26/05/2016

Les leçons de morale du Maire de Saint-Julien-en-Genevois

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Ebranlé par les remontrances lancées depuis son tertre par Antoine Vielliard, auto-proclamé "porte-voix de Saint-Julien-en-Genevois", Maire de ladite commune française, suite à l'application déterminée, par le soussigné, de la directive cantonale obligeant l'Etat, les régies publiques et les entités subventionnées à engager prioritairement, à compétences égales, les chômeurs présentés par l'Office cantonal de l'emploi de Genève, permettez que je balbutie ici une réponse, empreinte d'humilité, tant doit être grand le respect à l'égard de l'élu d'une nation qui nous distille au quotidien les leçons d'un savoir-faire, source d'inspiration constante.

http://portevoix.blog.tdg.ch/archive/2016/05/23/discrimination-a-l-embauche-ou-accords-bilateraux-geneve-doi-276363.html

Ne sachant si mes propos parviendront aux oreilles éloignées de l'intéressé, ayez l'obligeance de lui rapporter ce qui suit, au cas où vous le croiseriez au détour d'un conseil d'administration des Transports Publics Genevois (TPG), dont il est membre, semble-t-il, tant sa considération pour Genève est immense. http://ge.ch/hrcintapp/externalCompanyReport.action?companyOfrcId13=CH-660-2777009-7&ofrcLanguage=2

Dites-lui que ce qu'il nomme avec mépris "copinage cantonal" ou "politique discriminatoire", ne vise en réalité qu'à mettre les demandeurs d'emploi genevois sur pied d'égalité avec des travailleurs frontaliers, dont personne ne contestera le droit de rechercher un revenu équivalant à un multiple de ce qui leur est offert en France, mais dont certains de nos employeurs, encore bien trop nombreux à mon goût, recherchent systématiquement les services, sans même regarder si les compétences sont disponibles ici, sachant que le coût de la vie inférieur auquel ils doivent faire face leur permet d'accepter des salaires inférieurs à ceux de nos résidents.

Dites-lui aussi que le copinage, pour reprendre le terme qu'il semble affectionner, est précisément ce dont souffrent malheureusement de nombreux demandeurs d'emplois genevois, lorsque le recrutement est confié à des cadres responsables frontaliers.

Dites-lui encore, à supposer qu'il ne l'ait toujours pas compris, et que ses propos soient l'expression de cette ignorance plutôt que d'une volonté malveillante de tromper le lecteur, qu'il n'a jamais été question de recruter "sur le passeport plutôt que sur l'expérience", et encore moins "des employés de nationalité suisse", et qu'il est certain que des ressortissants français au chômage à Genève, bénéficient de cette directive. A moins que pour Monsieur Vielliard, les Français d'ici ne valent pas les Français de là-bas. De surcroit, laisser entendre qu'il faudrait choisir entre "le passeport" (suisse) et la compétence, dénote une telle arrogance, qu'elle se passe de commentaire.

Dites-lui toujours, qu'en tant qu'administrateur des TPG, recevant des jetons de présence de cette régie publique, il serait bien inspiré de s'abstenir à l'avenir de laisser entendre qu'en recrutant local plutôt que "sur l'expérience" (comprenez "en France") "on prend le risque de recruter des chauffeurs de bus qui multiplient les accidents". N'en déplaise à la condescendance gauloise de l'intéressé, nos travailleurs sont au moins aussi compétents que nos voisins, et leur relation au travail est sans doute moins problématique que ce que les événements actuels dans l'Hexagone affichent avec consternation.

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/ici-geneve-cote-ferait/story/25102335

Dites-lui bien que dans la situation inverse, qui verrait près de 90'000 travailleurs franchir quotidiennement la frontière en provenance de Suisse, avec un chômage croissant en Auvergne-Rhône-Alpes, notre "porte-voix", alors transformé en "porte-monnaie", serait en première ligne pour exiger que l'on protège celles et ceux qui seraient laissés sur le bord du chemin de la prospérité.

Qu'on lui rappelle que "le beurre et l'argent du beurre" est un reproche bien malvenu qu'il adresse à Genève, sachant qu'indépendamment des 280 millions de compensation versés à la France sur l'impôt à la source des frontaliers, ce sont 6 milliards au moins par année que ces derniers dépensent sur leurs salaires à leur lieu de domicile. De quoi fleurir la Mairie de Saint-Julien-en-Genevois.

Dites-lui également que les autorités genevoises ne violent pas les Accords bilatéraux, dans la mesure où, d'une part, cette directive ne s'applique au secteur privé que sur une base volontaire, et où, d'autre part, un travailleur en provenance de l'Union européenne pourra toujours être engagé à compétences supérieures, ce qui doit sans doute être un pléonasme aux yeux de notre observateur transfrontalier.

Dites-lui enfin que je tremble à l'idée qu'il ait pu transmettre, comme il l'affirme, "les articles parus la semaine dernière sur la discrimination à l'embauche à Genève au comité de suivi des accords bilatéraux entre l'Union Européenne et la Suisse".

 

Cela dit, il ne suffit pas que la Mairie de Saint-Julien-en-Genevois soit à la place Général-de-Gaulle, pour que l'appel lancé par Monsieur Vielliard le 23 mai fasse entendre sa voix au-delà de sa porte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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01/04/2016

Un secret médical à géométrie variable

Alors qu'au niveau international, à la suite du crash de l'avion de Germanwings, causé par le comportement suicidaire du copilote, dont l'état psychiatrique était connu du corps médical avant le drame, l'on s'interroge sérieusement sur la nécessité de contraindre le corps médical à annoncer spontanément les troubles de santé graves de patients exerçant une profession pouvant mettre en danger la vie de nombreuses personnes (dont la liste devra être limitativement énoncée), nos braves médecin genevois lancent une initiative pour défendre le secret médical en faveur des criminels dangereux condamnés. Tout cela ponctué par la présence, à Genève, lors de la conférence de presse du 2 février, du président de la Fédération des médecins suisses (FMH), dont la mine déconfite semble nous annoncer que nous sommes tous des criminels dangereux en puissance, et que notre combat commence aujourd'hui.

Et "la lettre de l'AMG" (Association des Médecins du canton de Genève) de nous avertir: l'avenir du secret médical est entre nos mains!

http://www.amge.ch/site/wp-content/uploads/Lettre-de-lAMG-mars-2016.pdf


Le président de la FMH toujours, se fend d'un article apocalyptique qui nous fait froid dans le dos:
"le secrétaire général de l'Association Médicale Mondiale m'a demandé il y a quelques jours (nous dit-il): que se passe-t-il à Genève avec le secret médical? Les signaux émis sont inquiétants. Devons-nous nous faire du souci? Genève est observée par la Genève internationale, elle suscite l'attention du monde entier". C'est trop d'honneur.

Vaud et Valais ont entretemps adopté des règles bien plus restrictives dans ce domaine...à la quasi unanimité...et dans l'indifférence générale.

Pourtant, la loi genevoise est juste et pondérée : dans une situation d'urgence, le thérapeute d'un criminel dangereux "doit informer", et non pas "peut informer". Par ailleurs, saisi d'une demande de rapport, ce même thérapeute doit en informer son "patient détenu", et, en cas d'opposition de sa part, il doit saisir la Commission du secret médical, qui mettra en balance l'intérêt de ce patient particulier à la préservation du secret, et l'intérêt de la société à se préserver du risque de libération d'une personne dangereuse. Ces thérapeutes, faut-il le rappeler, ne sont pas choisis par les criminels dont la justice a ordonné qu'ils soient suivis médicalement, mais travaillent dans un cadre pénitentiaire? Laisser à leur simple bon vouloir la transmission d'une information dont la vie de victimes innocentes peut dépendre, est tout simplement impensable.

Curieusement, j'attends toujours une réaction, ne serait-ce que sous la forme d'un balbutiement, de nos braves combattants de la liberté, tant de la FMH que de l'AMG, suite à un récent article du Tages Anzeiger, selon lequel 10% des médecins en Suisse violent leur secret professionnel http://www.tagesanzeiger.ch/schweiz/standard/datenschutz-ueberfordert-die-aerzte/story/29255421 Faut-il considérer que le secret médical en faveur des criminels dangereux condamnés mérite davantage d'attention que celui au profit de 8 millions d'habitants? Peut-être que le combat pour le premier permet de désigner les adversaires liberticides, alors que pour le second, certaines qualités d'introspection sont nécessaires pour chercher les brebis galeuses au sein de sa propre bergerie...

Je ne doute cependant pas un instant que les formulaires de récolte de signatures pour l'initiative, adressés par l'AMG à ses membres, rappellent opportunément que le fait de fournir à un tiers, fut-il le médecin conseil d'un assureur, des renseignements sur un patient, nécessite l'accord de ce dernier, non seulement sur le principe de la démarche, mais également sur le contenu des informations fournies. Monsieur le Docteur Jürg Schlup, pour la FMH, a certainement, lui-aussi, à n'en pas douter, rappelé ses troupes à l'ordre.

Une chose est en tout cas certaine: le psychiatre du copilote de la Germanwings ne sera pas inquiété et n'a pas à l'être. Le secret médical a été scrupuleusement respecté. 150 personnes en sont mortes, mais l'essentiel est préservé. Les grands principes ne s'accommodent-ils pas de quelques dommages collatéraux?

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30/03/2016

Les statistiques de Santésuisse...

 

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"Les chiffres sont aux analystes ce que les lampadaires sont aux ivrognes: ils fournissent bien plus un appui qu'un éclairage" écrivait Jean Dion.


