12/12/2017

La femme, vue par Roger Köppel

IMG_0899.JPGC’est toujours avec le plus grand intérêt que je m’imprègne de la pensée profonde de nos élites, ce d’autant lorsque je me dis qu’elles marqueront l’opinion publique de leur remarquable analyse des sujets de société du moment, si d’aventure l’initiative No Billag devait trouver grâce aux yeux du peuple.


J’ai donc été particulièrement attentif aux propos tenus par le brillant conseiller national UDC Roger Köppel, rédacteur en chef de la Weltwoche, propriété de son maître à penser Christoph Blocher.
Ainsi, interpellé par la RTS sur les récentes déclarations de sa collègue de parti Céline Amaudruz, laquelle avait indiqué avoir été elle aussi victime à plusieurs reprises de gestes déplacés de parlementaires à Berne, le conseiller national le mieux élu du groupe UDC (c’est dire son rayonnement intellectuel) nous a soumis sa vision de la femme. Pour lui, une femme qui porte une jupe courte ou un haut moulant n’a pas à se plaindre de harcèlement. En d’autres termes, elle l’aura bien cherché.
https://www.rts.ch/info/suisse/9163148-reactions-apres-les-critiques-de-tenors-de-ludc-contre-celine-amaudruz.html


C’est évident! Il fallait simplement prendre le temps de réfléchir un instant. Heureusement que nous avons pour cela des penseurs imprégnés de Plotin (philosophe gréco-romain 205-270): Une femme coquette, prenant soin de son apparence, ne peut agir ainsi que dans le but de séduire le mâle (à l’évidence dominant au sein du Parlement fédéral). Si ce but est atteint, il ne saurait y avoir de préjudice, et encore moins de plainte, puisque la victime, pire que consentante, est instigatrice.
Monsieur Köppel doit aller jusqu’au bout de sa démonstration: la femme est tentation par essence, et le seul moyen de protéger nos mères, nos épouses et nos sœurs, est de les couvrir. Pourquoi n’essayerait-il pas la burqa? Certains disent que ça marche! Pathétique!

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30/11/2017

Préférence locale made in France

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(Article paru dans le journal "Le Citoyen" du MCG de décembre 2017)

Qui n’a pas encore à l’esprit les critiques émises par l’Union européenne, France en tête, contre du principe de priorité pour nos demandeurs d’emploi, porté avec pugnacité par le MCG jusque dans la politique publique du canton?

A l’heure où il est question de mise en œuvre de la “préférence nationale light” concoctée par notre Parlement fédéral, lequel a préféré méconnaître la volonté populaire plutôt que de froisser Bruxelles, voici que nos voisins de la Région Auvergne-Rhône-Alpes font mieux encore, dans l’indifférence générale.

Après la critique, le mimétisme

C’est ainsi qu’un “Tous-ménages” automnal informe les habitants de la région qu’il est désormais question de “priorité à l’emploi local” et de “préférence régionale sur les chantiers”!

Alors qu’une majorité politique en Suisse et à Genève, pratique l’autocensure par le politiquement correct en osant à peine parler du bout des lèvre de “préférence”, nos voisins, avec ce qu’il faut bien qualifier de bon sens flagrant, déclarent que “la Région veut que ses dépenses bénéficient d’abord à l’économie régionale”. On ne parle évidemment pas ici de la région du “Grand Genève”, dont se gargarise le landerneau politique, mais de la circonscription administrative française. Après la “Clause Molière” imposant l’usage du français sur les chantiers, dans le but évident d'exclure la main d'œuvre étrangère, nos proches voisins passent à la vitesse supérieure.

Quelle leçon tirer de cette observation?

D’abord, que le soutien nécessaire que les pouvoirs publics doivent mettre en œuvre sur le plan local, doit aussi s’étendre aux entreprises, lesquelles sont de plus en plus placées, dans les marchés publics, nationaux et internationaux, face à une concurrence déloyale. A force de vouloir jouer à tout prix le “bon élève”, Genève défavorise son économie locale. Le prix le plus favorable est une notion bien plus large que le montant inscrit au bas d’une soumission. Payer moins cher en aggravant le chômage local, c’est finalement payer le prix fort!

Ensuite, que progresse inexorablement la conscience des limites d’une régulation des marchés par la seule concurrence. L’Europe économique ne se construit pas sur un nivellement par le bas. La libre circulation telle que voulue par cette Europe-là, nous n’en voulons pas.

Enfin, que la protection de nos demandeurs d’emploi doit être poursuivie et renforcée par la protection de nos entreprises. C’est un donnant-donnant: plutôt que de sacrifier notre cohésion sociale sur l’autel d’un profit courtermiste, nos entreprises doivent s’engager résolument pour l’emploi de proximité. De plus en plus nombreux sont ceux qui le font, mais la route est encore longue. De leur côté, l’Etat et les collectivités publiques doivent donner l'exemple: l’argent public doit, en priorité, être injecté dans l’économie locale!

Du simple bon sens.

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29/11/2017

Le beurre et l'argent du beurre

Voici que le Portevoix de Saint-Julien-en-Genevoix nous gratifie d’un nouveau sermon dont il a le secret.

http://portevoix.blog.tdg.ch/archive/2017/11/26/quand-geneve-reporte-de-nouvelles-charges-sur-le-genevois-fr-288013.html

En cause, cette fois-ci, la volonté du Conseil d’Etat genevois d’appliquer plus strictement le droit en vigueur quant à la scolarisation, à Genève, des enfants domiciliés en France.
A l’appui de sa virulente rhétorique, Monsieur Antoine Vielliard fustige la pingrerie du gouvernement cantonal, qui serait prompt à encaisser l’impôt à la source des travailleurs frontaliers, mais frileux à leur rétrocéder les justes prestations (à ses yeux) qui leur reviendraient de droit.
C’est en vain que l’on recherche dans cet acte d’accusation, la moindre référence aux premiers concernés de la mesure envisagée, à savoir les enfants eux-mêmes. Tout ne serait donc qu’histoire d’argent.

Commençons par rappeler que la scolarisation fait partie des mesures élémentaires d’intégration, et qu’il est souhaitable, pour un enfant, de fréquenter l’école de son quartier ou de son village, afin de côtoyer les camarades avec lesquels il peut partager des activités extra scolaires.

Rappelons également que Genève n’a aucune obligation absolue d’accueillir dans ses écoles primaires les enfants dont l’un des parents au moins est assujetti à l’impôt sur le revenu de l’activité rémunérée qu’il exerce sur le canton, pas plus que les enfants genevois domiciliés hors canton d’ailleurs. L’accueil est possible “dans la limite des places disponibles”.
https://www.ge.ch/document/droit-scolarisation-geneve-eleves-domicilies-hors-canton-ep

La règle impose ainsi une scolarisation au lieu de domicile, l’admission dans une école située sur le parcours menant au lieu de travail de l’un de ses parents devant être l'exception. Inverser règle et exception c’est méconnaître non seulement le droit en vigueur, mais surtout l'intérêt de l’enfant.
Soucieux de ce dernier, le Conseil d’Etat genevois n’envisage d’ailleurs pas d’exclure de l’école genevoise des élèves qui y sont déjà admis, ni même de séparer des fratries, la mesure consistant uniquement à ne pas ouvrir de classes nouvelles exclusivement pour répondre au besoin d’enfants domiciliés en France.

Cela dit, parlons argent, puisqu’il s’agit de la préoccupation centrale de notre contradicteur du jour.

