25/08/2008

Médecine hospitalière : de la prise de pouvoir avortée à l’infiltration programmée

 

Le 1er juin 2008 nous avons massivement refusé la « gestion moniste » de nos hôpitaux publics. En d’autres termes, nous avons considéré que la gestion des subventions cantonales à la médecine hospitalière ne devait pas être confiée aux assureurs.

Cette défaite des assureurs maladie dans leur processus de prise de pouvoir au niveau de la santé en Suisse, n’est que partie remise, car la solution de rechange est déjà sous presse.

Le 21 décembre 2007, en effet, l’Assemblée fédérale a approuvé l’introduction du DRG (Diagnosis Related Groups) qui n’est autre que le forfait par cas en fonction du diagnostic (il est vrai que les programmes indigestes passent mieux en anglais).

En d’autres termes, le système actuel, dans lequel les hôpitaux sont rémunérés, lors des séjours stationnaires, en fonction des jours d’hospitalisation, par un forfait journalier, sera remplacé dès 2012 par un forfait par cas.

A titre d’exemple, on considère qu’une appendicite doit coûter 3000 francs, quelle que soit la durée du séjour, et c’est donc cette somme forfaitaire qui sera versée. L’hôpital aura donc tout intérêt, pour être rentable, à faire rentrer le patient le jour de l’opération et à le renvoyer chez lui le plus vite possible.

Voilà la médecine d’avenir qu’on nous mijote, au nom du sacro-saint principe d’économicité.

Si vous avez la curiosité d’aller consulter le texte allemand, vous constaterez d’ailleurs qu’il est question de « Wirtschaftlichkeit » qui se traduit en français par rentabilité. Or, économicité et rentabilité ne sont pas synonymes, car faire des économies, en matière d’assurance maladie, devrait signifier dépenser le moins possible pour obtenir une prestation de qualité identique, alors que la rentabilité est le rapport entre le revenu obtenu ou prévu et les ressources employées pour l’obtenir. Il s’agit donc d’un principe qui devrait être étranger à l’assurance sociale, laquelle ne doit pas être rentable, mais efficace au meilleur coût.

De cette manière, les assureurs maladie atteignent un double but : standardiser et uniformiser les coûts hospitaliers par diagnostic, comme ils l’auraient fait si la gestion financière des hôpitaux leur avait été confiée, et imposer parallèlement aux cliniques privées un alignement tarifaire par le biais de conditions générales qui excluent la couverture d’assurance, même en privé ou semi-privé, si le principe d’économicité n’est pas respecté.

Une fois encore, les assureurs maladie font voter les lois qui les arrangent pour atteindre le but qu’ils se sont fixé.

 

Ce n’est pas le seul exemple. Les assurés tiennent au libre choix de leur médecin ? Qu’à cela ne tienne, parallèlement aux hausses constantes et injustifiées des primes, on va leur proposer des modèles alternatifs, dans lesquels ils renonceront à ce libre choix en échange d’une prime plus basse. Le libre choix deviendra ainsi un luxe que de moins en moins d’assurés pourront s’offrir.

Les apparences sont sauves : ne renonceront au libre choix que celles et ceux qui l’auront accepté « de leur plein gré ».

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Commentaires

C'est que ce que le "brave" Couchepin appelle, un pays dans le quel la médecine à deux vitesse n'existe pas ...

Écrit par : kalvin | 25/08/2008

...il me souvient, il n'y a pas si longtemps, que beaucoup de partis étaient contre la Caisse Unique en nous assurant que nos primes de pouvaient que baisser et qu'en acceptant la Caisse Unique le peuple irait droit dans la mur ! Et bien voilà, la Caisse Unique a été refusée (j'ai voté pour)... mais nous allons droit dans le mur, quand même ! Alors que nous disent tous ceux qui ont fait campagne contre la Caisse Unique ?

N'oublions pas, que la médecine à 2 vitesses existe déjà. J'ai des amis médecins au Cantonal qui m'ont expliqué que de toute façon, il vallait mieux, en entrant au Cantonal, être en section privée !

Auguri e buona giornata !