C'est ainsi que Santésuisse retient de ses statistiques, que le coût moyen d'une consultation en cabinet de groupe est de 210 francs, alors qu'il n'est que de 186 francs pour un cabinet individuel

http://www.tdg.ch/suisse/santesuisse-critique-cabinets-groupe/story/22099384

En conclusion, travailler en groupe inciterait à multiplier les actes médicaux et donc à facturer davantage.
Limpide donc?
Pourtant trop clair pour être vrai.


D'abord, parce qu'il est curieux que Santésuisse, qui soutenait jusqu'ici les réseaux de soins (managed care), au point de demander que les assurés qui ne s'y soumettaient pas voient leurs primes majorées, fasse brusquement volte-face.

http://www.bag.admin.ch/themen/krankenversicherung/00305/06506/06664/index.html?lang=fr

Ensuite, parce que le mobile est avoué: fixer une rémunération, non plus à l'acte, mais au forfait par cas. Selon la pathologie, les médecins intervenants devraient ainsi se partager un montant déterminé, avec les difficultés pratiques que l'on imagine sans peine.

Maîtriser l'information, c'est détenir le pouvoir. Et Santésuisse le sait parfaitement.
Prenons un exemple illustratif du système utilisé par Santésuisse pour mesurer l'économicité de nos médecins: un patient a mal au genou; il va voir son généraliste qui, après une consultation, et selon son diagnostic, peut prescrire un traitement médicamenteux, une physiothérapie, voire les deux, ou, l'adresser à un spécialiste. Dans le premier cas, le coût global de prise en charge viendra influencer le coût moyen par patient du seul généraliste. Dans le second, la prise en charge de ce patient sera supportée par un généraliste et un, voire plusieurs, spécialistes, avec un coût global supérieur (peut-être d'ailleurs parfaitement justifié par la pathologie).
Dans la mesure où Santésuisse examine les coûts par numéro de remboursement LAMal, le généraliste aura une pratique moins économique dans le premier que dans le second cas, alors que globalement, il aura permis une prise en charge plus économique du patient, si celui-ci ne nécessitait pas une approche multidisciplinaire.

Ainsi, dans les cabinets collectifs, il est probable qu'au lieu de cumuler les consultations dans des cabinets individuels, le patient est immédiatement mieux orienté, avec un coût moyen légèrement supérieur, mais néanmoins inférieur à la somme des factures que sa prise en charge aurait engendrées s'il s'était adressé à un cabinet individuel.

Tout ceci démontre que Santésuisse, selon ce qu'elle veut nous faire croire, et selon où elle veut nous amener, distille les informations à son gré, sans nuance, et sans contrôle possible.

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09/03/2016

Chômage: Genève s'en prendrait aux chômeurs? Réponse à Thierry Apothéloz

Dans un billet inspiré, publié tant sur son site personnel que sur son blog de la Tribune de Genève (lien-blog), Thierry Apothéloz, Maire de Vernier et président de l’Association des communes genevoises, a mis vertement en cause les politiques genevoises de lutte contre le chômage, lesquelles, à ses yeux, plutôt que de s’en prendre au chômage lui-même, stigmatiseraient les chômeurs par des procédures « standardisées et déshumanisées » par lesquelles « tout le monde doit entrer dans le même moule ».


Par une caricaturale et inquiétante méconnaissance de ce qui se fait au quotidien à Genève, Thierry Apothéloz, procédant à un amalgame entre les mesures du marché du travail mises en place par l’Office cantonal de l’emploi et celles offertes par le Service de réinsertion professionnelle de l’Hospice général, (intervenant une fois que le candidat à l'emploi n’est plus au bénéfice d’indemnités journalières), préconise ce qui est pour lui « le secret de la réussite » à savoir « le suivi individualisé».


Puisque l'intéressé me fait l'honneur de me mettre personnellement en cause, qu'il me permette, en premier lieu, de relever que ce qui le distingue de l’ensemble des « y a qu’à » qui jalonnent notre belle République, c’est qu’au-delà de ses fonctions rappelées plus haut, il est également vice-président de l’Hospice général chargé précisément de la mise en œuvre des mesures du Service de réinsertion professionnelle, et président d'une notoire association genevoise, qui n’est autre que le principal partenaire de l’Office cantonal de l’emploi pour les mesures du marché du travail.

C’est ainsi que j’ai particulièrement peu goûté le fait que cet acteur et partenaire des mesures mises en œuvre pour permettre à nos candidats à l'emploi de regagner le marché du travail, puisse à ce point dénigrer l’activité quotidienne des collaboratrices et collaborateurs, tant de l’office cantonal de l’emploi que de l'Hospice général, qui ont réussi, ces derniers mois, non seulement par une approche individualisée des problématiques prises en charge, à contenir une hausse du chômage qui n’épargne désormais plus la Suisse tout entière, mais, mieux encore, en février 2016, à faire baisser le chômage à Genève.


Je remercie Thierry Apotheloz de citer la France en exemple, en tant que promotrice de la requalification professionnelle. Genève peut sans peine supporter la comparaison, même si tout est perfectible. Nos mesures du marché du travail, qui font actuellement l'objet d'une réévaluation, sont globalement efficaces, mais doivent être proposées avec davantage de pertinence encore, en fonction des besoins individuels. Avec le département de l'instruction publique, a été créée, pour les jeunes de 15 à 25 ans "en rupture", une prise en charge originale d'une efficacité remarquable (orientation, évaluation, appui scolaire, insertion psycho-sociale), sous le nom de Cap Formation.


Genève crée des emplois...mais le nombre de frontaliers ne cesse d'augmenter. Nos candidats à l'emploi de plus de 50 ans ont des compétences précieuses, mais nos entreprises les boudent. Tout ne se réduit pas à des questions de compétences, mais aussi de mentalités et de responsabilité sociale. Etre une entreprise jeune et dynamique n'implique pas de se séparer ou de refuser les compétences acquises au fil des ans, et dont les jeunes collaborateurs doivent pouvoir bénéficier.


J'attends encore que la Gauche de l'échiquier politique modifie enfin son rapport à la réalité, et qu'elle demande clairement la priorité pour nos candidats à l'emploi. C'est cela, avant tout, le soutien aux travailleurs de notre canton. La lutte contre le dumping salarial est certes nécessaire, mais tout n'est pas sous-enchère. Nos entreprises peuvent même s'offrir la surqualification, et éviter leur devoir de formation en allant faire leurs emplettes de l'autre côté de la frontière. Une telle attitude, compréhensible lorsque les compétences font défaut sur notre territoire, devient irresponsable lorsque des candidats, ici, sont prêts et en mesure d'assumer la tâche.


Le 9 février 2014, les Genevois ont exprimé leur pragmatisme en soutenant notre économie. Ils ont eu raison. Mais cela n'est pas définitivement acquis. Qu'on y songe déjà!

00:30 Publié dans Assurances sociales et privées, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook

19/02/2016

Assurance maladie. Va-t-on se moquer encore longtemps des Genevois?


Nous le savons, de 1996 à 2013, les Genevois, comme les assurés de huit autres cantons, ont été obligés de verser des primes supérieures aux coûts de la santé qu'ils ont engendrés, permettant ainsi à nos assureurs de garder artificiellement basses les primes d'une majorités de cantons suisses (alémaniques), félicités, année après année, pour leur sens aigü des responsabilités.
Le pot-aux-roses découvert, il a fallu menacer, en 2013, de toucher à un pillier de notre fédéralisme, la péréquation financière intercantonale, pour que le Parlement fédéral, du bout des lèvres, donne son aval à une Ordonnance sur la correction des primes, du 12 septembre 2014, restituant aux lésés, 800 millions sur le 1,6 milliard qui leur avait été prélevé indûment. Nous avons avalé cette première couleuvre.

Cette ordonnance, accouchée au forceps par une majorité de profiteurs du système, qui prétendaient ne pas trouver de base légale pour imposer la restitution du butin, indiquait que ces 800 millions seraient remboursés sur trois ans, en 2015, 2016 et 2017, et que participeraient à l'effort, les assurés des cantons ayant payé des primes trop basses -normal-, la Confédération, pour ne pas avoir su éviter ce dysfonctionnement -curieux-, et les assureurs, ceux-ci pouvant, au choix, puiser dans leurs réserves ou augmenter les primes de leurs assurés, y compris ceux auxquels le remboursement était destiné -inadmissible-. Nous n'avons, pour l'heure, avalé cette deuxième couleuvre, qu'à moitié..

La somme destinée aux Genevois, pour les trois ans, a été précisément arrêtée à 222'033'000 francs.
En 2015, seuls les assurés des cantons ayant versé des primes trop basses durant 18 ans et la Confédération ont mis la main au porte-monnaie, et nous avons reçu 79 francs par personne (pas 80, mais 79, afin que nous soyons convaincus du caractère scientifique de l'opération). Si l'on compte 444'000 assurés sur le canton, cela nous donne 35 millions...sur plus de 222. Troisième couleuvre.

A la fin de l'année dernière, on nous annonçait qu'en 2016, les assureurs allaient également participer à l'effort (en réalité, nos assureurs ne gèrent que notre argent et leur effort n'est que le nôtre).
Or, qu'apprenons-nous hier 18 février ?
https://www.news.admin.ch/message/index.html?lang=fr&msg-id=60693
Que nos assureurs ne participeront pas à cette tranche de remboursement (sans doute pour ne pas entamer leurs modestes réserves), mais surtout, que les Genevois ne recevront que...57,30 francs!
http://www.news.admin.ch/NSBSubscriber/message/attachments/42982.pdf

En d'autres termes, si l'on compte 450'000 assurés dans le canton, la somme remboursée ne serait que de 26 millions, lesquels, ajoutés aux 35 millions de 2015, nous donnent 61 millions en deux ans, sur les 222 millions annoncés en 2014!