Comme je le rappelais récemment dans mon blog, le canton de Genève, le 22 juin 1973, a accepté, à bien plaire, de passer avec la France, un Accord de "compensation financière", dont l'article premier prévoit un versement "aux collectivités locales françaises" correspondant à 3,5% de la masse salariale brute des travailleurs frontaliers. Cet Accord était conclu, "considérant les charges publiques que certaines communes des départements de l'Ain et de la Haute-Savoie supportent à raison de leurs habitants travaillant à Genève”

http://poggia.blog.tdg.ch/archive/2017/07/28/frontaliers-justifier-l-utilisation-de-l-impot-a-la-source-285321.html

Sur cette base, ce sont 281 millions de francs que Genève a versés en 2016!

Cette somme non négligeable, a précisément pour fonction d’aider les collectivités françaises qui accueillent les personnes travaillant à Genève à prévoir les infrastructures destinées à les accueillir avec leurs familles. Les écoles primaires en font évidemment partie.

Aujourd’hui près d’un millier d’élèves domiciliés en France fréquentent l’école primaire genevoise, ce qui représente 50 classes de 20 élèves...

Alors permettez que je réagisse, lorsque je lis sous la plume de Monsieur Vielliard que Genève devrait puiser sur le solde de l’impôt à la source prélevé sur le revenu des travailleur frontaliers pour financer cette scolarisation hors du domicile! Ou mieux encore, lorsqu’il suggère à Genève de construire des écoles publiques genevoises en France. C’est ce qui s’appelle “ Vouloir le beurre et l’argent du beurre”.

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18/09/2017

Ignazio Cassis. Tessinois? Et alors?

Dans 48 heures, nous saurons qui sera le nouveau Conseiller fédéral PLR, qui remplacera Didier Burkhalter.
Que le meilleur gagne! A-t-on l’habitude de dire en pareille circonstance.

Cependant, si les seules qualités d’un candidat à cette haute fonction étaient le critère de prédilection, cela se saurait, depuis le temps que les membres de l'exécutif fédéral sont nommés par le législatif, une entorse au principe de séparation des pouvoirs, mise précisément en place pour que notre Parlement choisisse avec qui il entend travailler. A cette aune-là, on comprend aisément que les plus fortes personnalités, celles qui ont su résister à la pression constante des lobbys, suscitent la méfiance. Rien n’est plus imprévisible que l'indépendance...


Alors finalement, sera élu celui qui aura su tirer profit de la somme de tous les intérêts divergents, unis dans une alliance objective de l’instant.
Ainsi, malgré leur discours opposé, toutes les femmes ayant des velléités d’ascension au Conseil fédéral ne voteront précisément pas pour Isabelle Moret, espérant augmenter leurs chances au prochain tour. Tous les Romands ayant les mêmes ambitions ne voteront pas pour Pierre Maudet pour les mêmes raisons...et ainsi de suite.


Reste l’”italianité” d’Ignazio Cassis. Cette notion qui fait sourire les Tessinois eux-mêmes, lorsqu’elle ne les rend pas méfiants par sa référence à ce voisin envahissant.
Pourtant, Ignazio Cassis, à part son domicile et son droit de cité, n’a rien qui le relie aux préoccupations tessinoises. Au point qu’il a même rendu son passeport italien pour renforcer un lien qu’il sait ténu.


Les Tessinois sont en effet préoccupés par les conséquences de la libre circulation. Ignazio Cassis considère au contraire qu’il ne faut rien réguler dans ce domaine. Le Tessin est préoccupé également par l'augmentation constante des primes d’assurance maladie. Ignazio Cassis estime que la solution doit être trouvée en laissant les assureurs choisir les médecins avec lesquels ils veulent travailler.
En réalité, Ignazio Cassis est un PLR suisse-alémanique qui parle italien. Il sait cependant jouer habilement du sentiment de culpabilité de nos concitoyens d’outre-Sarine, pour endosser l’habit d’une minorité prétendument oubliée qu’il s’agirait de réhabiliter.


Tout ceci n'est que stratégie électoraliste, rien de plus.


Qui a entendu les représentants des trois cantons fondateurs de la Suisse historique se plaindre de n’avoir jamais eu de Conseiller fédéral? Personne.
Qui a entendu les représentants de la langue romanche se plaindre de n’avoir jamais eu de Conseiller fédéral? Personne..
En d’autres termes, le temps ne serait-il pas venu pour que les “petit arrangements entre ennemis” et les choix d’étendards cèdent le pas à une élection fondée essentiellement sur les qualités et les compétences? On peut rêver...jusqu’à mercredi.

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18/08/2017

Préférence cantonale et louvoiement syndical

 

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A l’occasion de la mise en œuvre, au 1er janvier 2018, de la préférence nationale “light” concoctée par contorsion intellectuelle aux Chambres fédérales en décembre dernier, et au sujet de laquelle nous avions déjà dit tout le mal que nous en pensions                                           http://poggia.blog.tdg.ch/archive/2016/12/30/philipp-muller-le-prestidigitateur-281152.html , la question se pose désormais des moyens mis à disposition des cantons pour recevoir et traiter les annonces que les entreprises désireuses de recruter dans les professions touchées lourdement par le chômage devront obligatoirement faire.

En d’autres termes, les offices régionaux de placement - à Genève au sein de l’Office cantonal de l’emploi - devront traiter des milliers d’annonces supplémentaires, avec des outils informatiques dépassés et des ressources insuffisantes, afin de proposer des candidats, dont on ne pourra même pas exiger qu’ils soient reçus, et encore moins engagés à compétences égales ou supérieures. Bref, une usine à gaz en trompe l'œil qui générera des frustrations à la hauteur de l’espoir que l’on aura fait naître.

C’est dans ce contexte que la RTS a interrogé, le 16 août, un secrétaire syndical d'UNIA, lequel a déploré l’absence de mesures de contrainte à l’encontre des employeurs, le droit fédéral allant moins loin que ce qui a été mis en place à Genève pour l’administration cantonale, les institutions publiques et les entités subventionnées.
http://www.rts.ch/info/regions/geneve/8846090-quelque-600...
(Voir ci-dessous le commentaire de l'intéressé, et se référer au lien ci-dessus)

Pour la première fois, un syndicaliste genevois, sans doute seul à pouvoir répondre à une sollicitation médiatique en cette période estivale, exprimait un soutien envers la politique de préférence cantonale mise en place pour favoriser nos demandeurs d’emploi. Le bon sens s’exprimait-il, faute de censure hiérarchique?

Pour preuve, le 20 juin dernier, Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d’UNIA Genève, interpellait la RTS en déclarant: "il existe depuis 2012 une directive européenne, s'appliquant aussi à la Suisse, qui donne accès aux travailleurs frontaliers à des prestations des offices de placement dans les pays où ils travaillent. On a donc alerté l'Office cantonal de l'emploi et on s'est vite rendu compte que cette directive n'était pas appliquée (...) On est donc intervenu au niveau de l'Etat pour que ce déni de droit s'arrête."
https://www.rts.ch/info/regions/geneve/8717565-breche-ouv...

Les syndicats intervenaient ainsi auprès de l’Etat pour que les chômeurs frontaliers soient inscrits à l’Office cantonal de l’emploi de Genève et soient proposés pour les places vacantes annoncées par les employeurs du canton.

Alors je pose la question, déjà posée en vain à maintes reprises: à quoi jouent nos syndicats? Vont-ils enfin nous dire CLAIREMENT s’ils soutiennent en priorité nos candidats à l’emploi résidents sur le territoire cantonal?