Écrit par : Café | 25/08/2008

Quand est-ce que l'ASSUAS va proposer une initiative populaire pour mettre fin à cette jungle ou les seuls perdant sont les assurés ?

Écrit par : Dji | 25/08/2008

Les DRG ne représentent qu'un des fronts d'action des assureurs qui se livrent actuellement à un bras de fer afin que leur soient transmis des données confidentielles relatives à la santé des patients. Les soignants, notamment la FMH, s'y opposent et se voient accusés de provoquer un blocage par les assureurs.
Il est désormais évident qu'aucune lumière en matière de santé n'est à attendre de ces derniers. Le recours à des termes tels que "rentabilité" en santé suffit à relever leur incompétence totale en la matière et l'obsession mercantile d'individus dont les horizons intellectuels, étrangers à toute forme d'éthique, se résument souvent à un arrivisme bling-bling et à la collection de voitures de prestige.
La récente proposition de santésuisse visant à créer une assurance de base à 2 vitesses s'inscrit dans cette droite ligne et n'est rien d'autre que la énième remballe des propositions délirantes sagement rejetées par le peuple le 1er juin dernier.
Avec les DRG et Tarmed, la "transparence" des malades est réalisée: des employés de caisses maladie, non soumis au secret médical et sans formation particulière, seront en mesure de fouiller notre intimité et statuer sur le remboursement de tel soin, et donc sur sa dispense.
A en croire les assureurs, une telle transparence appliquée à eux-même est superflue (et serait même coûteuse !) puisqu'ils sont immaculés: leurs comptes sont notoirement transparents et efficacement contrôlés par l'OFAS. Le récent changement de bord d'un de ses directeurs est d'ailleurs là pour en attester. Les réserves excessives, les actifs boursiers et immobiliers achetés avec l'argent des primes et revendus à des proches au-dessous de leur valeur, les financements croisés, les placements hasardeux... Tout cela ne serait que calomnies colportés par des gens mal intentionnés et gauchisants.

A la vue de ces faits, il convient de réfléchir sur le place des assureurs maladie dans notre système de santé, tant il est désormais évident que par leurs interférences répétées ils participent plus du problème que d'une quelconque solution raisonable. Est-il normal que les autorités laissent un cartel représenté par santésuisse dilapider des millions de francs sur des fonds publics (nos primes) afin de faire passer en force leurs intérêts au détriment de ceux de la population ?
Avec la victoire du 1er juin, les temps semblent mûrs pour des solutions efficaces et pragmatiques, comme l'ont démontré les récentes propositions de la CDS et de la FMH. Ils ont églamement mûrs pour une recadrage du rôle de certains afin que notre système de santé ne soit pas livré aux caprices de généraux d'opérette.

Écrit par : F. Salina | 25/08/2008

Trouvez-vous normal qu'un politicien puisse siéger dans les conseils d'administration des Assurances ? NON ?! Alors, qu'attendons-nous pour remédier à cet état de fait ?

Sù, Sig. Poggia lanciamo un'iniziativa !

Écrit par : Café | 25/08/2008

Maintenir un lien entre les mondes politiques et économiques peut paraître une bonne idée à condition qu'il ne se transforme pas en un clientélisme financé à coups de deniers publics comme c'est le cas avec les assureurs maladie. La situation peut même sombrer dans le grotesque comme ce cas d'un conseiller national d'outre-Sarine qui, à peine élu, se retrouve dans la conseil d'administration d'un grand assureur maladie, sans compétences préalable dans ce domaine. Depuis il siège dans les commissions parlementaires de santé où il ne fait que défendre les intérêts de son bailleur de fonds.
Les exemples similaires abondent: appartenance à un "groupe de réflexion" où la simple présence à une séance de quelques heures dans un hôtel de luxe (le buffet est offert) peut rapporter jusqu'à une dizaine de milliers de francs. Il n'est dès lors pas étonnant de voir des politiciens peu scrupuleux endosser une cause que l'on ne défend pas par idéal de justice.
Vouloir y changer quelque chose signifierait se mettre à dos toute l'économie privée de ce pays.
Il serait en revanche plus réaliste d'obtenir que la pratique de l'assurance de base et des complémentaires soient interdites au sein de la même société d'assurance. Ainsi serait rétabli un semblant d'indépendance financière et de transparence dans ces deux activités.
L'assurance de base ne servirait plus à financer de façon détournée les complémentaires, et nos primes s'en porteraient d'autant mieux.