Ce qui voudrait dire qu'en 2017, si l'on table sur 455'000 assurés, chaque habitant du canton devrait recevoir plus de 350 francs?
Au train où vont les choses, et compte tenu du manque de sérieux avec lequel ce sujet sensible est géré, il y a fort à parier que nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Mais cette couleuvre-là, Genève ne l'avalera pas!

Nous allons commencer par demander des explications détaillées à l'Office fédéral de la santé publique, et surtout des garanties. Genève, troisième plus important contributeur national dans le cadre de la péréquation financière intercantonale, après Zürich et Zoug, ne sera pas, une fois de plus, le dindon de la farce. Si fédéralisme rime certes avec opportunisme, il rime aussi avec réalisme.

 

 

 

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17/02/2016

Spéculation sur les denrées alimentaires. Infrarouge nous laisse sur notre faim


Ils sont venus ils sont tous là. Mais ce n'est pas pour la mort de la mamma.

Sur notre gauche, Mathias Reynard, conseiller national socialiste. Pas de cravate. Ce symbole du conformisme bourgeois doit être banni à jamais. Mal rasé, car l'amour pour la nature doit se voir au premier coup d'oeil. A ses côtés, Samuel Bendahan, député socialiste vaudois. Pull rouge, pour éviter toute confusion avec le camp adverse.

Sur notre droite, Philippe Nantermod, conseiller national PLR. La cravate à 12 heures et le sourire du vainqueur. A ses côtés, Stéphane Graber, secrétaire général de Swiss Trading and Shipping Association.

Vous l'avez compris, à gauche, les gentils qui combattent la faim dans le monde; à droite, les méchants, qui veulent se faire de l'argent sur la même faim que combattent les premiers.

Débat caricatural, dans lequel on comprend vite ce que les jeunes socialistes n'ont toujours pas bien compris. A savoir que les producteurs et les consommateurs de produits agricoles utilisent les produits dérivés, et en particulier les ventes et achats à terme, pour se prémunir contre les effets négatifs d’une hausse ou d’une baisse de prix liée à des éléments externes non maîtrisables, comme les facteurs climatiques par exemple. Là-dessus se grefferaient d'affreux spéculateurs, sans que l'on sache bien comment distinguer couverture d'un risque et spéculation.

Au-delà de ce débat stérile dans lequel chacun peut souscrire les yeux fermés à des principes élémentaires tels que: "tout le monde devrait pouvoir manger à sa faim" et "la faim ne justifie pas tous les moyens", la seule question diabolique à laquelle nos angéliques socialistes sont incapables de répondre est:

Comment la Suisse peut-être rêver de jouer la pucelle dans un bordel, et adopter ici ce dont personne ne veut ailleurs?
En d'autres termes, devant l'impossibilité de distinguer négoce de matières premières et spéculation, il suffirait aux 400 sociétés installées à Genève, garantissant 8000 emplois et 22 % du PIB du canton, de faire un saut de puce de l'autre côté de la frontière pour continuer leurs activités...Bien joué les gars!

Heureusement que Samuel Bendahan est là pour le couplet "bonne conscience". Ainsi, il nous rappelle qu'il n'est pas nécessaire d'attendre que tout le monde soit bon pour être meilleur. Pour achever de vaincre toute réticence à cet égard, il nous rappelle que si nous n'avions pas attendu autant pour abolir par nous-mêmes le secret bancaire, les autres ne nous auraient pas obligés à le faire. Voilà un exemple qu'il est bon!

Et d'ajouter que nous pourrions être pour un fois un "leader". Oui, "leader de la conn....". Pardon. Difficile de garder son calme quand le rapport à la réalité est à ce point malmené.

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21/12/2015

Corruption swiss made, suite et (pas) fin

photo.s.JPGLe 6 novembre dernier, je publiais un billet mettant en évidence les liens indécents existant entre une majorité de Conseillers aux Etats siégeant dans la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique (CSSS) et les assureurs de notre pays
( http://poggia.blog.tdg.ch/archive/2015/11/06/corruption-swiss-made-271537.html ).
Je déplorais alors le caractère désespéré de toute action législative fédérale visant à améliorer le sort des assurés, et à leur donner des moyens efficaces pour faire contre-poids au pouvoir croissant de nos assureurs maladie.

Depuis lors, les élections fédérales sont passées par là, sans rien améliorer à la situation, bien au contraire, puisqu'il est à peu près certain désormais que rien de fondamental ne changera dans ce domaine, et qu'il y a tout lieu de craindre que les attaques contre le libre choix du médecin, auquel nous tenons tous, vont se multiplier.

Voyons cela de plus près, tout en rappelant, en préambule, pour celles et ceux qui ne seraient pas d'assidus observateurs de la politique fédérale, que l'UDC et le PLR, sont les fers de lances de nos assureurs, souvent appuyés par le PDC d'ailleurs, tant il est vrai que l'on n'a toujours pas compris à droite, à l'exception de ceux qui l'ont très bien compris et instrumentalisent les premiers, qu'il ne s'agit pas ici d'un choix de société, mais de justice sociale et de bon sens:

Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil des Etats
Membres: 13
Majorité: 7


PLR + UDC: 5
- Dittli Josef, PLR
- Eberle Roland, UDC, Vice-Président du Groupe Mutuel Assurances.
- Eder Joachim PLR. Membre du Conseil de Fondation de Sanitas, et Membre de Forum Santé pour tous.
- Keller-Sutter Karin, PLR, Membre de Bâloise Holding.
- Kuprecht Alex, UDC, Président de Forum Santé pour tous
PDC: 4:
- Graber Konrad, PDC, Membre du Conseil d'administration de CSS Assurances (Arcosana, Intras, Sangate), et Membre de Forum Santé pour tous
- Bischof Pirmin, PDC,
- Bischofberger Ivo, PDC, Membre du groupe de réflexion du Groupe Mutuel.
- Ettlin Erich, PDC,
PLR + UDC + PDC = 9, majorité absolue!

 

Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil National
Membres: 25
Majorité: 13


PLR + UDC + PBD: 13
- Cassis Ignazio, PLR, Président de Curafutura (association de assureurs maladie innovants...), Membre de Forum santé pour tous
- Brand Heinz, UDC, Président du comité de Santésuisse et de Tarifsuisse, Président de SKV (Fédération suisse pour les tâches communes des assureurs-maladie)
- Brunner Toni, UDC.
- de Courten Thomas, UDC, Membre du conseil de IG Biotech et de Intergenerika Biotech
- Frehner Sebastian, UDC, Membre du groupe de réflexion du Groupe Mutuel.
- Giezendanner Ulrich, UDC, Vice-Président du conseil de CPT/KPT.
- Herzog Verena, UDC.
- Hess Lorenz, PBD, Membre du conseil de Visana.
- Moret Isabelle, PLR.
- Alice Glauser, UDC, (remplace Guy Parmelin).
- Pezzati Bruno, PLR, Membre du groupe de réflexion du Groupe Mutuel, Membre du Forum santé pour tous.
- Schmid-Federer Barbara, UDC, Membre de Top Pharma Apotheke, Membre du Forum santé pour tous.
- Stahl Jürg, UDC, Membre du groupe de réflexion du Groupe Mutuel, Membre du Forum santé pour tous.

S'y ajoutent:
- Humbel Ruth, PDC, Membre du conseil de Concordia, Membre du Forum santé pour tous.
- Ingold Maia, PEV, Membre du Forum santé pour tous.
- Weibel Thomas, PDC, Membre de IG Biotech.

Cela fait donc 16 Conseiller Nationaux, majorité absolue encore, qui sont liés soit à des acteurs du domaine de la santé, soit à des partis directement impliqués auprès des assureurs-maladie suisses.

Dans ces conditions, comment espérer un débat démocratique, ouvert et seulement...intelligent, qui permette de faire adopter des solutions qui ne seraient pas préalablement validées par nos assureurs, quand elles n'émaneraient pas d'eux directement.


Mais n'ont-ils pas été élus démocratiquement me rétorquerez-vous? Certes. Mais si l'on conçoit aisément qu'un agriculteur élu l'ait été pour défendre l'agriculture, un industriel, pour soutenir notre industrie, et même un PLR pour porter les valeurs d'une économie libérale, ces parlementaires-là n'ont à l'évidence pas été élus pour défendre les assureurs-maladie et les lobbys de la pharma contre les assurés de notre pays.
Or, la majorité d'entre eux fait partie, au mieux, de Forum Santé pour tous, dont on peut apprécier les prises de position ( http://www.forumgesundheitschweiz.ch/index.php/points-de-vue.html ), et, au pire, d'un groupe de réflexion copieusement rémunéré du Groupe Mutuel, ou d'un conseil d'administration d'un assureur.

Il est donc regrettable de constater que seule une initiative populaire permettra des changements majeurs du système. Et cette initiative devra, cette fois-ci, être citoyenne, afin de ne pas être estampillée des couleurs de la gauche, et ne pas faire sombrer le débat dans une confrontation stérile gauche-droite, qui occulterait de vrai débat de fond, qui doit être celui de l'accès durable à une médecine de qualité à un coût supportable, ainsi que du libre choix de son médecin.