Ou vont-ils enfin avouer ne pas pouvoir soutenir officiellement la politique de préférence cantonale, compte tenu du nombre important de leurs affiliés titulaires d’un permis G? Il suffit d’ailleurs d’aller sur le site du Groupement transfrontalier européen pour constater qu’UNIA, précisément, offre des cotisations de faveur aux nouveaux adhérents en provenance de l’Union européenne.

(http://www.frontalier.org/emploi-suisse/1114933/syndicat-...).


Ceci n'explique-t-il pas cela?

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28/07/2017

Frontaliers: Justifier l'utilisation de l'impôt à la source?

Dans un article publié le 27 juillet dans La Tribune, après s’être plaint de l’arbitraire de la répartition interne franco-française du montant de 281 millions versé par Genève aux Départements de l’Ain et de la Haute-Savoie sur l’impôt à la source prélevé sur le salaire des travailleurs frontaliers (Suisses compris), Antoine Vielliard, Maire de Saint-Julien, interpelle notre canton sur la part conservée dudit impôt:

Puisque l’enseignement des langues fédérales dans les écoles est si important pour Genève, combien de ces millions de francs d’impôts à la source sont consacrés par Genève à l’enseignement de ces mêmes langues aux milliers d’enfants genevois qui vivent en France? Combien sont consacrés à la mobilité transfrontalière? Combien de ces millions de francs d’impôts sont affectés au financement des tarifs appliqués aux frontaliers dans les filières de soins genevoises? Combien de centaines de millions de cotisations chômage des frontaliers sont utilisés par Genève pour les aider à retrouver un emploi lorsqu’ils sont au chômage?”

Indépendamment du fait que les divers volets de cette interpellation médiatique sont réglés par des accords internationaux que la Suisse et, à travers elle Genève, applique scrupuleusement, (le canton allant d'ailleurs au-delà de ses obligations, notamment dans le domaine de la scolarisation ou de la formation continue), et sans compter le fait que la loi genevoise sur la gestion administrative et financière de l'Etat interdit à son article 4 alinéas 1 et 5 toute affectation des impôts généraux (D 1 05), il est bon sans doute de rappeler à notre cher voisin quelques principes de base que le versement annuel depuis plus de 40 ans de millions de francs par Genève semble faire oublier:

1. Les relations fiscales entre nos deux pays sont régies par la Convention entre la Suisse et la France en vue d'éliminer les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune et de prévenir la fraude et l'évasion fiscales du 9 septembre 1966, dont l'article 17 indique clairement que "les salaires, traitements et autres rémunérations similaires qu'un résident d'un Etat contractant reçoit au titre d'un emploi salarié ne sont imposables que dans cet Etat, à moins que l'emploi ne soit exercé dans l'autre Etat contractant. Si l'emploi y est exercé, les rémunérations reçues à ce titre sont imposables dans cet autre Etat."

https://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/196601...

En conséquence, les salaires perçus par les travailleurs frontaliers doivent être exclusivement imposés par l'Etat dans lequel s'exerce l'activité - en l'occurrence la Suisse -, cette convention internationale ne faisant que concrétiser la règle énoncée par l'OCDE.

Toutefois, "considérant les charges publiques que certaines communes des départements de l'Ain et de la Haute-Savoie supportent à raison de leurs habitants travaillant à Genève; considérant l'importance des ressources que, dans les circonstances présentes, ces travailleurs apportent, sur divers plans, à l'économie genevoise; considérant la solidarité croissante qui existe entre l'agglomération genevoise et les collectivités locales françaises concernées", le canton de Genève, représenté par le Conseil fédéral, a accepté, à bien plaire, de passer avec le Gouvernement de la République française, le 22 juin 1973, un Accord de "compensation financière", dont l'article premier prévoit un versement "aux collectivités locales françaises" correspondant à 3,5% de la masse salariale brute des travailleurs frontaliers. Précisément parce que Genève acceptait volontairement cet engagement auquel elle n'était pas contrainte, il était exigé, en contrepartie, à l'article 3 qu'une fois par année, les préfets des deux départements feraient connaître l'utilisation des sommes versées.
https://www.google.ch/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=...

Ainsi, l'Accord de 1973 n'est pas une convention fiscale, mais un engagement librement consenti, ce que le Conseil fédéral a rappelé en réponse à un postulat 13.3866 déposé par le soussigné le 26 septembre 2013 au Conseil national :

"Dans le canton de Genève, les frontaliers sont imposés à la source sur leurs salaires obtenus dans ce canton. L'imposition des rémunérations est donc effectuée dans l'Etat du lieu de travail, conformément au principe précité de la convention franco-suisse (art. 17 par. 2) et ne déroge pas à celle-ci. Depuis 1973, à la suite d'un accord particulier, le canton de Genève verse une compensation financière de 3,5 pour cent de la masse salariale brute aux départements français limitrophes de l'Ain et de la Haute-Savoie. Cette compensation financière ne revêt pas un caractère fiscal, mais vise à indemniser les collectivités publiques dans lesquelles sont domiciliés les frontaliers travaillant à Genève au titre des charges financières qu'ils génèrent à leur lieu de résidence."

https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista...

Le Conseil fédéral a d'ailleurs répété cette évidence dans son rapport du 15 novembre 2013 suite au postulat de Meinrado Robbiani du 16 juin 2011:

"L’accord de 1973 ne prévoit pas de disposition dérogatoire à la CDI-F pour l’imposition de l’activité salariée dépendante. Dès lors, la règle générale de l’art. 17 CDI-F s’applique. Une personne domiciliée en France et exerçant une activité lucrative à Genève est imposable en Suisse (art. 17 al. 1 CDI-F). En tant que pays du domicile, la France évite la double imposition en octroyant un crédit d’impôt pour les montants payés en Suisse (art. 25 let. A par. 1 CDI-F).
L’accord entre la République française et le canton de Genève n’est pas de nature fiscale et porte exclusivement sur une compensation financière, sous la forme d’un versement correspondant à 3,5 % de la masse salariale brute versée aux travailleurs frontaliers domiciliés dans les Départements français de l’Ain et de la Haute-Savoie. Cette compensation financière vise à tenir compte des charges publiques supportées par ces deux départements à raison de leurs habitants travaillant à Genève.
La compensation financière est versée aux services centraux du Trésor français, qui transfère ces montants aux trésoreries des Départements français concernés afin qu’ils soient redistribués aux collectivités locales bénéficiaires."
https://www.newsd.admin.ch/newsd/message/attachments/3317...


Cette compensation financière est donc une indemnisation pour les charges générées par les travailleurs frontaliers dans les communes où ils résident, raison pour laquelle Genève a souhaité savoir comment les sommes versées étaient utilisées. Cette transparence n'était donc que la juste contrepartie d'un versement auquel le droit international ne contraignait pas le canton de Genève. Ce qui était valable en 1973 l'est encore aujourd'hui, car, aussi douloureux que cela puisse être de l'entendre pour notre interlocuteur, si l'Accord de 1973 est dénoncé, ce qui peut théoriquement être fait moyennant un préavis de six mois pour la fin d'une année civile, c'est la Convention de 1966 qui s'appliquerait alors à nouveau pleinement. Ce qui précède se veut exclusivement une mise au point juridique à l'égard d'une ignorance généralement répandue sur le sujet, et aucunement l'expression d'une quelconque velléité de nature politique, même si la décision appartient à Genève seule, cet Accord liant le canton et non la Confédération, le rôle du Conseil fédéral étant circonscrit au pouvoir de représentation auprès d'un Etat étranger qui lui est réservé par la Constitution.

