RH va choisir le meilleur profil. Il est clair pour moi, que si je n'améliore pas pas mon profil, par de la formation supplémentaire ou des stages, je n'ai aucune chance face à de jeunes diplômés ou des experts venant de l'UE attirés par salaires en francs suisses (le cours de l'Euro, fin décembre 2010 : 1.24 !). Je suis extrêmement malheureux quand je vois des frontaliers occuper des postes à l'Etat, et plus particulièrement dans le social. Car, je me dis que j'ai vraiment loupé le train et que l'Hospice n'est pas loin.

Salutations

Écrit par : Hulk | 26/12/2010

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