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10/11/2015

Fonction publique: construire sur la grève avant la vague

Iplage.jpgls l'avaient annoncée, elle est là. Personne n'en doutait d'ailleurs.

La grève de la fonction publique réunit, sous une même bannière barriolée, des craintes, et des mécontentements, sans doute aussi compréhensibles et respectables, que variés et divers, sans que l'on sache cependant si la contestation porte sur la réalité de la situation préoccupante des finances cantonales ou sur les moyens proposés pour rétablir l'équilibre des comptes de l'Etat.

Mon propos n'est pas ici de marteler la fausseté d'un propos syndical, qui a délibérément choisi le Conseil d'Etat comme coupable désigné de l'échec d'un dialogue voulu mort-né par ceux-là mêmes qui en déplorent le trépas.

Dans l'attente d'une résurrection peu probable, au seul motif que ceux qui l'appellent de leurs vœux seraient bien empruntés d'esquisser les alternatives praticables qui leur sont demandées depuis des semaines, misons sur le bon sens, sachant que l'écrasante majorité des collaborateurs de l'Etat en sont largement dotés, contrairement à ce que pourrait nous laisser penser la lecture de certains calicots qui arpentent nos rues ces jours-ci.

Au regret de devoir convier certains aux obsèques de leurs illusions, il faut bien constater que la conjoncture actuelle n'est pas seulement morose, comme on se plaît parfois à la qualifier, mais bien plutôt préoccupante. Chargé du chômage, sujet ô combien douloureux à Genève, je vois jour après jour s'allonger la liste des licenciements collectifs. Derrière chacun d'eux se cache souvent un drame humain et familial. Les recettes fiscales, des personnes physiques et morales, ne peuvent logiquement que suivre le mouvement…

Pourtant les prestations à une population de plus en plus précarisée ne cessent d'augmenter. Et nous devons faire face. Pas question d'appliquer le principe "premier arrivé, premier servi". Le soutien à nos aînés et aux personnes handicapées, la formation de nos jeunes ou les soins aux malades, notamment, augmentent avec la population. Pas question non plus d'esquiver la réalité.

Devant une telle situation, avec une dette supérieure à celle cumulée de tous les autres cantons suisses, nous ne pouvons rester inertes. Avec le respect que méritent les collaborateurs de la fonction publique, le Conseil d'Etat ne propose ni licenciements, ni baisses de salaires, ni mesures touchant les prestations de la caisse de pensions (renflouée par les contribuables à raison de 140 millions par année durant 40 ans ), mais demande une réduction progressive des coûts de fonctionnement équivalant à 5% de la masse salariale à l'horizon 2018, par rapport à 2015.

Considérant qu'au cours des années '90, 11% avaient été atteints en 5 ans, l'objectif paraît réalisable, même s'il est certain qu'il ne sera pas indolore. Dans ce contexte, la hausse de l'horaire de travail à 42 heures (il est de 41h30 en terre vaudoise), sur laquelle toutes les colères semblent s'être focalisées, n'est qu'une piste suggérée pour atteindre ce 5%, et non une mesure qui s'y ajoute.

Cela étant, les pistes d'économies sont sans doute nombreuses, et personne mieux que les collaborateurs de l'Etat n'est à même de les débusquer. Augmenter l'efficience et l'agilité de l'Etat permet certainement, dans de nombreux services, de maintenir la qualité des prestations, sans augmenter le nombre de collaborateurs, et même en les diminuant.

Il nous appartient dès lors d'être à l'écoute attentive de celles et ceux par qui les politiques publiques se réalisent au quotidien. Sans tabous et sans censure!

Ne pouvant prendre d'engagement que pour le Département de l'emploi, des affaires sociales et de la santé que je dirige, et indépendamment des décisions que prendront le Conseil d'Etat et le Grand conseil, j'entends en conséquence, si cette proposition rencontre l'écho favorable que j'espère, donner la parole à chacune et à chacun, en mettant sur pied des états généraux.

Au sein de chaque service de mon département, une réflexion sera demandée à tous les niveaux, afin d'améliorer le mode de délivrance des prestations avec davantage d'efficacité.
Ce que l'on a toujours voulu dire, sans jamais oser le faire, c'est maintenant. Avec mesure, respect, et dans un esprit constructif.

Car l'Etat restera une notion abstraite si chaque collaborateur ne s'approprie pas, dans l'intérêt général, une parcelle de cette puissance publique.

 

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06/11/2015

Corruption swiss made. Y'en a point comme nous!

 

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Je n'ai pas été élu pour faire des courbettes et des ronds de jambes. Je n'ai pas été élu pour cirer des bottes ou, mieux encore, pour enfiler des pantoufles. Je l'ai été, du moins j'ai la prétention de le penser, pour dénoncer les perversions de notre système et pour tenter de rétablir la justice et l'équité, aussi longtemps que je le pourrai.

 

Alors souffrez, Mesdames et Messieurs les profiteursque je dénonce la corruption de vos esprits. Une corruption malheureusement encore bien légale, certesmais insoutenable aux yeux de l'élémentaire décence.

 

Avez-vous été élus pour porter le profit d'une minorité au-dessus de l'intérêt public?

Pourtant, en toute impunité, dans l'indifférence moite d'une opinion publique vascillant entre incrédulité et résignation, certains parlementaires ne sont impunément que les mercenaires d'intérêts privés. Et cela en toute transparence, dans l'indifférence des médias.

Chez nous tout n'est que charme et volupté. La culture du compromis a sombré dans la compromission.

Dans le domaine de l'assurance maladie sociale, qui n'a d'ailleurs plus de social que le nom, tout se fait au grand jour désormais. Avec le sourire s'il vous plait! Pourquoi se cacher quand la victoire est si proche?

Alors que la Fédération des médecins suisses (FMH) en est encore à défendre un concept révolu de médecine libérale avec une naïveté déconcertante, le Conseil des Etat, après le Conseil national, s'apprête à donner suite à une motion du conseiller national UDC zürichois Jurg Stahl, demandant...la suppression de l'obligation de contracter

 

 http://www.parlament.ch/f/suche/pages/geschaefte.aspx?gesch_id=20133265

 

En d'autres termessi les coûts de la médecine ambulatoire augmentent au motif qu'il y a trop de médecins spécialistes, les assureurs feront le tri. Ils choisiront les médecins qu'ils entendent rembourser. Simple et efficace.

Que l'on se rassure, il n'y aura aucune limitation du libre choix de son médecin, bien sûr. Juste un petit détail: si le médecin choisi n'est pas sur la liste de votre assureur, il vous faudra le payer de votre poche!

Ainsi, avant de prendre rendez-vous avec un médecin, vous serez bien inspiré de veiller à ce que votre assureur l'ait bien fait figurer sur sa liste.

Quant aux médecins qui ne seront sur aucune liste, ils pourrontmourir économiquement avec la satisfaction béate d'exercer librement leur profession...Quoi de plus beau que de mourir libre!

Et la FMH, une fois de plus (une fois de trop) à côté de la plaque, à moins qu'elle ne soit compliceregarde le train passer.

Personne ne s'émeut du fait que le conseiller national Stahl ait son adresse postale au Groupe Mutuel 

 

http://www.parlament.ch/f/suche/pages/biografie.aspx?biografie_id=514

 

ni que 7 des 13 membres de la Commission de la santé du Conseil des Etats soient liés à des assureurs:

 

Ivo Bischofberger, AI, membre du Groupe de réflexion santé du Groupe Mutuel

Roland Eberle, TG, membre du Groupe de réflexion santé du Groupe Mutuel

Konrad Graber, LU, membre de la CSS

Felix Gutzwiller, ZH, membre de Sanitas et de Axa

Karin Keller-Sutter, SG, membre de Bâloise Holding

Alex Kuprecht, SZ, membre de Forum Santé Suisse

Urs Schwaller, FR, membre du Groupe Mutuel

 

Quant aux nouveaux élus, nous verrons bientôt, mais ne nous faisons aucune illusion.

 

Et voici, cerise sur le gâteau, que l'on vient nous proposer un candidat UDC au Conseil fédéral qui n'est autre que Heinz Brand, conseiller national des Grisons, président du conseil d'administration de ... santésuisse.

 

Ainsi la formule magique, nouvelle version, permettra "magiquement", par un tour de passe-passe de plus, à nos chers (très chers) assureurs de continuer impunément à danser sur notre ventre. Si vous avez des coliquesdemandez à votre assureur quel decin il vous autorise à consulter!

 

La vergogne est un sentiment désormais d'un temps révolu, et on se permet au Parlement fédéral ce que l'on s'interdirait au sein du plus modeste conseil d'administration. Nous savons que dans toute pomme il peut y avoir un ver; mais lorsqu'il est certain qu'il y a plus de vers que de pépins, l'avenir du pommier est en jeu.

 

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04/10/2015

Assureurs maladie: Du brouillard à l'enfumage

Cette interview est parue le 1er octobre 2015 dans l'AGEFI, sous la plume de Monsieur Grégoire Barbey

Vous avez appelé dans la Tribune de Genève les Genevois à écrire à leur assurance maladie pour demander des explications sur la hausse des primes. Vous avez même dit que vous pourriez, à titre personnel, contester l’augmentation de la vôtre devant la justice. Pourquoi réagir aussi violemment?