2. Il est vrai que des centaines de millions d'impôts sont prélevés par Genève sur le salaire des travailleurs frontaliers. Rien d'extraordinaire à cela. Comme indiqué plus haut, cela est strictement conforme au droit international, et les résidents genevois en font de même, (il est bon de rappeler que la part de la Suisse au Leman-Express – ex-CEVA – qui doit relier Genève à Annemasse dépassera le milliard et demi).

Cela étant dit, sachant que Genève a versé aux départements voisins 281 millions de francs en 2016, correspondant à 3,5% de la masse salariale brute, ce sont plus de 8'000'000'000.- de francs de salaires qui ont été versés à des travailleurs résidant en France. Une fois les impôts déduits, combien de milliards sont-ils investis chaque année par ces travailleurs dans leur région de domicile? Monsieur Vielliard ne considère-t-il pas que les salaires perçus par les travailleurs frontaliers domiciliés en France, entre 3 et 4 fois supérieurs à ce qu'ils seraient à leur lieu de résidence, améliorent le niveau de vie de toute la région? Ne pense-t-il pas que bon nombre des 85'000 travailleurs frontaliers qui viennent tous les jours à Genève, pourraient être chômeurs en France, avec les conséquences économiques et sociales que l'on imagine (les statistiques du 1er trimestre 2017 montrent que les départements entourant Genève ont les taux de chômage les plus bas de France: https://www.insee.fr/fr/statistiques/2012804 )?

Tout ceci pour conclure qu'il est tout aussi faux de prétendre que Genève pourrait se passer de main-d'œuvre frontalière, que d'affirmer que les compétences professionnelles de cette dernière sont absentes ici. Qu'il est tout aussi faux de clamer que Genève s'enrichit de la taxation fiscale des travailleurs frontaliers que d'indiquer que la compensation financière versée par Genève aux départements de l'Ain et de la Haute-Savoie est utilisée réellement pour compenser les charges inhérentes à l'augmentation de cette population spécifique.

Plutôt que de lancer des propos provocants en exigeant, sans fondement et, pire, sans pertinence, des explications sur l'utilisation par Genève des impôts perçus légitimement sur les revenus des travailleurs frontaliers, Monsieur Vielliard serait bien inspiré de garder à l'esprit le caractère non pérenne - voulu expressément comme tel par Genève et les départements concernés - d'une contribution financière annuelle qui frise les 300 millions de francs, dont l'utilisation est laissée à la discrétion de nos amis français, et qui, dans une conjoncture actuellement difficile pour le canton, pourrait être considérée par certains comme bienvenue dans les caisses publiques genevoises.

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18/07/2017

Ignazio, Ignazio...

“Ignace, Ignace, c’est un petit, petit nom charmant”, chantait Fernandel.

Oui, charmant, c’est bien le qualificatif d’Ignazio Cassis, candidat du PLR tessinois à la succession de Didier Burkhalter au Conseil fédéral. Ajoutons, intelligent, compétent et polyglotte. Peut-on rêver mieux que ce gendre idéal pour accéder à la fonction suprême? Connaissant l’intérêt d’Alain Berset pour les affaires étrangères, notre Cassis national pourrait directement passer de la présidence de la CSSS-CN (commission chargée de la santé au conseil national) à la tête du département chargé de surveiller nos assureur maladie...

Pas de problème, vraiment? Les compétences étant transférables du privé au public, et inversement, pourquoi ne verrait-on pas le PDG de Oerlikon-Bührle à la tête de notre Défense nationale?

Il se trouve toutefois que notre papable est président de Curafutura, faîtière dissidente des assureurs maladie CSS, Helsana, Sanitas et CPT, lesquels ont quitté santésuisse en s'autoproclamant “progressistes”. Ces assureurs ne sont pas seulement des assureurs privés devant rendre des comptes à des actionnaires. Ils sont surtout des assureurs chargés par la Confédération de gérer une assurance sociale. Il se trouve également que c’est sous la présidence et l’inspiration de ce même candidat que la CSSS-CN a, le 12 mai 2017, par 15 voix contre 7 et 1 abstention, décidé d’élaborer une initiative intitulée «Pour une gestion cantonale de l’admission et un renforcement de l’autonomie contractuelle» (17.442). Sous ce titre alléchant, cette initiative vise, ni plus ni moins, qu’à limiter le libre choix du médecin. Ainsi, les fournisseurs de prestations ne pourraient pratiquer à la charge de l’assurance de base que s’ils concluaient un contrat d’admission avec un assureur ou s’ils fournissaient toutes leurs prestations dans le cadre d’un réseau de soins coordonnés. C’est ce qui s’appelle un passage en finesse du libéralisme au capitalisme de connivence. Fort heureusement, la commission du Conseil des Etats doit encore se prononcer sur l’initiative. Néanmoins, le récent projet du Conseil fédéral visant à donner davantage de prérogatives aux cantons pour contrôler l’installation de nouveaux cabinets médicaux, risque bien de rencontrer une vive résistance, notamment des milieux qui, pourtant, ne cessent de marteler à longueur d’année qu’il faut lutter contre la hausse des coûts (PLR/UDC).

Alors qu’une initiative populaire est sur le point d’être lancée pour faire inscrire l’incompatibilité du mandat de parlementaire fédéral avec un rôle dirigeant au sein d’un assureur maladie social (chargé d’appliquer la LAMal) ou avec la perception d’une rémunération quelconque de la part d’un tel assureur, la présentation d'un candidat entrant clairement dans cette définition, ou, pire encore, son élection par un Parlement obnubilé par la seule origine cantonale, serait non seulement une maladresse, mais la marque d’un souverain mépris pour une partie grandissante de notre population qui tolère de moins en moins les ronds de jambes que font nos politiques aux milieux économiques.

Nous avons eu Pascal Couchepin, dont les liens, “amicaux”, avec Pierre-Marcel Revaz (Groupe Mutuel), ne furent pas un secret, et qui, de 1998 à 2008 nous a répété que nous ne faisions que payer la facture de ce que nous consommions. Nous avons vu le résultat: des centaines de millions détournés au préjudice de certains cantons pour maintenir artificiellement basses les primes d’autres cantons.

Veut-on réellement prendre le risque de recommencer? Les cassis et les poires sont certes des fruits, mais pour les bonnes poires, nous avons déjà donné!

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02/03/2017

Comme l'a dit Coluche: quand on n'a rien à dire...

Dans le supplément de “Bob” de ce jeudi (http://www.tdg.ch/10906305), dont l'humour s’exprime cette fois-ci à l’insu du plein gré de l’auteur, nous apprenons que le conseiller d’Etat Luc Barthassat, peu avant Noël dernier, a demandé une avance sur salaire. Le ton est grave, la préoccupation profonde.


Relevons tout d’abord le mérite de La Tribune de Genève: contrairement au journal Le Temps, lorsqu’elle entend dire gratuitement du mal de quelqu’un, elle ne fait pas appel à un “chroniqueur masqué”, se référant à des sources, “connues de la rédaction”, qui “tiennent à conserver leur anonymat”.
Cette fois-ci c’est notre Bob cantonal qui fait office de lansquenet. Diantre! Compte tenu de la kyrielle de candidats à l'élection du conseil d’Etat, il faut faire de la place. Et les maillons faibles, comme les coupables, il est préférable de les désigner que de les chercher.


