15/09/2008

CORRUPTION MADE IN SWITZERLAND

Y’en a point comme nous ! Dans notre belle Helvétie, tout est plus policé, plus raffiné, plus opaque diront les mauvais esprits. Pas de vile corruption nauséabonde ou de règlements de comptes sanglants. Non. Chez nous c’est plutôt le royaume des ascenseurs. On se les envoie, et se les renvoie, avec courbettes et civilités.

La fin de la sécurité de l’emploi dans le secteur public a même donné naissance, presque de manière imperceptible, tout particulièrement chez nos plus hauts fonctionnaires, à une forme nouvelle de corruption, que l’on répugne même à nommer ainsi, tant elle est subtile : la corruption de l’esprit. Cette corruption n’a plus d’auteur actif bien déterminé, et son objet passif en est même souvent inconscient. Ce n’est plus un acte déterminé qui est en cause, mais une tournure d’esprit complaisante à l’égard de ceux dont l’activité devrait faire l’objet d’un contrôle étatique.

Le constat est là : nos hauts fonctionnaires viennent de l’économie privée et ne songent qu’à y retourner après avoir récolté les gallons d’un poste à responsabilités. La fonction publique, mal rémunérée par rapport aux alléchants salaires des dirigeant du secteur privé, ne devient désormais qu’un passage obligé dans la formation des cadres supérieurs des multinationales, banques, assurances, ou autres sociétés chimiques ou pharmaceutiques..

Sans même s’en rendre compte, ces fonctionnaires sont les chevaux de Troie de cette économie privée qu’ils sont souvent amenés à devoir contrôler dans l’intérêt de la collectivité ou du partenaire le plus faible, tel le consommateur, le patient ou l’assuré.

Difficile dans ces conditions d’attendre rigueur et détermination à l’égard de celui qui fut l’employeur du contrôleur ou qui pourrait bien le devenir…

Les exemples ne manquent pas. Le dernier en date est le départ de Daniel Wiedmer, Chef de la surveillance des assureurs maladie, pour le poste de Directeur général de la caisse Assura.

« Où est le problème ? » rétorque Daniel Wiedmer à ceux qui parlent de trahison. Il a sans doute raison. Sur le plan juridique, on a tout simplement « oublié » d’insérer à son contrat une clause lui faisant interdiction, durant une période déterminée, de travailler dans le secteur économique qu’il était censé surveiller. Nul doute que Assura n’aura pas manqué, elle, d’insérer un clause de non concurrence au contrat de son nouveau dirigeant !

Il se trouve que tout n’est pas que juridique dans l’activité humaine, et que la morale reste sur sa faim. Ce même Daniel Wiedmer, voici huit ans, montait aux barricades pour s’opposer à tout contrôle judiciaire des primes de l’assurance maladie, considérant que seuls ses services étaient habilités à exercer cette tâche. On sait ce qu’il en a fait. S’il avait agi différemment, sans doute ne lui aurait-on pas offert ce poste, et ne serait-il pas invité, es qualités, à s’exprimer - en connaissance de cause - le 30 octobre 2008 à l’Université de Neuchâtel sur « les conflits d’intérêts dans le système de santé »…

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Commentaires

Excellent. Mais qui en tenir pour responsable, du moment que tous les grands principes du marché sont appliqués? Car le sens civique, la responsabilité envers la collectivité et autres valeurs que l'on apprenait autrefois avec les premières phrases de latin, n'en font pas partie. Les politiciens corrompus et les politiciens naïfs conjugent leurs forces pour plumer les citoyens aveuglés par les reflets du veau d'or.