On a beaucoup parlé de la différence entre hausse des primes et hausse des coûts de la santé. Ce n’est pas nouveau. Toutes les années on nous dit que les primes ne sont que la résultante des coûts. C’est-à-dire qu’on nous envoie la facture de ce que l’on dépense. C'est oublier que les assureurs font des projections pessimistes sur des coûts futursIls ignorent quels seront les coûts réels de la santé l’anprochain. Tout comme ils ignorent les coûts de l’année en courspuisqu’ils se basent sur les chiffres de l’an dernier. Je les ai aussi. Par recoupement, avec mes services, nous arrivons à une hausse de 1,26% entre 2013 et 2014. Soyons plus généreux et passons à 2%, voire 2,5%. Mais passer de 2,5% à 4,8% de hausse entre 2015 et 2016, il y a quand même une marge. Je le dis depuis quinze ans: il y a une différence qui crée des réserves. Elles sont constituées officieusement.

Pourquoi officieusement?

Parce que lorsqu’on fixe la prime pour 2016, on doit estimer les coûts de la santé 2016. Mais comme je l’ai dit, on ne les connaît pas. Les assureurs partent donc du principe que l’augmentation va se poursuivre selon le modèle des années précédentesIls affirment même que ce sera pire.  Par exemple de 3% en 2015, puis de 4,8% l’année suivante. C’est l'assureur qui vous le dit, et c’est impossible à contester, puisque prévoir les coûts de la santé, c’est comme prédire la météo un an à l'avanceChaquefin d’année, les assureurs font des provisions pour les coûts de la santé de l’année courante qui serontpayés l’année suivante. Ce sont des passifs transitoires. Sauf que ces passifs là, on les estime. Et enfin, il y a les frais administratifs.

Les assureurs parlent de 5% de frais administratifs, stables dans le temps.

Peut-être, mais en 1996, la prime moyenne était de 173 francs et la masse totale des primes de 1milliard. Aujourd’hui, avec une moyenne de 428 francscette masse atteint le triple. Si vous prenez 5% de ces montants, vous constatez que les frais administratifs ont aussi été multipliés par trois en chiffres absolus, sans que le travail ait augmenté autantCes quatre facteurs-là, coûts de la santé,réserves, provisions et frais administratifsservent donc à fixer le montant de la prime. Comme les assureurs sont volontairement pessimistes et qu’ils tablent sur des scénarios plus sombresilsencaissent en moyenne davantage que ce qu’ils doivent débourser. Ce qui vient logiquementaugmenter les réserves. Le problème c’est que les réserves ne sont pas cantonales et que dans l’esprit des assureurselles leur appartiennent, et ils les utilisent pour l’ensemble de la Suisse. Ce qui permet àcertains petits cantons d’avoir des primes plutôt faibles et stables. Or, c’est un phénomène bien connu des assureurs: plus la collectivité des assurés est petite, plus les fluctuations sont grandesSi on considère que le montant des primes est calculé sur la base des collectivités de chaque canton, on devrait avoir, dans ces petits cantons, des primes qui sont un peu en dent de scieNos suspicions initiales se sont révélées exactes puisque de 1996 à 2013, neuf cantons ont trop payé.  

Ouimais un compromis a été trouvé et les assureurs ont accepté de rembourser une partie du trop-perçu.

CertesComme vous le dites: "une partie". Mais il y a encore plus scandaleux! Les assureurs ont effectivement accepté un compromisgrâce auquel d’ailleurs ils rembourseront moins de la moitié de ce qu’ils ont prélevé en trop. Cela constitue déjà un scandale en soi – certes légal. A la base il aurait fallu affirmer clairement que les réserves, comme les primes, sont cantonales, et qu'elles reviennent à ceux qui les constituent. C’est l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) qui aurait dû, du temps où Didier Burkhalter en avait la charge, ne pas s’arrêter à une décision du Tribunal administratif fédéral – qui n’est qu’un tribunal de première instance – qui avait donné raison à Assura en disant que l’OFSP  ne pouvait pas obliger un assureur à utiliser une partie des réserves excessives pour compenser la hausse des coûts. Pour la Confédération, ce qui est primordial, c'est que les primes ne soient pas trop basses et qu’il n'y ait pas un risque de ne pas pouvoir couvrir les coûts. Obliger les assureurs à utiliser des réserves excessives n’est toujours pas possible aujourd'hui et ne le sera que modérément dès 2017! C’est une absurdité totale. Il y a une cantonalisation des primes et une nationalisation des réserves. Raison pour laquelle Didier Burkhalter aurait dû aller au Tribunal fédéral en posant le problème: certes la loi ne nous dit pas expressément que les réserves excessives doivent revenir à ceux qui les ont constituéesmais c’est le système lui-même qui l’impose, puisqu’on refusé de faire des primes nationales. On a voulu responsabiliser les collectivités locales sur les coûts de la santé qu’elles  engendraientMais cette responsabilisation n’a aucun sens si on pénalise les bons élèves.

Vous parliez d’un élément encore plus scandaleux

On a décidé de nous rembourser une partie de ce qui a été perçu en trop. Cela s’est matérialisé cette année par un versement de 79 francs à tous les assurés genevoisCette somme a été versée pour moitié par la Confédération et pour moitié par les assurés des cantons qui n’avaient pas suffisamment payé. Logique. Par contre, à partir de 2016, et c’est là que réside le scandale par-dessus le scandaleintervient un nouveau payeur. Ce dernier s’avère être l’assureur! Dès l’an prochain, il devra participer à raison d’un tiers au remboursement.

Et comment paie-t-il ce tiers?

Avec, au choix une partie de ses réserves – s’il juge qu'il en a assez – ou en augmentant ses primes! En d’autres termes, il peut nous demander de payer un peu plus pour nous rembourser ce qu’il nous a pris en trop. A supposer qu’ils nous rendent 99 francs l’an prochain – car nous ne savons pas quel sera le montant, ce qui prouve l’absurdité du système - les assurés qui n’ont pas assez payé participeront à hauteur de 33 francs, tout comme la Confédération et les assureursMais ces derniers pourront augmenter de 33 francs les primes des Genevois pour les rembourser. En résumé, les caisses maladie ont la possibilité de nous faire supporter une partie de la facture pour des opérations de prélèvements excédentaires qui leur ont permis de maintenir les primes d'autres cantons artificiellement basses!

Dans quel but auraient-ils fait ça?

Peut-être dans la perspective des votations qui proposaient l’instauration d’une caisse maladie unique. En proposant des primes plus basses  à une majorité de cantons, notamment alémaniques, on s’assurait de leur soutien à un système qu’ils jugeraient forcément bon, puisque peu coûteux les concernant. C’est peut-être moi qui délire, mais je ne vois pas pourquoi les assureurs auraient maintenu artificiellement des primes basses pour ces cantons.

Vous êtes donc scandalisé. Vous pourriez donc à titre personnel, bien que conseiller d’Etat, demander des explications à votre assurance?

Oui, je vais le faire. Dès que je recevrai le montant de ma prime pour l’an prochain, j’écrirai à mon assureur – le Groupe Mutuel – pour lui demander des précisions. Je veux savoir si le montant qu’il doit me rembourser en tant qu’assuré genevois est intégré dans ma nouvelle prime.

Vous allez donc écrire au Groupe Mutuel. Mais êtes-vous prêt à contester votre prime devant la justicecomme vous l’aviez fait par le passé?

Cela me traverse l'esprit. Cela m'est d'autant plus facile que j'ai l’expérience de mes précédentes actions. Sans compter l’expertise comptable qui avait été faite il y a deux ans à la demande de lajustice, et dont les conclusions sont à mes yeux accablantes, même si la Chambre des assurances sociales n’en avait malheureusement pas tiré profit, comme elle aurait pu le faire. Et pour être honnête, il y a un autre élément qui m’intéresse et pour lequel je souhaiterais obtenir des explications. Mon assureur a une petite particularité. Au lendemain de la votation du 28 septembre 2014 sur la caisse maladie unique, toute la direction du Groupe Mutuel a démissionné en bloc. Non seulement les responsables du Groupe ou des assureurs privés membres de celui-cimais aussi ceux de l’assurance de base. Sans doute sous la pression de la  Finma.

Mais comment comptez-vous obtenir des informations sur ce sujet?

J’ai demandé, en vain, pour le compte du canton son rapport à la Finmalaquelle a d’ailleurs déposé une plainte pénale, qui me l'a refusé. Pourquoi aurait-elle fait une dénonciation pénale s’il n’y avait derrière tout cela une gestion déloyale? Si cette gestion déloyale concerne aussi bien l’assurance de base que l’assurance complémentaire, n’importe quel cerveau normalement constitué en déduirait l'existence de passages de fonds. La Finma garde son rapport pour elle en invoquant le secret defonctionAutant quand je demandais les comptes des assureurs on me répondait que s'y opposait le secret des affaires, autant  il s’agit maintenant du secret de fonction. Il y a toujours des secrets. Certains tombent et d’autres ont la vie dure

D’autres pistes pour comprendre ces démissions?

J’attends de voir si du côté de l’OFSP je peux avoir ce rapport. Sinon dans le cadre de la possible contestation de ma prime, je demanderai des explications à travers la justice. Dans l'hypothèse où ces personnes ont démissionné parce qu’il y a eu des passages de fonds, cela signifie que l’argent de l’assurance sociale a été utilisé pour autre chose. Et donc que le système de contrôle ne fonctionne pas. Ce qui me permettrait de démontrer une bonne fois pour toutes que ce système est tellement opaque qu’il permet tout et n’importe quoi.

Vous aviez annoncé après la votation de l’an dernier sur une caisse maladie unique pour toute la Suisse votre intention de créer une caisse cantonale à Genève. Où en êtes-vous à ce jour?