Venons-en à l’autoproclamée “drôle d'enquête”, qui figure en bonne place de notre quotidien.
Ainsi, Luc Barthassat ferait partie de ces trop rares citoyens qui préféreraient régler leurs factures avant de partir en vacances, et qui s’en préoccupent. A moins que ce soit pour payer une rançon quelconque. Qui sait. Le silence, comme la page blanche, permet tous les fantasmes. Quand un journaliste pose des questions et qu’il n’obtient pas de réponses, cela ne peut que révéler le caractère gênant desdites questions, et donc leur pertinence. L’introspection n’étant pas une qualité humaine répandue, difficile d’imaginer que les questions posées soient ineptes.
Sans réponses à ses questions donc, et ne voulant pas se poser celle de savoir qui pourrait avoir intérêt à cette indiscrétion - on protège sa source, ce d’autant lorsqu’elle est intarissable - notre journaliste nous sert un article d’une vacuité remarquable, décrivant sa vaine quête d’une vérité aussi supposée qu’imaginaire et malveillante.
L’article aurait pu se résumer en trois lignes: Luc Barthassat a demandé une avance sur salaire, il y avait droit, il l’a obtenue, et il ne doit rien à l’Etat. Pas très sexy, vous l’admettrez, et l’abstention scripturale pure et simple aurait alors dû s'imposer. Ce d’autant que Luc avait défloré le sujet sur les réseaux sociaux il y a 48 heures, comme il sait si bien le faire. Faute de scoop, il reste le flop!


Nul doute que Bob, qui rit des autres toute l’année, saura rire de lui cette fois-ci.
Et la prochaine fois que l’on veut médire de quelqu’un, que l’on pense à moi! Je m’appelle Poggia,      P-O-G-G-I-A.
QDB

 

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24/02/2017

La campagne est ouverte!

Il semble bien qu’une année avant la date du renouvellement du Grand conseil et du premier tour de l’élection du Conseil d’Etat, la campagne soit déjà ouverte. Cela se constate non seulement par l’apparition de candidats dont l’annonce s’égraine au fil des semaines, mais aussi et surtout, par les déclarations prétendument critiques, assénées à l'emporte-pièce par des féaux de tous bords, dont le propos n’est pas d’informer mais de dénigrer, de surcroît sur des sujets qu’ils ne maîtrisent manifestement pas.
Le député suppléant socialiste Marko Bandler s’essaye laborieusement à l’exercice, privilégiant la virulence à la pertinence. http://mobile2.tdg.ch/articles/58adb674ab5c372a23000001
C’est ainsi que le responsable de la cohésion sociale de la ville de Vernier, directement rattaché au conseiller administratif Thierry Apothéloz (dont l’intérêt pour un siège au Conseil d’Etat n’est que fortuite coïncidence), reprenant les propos de celui qui semble être son maître à penser, accuse votre serviteur de s’en prendre aux chômeurs plutôt qu’au chômage, et de manipuler les chiffres à son avantage.


Souffrez Monsieur Bandler que je paraphrase à mon tour Audiard en vous disant que l’essentiel c’est de râler, ça fait bon genre, même s’il m’a démangé de vous rappeler, selon le même auteur, que lorsqu’on aura mis certaines personnes sur orbite, elles n’auront pas fini de tourner...
Cela dit, pour en venir à ce que vous appelez les “faits alternatifs”, vous rappelez qu’en 2012, les bénéficiaires du RMCAS ont été sortis des statistiques, avec pour conséquence une baisse du taux de chômage de 5,6 à 5%. Exact. Je vous rappelle “by the way”, que je suis entré en fonctions en décembre 2013. Détail bien évidemment dont vous ne vous embarrassez pas.
Que s’est-il passé depuis lors? Le taux de chômage à Genève n’a pratiquement pas évolué, alors qu’il a augmenté en moyenne suisse.
http://poggia.blog.tdg.ch/archive/2017/02/19/chomage-de-pire-en-pire-vraiment-282198.html
Faut-il pour autant “bomber le torse” pour reprendre votre expression? Certainement pas, et j’insiste bien sur ce point au début de mon billet, précaution que vous avez volontairement omise pour les besoins de votre prose.
Il se trouve, et cela vous semblez l’ignorer, que Genève intègre dans son taux de chômage, comme Vaud, Neuchâtel, Tessin et Schaffhouse, mais contrairement à l’ensemble des autres cantons suisses, les demandeurs d’emploi qui ont épuisé leurs indemnités de chômage, mais qui restent inscrits à l’Office cantonal de l’emploi. Cela a pour conséquence d’augmenter le taux de chômage à Genève de 0,4%!
Est-ce à dire qu’il n’y a pas davantage de demandeurs d’emploi que de chômeurs? Certainement pas. En le relevant, vous enfoncez des portes ouvertes. C’est moins douloureux, mais inutile, car on ne compare que ce qui est comparable, et, comme indiqué plus haut, Genève, avec 4 autres cantons seulement, est encore le plus transparent en ne comptabilisant pas uniquement les chômeurs indemnisés.
Voilà pour ce qui est des “faits imaginatifs”, Sieur Bandler!
Venons-en maintenant à la critique, ou prétendue telle, de l’action. Selon vous, rien ne serait fait si ce n’est la promotion de la priorité à l’emploi pour les résidents, ce que vous qualifiez de “danse de la pluie”.
J’aurais aimé, et les demandeurs d’emploi genevois avec moi, que le virulent porte-parole du PS que vous êtes, soutienne cette politique du bon sens. Nous attendrons encore.
Quant aux idées, dont vous prétendez qu’elles me font défaut, j’attends les vôtres avec impatience. Nul doute que vous en êtes pétri, faute de quoi Vernier, avec le brillant responsable de la cohésion sociale que vous êtes, ne serait pas sur la seconde marche du podium avec un taux de chômage de 6,6%, derrière Carouge (7,7%), et devant Onex (6,3%). CQFD

 

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20/02/2017

Chômage: de pire en pire? Vraiment?

Que les choses soient claires, la situation actuelle n’est pas satisfaisante, loin s’en faut. Si de plus en plus d’entreprises prennent conscience de leur responsabilité sociale pour lutter contre le chômage, trop nombreuses sont encore celles qui, sous le couvert de ne pas trouver ici les compétences dont elles ont besoin, vont chercher plus loin des employés disposés à accepter des salaires largement compatibles avec un coût de la vie inférieur à celui des résidents genevois.
Cela dit, on ne peut laisser dire n’importe quoi sur le sujet, dans le style de l'autoflagellation récurrente dans laquelle les médias genevois sont passés maîtres. Churchill était certainement dans le vrai lorsqu’il disait que le politique qui se plaint des médias est pareil au matelot qui se plaint de la mer; néanmoins, de là à sombrer dans le “Geneva bashing” perpétuel, il y a un pas, que la recherche constante de l’auditorat ne peut seule justifier.
Venons-en aux faits!
Chacun sait que le taux de chômage dépend de facteurs multiples, qui ne relèvent pas exclusivement du lieu où il est mesuré. La comparaison s’impose dès lors comme révélateur d’une amélioration ou d’une dégradation de la situation.
Ainsi, il n’est pas suffisant d’affirmer que Genève serait “lanterne rouge” (ce qu’il n’est d'ailleurs plus pour la première fois du XXIème siècle), comme se (com-)plaisent à le répéter nos médias locaux; encore faut-il mesurer l’écart qui sépare notre taux de chômage de la moyenne nationale.
Si l’on veut bien faire l’exercice, que constate-t-on? Que depuis 10 ans, sous réserve d’un épisode en 2012, l’écart entre la Suisse et Genève n’a jamais été aussi faible.