Écrit par : F. Salina | 26/08/2008

Merci, Me Poggia, d'être si persévérant dans votre lutte.

Je suis frappée que la décision votée par l'Assemblée fédérale le 21.12.2007 n'ait pas soulevé de réactions plus intenses. Même si les assureurs ont bien manoeuvré, les votants sont tout de même des parlementaires issus du peuple. Ils ont donc leur pleines responsabilités. Ils n'ont apparemment pas la conscience de ce que représentent les « forfaits par cas en fonction du diagnostic ».
A force de parler du coût des soins, ils s'éloignent de plus en plus de la perception du malade, du sens de la maladie et de l'Art de guérir.

A chacun son job: Il est bon que les assureurs apprennent à mieux gérer les milliards qui leur sont confiés et spécialement les millions des réserves. Un organisme comptable neutre et très compétent devraient pouvoir contrôler leurs comptes.

Du côté de la santé, il serait temps de grouper toutes les méthodes de diagnostic et de soins afin que le traitement soit optimal. Des instruments sont déjà à notre disposition, En voici quelques exemples:
Nous aurons à voter l'an prochain à l'initiative « Oui aux médecines complémentaires ». Ces médecines offrent un choix plus vaste que les traitements protocolés actuels de la médecine conventionnelle qui sont de plus en plus dictés par les assureurs sous prétexte d'économicité. Cette dictature toujours plus présente permet aux assureurs de proposer en toute "candeur" une formule pour le libre choix du médecin, sachant que tous les médecins doivent pratiquer de la même façon!
Bien avant déjà, le Grand Conseil genevois, en 1992 !!!, avait voté une loi pour que soit créé, par la Faculté de Médecine, un groupe multidisciplinaire de recherche et d'enseignement des médecines alternatives. A ce jour, je n'en connais qu'un centre de documentation. Il est temps de donner une pleine ampleur à cette loi.
A Berne et Zûrich existent déjà des chaires de médecines alternatives. Il serait juste que leurs professeurs soient entendus pour que les traitements qu'ils utilisent soient proposés dans la recherche du traitement optimal.
A Lausanne, un professeur de pharmacologie fait de grandes études en phytothérapie. Il aurait aussi une large expérience à apporter.

A l'heure de la mondialisation, il serait temps de créer une fédération des systèmes de soins afin que ce soit le sens de la santé qui dirigent nos traitements et non point les calculs froids des sommes gérées par des assureurs derrière leurs ordinateurs.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 27/08/2008

Titre du film "TARMED et Swiss-DRG: l'Eugénisme démocratique"
Direction : Santé Suisse (financé avec la Lamal)
Soutenu par l'OFSP, par Mr COuchepin et nos conseillers fédéraux soudoyés avec l'argent de la LAmal pendant les conseils de direction.

Pourquoi les patients ne peuvent avoir une antenne aussi financée par la Lamal? Vu les incompétences et les liens directs entre le gouvernement (le représentant du peuple) et les assurances

"Depuis cinq ans que je suis en fonction au DFI, je crois que les dirigeants des caisses d'assurance-maladie ont eu la vie trop facile - bien trop facile! Ils sont d'ailleurs pour la plupart compétents - certains sont devenus des amis mais ils ont eu la vie trop faciler" à voir sur http://www.parlament.ch/ab/frameset/d/s/4805/283371/d_s_4805_283371_283381.htm

Ce soir j'imagine un autre titre de film "Meurtre "légal" de ma gran-mère pour le profit des assurances", envoyé sur Youtube. Ainsi l'AVS et le 2ème pilier seront plus rentables pour les mêmes assurances!

ou sinon la nouvelle publicité: "Hilter s'est occupé des Juifs, Santé Suisse s'occupe de vous: Swiss-DRG"

Écrit par : La voix | 20/12/2008

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