Le Conseil d’Etat de Genève, qui est le seul gouvernement cantonal à avoir réussi à trouver une majorité au sein de ses membres, a proposé au Grand Conseil le texte d’une initiative cantonale à déposer au Parlement fédéral. Ce qui a été fait. Le but est de demander un changement de la Loi sur l’assurance maladie et à instaurer dans la législation la possibilité pour les cantons qui le souhaitent de créer une caisse cantonale ou intercantonaleCette initiative a été transmise au Conseil des Etats et se trouve actuellement à la commission santé-social devant laquelle je vais la soutenir le 9 octobre. Cette commission vient à Genève parce que c’est le lieu de domicile de Liliane Maury Pasquier qui en est actuellement la présidente. La tradition veut que la dernière séance se tienne dans le canton de domicile du président de la commission. Ce qui tombe très bien!

Vous avez un espoir d’obtenir gain de cause?

Il faut être réaliste. Je ne suis pas certain qu’il y ait aujourd’hui une majorité au sein du Conseil des Etats pour soutenir une initiative comme celle-là. Je pense quemalheureusement, une nouvelle votation fédérale, à la suite d’une nouvelle initiative constitutionnelledevra avoir lieu.. Peut-être avec davantage de subtilité. Je discute actuellement avec mon collègue vaudois Pierre-Yves Maillard d’une autre possibilité mais il lui appartient de fixer le calendrier pour en parler officiellement. Nous souhaiterions que le débat soit lancé par une entité apolitique, telle la Fédération romande des consommateurs afin  qu’elle ne soit pas étiquetée politiquement. Les précédents textes proposant de changer le système étaient marqués à gauche, ce qui a pu braquer certains de droite qui voyaient dans ces initiatives un moyen socialiste de nationaliser quelque chose. La proposition de Pierre-Yves Maillard a le mérite de contourner tous ces aspects et nous en parlerons sans doute bientôt, car il s’agit je pense d’une alternative très sérieuse à tout ce qui a été fait jusqu’ici.

Et quelle forme devra prendre cette caisse cantonale?

Il devra s’agir d’une entité publique – ou parapublique – qui sera chargée de fixer les primes et de les encaisser pour être certains que le trop-perçu puisse revenir à la collectivité qui a payé l’ensemble des primes. Cette entité aura bien sûr les garanties financières de l’Etat au cas où le volume des primes serait insuffisant pour assurer l’ensemble des coûts.

 

Le conseiller d’Etat genevois Mauro Poggia, en charge de la Santé, estime que les coûts de la santédevront être mieux maîtrisés ces prochaines années. Selon lui, la médecine ambulatoire constitue le plus grand facteur d'augmentation à l’heure actuellenotamment à cause de l’installation de nouveaux cabinets. «On parle de pénurie de médecins, précise le ministre. C’est en partie vrai. On manque de médecins généralistes. Mais je peux affirmer que des spécialistes à Genève, nous en avons  assez. Tout spécialiste qui s’installe aujourd’hui, si ce n’est pas en contrepartie de la fermeture d’un cabinet,engendre des coûts supplémentaires.» Mauro Poggia est convaincu que les cantons doivent pouvoir bénéficier d’une clause du besoin. Une proposition qui avait été faite par le conseiller fédéral Alain Berset, mais rejetée par les commissions du Conseil des Etats et du Conseil national. «J’ai préparé un amendement qui dit que si la densité médicale dans un canton déterminé est de 20% supérieure à la densité médicale moyenne en Suisse, ce canton peut demander au Conseil fédéral une autorisation pour instaurer une régulation.» Ce projet sera présenté devant la commission du Conseil national le 9 octobre. Mauro Poggia craint qu’en l’absence d’une meilleure maîtrise des coûts de la santé, les assureurs ne finissent par obtenir la fin de l’obligation de contracter, ce qui mettra par la même occasion fin au libre choix du médecin. Un tel scénario permettrait aux assureurs de décider si un médecin est reconnu ou non pour la prise en charge par l'assurance maladie sociale.

L’élu relève que les assureurs ont déjà fait le nécessaire. Le conseiller national zurichois UDC Jürg Stahl a déposé en 2013 une motion demandant que le Conseil fédéral instaure la liberté de contracter pour les assureurs lorsque le nombre de médecins dans un canton donné dépasse le nombre nécessaire pour couvrir les besoins de la population. Genève serait concerné. Bâle-Ville également. La motion sera étudiée le 9 octobre par la commission du deuxième conseil. Jürg Stahl, selon les informations disponibles sur le site du Parlement, reçoit son courrier parlementaire… au Groupe Mutuel à Zurich, pour lequel il travaille. «Les assureurs agissent désormais au grand jour et en toute impunité, même au sein du Parlement», regrette Mauro Poggia.

 

 

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01/09/2015

Genève négligerait "ses vieux". Vraiment ?

Nos chers syndicats (syna, vpod/ssp, sit et unia) voudraient nous alerter sur ce qui serait, à leurs yeux, un « déni de démocratie » voire même un « mépris du Conseil d’Etat » à l’égard de nos « vieux » (sic), suite à un manque de personnel dans les EMS, cela à l'encontre de la volonté populaire exprimée en 2007 par l'acceptation de l’initiative « pour une meilleure prise en charge des personnes âgées en EMS ».

Je ne m’attarderai pas sur le terme utilisé - ayant pour ma part le respect de qualifier nos aînés de « personnes âgées » et non de « vieux » - pour en venir au fond de cette nouvelle protestation, ponctuée par un « sitting de 3 jours sur la place du Bourg-de-Four », du prénommé Mohammed, aide-soignant, qui entend dénoncer des conditions « de plus en plus désastreuses que l’Etat réserve à nos aînés », se présentant de surcroît, avec un mauvais goût remarquable, en fauteuil roulant, laissant ainsi croire aux passants qu'il serait personnellement victime de cette situation.

Nul doute qu’en période électorale, une certaine Gauche « extrême », préoccupée par un souhaité retour au Conseil national, soit à la recherche de visibilité. En cela, quoi de mieux que nos aînés pour attester d’un engagement social responsable ?

Il se trouve que la réalité est quelque peu différente et que ce type d’action, non seulement ne sert pas à alerter le Conseil d’Etat sur les défis posés par le vieillissement de la population, dont il est parfaitement conscient, son action dans ce domaine étant engagée, mais, plus dommageable, cela est également de nature à faire croire à notre population que nos personnes âgées seraient mal traitées ou pire encore maltraitées.

En effet, Genève, après Fribourg, dispose dans ce domaine de la meilleure dotation de Suisse en termes de personnel avec 1,02 poste par lit, avec 4600 collaborateurs pour une masse salariale de 340 millions !

La Cour des comptes, qui a examiné les prestations offertes par les EMS genevois, et qui a rendu son rapport en juin 2015, a pu souligner la grande qualité de ces prestations et la rigueur de la gestion de nos établissements, ce dont nous pouvons être fiers (http://www.cdc-ge.ch/Htdocs/Files/v/6442.pdf/Rapportsdaudit/2015/Rapport8920150626.pdf?download=1).

Il sera ajouté encore que les sommes globales investies par le canton de Genève dans les différentes actions en faveur des personnes âgées, sont proches de 900 millions, avec 236 millions pour les subventions publiques directes (à domicile, en foyers de jour, foyers jour/nuit, unités d'accueil temporaire et EMS) et 302 millions de subventions publiques indirectes (à domicile, et en EMS), de même que 345 millions estimés pour les HUG. En précisant si nécessaire que Genève a fait le choix de favoriser la prise en charge de nos aînés à domicile, ce qui correspond d'ailleurs à leur souhait, plutôt que de poursuivre une effrénée ouverture d'EMS, ces dernières structures n'accueillant désormais, et en priorité, que des personnes gravement atteintes dans leur autonomie.

A cela s'ajoute que ce ne sont pas 15 postes de travail qui ont été créés depuis 2007 comme l'affirment les syndicats, mais 550, soit 100 postes supplémentaires pour les EMS existants et 450 postes pour les nouveaux EMS!

Dans ces conditions, nous pouvons certes prendre acte qu’un aide-soignant « s’indigne », mais ce sont tous les contribuables du canton de Genève qui doivent s’indigner du fait que l’on utilise ce sujet sérieux avec autant de désinvolture pour rechercher une visibilité évanescente.

D’aucuns regretteront que nos syndicats ne soient pas plus expressifs pour défendre, notamment, nos chômeurs, et à cet égard leur silence envers des actions menées pour privilégier leur engagement est assourdissant.

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28/07/2015

Après la guerre du feu, la guerre de l'eau

Incident diplomatique franco-helvétique.

 

Jeudi 23 juillet, des hélicoptères de la vaillante armée suisse se rendent par mégarde au-dessus du lac des Rousses, en terre française, prélever de l'eau pour abreuver des vaches suisses souffrant de la sécheresse dans nos alpages.

Sur le plan légal, nul doute qu'une autorisation aurait dû être préalablement obtenue, et c'est à juste titre que la Confédération a présenté des excuses. Il est vrai aussi que si l'on avait attendu de formaliser cette incursion cavalière, les vaches auraient eu tout le temps de mourir déshydratées.

 

Cela étant, au-delà de la bourde incontestable, c'est avant tout la réaction des autorités locales françaises qui interpelle, ce d'autant que l'incident a été jugé suffisamment grave pour être repris par les médias audiovisuels de l'Hexagone

(http://www.francetvinfo.fr/france/la-guerre-de-l-eau-fait-rage-a-la-frontiere-suisse_1017905.html).