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Voilà pour le factuel! Il fallait au moins commencer par là.
Reste que le chemin à parcourir est encore long: anticiper les besoins de notre économie avec le concours de cette dernière, soutenir la formation continue en emploi, améliorer l’adéquation des compétences de nos candidats à l’emploi avec les postes à pourvoir, convaincre davantage d’entreprises à la fois de la présence de compétences motivées locales et de la nécessité de faire passer notre cohésion sociale avant l’optimisation de la rentabilité.
Pour cela, il s'agit de collaborer. Le partenariat public-privé, ce fameux PPP, dont on parle tant, commence par là. Il n'y aura finalement que des gagnants, ou au contraire, que des perdants. Alors il est grand temps de bâtir ensemble des voies innovantes pour que chaque individu trouve une réponse personnalisée et respectueuse, et pour que chaque entreprise trouve une réponse rapide et adaptée à ses besoins.
Tout cela bien évidemment dans un cadre général favorisant l’emploi, et, sur ce plan, ceux qui se plaignent de la situation du chômage à Genève ne sont pas toujours ceux qui ont conscience de la nécessité de créer les conditions permettant le maintien de nos entreprises et de leur compétitivité.

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30/12/2016

Philipp Müller le prestidigitateur


La loi de mise en oeuvre du nouvel article 121a de la Constitution fédérale (gestion de l'immigration) est sous toit. Ce texte, issu de nos Chambres fédérales le 16 décembre 2016 pose de telles conditions à son application, qu'il restera lettre morte. Le but est ainsi atteint: faire croire que l'on fait quelque chose pour finalement ne rien faire, satisfaire Bruxelles et sortir de la crise autoproclamée. Bravo les enfumeurs!
Philipp Müller, ancien président du PLR, est officiellement l'artisan de ce tour de bonneteau. Mais ne nous y méprenons pas, derrière lui, c'est Economiesuisse qui tire les ficelles. Avec cette même suffisance suicidaire qui a permis l'aboutissement de l'initiative contre l'immigration de masse le 9 février 2014.

Alors que le texte adopté par les électeurs à cette date stipulait: "Les plafonds et les contingents annuels pour les étrangers exerçant une activité lucrative doivent être fixés en fonction des intérêts économiques globaux de la Suisse et dans le respect du principe de la préférence nationale; ils doivent inclure les frontaliers", les trois années de vaines palabres du Conseil fédéral auront permis de faire passer le nombre de permis frontaliers de 88'000 à 104'000, soit une augmentation de 20% au nez et à la barbe de notre démocratie bafouée.

Les milieux économiques aux courtes vues ont gagné. On serait même tenté d'ajouter "c'est de bonne guerre", si notre paix sociale n'était mise en péril. Tout cela se payera sans doute lourdement à la prochaine occasion, mais le propre du court terme n'est-il pas précisément d'ignorer le long terme?
Ce qui m'émerveille personnellement - sur le plan politique évidemment - c'est le soutien apporté par le parti socialiste suisse à cette embrouille d'Etat. Où est donc l'intérêt des travailleurs domiciliés dans notre pays à ce que l'on ne tente même pas de mettre en avant leurs compétences plutôt que d'aller chercher inlassablement de la main-d'oeuvre européenne? Cette question restera sans réponse si l'on s'en tient aux explications confuses des représentants du PS, qui rêvent sans doute encore et toujours d'une entrée de la Suisse dans l'Union européenne et, pourquoi pas, d'un mandat européen à Bruxelles...

Et voilà même que des rangs socialistes, justement, s'avance un puriste illuminé, à défaut d'être éclairé, qui nous annonce un référendum contre la loi issue du Parlement. Le politologue tessinois Nenad Stojanovic annonce cette action, non pas pour combattre une "loi scélérate", mais pour apporter à celle-ci l'onction populaire. Diantre!
Si le peuple vote oui, cela voudra dire aussi bien, selon l'orientation de l'analyste, que cette loi est superbe, ou qu'elle est encore préférable au néant.
Si le peuple vote non, la palette des interprétations sera plus large encore, mais il sera alors évident que notre Parlement refuserait de revoir sa copie, et nous aurions un bel article 121a sans descendance. Sauf le respect dû à la majorité de nos élus, le bon sens populaire dirait qu'on "ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif"...
Cameron et Renzi aussi ont parié sur un oui. Ils ont eu tort, et ils l'on payé de leur carrière. Quand on n'est pas face à un tel enjeu, faute de risque, on peut s'amuser à l'inutilité.

Il y aurait cependant meux à faire. Devant le constat affligeant de la volonté claire de la Confédération de refuser la mise en oeuvre de la Constitution, les cantons qui le souhaitent pourraient eux-mêmes adopter une législation d'application compatible avec les accords de libre circulation.
Obliger les entreprises qui sollicitent un permis frontalier à annoncer le poste ouvert à l'Office régional de placement et à démontrer que les candidats présentés, en nombre limité, n'avaient pas les compétences requises, n'entrave pas la libre circulation, mais la canalise. En tout état de cause, la réponse à cette question ne serait pas confiée à des politiciens, mais à des juges du Tribunal fédéral...
A force de jouer avec le feu, on risque bien de se brûler

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19/12/2016

UE-CH: Le Renard et le Bouc, nouvelle version sans morale


Le Conseil fédéral avait 3 ans pour mettre en oeuvre l'initiative contre l'immigration de masse. Durant ces trois années, sachant d'emblée que l'instauration de contingents ne serait pas acceptée par l'Union Européenne, nos négociateurs helvétiques avaient la possibilité de faire preuve de créativité en proposant une contre-prestation acceptable à la mise en place d'une priorité à la main-d'oeuvre locale

Au lieu de cela, ils ont attendu béatement, tout en faisant mine de négocier, espérant soit que l'Union européenne assouplisse ses exigences, soit que l'UDC accepte une mise en oeuvre contraire à la volonté populaire exprimée le 9 février 2014.

Voici pourtant ce que j'écrivais sur le sujet le 27 décembre 2012, voici donc bientôt 4 ans, et plus d'un an avant que cette initiative soit acceptée en votation populaire:

"Soyons sérieux ! La protection du marché de l’emploi helvétique doit passer impérativement par la renégociation des accords bilatéraux, car toute préférence législative ou sous forme de convention collective de branche d’activité serait considérée comme discriminatoire et sanctionnée par la justice.

L’Union européenne n’acceptera évidemment pas, ce d’autant dans le contexte politique et économique actuel, d’instaurer une telle exception au principe, que d’autres en Europe ne manqueraient pas de revendiquer.

Il faudra imaginer une contre-prestation suffisamment crédible et alléchante.

Posons les bases du problème :
1. La libre circulation a incontestablement des aspects bénéfiques pour notre économie, qui peut aller chercher les compétences dont elle a besoin, là où elles se trouvent.

2. Notre économie abuse de cette liberté en engageant hors de Suisse des personnes disposées à travailler pour un salaire inférieur à celui pratiqué généralement chez nous.

3. Notre économie abuse également de cette liberté en engageant hors de Suisse des personnes avec expérience pour un salaire égal à celui d’un jeune ayant terminé sa formation, et qui se retrouve ainsi dans une concurrence totalement déloyale contre laquelle il ne peut rien.