Écrit par : Mère | 15/09/2008

Félicitations pour cette analyse, M. Poggia. Bien que considérée comme un délit de corruption dans d’autres pays européens, la rétribution de parlementaires par des entreprises privées peut à juste titre constituer un moyen de maintenir un contact entre le monde politique et la réalité de l’économie privée. A condition de rester dans certaines limites.
Or dans le cas de santésuisse on peut parler d’un véritable infiltration des structures politiques de notre pays à plusieurs niveaux. Outre Pascal Couchepin dont les liens privilégiés qu’il entretien avec le Groupe Mutuel sont de notoriété publique, il faut compter avec les parlementaires grassement rétribués pour siéger dans des conseils d’administration de caisses maladie, participer à des « forums de réflexion » ou produire des « études » qui finissent dans les oubliettes d’un fond de tiroir. Tout cela avec l’argent provenant de nos chères primes, bien entendu…
De récents articles de presse ont révélé que 5 membres sur les 13 que compte la commission de santé du Conseil National perçoivent de l’argent des caisses maladie. Ce véritable noyautage entrave gravement le bon fonctionnement de cette commission qui s’est ainsi vu contrainte d’écarter sans examen préalable une alternative prometteuse à la fin du gel des cabinets médicaux au profit d’un projet de dernière minute de santésuisse qui reprend dans ses grandes lignes le contenu idéologique de son défunt article sur la santé. On voit ainsi un groupe de pression tenter de contourner la volonté populaire en n’ayant d’autre légitimité que celle qu’auront accepté de leur vendre des parlementaires peu scrupuleux. Il va sans dire que ces agissements ne mettent pas seulement en danger la crédibilité du Parlement mais constituent un danger réel pour l’avenir de nos institutions démocratiques. Ainsi, un groupe d’intérêts insatisfait d’une volonté librement exprimée dans les urnes pourra, s’il dispose de moyens suffisants, forcer le passage sous la Coupole fédérale.
Et la collusion ne s’arrête pas là. Bien qu’étant proportionnellement peu nombreux dans les Chambres, les obligés des assureurs se retrouvent en force dans tous les postes-clé s’agissant de questions de santé. Le président de la commission de santé du Conseil des Etats siège est un administrateur du Groupe Mutuel, et le président de ce même Conseil des Etats préside également aux destinées de santésuisse. Une telle surreprésentation ne doit rien au hasard et dépasse largement les limites d’une simple mise à disposition de compétences.
L’affaire Wiedmer éclaire, quant à elle, les difficultés croissantes que rencontre l’OFSP dans l’exercice de la surveillance des caisses maladie. Privés de moyens suffisants, ses fonctionnaires doivent compter avec la tentation d’une meilleure rémunération que pourrait leur offrir un poste chez ceux dont ils doivent exercer la surveillance. Il est dès lors peu surprenant de constater ce que l’on pourrait qualifier de complaisance : pas ou très peu d’augmentations de primes ont été retoquées ces dernières années en dépit de réserves surabondantes, ces mêmes réserves circulent illégalement entre les cantons, etc…

Cette politique obtue, hostile à tout compromis sur le fond est devenue le principal obstacle dans l’adoption de solutions pouvant sortir notre système de santé de l’ornière. Les incessantes interférences des assureurs dans la politique de santé avec pour seul but son annexion à des fins mercantiles constitue aujourd’hui, avec la maîtrise des coûts, le défi majeur qui se pose à ce pays.

La séparation structurelle totale entre l’assurance de base et l’assurance complémentaire reste le seul moyen de mettre un terme à ces excès et permettrait de rétablir la transparence et la confiance dans une assurance maladie considérablement discréditée depuis le virage unilatéraliste entrepris par santésuisse il y a une dizaine d’années.

Écrit par : François Salina | 18/09/2008

notre systeme de sante, est orniere, et rasemble que soi si fier de soi que je n`arrive pas y croire, tu vois, ils ne propossent acune solution pour y metre en ceinture, et toujours sera egal, parce que rasemble que á n`importe à persone

Écrit par : emule | 03/10/2008

Carissimo Dott. Poggia,

Adesso, basta !

Il nous faut voter pour que les politicens n'aient plus le droit de siéger dans des Conseils d'Administration du Privé ! Nous comptons sur vous pour lancer une initiative dans ce sens !

Écrit par : Café | 03/10/2008

Est-ce que qqn pense être le 30/10 à Neuch ? Suis curieux de lire un compte rendu...

Écrit par : Alex | 25/10/2008

Bonjour

Un petit billet commentant la décision du TF ?

Écrit par : Alex | 05/12/2008

Les tribunaux n'ont rien n'a dire sauf en cas d'abus manifeste des caisses, et comme ce n'est pas le cas, l'autorité de surveillance (le CF?) veille au grain pour nous pauvre citoyens ...

Nous n'avons pas voulu de la caisse unique ... et bien il fallait réfléchir avant ...

Écrit par : Djinius | 05/12/2008

Vrai, vrai, hélas!

Écrit par : Mère | 28/02/2009

J'ai voté pour la caisse unique! Force est de constater que les Genevois ne savent plus voter. Peu se mobilisent et c'est à ceux qui s'abstiennent que nous devons que certaines votations trompeuses de surcroît passent.

A quand un vote obligatoire d'autant que Genève va mal à tous les niveaux!
A quand aussi le droit de destituer un Conseiller fédéral qui fait fi de la population grâce à laquelle il fait bouillir sa marmite 5 étoiles?

Nous en avons ras-le-bol de ces politiciens qui, faute d'idées, augmentent tout à tous azimuts sans oublier de se sucrer au passage avec des salaires mirobolants!

Écrit par : Patoucha | 12/04/2009

@ Mère

A qui la faute ?
A notre législateur Madame !

Je ne me fais aucune illusion sur ce nouveau grand conseil. Même les plus intègres, les plus clairvoyants qui forment un infime minorité, ne pourront pas changer grand chose, à moins que le peuple ne se réveille, ne surveille ses travaux et ne prenne sa part d'action.

Attendez-vous à ce qu'on lynche ceux, désintéressés pour eux-même, qui s'emploient à rétablir les vérités, à instaurer la transparence aux fins de changer la fatalité en possibilité de changement.

En tous cas, je vote pour Mauro Poggia au GC. Il fait peur aux autres élus. C'est ce qu'il faut. S'il se présente à l'exécutif, je vote pour lui.

Écrit par : Nepotin | 15/09/2009

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