 

Pour le Maire de cette commune du Jura, un incendie de forêt, ou une catastrophe bien plus grave, auraient "peut-être" (notez bien le "peut-être", qui exprime toute la solidarité envers un pays voisin qui contribue largement à résorber le chômage de la région, et, accessoirement, à boucler les comptes communaux grâce aux impôts de ses travailleurs frontaliers) permis de comprendre l'urgence de cette intervention. Mais pour des vaches, suisses, qui de surcroit font du lait suisse...

 

Il aurait fallu prudemment attendre que l'Orbe vienne déverser les eaux du lac des Rousses dans le lac de Joux pour abreuver d'eau helvétique nos bonnes vaches bien de chez nous. A moins que nos voisins ne songent à construire un barrage pour que l'eau française reste estampillée comme telle.

 

Au fait, le Rhône n'est-il pas suisse depuis sa naissance jusqu'au moment où il quitte Genève? Ce serait donc de l'eau suisse dont profiteraient nos voisins jusqu'à la mer? Rappelez-moi de me plaindre haut et fort!

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21/06/2015

StopBunkers: Comprendre avant de Revendiquer

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Le Mouvement StopBunkers, qui exige des solutions alternatives à l'hébergement de requérants d'asile dans desabris PC, est certainement légitime. Je l'ai dit, et je le répète, vivre dans un abri durant des mois, même si l'on peut ne s'yrendre que pour dormir, n'est ni humainement acceptable, ni économiquement supportable pour la collectivité.

Faire cependant croire que l'Etat choisirait délibérément cette solution pour dissuader les requérants de rester chez nous, ou, même, le ferait par paresse ou inaction,  résulte soit d'une méonnaissance crasse de la problématique, soit, pire, d'une malhonnêteté intellectuelle irresponsable et dangereuse.

Dangereuse car, d'un côté, les réfugiés ne pourraient alors que nourrir l'idée qu'ils n'ont aucun respect à avoir pour une société qui les rejette comme des êtres humains de seconde catégorie, et de l'autre, car la population genevoise ne pourrait que ressentir comme de l'ingratitude les propos revendicatifs,voire agressifs, de certains migrants, relayés par les médias, et qui pourraient dès lors devenir la caricature de ce que certains espèrent pour fermer davantage notre pays à la souffrance de certaines parties du monde.

 

Première accusation: "il y a des alternatives, et il faut les choisir"

Depuis le début de la législature, je vois l'Hospice général chercheactivement des solutions avec tous les partenaires possibles, et déboucher sur divers projets, avec, comme à l'accoutumée, leur dose de chicanes, d'oppositions et de recours. La solidarité c'est bien, ailleurs c'est mieux...

Peu sensationnelle, l'ouverture du Foyer de Feuillasse, avec 106 studios, en mars dernier, n'a été que peu relayée par les médias. Actuellement un centre d'hébergement, retardé par un échange de parcelles, est en cours de construction à la route des Jeunes. Malheureusement, les 160 places qui seront créées serviront prioritairement à accueillir les résidents du Foyer Frank Thomas, aux Eaux-Vives, devant fermer en vue de l'arrivée du CEVA.

En collaboration avec l'Office des Bâtiments pour le département des finances, et les services du DALE, mon partement avance parallèlement sur une quinzaine de pistes concrètes, que ce soit l'aménagement de timents existants, l'installation d'habitations modulables, ou la construction de bâtiments "en dur".

De la part d'organisations ou de mouvements qui n'ont pas avancé la moindre proposition concrète,  incapables de surcroit d'indiquer le moindre projet qui ne serait pas suivi scrupuleusement, l'accusation de "ne rien faire", sonne comme une critique opportuniste vide de sens.

Dans cette confusion savamment entretenue par celles et ceux qui voudraient s'auto-proclamer les seuls fenseurs crédibles de la Genève humanitaire, la Ville de Genève, par son Conseil administratif, est entrée en scène, bien malgré elle, en accueillant provisoirement les requérants déboutés ou faisant l'objet d'une non-entrée-en-matière (NEM) qui avaient occupé le Grütli, tout en invitant le Conseil d'Etat, à trouver une solution "digne et rapide".

En ce qui concerne la rapidité, la critique, douce aux oreilles de certains qui se voient ainsi confortés dans l'idée que le canton traîne les pieds, méconnaît la réalité des faits, comme indiqué ci-dessus.

Pour ce qui est de la dignité, il est rappelé que les personnes concernées dans l'immédiat sont des demandeurs déboutés,devant quitter la Suisse, et n'ayant jusqu'ici jamais été dans un abri...Que dire des personnes sans domicile fixe logées avec bienveillance durant les grands froids d'hiver dans deux abris PC par la Ville elle-même? La dignité serait-elle à géométrie variable?

Pour sortir de l'impasse, le Conseil administratif a proposé un local au Seujet...pendant dix jours (et après?). Proposition refusée par les occupants du Grütliselon la Tribune de Genève, en raison de l'absence de douches (disponibles dans les abris, faut-il le rappeler), et d'une présence policière trop intense (moi qui croyais que la présence policière était de nature à rassurer).

Pour éviter une confrontation qui serait regrettable lors de l'évacuation du Grütli, le Conseil administratif propose en dernier espoir une salle de sports, durant deux mois, dans laquelle seraient logés les 80 requérants déboutés devant quitter les Tattes, pour y laisser la place à des familles avec femmes et enfants, y compris la vingtaine qui occupe actuellement le Grütli. Nord-Africains et Africains, en guerre ouverte aux Tattes (hier soir encore la police était sur place),seraient ainsi en promiscuitéalors qu'une séparation est prévue pour l'hébergement en abris.

Pire encore à mes yeux: alors que certains requérants, déboutés ou non, logent dans des abris depuis des mois, avec résignation, et envers lesquels nos actions devraient porter en priorité, nous donnerions satisfaction à des personnes devant quitter la Suisse, avec souvent un casier judiciaire, et alors qu'elles n'ont pas résidé un seul jour en abri, du seul fait qu'elles seraient plus bruyantes et dérangeantes pour la bienpensance de certains? Et cela en devant mettre dans des abris de nouveaux arrivants dont la demande d'asile serait encours d'examen?

Comment justifier une telle inégalité de traitement et une telle atteinte au principe d'équité?

Si des solutions provisoires devaient être trouvées durant l'été, sans frais excessifselles devraient bénéficier en priorité, non pas à ceux qui n'ont jamais mis un pied dans un abri PC, ou qui ont été condamnés pénalement, mais à ceux qui y sont hébergés depuis le plus longtemps, et qui ont droit à des conditions meilleures, même temporairement, dans l'attente des alternatives en cours.

En 2014, ce ne sont pas moins de 90 millions qui ont été consacrés à la politique de l'asile à Genève, dont 34 à charge des contribuables GenevoisPourquoi faudrait-il augmenter encore cette facture pour des solutions alambiquées sans lendemain, négociées sous la pression? Durant la guerre des Balkans des années 90', neuf abris PC avaient été ouverts sanssusciter d'états d'âmes. Il fallait faire face à une situation d'urgence. Ces personnes fuyaient la guerre, les bombes, la torture. Elles étaient reconnaissantes pour la sécurité que la Suisse leur procurait.

Aujourd'hui Genève ne demande pas de gratitude aux personnes qu'elle accueille, et qui, dans leur grande majorité la lui témoignent. Elle demande seulement qu'on ne lui crache pas au visage parce qu'elle ne peut pas faire mieux, pour l'instant.

 

Seconde accusation: "il fallait anticiper"

Si l'on ne peut faire mieux que de proposer des abris PC, c'est alors que l'on n'a pas su anticiper nous rétorque-t-on. Aussi séduisante, de premier abord, que puisse paraître cette critiqueelle méconnaît les faits.

D'abord, il suffirait de relever que jusque dans le courant de l'année 2014, aucun collectif ou aucune association de défense des migrants n'a crié à l'attentisme coupable. C'est bien la preuve que l'arrivée massive de nouveaux requérants n'était ni prévue ni prévisible.

Le journal Le Temps, du 12 octobre 2013, relevait d'ailleurs que depuis le début de cette année-là, les demandes avaient baissé en Suisse, entraînant la fermeture d'abris PC à Genève et dans le canton de Vaud    ( http://www.letemps.ch/Page/Uuid/85f3ee24-35a4-11e3-b3df-7cb773af8033/Les_demandes_dasile_sont_en_forte_baisse ).

Or, depuis plus d'une année, à la tête de mon département, je vois l'Hospice général multiplier ses actions pour trouver des alternatives à l'ouverture "possible" de nouveaux abris PC.

Alors qu'en 1999 la Suisse avait enregistré plus de 40'000 demandes, il n'y en avait eu "que" 21'500 en 2013, avec une tendance à la baisse, confirmée aussi bien par le SEM que par Amnesty International.

 

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Evidemment, on peut imaginer qu'il faut construire des logements bon marché et les laisser vides au cas où...mais chacun sait quelle est la pénurie qui sévit à Genève, qui n'est même pas encore capable de loger correctement ses propres résidents.

Pas moins d'un millier de personnes sont actuellement dans des logements individuels ou des foyers de l'Hospice général,ayant, depuis leur emménagement obtenu un permis de séjourou d'établissement, ou même la nationalité suisse, faute de trouver un autre logement. L'hébergement des migrants souffre donc également de cette pénurie générale.