4. Ce qui est valable pour les ressortissant UE s’installant en Suisse au bénéfice d’un engagement décrit sous 2 et 3, vaut également pour ceux qui s’installent en zone frontalière, soit parce que le marché local du logement n’offre rien d’abordable, soit parce qu’ils sont domiciliés non loin de la Suisse, ou qu’ils trouvent à se loger meilleur marché en France, en Allemagne, en Italie ou en Autriche.

5. Si l’on instaure une priorité pour le marché local de l’emploi, cela signifie que l’économie suisse ne fera appel à des travailleurs installés hors de Suisse que dans les cas où le profil du poste n’est pas disponible sur le marché intérieur.

6. Pourquoi ces travailleurs étrangers devraient-ils être pénalisés lors de la perte de leur emploi, après avoir apporté leur contribution à l’économie suisse ?

7. Il s’impose dès lors d’offrir aux travailleurs de l’UE qui perdent leur emploi alors que leur engagement a été soumis à la règle de la priorité territoriale, des prestations équivalentes à celles de nos chômeurs, et cela même lorsqu’ils ne se sont pas installés en Suisse ou qu’ils retournent dans leur pays. Ils ne seront donc pas à charge de la sécurité sociale de leur pays de résidence.
A cette condition, l’Union Européenne pourra peut-être accepter de renégocier la Convention de libre circulation des personnes.

A défaut, la Suisse ne pourra pas faire l’économie de s’interroger sur le bilan global des accords bilatéraux, en vue d’une possible dénonciation."

http://poggia.blog.tdg.ch/archive/2012/12/27/libre-circulation-l-huile-et-l-eau.html

Nous apprenons maintenant que la Commission européenne a proposé au Parlement européen d'imposer au pays dans lequel le dernier emploi s'est déroulé les prestations de chômage aux frontalier qui perdent leur emploi.


http://www.tdg.ch/suisse/ue-veut-payer-suisse-frontaliers-chomage/story/22768833

En d'autres termes, après que notre Parlement ait à peine voté une loi inefficace pour protéger nos travailleurs, en soumettant à la priorité locale quelques rares et improbables entreprises qui feront de toute façon comme cela leur plaira en termes d'engagement, l'Union européenne nous demandera bientôt quelques centaines de millions supplémentaires pour les travailleurs qui ont trouvé un emploi chez nous plutôt que de grossir le rang des chômeurs chez eux.

Quel gâchis! Quelle inefficacité! Quelle légèreté!

Une fois de plus, nous n'aurons rien vu venir, et nous nous serons fait imposer des exigences supplémentaires sans savoir négocier une quelconque contre-prestation. Quant à ceux qui osent encore affirmer que la Suisse résistera, leur optimisme à toute épreuve les rend sans doute amnésiques.

Dans cette triste fable sans morale, ils ont le beurre et l'argent du beurre, nous aurons à charge le salaire de la crémière.

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07/12/2016

La viduité rassurante ou le pied-de-nez antidémocratique

La mise en œuvre de l'initiative contre l'immigration de masse risque bien de connaître ces prochains jours, sa concrétisation (ou prétendue telle) législative.
Comme disait Giuseppe Tomasi di Lampedusa dans Le Guépard , "pour que tout reste comme avant, il faut que tout change".


Pour faire croire au bon peuple qu'on l'a entendu, tout en rassurant Bruxelles sur le fait que tout cela n'est que vaine agitation, une sorte d'union sacrée avec pour slogan "ensemble pour construire le vide", composée d'une gauche menée par le PS et d'une droite PLR, derrière laquelle le PDC ne manquera pas de s'aligner, nous a donc concocté une solution originale: "la viduité rassurante".

Entendons-nous bien, l'initiative du 9 février 2014, je l'ai combattue, non pas au motif que les travailleurs de notre pays ne mériteraient pas d'être protégés, bien au contraire, mais parce que la solution des contingents revenait à injecter un vaccin auquel le patient ne survivrait pas. Notre économie a des besoins, notamment de compétences, dont elle doit pouvoir disposer; nier cependant que lorsque ces compétences sont présentes sur notre territoire, elles doivent disposer d'une priorité à l'embauche, revient à mettre en péril notre cohésion et notre paix sociales.


Aujourd'hui tout le monde s'accorde, et même l'UDC qui ne l'avouera jamais, à reconnaître que le texte de cette initiative était malheureux, et que sa fidèle mise en œuvre serait suicidaire pour notre pays.
Il n'en demeure pas moins qu'à défaut d'en respecter la lettre, le Parlement fédéral devrait au moins en respecter l'esprit.

Pourtant, dans cette hypocrisie ambiante, dont le mot d'ordre unanime semble être "Sauver les bilatérales à tout prix", ce qui va sortir prochainement des débats est consternant. Jugez plutôt:

1.Ÿ l'annonce des postes vacants ne doit être faite que si, dans la branche considérée, le taux de chômage est très supérieur à la moyenne. Le PLR faisant état d'un taux de 10 à 15%...


Ÿ2. seules les entreprises qui envisagent de recruter à l'étranger sont soumises à cette obligation.


Ÿ3. l'obligation sera limitée dans le temps et aux régions touchées.


Ÿ4. les entreprises recevront les candidats présentés par les Offices régionaux de placement (ORP), au nombre qui serait limité à 3.


Ÿ5. si les entreprises décident néanmoins de recruter à l'étranger, elles n'auront aucune justification à fournir.

Vous l'avez compris, cette coquille est vide, trompeuse et néfaste. Comment l'Union européenne ne pourrait-elle pas s'en accomoder?

A minuit moins cinq, alors que le Conseil fédéral a eu presque trois ans pour négocier avec les partenaires sociaux une solution permettant de mieux protéger nos demandeurs d'emploi, solution qui n'aurait pu qu'être "eurocompatible", car construite sur des bases volontaires avec le patronat, notre Parlement va nous présenter une loi anticonstitutionnelle, inutilement contraignante pour les quelques entreprises qui y seront soumises, et totalement inefficace pour lutter contre le chômage et le dumping salarial.

En termes de gâchis, on a rarement fait mieux! On en a vus des hypocrisies, mais nous assistons ici à l'accouchement d'une synthèse.

Que l'on ne croie pas un instant que le débat s'arrêtera là. Les travailleurs de ce pays ne sont pas dupes, et à la première occasion qui leur sera donnée, ils resserreront l'étau. Même les plus malins regretteront alors leurs astuces.


La politique de l'emploi appliquée à Genève en matière de recrutement ne sera pas stoppée dans sa lancée par cette mascarade, qui n'est autre qu'une alliance pour l'inertie. Nous continuerons ici à nous battre pour convaincre l'économie qu' à compétences égales les candidats à l'emploi résidents doivent avoir la priorité.
Ce n'est que l'expression de l'élémentaire bon sens.

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29/11/2016

Les syndicats genevois au secours des collectivités françaises

Décidément, on y perd son latin, ou ce qu'il en reste.
Après avoir dit tout le mal qu'elle pensait de la priorité à l'emploi pour nos résidents (lien), la présidente de la CGAS (Communauté genevoise d'action syndicale), dans une harangue publiée le 16 novembre dans la Tribune de Genève, sous le titre "Imposition: RIE III nuit au Grand Genève", nous exprime son amour pour ce Grand Genève, à l'inverse des récents propos de Pascal Broulis.
Jugez un peu:

"En creusant l'écat de l'imposition des entreprises entre la France (33%) et Genève (13,5% selon le projet du Conseil d'Etat), RIE III va creuser le déséquilibre entre Genève, où se concentre la très grande majorité des emplois de la région, et la France voisine, qui connaît une très forte croissance de sa population résidente..(et)..certaines entreprises sises en France voisine pourraient être tentées d'établir leur siège à Genève pour bénéficier d'une fiscalité et de charges sociales plus basses, faisant ainsi perdre des revenus fiscaux aux collectivités françaises".

