23/09/2009

ASSURANCE INVALIDITE : LA CHASSE AUX SORCIERES

Contrairement à ce que tente de faire croire un certain parti d’extrême droite, qui n’a de cesse de démanteler la couverture sociale de notre pays, soutenu par un inconscient collectif qui fait du travail la valeur suprême et, donc, l’absence de travail une carence de la volonté, les profiteurs ne sont pas là où l’on croit.

Régulièrement, l’Assurance invalidité fédérale publie fièrement sont tableau de chasse dans les médias, comme jadis on brûlait les sorcières sur le bûcher. C’est ainsi que l’on apprend qu’une centaine de « profiteurs » ont été débusqués et punis. Des anti-citoyens vivant aux crochets de la collectivité en se faisant verser les substantielles mannes de cette généreuse assurance sociale, qui permet, nous le savons tous, de couler des jours oisifs et béats, dans l’attente des prestations, tout aussi confortables de l’AVS.

De qui se moque-t-on ? Celles et ceux qui sont au front de la défense des assurés savent quels sont les abus commis par les Offices AI, secondés par une cohorte de pseudo-experts médicaux, qui sont sans doute les seuls à trouver dans cette assurance sociale une source de revenus d’autant plus confortable et bienvenue que le Tarmed a désormais limité les possibilités de s’enrichir rapidement par l’exercice consciencieux de la médecine.

Combien de pauvres femmes et hommes, venus grossir les statistiques des « profiteurs démasqués » ne sont autres que des assurés, envoyés devant des experts complaisants pour lesquels seule la mort serait une entrave légitime au travail ?

Combien de ces assurés démunis sont-ils contraints d’accepter des réductions ou suppressions de rentes faute de pouvoir se défendre devant les tribunaux, par manque de ressources non seulement financières, mais aussi psychiques, tant les décisions de l’AI sont ressenties comme une agression violente et injuste.

Sans doute était-on plus « généreux » à octroyer une rente d’invalidité voici vingt ans, la conjoncture de l’époque l’expliquant. Est-ce toutefois une raison suffisante pour plonger aujourd’hui ces personnes dans la précarité ? A supposer qu’elles n’aient pas été totalement invalides à l’époque, elles le sont devenues avec le temps. Comment justifier d’imposer à un rentier AI qu’il reparte dans le marché du travail avec un préavis de deux mois ? Quel employeur pourrait raisonnablement être intéressé par sa candidature, alors que son curriculum vitae présente un « trou » allant parfois jusqu’à plusieurs décennies ! Mais où est donc passée notre solidarité ? Ces personnes sont donc vouées à l’assistance publique. Assainir l’AI en créant des injustices est non seulement indigne d’un État de droit, mais inutile économiquement, car si la poche change, c’est bien toujours le même pantalon.

Ne soyons pas dupes, les abus sont le fait d’une infime minorité d’assurés, tant le sort des rentiers AI n’a rien d’enviable. Personne ne nous fera croire que la crise économique a été salutaire et qu’elle a permis à des invalides de retrouver une capacité de travail. Il ne s’agit en fait, sous le couvert d’une révision, que d’interpréter différemment des situations inchangées, ce qui est inadmissible sur le plan de la sécurité du droit et de l’équité. Ne parlons même pas de tous ces invalides qui se voient refuser des rentes au motif qu’ils pourraient trouver un travail dans un « marché équilibré de l’emploi », fiction juridique qui les renvoie à l’Assurance chômage, puis, à terme, à l’assistance publique également.

Voilà où sont les abus aujourd’hui. Il faut les dénoncer haut et fort, car contrairement au jeu télévisé, les « maillons faibles » ne s’éliminent pas, et un État moderne se juge sur sa capacité à soutenir et à intégrer ses membres les plus défavorisés.

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