Quand on sait qu'en 2014, 23,2 % des requêtes ont été acceptées, et que 29,7% ont obtenu une admission provisoire, qui aura toutes les chances de devenir définitive, il est évidemment urgent de favoriser l'intégration de ces personnes pour ne pas mettre en danger notre cohésion sociale. Nous y travaillons activement, avec l'Hospice général notamment,

 

Et maintenant?

Je pense que de la même manière qu'il faut, en arrivant sur les lieux d'un drame, s'occuper plutôt de ceux qui sont silencieuxque de ceux qui hurlent, nous devonsprioritairement, faire en sorte que les séjours en abrisoient les plus courts possibles. Mais il faut être transparents, sauf solutions venant des communes ou de privés, il n'y aura pas d'alternative durable avant la fin de l'année et, surtout, 2016. Toute proposition sérieuse sera examinée, mais il n'est pas question de s'engager dans des solutions bancales et provisoires pour satisfaire les aspirations populistes du moment.

Je demande dès lors aux requérants devant logiquement quitter la Suisse suite à des décisions définitives et exécutoires, de se rendrecomme ils y ont été invités, dans les abris qui leur ont été désignés, où l'on examinera avec eux de quelle manière leur séjour pourra être aménagé le mieux possibleCela permettra d'accueillir dans des conditions meilleures, notamment au regard de ce qui se fait ailleurs en Europe, les familles avec femmes et enfants, qui fuient la guerre et les persécutions dans leurs pays.

Quant aux "Ya qu'à" de tous bords, qui devraient être aujourd'hui convaincus de la bonne volonté de l'Etat pour trouver des solutions alternatives, qu'ils ne minimisent pas leur responsabilité à jouer les pyromanes en utilisant les élans du coeur en guise d'alumettes! Car l'incendie qu'ils sont en train de déclencher risque bien de dévaster ce à quoi ils disent être attachés.

 

 

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12/02/2015

Préférence nationale: le Conseil fédéral lève le tabou

Lorsque le Mouvement Citoyens Genevois (MCG) en parlait dès 2005, date de sa création, la préférence nationale à l'emploi suscitait, au mieux, de l'urticaire, au pire, un flot d'injures, consistant à qualifier ceux qui avaient l'audace d'en parler, de xénophobes, voire même de fascistes (qualificatif idéal lorsqu'il s'agit de détourner une adhésion redoutée).

Seul contre tous, le MCG a défendu l'élémentaire bon sens, durant dix ans, avec parfois, il faut l'avouer, quelques maladresses inhérentes à la simplification du slogan. Néanmoins, rares étaient ceux qui étaient prêts à entendre un autre discours que celui de la libre circulation. A droite, pour pouvoir prétendument aller chercher les compétences qui manqueraient en Suisse, ce qui n'était, comme aujourd'hui, que partiellement vrai. A gauche, sous prétexte de ne pas opposer les travailleurs d'ici aux travailleurs d'ailleurs, ce qui ne revenait finalement à terme qu'à instaurer une internationale du chômage.

Pourtant le malaise était présent. Il suffisait de l'entendre. De le palper.

Où était donc le mal à regarder ici avant d'aller chercher là-bas? Ce d'autant que cette préférence n'avait de nationale que celle de la géographie. Aucunement celle de la nationalité. Mais voilà, en Suisse, on a le complexe du petit dans la cour des grands. On veut plaire, même lorsque personne ne nous regarde!

Ailleurs, cela se fait, tout simplement. Sans rien dire. Sans grands débats. Sans grands discours. Et sans état d'âme.

Il en va de notre cohésion sociale. Comment nourrir, en effet, du respect pour une collectivité qui ne protège pas les siens?

C'est ainsi qu'à Genève on a commencé par parler de préférence pour nos chômeurs au sein de l'Etat, puis de ses régies publiques. De la parole, on est passé aux actes. Avec des règles à suivre pour s'assurer d'une réelle égalité des chances pour nos demandeurs d'emploi. Ont été récemment ajoutées les entités subventionnées. Et bientôt, sur une base volontaire, pourquoi pas notre secteur privé, qui a enfin compris (le vote du 9 février étant passé par là), que la paix sociale a un prix, civique avant tout?

Le monstre est apprivoisé. Tout le monde a finalement toujours été d'accord, n'est-ce pas? Il suffisait de le dire autrement me direz-vous. Il y a des étendards que l'on préfère laisser porter par d'autres. Des fois qu'ils servent de cible à l'artillerie de la bienséance.

Désormais c'est le Conseil fédéral qui songe à intégrer le modèle genevois. Lui dont l'Office des migrations craignait encore voici quelques mois la réaction de la Commission européenne à la directive transversale adoptée par notre Conseil d'Etat. Grand bien lui fasse ! Nous n'invoquerons pas le "Geneva made". Mais que l'on rende au moins à César ce qui revient à César!

Pour ma part, je considère que nous devons aller plus loin encore.

Notre économie n'a pas à être muselée par des contigents! Ce remède combat le mal en tuant le patient. Nos entreprises doivent donc disposer des forces et des compétences dont elles ont besoin. 

Cependant, aux conditions que la Confédération devra fixer, il appartiendra à nos acteurs économiques:

1. De démontrer que le profil recherché n'est pas disponible en Suisse, avec une annonce simplifiée aux Offices régionaux de placement (ORP). Cette preuve sera présumée rapportée pour les secteurs souffrant d'une pénurie notoire, selon une liste mise à jour régulièrement par le Conseil fédéral.

2. De s'acquitter, lors de l'engagement d'un employé non domicilié en Suisse ou n'ayant pas occupé en Suisse un poste antérieur durant plus de 6 mois, d'un taux de cotisation paritaire à l'assurance chômage supérieur au taux ordinaire actuellement applicable en Suisse (et qui sera fixé annuellement par le Conseil fédéral), et dont la différence servira:

   a. A offrir à cet employé en provenance de l'étranger , en cas de retour dans son dernier domicile hors de Suisse, des prestations de chômage supérieures à celles des chômeurs de ce pays.

   b. A alimenter un fonds destiné à offrir aux chômeurs en Suisse, des formations qualifiantes dans les secteurs souffrant d'une pénurie notoire.

Ainsi, avec responsabilité, nous aurons non seulement accordé une chance réelle à nos demandeurs d'emploi, nous aurons exprimé concrètement notre solidarité à l'égard des travailleurs en provenance de l'étranger qui auront permis à notre économie de franchir les obstacles provisoires d'un manque de qualification de notre main-d'oeuvre locale, et nous aurons mis en place les structures nécessaires pour répondre, à terme, aux besoins de nos entreprises grâce à cette main-d'oeuvre locale.

L'Union européenne aura beau gesticuler, cette solution s'imposera tôt ou tard. Le dogme de l'ouverture sans entraves est révolu. Le protectionnisme reviendra. Et il sera réfléchi et maîtrisé ou brutal.

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01/02/2015

La courte mémoire de l'Allemagne

 

"Il n'est pas question d'effacer, même partiellement, la dette de la Grèce", nous assène péremptoirement Madame la chancelière Angela Merkel, avec l'arrogance d'une Allemagne qui considère qu'elle ne doit sa prospérité qu'à la seule force de son travail.

( http://www.tdg.ch/monde/lutte-austerite-athenes-cherche-allies-europe/story/22439840 ).

Pourtant, aucun autre pays européen n'a autant profité d'effacements successifs d'ardoises. Ainsi, entre 1924 et 1929, la République de Weimar se relevait de la Première Guerre mondiale grâce aux crédits accordés par les Etats-Unis, lorsque la crise de 1931 lui a permis d'obtenir, à Lausanne, en 1932, un abandon de créance de la part des Alliés pour plus de 6 milliards de Deutsche Marks.

Les pillages du régime nazi durant la Seconde Guerre mondiale ne sont un mystère pour personne, pas plus que les dettes que le Reich impose alors aux pays conquis, et que ceux-ci sont contraints d'honorer. Pourtant, une fois la guerre terminée, et afin de se garantir un rempart contre le communisme menaçant, les Etats-Unis imposent en février 1953, dans l'Accord de Londres, un nouvel abandon de créances, la dette de la RFA passant de 15 à 7 milliards de Deutsche Marks. Il s'agit alors de ne pas mettre en péril le miracle économique allemand, alors que le reste de l'Europe, exsangue, se redresse péniblement des destructions de la guerre. La dette est divisée par deux, pour ne pas faire supporter à la RFA la part de la RDA, passée dans le bloc de l'Est. 

Il est néanmoins prévu qu'en cas de réunificxation allemande, le solde de la dette renaîtrait. Ce qui n'a pas empêché le chancelier Helmut Kohl, en 1990, de refuser d'appliquer cette clause à peine le Mur tombé...

( voir sur ce sujet : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/8d9e8f32-d815-11e1-b6c7-87316167502b/1953_le_tournant_qui_a_permis_%C3%A0_lAllemagne_de_rebondir )

C'est donc dire si l'intransigeance allemande laisse perplexe. Ce n'est pas, contrairement au discours récurrent, la fourmi qui demande à la cigale ce qu'elle a fait tout l'été, mais bien l'arrogance d'un remarquable profiteur du siècle dernier, qui voudrait se donner des airs de moralisateur.

Autant la Grèce doit entamer des réformes profondes plutôt que de reprendre, comme elle semble le faire, les catastrophiques habitudes du passé, autant l'Allemagne n'a pas à se présenter en donneur de leçons...car il pourrait venir à l'esprit de certains de refaire les comptes et de lui demander d'honorer ses dettes, avec la même intransigeance dont elle sait faire preuve.

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