Moi qui croyais que le niveau de vie des travailleuses et des travailleurs était la préoccupation constante de nos syndicats.
Moi qui croyais aussi que les syndicats luttaient contre le dumping salarial et défendaient les intérêts des travailleurs des deux côtés de la frontière en pourchassant les entreprises qui ne recrutent des frontaliers que pour les rémunérer moins chers tout en affirmant qu'il auraient des compétences introuvables à Genève.
J'ai dû sans doute rater un épisode. A moins tout simplement que la composition du sociétariat de nos syndicats, au vu du marketing appuyé déployé auprès des travailleurs frontaliers, n'ait fini par infléchir leur politique (lien).
Entre davantage de cotisants et moins de chômeurs, nos syndicats auraient donc choisi?

Trêve de plaisanterie.…Bornons-nous à retenir qu'il est préférable à leurs yeux que la rémunération salariale se fasse sur des bases françaises, à condition que ces "profiteurs de patrons" payent un maximum d'impôts, peu importe où.

Que nos syndicats se rassurent; si d'aventure des entreprises françaises devaient venir s'installer à Genève:
1. Cela réduirait les conséquences fiscales de l'indispensable réforme de l'imposition des entreprises (RIE III), tant décriées par les mêmes syndicats,
2. Les rétrocessions d'impôts sur les salaires des travailleurs désormais devenus frontaliers profiteraient davantage aux collectivités locales que les impôts perdus sur les personnes morales délocalisées à Genève.

Dire que l'on a cru un instant que la Mairie de St-Julien serait moins fleurie! On a eu chaud!

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27/10/2016

Le grand écart des syndicats genevois


Les abducteurs cérébraux des portes-paroles de la Communauté genevoise d'action syndicale (CGAS), doivent assurément chauffer, tant le grand écart dialectique qu'ils s'imposent fait souffrir l'élémentaire bon sens.

Ainsi, dans une conférence de presse tenue hier, la CGAS, prenant ses distances par rapport à ses homologues nationaux, qui ont évidemment été abusés par le "grand capital", nous explique que la priorité à l'emploi pour nos résidents (surnommée préférence indigène), au mieux, ne servirait à rien, et au pire, nuirait à la défense des travailleurs.


http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/syndicats-genevois-fustigent-preference-indigene/story/15030721

Argumentaire asséné:

1. Cette préférence à l'embauche n'amène pas de création d'emplois supplémentaires.


Voilà une belle lapalissade. Pour qu'il y ait priorité, à compétences égales, pour nos demandeurs d'emploi, il faut d'abord qu'il y ait un poste de travail à occuper. Par voie de compétence, cette priorité intervient en aval de la création d'emplois, et non en amont. Ce à quoi il conviendrait de répondre encore, qu'inversément, cette priorité n'est pas une entrave à la création d'emplois, puisque les employeurs seront certains d'obtenir les compétences souhaitées, le cas échéant hors de Suisse si elles ne se trouvent pas sur notre territoire.
J'ajouterai pour ma part que c'est bien la première fois que j'entends nos syndicats se préoccuper de la création d'emplois, alors qu'ils n'ont de cesse de mettre en cause toutes les conditions-cadre qui font l'attractivité de Genève, en premier lieu en attaquant la prévisibilité de l'imposition des entreprises.

2. Cette préférence n'est pas une réponse au dumping salarial


Sans doute la nuance serait la bienvenue. En effet, la priorité à l'emploi ne prétend pas se substituer à la lutte contre le dumping, qui doit se poursuivre, et se renforcer. A cet égard, Genève est exemplaire.
Cela dit, il ne doit faire aucun doute, même pour un syndicaliste, qu'un travailleur domicilié en France, avec un coût de la vie bien inférieur à celui de notre canton, peut être tenté d'accepter un salaire moindre à celui exigé par nos usages, et qui sera toujours bien supérieur à ce qu'il pourrait obtenir dans son pays, à supposer même qu'il ne soit pas chômeur.
Obliger nos employeurs à annoncer les postes vacants et à engager nos demandeurs d'emploi s'ils ont les compétences requises, constitue donc assurément un premier rempart efficace contre le dumping.

3. Cette préférence ne fera que "stigmatiser les migrants" et diviser les salariés "pour le plus grand profit du patronat".


Voilà un réthorique bien sentie qui ravirait Karl et amuserait Groucho.
Pour ma part je n'ai jamais considéré les 83'000 frontaliers qui viennent quotidiennement contribuer à la richesse économique de notre canton (et accessoirement à la leur), comme des "migrant", qui ne feraient que passer, tels des oiseaux migrateurs. Quant au "profit du patronat", qui n'est pas un vilain mot pour moi, c'est précisément en refusant la priorité pour nos demandeurs d'emploi qu'on le fortifie dans son aspect le plus critiquable, comme indiqué plus haut.
Sans doute aurions-nous à gagner à obtenir de nos syndicats l'élémentaire transparence qu'ils exigent d'autrui à longueur d'année. Sachant que le Groupement transfrontalier européen encourage ses membres à adhérer à un syndicat suisse aussitôt le contrat de travail en poche, garantissant de surcroit une cotisation de faveur auprès d'UNIA, il serait intéressant de savoir qu'elle est la proportion de travailleurs frontaliers qui contribue à la rémunération de nos chers représentants syndicaux.


http://www.frontalier.org/conditions.htm

Sans doute ceci expliquerait-il cela, et pourrions-nous alors parler dans le contexte du discours qui nous est ici servi du "plus grand profit des syndicats"

4. La libre circulation ne contribue pas au chômage


Last but not least, la CGAS reprend, sans aucun esprit critique, un leitmotiv qui nous est servi par les milieux économiques genevois depuis des années, à savoir qu'il n'y aurait pas de lien entre chômage et libre circulation. En d'autres termes, le nombre de permis frontaliers serait passé de 33'000 en 2002 à 83'000 en 2016, uniquement parce que les postes de travail créés ou repourvus dans le canton ne pouvaient pas être occupés par des résidents.
Un fatalité en quelque sorte!
J'ai déjà eu l'occasion d'écrire ici voici plus de quatre ans, ce que je pensais d'une étude demandée par les "milieux intéressés" auprès de l'Observatoire universitaire de l'emploi.


http://poggia.blog.tdg.ch/archive/2012/07/25/les-employeurs-preferent-les-genevois-aux-frontaliers-ouf-on.html

Il est curieux de voir à quel point la CGAS manque soudainement d'esprit critique, et ne recule devant aucune contradiction pour ne froisser personne. Car enfin, s'il existe un dumping salarial, comme le dénoncent les syndicats, c'est bien que des employeurs engagent des frontaliers pour les rétribuer moins qu'un résident...et donc qu'il y aurait un résident, au chômage ou à l'aide sociale, qui pourrait faire le travail!

Comme disait Didier De Roussillon dans ses "Réflexions cyniques" (1945), "c'est une grande légèreté que de confier à des experts la solution de questions qui relèvent du sens commun".

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